Etait-ce un mauvais présage? Lorsque les Diables Rouges ont débarqué à Helsinki, pas un journaliste ne les attendait. Cela doit être inédit dans l'histoire de notre équipe nationale. Seul un chasseur d'autographes était présent et il est parti après avoir recueilli sa toute première signature, celle de Bob Peeters.
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Etait-ce un mauvais présage? Lorsque les Diables Rouges ont débarqué à Helsinki, pas un journaliste ne les attendait. Cela doit être inédit dans l'histoire de notre équipe nationale. Seul un chasseur d'autographes était présent et il est parti après avoir recueilli sa toute première signature, celle de Bob Peeters. En Finlande, le football n'empêche pas les gens de dormir. La ville de Helsinki, à l'architecture parfois lourde (buildings austères en banlieue, statues écrasantes au centre-ville), jouit d'une bonne aura en matière de sport. Les parcs sont remplis de joggeurs et les Finlandais font de l'hygiène de vie une priorité. C'est une nation de coureurs de fond maniaques de la santé. C'est d'ailleurs très bien ainsi car cela fait cinq mois que les médecins employés par l'Etat sont en grève, ce qui cause des débats enflammés dans les médias, où on ajoute de façon cynique que ceux qui sont vraiment malades ont tout de même l'occasion de se faire soigner.Robert Waseige se sait en pleine forme. Avant le match, il semble très détendu. Plus on approche du championnat du monde, plus il semble guilleret. On n'a pas encore évoqué la prolongation de son contrat, qui viendra à échéance après la Coupe du Monde. Selon les bonnes vieilles habitudes, on discutera de toute cela une fois la qualification en poche. A la fédération, on est convaincu que, dans ce cas, Waseige resignera. Est-ce pour cela qu'il a déjà fait savoir qu'il voulait que chacun regarde dans la même direction que lui? Lorsqu'il sent que c'est nécessaire, il sait faire preuve d'autorité. Cela semble être le cas actuellement. La révélation du fait qu'il n'acceptait pas que Ronny Gaspercic ne lui ait pas donné de ses nouvelles depuis son transfert au Betis Séville a néanmoins surpris. Il aurait dû consulter le site Internet du journal espagnol Marca. Et n'aurait-il pas pu téléphoner lui-même? Bart Goor et Didier Dheedene ont-ils appelé le coach de Berlin et Munich? Cela paraît peu vraisemblable mais ceux qui connaissent Waseige savent que, chez lui, tout est réfléchi. Comme lorsqu'il dit que les joueurs doivent pouvoir supporter les remplacements sans broncher. Il ne veut pas de râleurs. Laxisme belge ou talent finlandais?Etait-ce un mauvais présage? A la veille du match, les joueurs se sont légèrement entraînés au stade Finnair, une enceinte confortable qui abrite l'équipe du FC Jokeril, entraînée par le Hollandais Jan Everse. Après quelques exercices d'échauffement, ils ont tiré au but. La plupart des ballons sont passés au-dessus ou à côté. Sous un soleil estival, la concentration n'y était pas. Robert Waseige n'avait pas l'air de s'en soucier. Il observait calmement les exercices. Après l'entraînement, les Diables remontèrent rapidement dans le bus. Etaient-ils trop confiants? Toujours est-il que le match qui était censé leur remonter le moral avant d'affronter l'Ecosse a tourné au cauchemar. Depuis l'arrivée de Robert Waseige, l'équipe n'avait jamais joué aussi mal qu'au cours de la première demi-heure. Le laxisme était si évident qu'on avait l'impression que les Finlandais étaient très talentueux. C'est fou comme Jari Litmanen ridiculisa les Diables grâce à de jolis mouvements. Sur le banc, Robert Waseige restait de marbre. Ce n'est qu'après le troisième but qu'il se leva pour donner quelques consignes. Sans effet. Même à 3-0, les Diables donnèrent deux passes en retrait du milieu de terrain. Un signe d'impuissance. Waseige a rarement dû voir cela au cours de sa carrière. L'équipe belge ramait dans tous les compartiments. Dans l'entrejeu, surtout, où elle laissait beaucoup trop d'espaces aux Finlandais qui dictaient le rythme à leur guise. Ce n'est pas la première fois que le placement laisse à désirer et que les joueurs donnent l'impression de ne pas savoir où aller. On ose à peine imaginer qu'ils ne travaillent pas cela à l'entraînement. Qu'est-ce qui cloche, alors? Un désintérêt pour ce genre de matches? Un manque d'équilibre? Des lacunes au niveau du rythme?Walem et Wilmots ne sont pas complémentairesLe match de Helsinki a mis beaucoup de choses en lumière. On a ainsi vu que Johan Walem et Marc Wilmots ne sont guère complémentaires, par exemple. Wilmots entama le match en tant que deuxième