Au départ de cette saison, après plus d'un an de galères déjà, certains, au RSCA, considéraient Nenad Jestrovic comme perdu à jamais pour la compétition de haut niveau. Il est vrai qu'à l'époque le principal intéressé était toujours loin, très loin, de rappeler l'attaquant, qui avait enthousiasmé tout son monde à ses débuts sur le sol belge, à Mouscron. Hugo Broos, qui l'avait eu sous ses ordres au Canonnier, ne cachait d'ailleurs pas, à son arrivée au Parc Astrid, qu'il ne reconnaissait plus celui qui avait été surnommé Jestrogoal. Ce qui voulait en dire un bout sur son extraordinaire instinct du but.
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Au départ de cette saison, après plus d'un an de galères déjà, certains, au RSCA, considéraient Nenad Jestrovic comme perdu à jamais pour la compétition de haut niveau. Il est vrai qu'à l'époque le principal intéressé était toujours loin, très loin, de rappeler l'attaquant, qui avait enthousiasmé tout son monde à ses débuts sur le sol belge, à Mouscron. Hugo Broos, qui l'avait eu sous ses ordres au Canonnier, ne cachait d'ailleurs pas, à son arrivée au Parc Astrid, qu'il ne reconnaissait plus celui qui avait été surnommé Jestrogoal. Ce qui voulait en dire un bout sur son extraordinaire instinct du but. Six mois plus tard, la circonspection n'est manifestement plus de mise en ce qui concerne le Yougo. Depuis son retour en équipe Première à l'occasion du match aller du deuxième tour de la Coupe de l'UEFA contre les Danois du FC Midtjylland, où il prit d'emblée à son compte deux des trois buts de ses couleurs, Nenad Jestrovic n'a cessé de faire parler la poudre. Depuis cette date, il a totalisé 11 réalisations en 13 rencontres, toutes compétitions confondues. Il n'en aura pas fallu davantage pour que l'ancien footballeur de l'OFK Belgrade, de Bastia et du FC Metz se rappelle au bon souvenir de tout un chacun et devienne, comme par enchantement, objet de sollicitude. De la part des Turcs de Galatasaray, notamment. Aant de jeter leur dévolu sur Ali Lukunku,ils avaient frappé à la porte du goal-getter anderlechtois.Nenad Jestrovic: J'ai rencontré l'entraîneur du club stambouliote, Fatih Terim, dans un grand hôtel bruxellois avant de mettre le cap sur la Yougoslavie pour les fêtes de fin d'année. Flatté par cet intérêt après tous les déboires que j'ai connus, je n'en ai pas moins avisé mon interlocuteur de se mettre en rapport avec la direction du Sporting, entendu que je suis encore sous contrat pour deux ans. L'homme a effectué la démarche mais s'est heurté à une fin de non-recevoir catégorique de la part de Michel Verschueren. Du coup, l'affaire était rapidement classée (il rit).Le Gala n'est évidemment pas le premier club venu, dans la mesure où il dispute quand même pour ainsi dire chaque année la Ligue des Champions. On en a d'ailleurs eu un aperçu contre Bruges, cette saison. Si Anderlecht avait donné son accord, j'aurais été disposé à poursuivre ma carrière là-bas, pourquoi pas? Je suis un aventurier dans l'âme. J'ai déjà joué en Corse, en Lorraine, et en Belgique jusqu'à présent. Avant de m'installer définitivement à Belgrade, sitôt ma carrière terminée, j'ai encore à coeur de vivre d'autres expériences à l'étranger. L'Angleterre, l'Espagne, l'Allemagne, la Grèce: peu m'importe la destination, à condition que, sur place, le jeu en vaille vraiment la chandelle. Ce qui eût été vraisemblablement le cas à Istanbul. Pour peu que les dirigeants turcs honorent leurs engagements financiers, bien sûr. J'espère qu'Ali Lukunku aura pris ses précautions en la matière. Plusieurs blessés de longue date se sont émus, récemment, de retards ou même d'absences de paiement concernant certaines primes. Qu'en est-il pour vous?En dépit du fait que je n'ai pas été d'une grande utilité tout au long de la saison écoulée, je n'ai jamais eu la moindre mauvaise surprise à ce propos. J'ai toujours été payé à heure et à temps, même si je ne jouais pas. C'est pourquoi je ne suis pas fâché du tout de faire toujours partie des meubles au Parc Astrid. J'ai une dette envers ce club, et je tiens à l'acquitter. Je n'oublie pas et je n'oublierai jamais, d'ailleurs, combien le club a été chic envers moi, malgré ma longue indisponibilité. Du président, Roger Vanden Stock, à l'entraîneur, Aimé Anthuenis, tout le monde n'a eu de cesse de m'encourager durant tout ce temps. Grâce à eux, j'ai gardé la foi et j'ai redoublé d'ardeur, même dans les heures les plus sombres. Si je suis revenu au premier plan, c'est à tous ces gens-là que je le dois. Ils ont toujours eu confiance en moi et leur attitude m'a incontestablement dopé mentalement.Hugo Broos a avoué qu'il avait nourri des craintes, à un moment donné, concernant votre retour au sommet. Vous-même, ne vous êtes-vous jamais posé de questions à ce sujet?Je n'ai jamais réellement douté de mon come-back mais j'ai traversé des moments de découragement, c'est vrai. Comme il y a tout juste un an, par exemple. J'avais effectué un bon stage hivernal, à La Manga, et, pour la toute première fois depuis mon arrivée au Sporting, quelques mois plus tôt, je m'étais enfin senti prêt à partir du bon pied. Sur le terrain, j'avais même confirmé ces bonnes dispositions grâce à mon premier but lors du match de reprise, à l'Antwerp, aussitôt suivi d'un autre, à domicile, devant La Louvière. Deux buts en