attaquant mais se replia dans l'entrejeu pendant septante-cinq minutes en demandant le ballon... ce que fait aussi Walem depuis le début de sa carrière. La façon dont le nouveau médian du Standard erra dans l'entrejeu à Helsinki n'est plus de notre époque. Il ne s'occupe que du ballon, se replie tellement qu'il oblige le médian défensif à évoluer en stopper et se retourne tellement souvent sur lui-même qu'il finit par avoir la tête qui tourne. Il ressemble à un joueur de mini-foot qui en a remplacé un autre à Sclessin : Robert Prosinecki. Les prestations de Gert Verheyen et Bart Goor sur les flancs firent autant de peine. En première période, on aurait dit des statues de cire. Enfin, la défense sombra complètement, et pas seulement à cause du peu de travail de récupération des médians. Les flancs n'apportèrent aucun danger, Bertrand Crasson et Didier Dheedene se laissant démonter par des ailiers aussi habiles que Kollka et Nurmela. Tactiquement, la décision d'aligner Nico Van Kerckhoven au centre face à un joueur aussi rapide, bon techniquement et agile que Mikael Forsell n'est sans doute pas la plus intelligente que Waseige ait prise au cours de sa carrière. Le coach fédéral argumenta en affirmant que Van Kerkhoven évolue parfois à ce poste à Schalke 04, ce qui n'est vrai qu'en partie car le club allemand évolue avec trois défenseurs, sans arrières latéraux mais Van Kerkhoven s'occupe tout de même du côté gauche, avec toute la place qu'il veut pour s'infiltrer. Or, à Helsinki, il n'a pas franchi une seule fois la ligne médiane en cours de première période. Eric Van Meir non plus, d'ailleurs. Le libéro du Standard n'est efficace que s'il peut aller de l'avant et distiller de longs ballons, comme il le faisait au Lierse à l'époque d' Eric Gerets. Mais en tant que défenseur, c'est plutôt un point faible. Si quelqu'un le couvre, il peut toutefois constituer un atout pour n'importe quelle équipe mais à Helsinki, on n'a rien vu de son apport offensif. Qu'apporteront nos "Allemands" contre l'Ecosse?Reste à espérer qu'après ce match, la Belgique pourra relever la tête et que les joueurs-clés qui doivent porter l'équipe retrouveront leur meilleur niveau. Car ce fut aussi un des problèmes de Helsinki: plusieurs internationaux sont à la recherche de leurs meilleures sensations. Yves Vanderhaeghe, par exemple. Même à Anderlecht, il n'est plus aussi autoritaire que la saison dernière. Et à Bruges, Gert Verheyen a connu une période de préparation si difficile que certains se sont demandé s'il avait été vraiment opportun de prolonger son contrat. Dans quelle forme les cinq joueurs alignés en Bundesliga se présenteront-ils au prochain rendez-vous? Face à l'Ecosse, Marc Wilmots devrait retrouver une place dans l'entrejeu, Robert Waseige faisant alors appel à un deuxième véritable attaquant pour épauler Emile Mpenza, invisible à Helsinki. A gauche, Nico Van Kerckhoven reste une certitude, même si Waseige prétendait étrangement qu'il ne s'était pas mal tiré d'affaire au centre de la défense. Nous sommes d'ailleurs certains qu'au fond de lui-même, il pensait tout à fait le contraire. Mais nous avons entendu d'autres choses bizarres au stade Finnair. C'est ainsi que Bart Goor, pourtant toujours modeste, prétendait sans rougir qu'il était content de son match. Avait-il oublié son réalisme à Berlin? Comment évoluera-t-il au Hertha, où Jürgen Röber passe pour le deuxième entraîneur le plus dur d'Allemagne après Werner Lorant (Munich 1860), dont les exercices font souffrir un Didier Dheedene qui n'est pourtant pas une mauviette mais qui, pour la énième fois, a raconté à quelques joueurs de l'équipe Espoirs combien il courait à Munich. En Bundesliga, les Belges ne s'amusent que s'ils n'ont pas à faire à un entraîneur allemand. Et le spectre du banc se profile devant eux. Avec toutes les conséquences que cela pourrait engendrer pour l'équipe nationale. Le seul point positif d'une punition comme celle de Helsinki, c'est de remettre brutalement chacun à sa place. Pour le reste, ce match n'a rien rapporté. On affirmait que la Finlande ressemblait à l'Ecosse et jouerait exactement de la même façon. Ce fut une erreur. Les Finlandais pratiquent un jeu rapide et moderne, basé sur la technique et la créativité. Ils ont mis les lacunes techniques des Belges au grand jour. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois mais, jusqu'ici, elles avaient été camouflées par l'engagement et la discipline. Seulement, à Helsinki, les Diables Rouges ont été battus sur le plan technique mais aussi sur le plan physique.Jacques Sys, envoyé spécial à Helsinki