autant d'apparitions: je pensais être lancé de façon définitive. Mais il m'a fallu rapidement déchanter, à la faveur de cette même joute contre les Loups, en raison d'une sérieuse blessure à l'épaule. Les ennuis n'étaient pas encore terminés pour autant, puisque pendant ma revalidation, j'ai souffert de calculs aux reins. J'ai été servi, je vous jure!Footballeur et athlèteVous avez raison: en matière de combativité, les footballeurs originaires de l'Est de l'Europe ne sont pas des modèles, loin s'en faut. Moi-même, je manquais de coeur à l'ouvrage en début de carrière. Comme la plupart de mes compatriotes, au demeurant. Il est vrai que notre formation avait toujours été axée sur le seul football, en bas âge, et que l'aspect physique n'avait pas droit de cité dans cette éducation. Mon explosivité sur les premiers mètres et ma vitesse en général, je ne les ai pas développés sur un terrain, détrompez-vous, mais bien sur une piste d'athlétisme. En bas âge, j'ai longtemps hésité quant à la suite à donner à ma carrière sportive car, adolescent, je valais 11 secondes aux cent mètres et deux minutes sur le 800. J'ai longtemps continué à travailler ces deux disciplines et j'en recueille les fruits aujourd'hui. Quant à l'aspect purement psychologique, j'ai eu la chance de quitter très tôt la Yougoslavie à destination de la France où j'ai été drillé en la matière. A cet égard, Bastia aura constitué un écolage sans pareil. Je n'y suis peut-être resté qu'un an, mais ce club-là m'a marqué à vie.Expliquez.J'avais 21 ans et je débarquais tout sourire à Furiani. J'étais enjoué par cette nouvelle existence et je laissais éclater ma joie à tous moments: non seulement dans la vie de tous les jours mais aussi à l'entraînement, où je n'avais manifestement pas besoin de marquer des goals pour rayonner. Après quelques séances de travail, le coach, Frédéric Antonetti, m'a pris à part et m'a dit: -C 'est pas en rigolant que tu vas faire peur à l'adversaire. Ce que je veux, c'est un tueur, pas un clown. Ces propos-là m'ont marqué. Et, depuis ce jour-là, j'ai vraiment appris à mettre un masque de tueur au moment de pénétrer sur un terrain. Et je ne m'en suis jamais départi depuis lors, même après avoir marqué. Il est vrai que l'ambiance de Furiani conditionnait cette métamorphose: dans le tunnel d'accès au terrain, les joueurs frappaient sur la tôle pour impressionner leurs adversaires et, au moment de monter sur la pelouse, des chants nationalistes corses fusaient des gradins. Dans ces conditions, personne ne sera surpris d'apprendre que Bastia s'est toujours assimilé à un bastion inexpugnable. Et ses joueurs mettent invariablement un point d'honneur à entretenir cette bonne habitude par leur combativité. C'est là que j'ai appris à me battre, physiquement et mentalement. Et j'en rends grâce à Frédéric Antonetti aujourd'hui. Quels sont les entraîneurs qui vous ont le plus marqué jusqu'à présent?Tout joueur a un certain potentiel qu'il peut exprimer, voire même bonifier au contact de celui qui le dirige. Au même titre que des joueurs peuvent faire un entraîneur, je reste convaincu qu'un entraîneur, aussi, contribue dans une proportion plus ou moins grande dans l'affirmation d'un joueur. Personnellement, je pense avoir retiré de précieux enseignements de tous ceux qui m'ont dirigés: de Bane Novitovic, que j'ai connu à l'OFK Belgrade, à Hugo Broos aujourd'hui en passant par Joël Muller à Metz. Ce que j'aime chez mon coach actuel,c'est son intransigeance. Il a une certaine conception du professionnalisme et n'hésite pas à écarter ceux qui ne la partagent pas, aussi bons soient-ils. Son point de vue ne fait pas toujours que des heureux mais il a le mérite de ne jamais dévier de sa ligne de conduite. Favorable au 4-4-2En septembre, l'entraîneur pensait déjà avoir trouvé la parade, ce qui ne l'a pas empêché de changer son fusil d'épaule en cours de route. Aussi, je suis d'avis qu'on ne pourra porter un jugement définitif sur le système actuel qu'à plus ou moins long terme, s'il est maintenu. Jusqu'à présent, il nous a valu de belles satisfactions. Mais il a également été synonyme de désillusion à St-Trond, par exemple. En réalité, avec deux ailiers - Ki-Hyeon Seol à gauche et Aruna Dindane ou Ivica Mornar à droite - chargés non seulement de déborder mais aussi de se replier, il arrive que je me retrouve bien seul aux avant-postes. Quand Anderlecht est enfoncé, comme ce fut le cas chez les Trudonnaires ou encore à Bruges, j'estime que la densité offensive pose problème. C'est pourquoi, dans l'absolu, je préfère évoluer avec un homme dans mes parages directs en pointe. Il n'en reste pas moins que lorsque nous maîtrisons la situation, ce qui se vérifie tout de même dans la plupart de nos matches, une attaque comme la nôtre, déployée sur toute la largeur du terrain, fait immanquablement mal à l'adversaire. D'autant plus que tous nos joueurs de la division offensive sont capables de faire la décision. Vous faites figure d'exception dans l'effectif car pour tous les postes, hormis celui d'attaquant le plus avancé qui est le vôtre, Anderlecht dispose de plusieurs solutions de rechange.Je n'en suis pas si sûr en ce sens que des garçons comme Gilles De Bilde ou encore les trois autres que je viens de citer ont prouvé qu'ils pouvaient se tirer d'affaire à l'extrême pointe de l'attaque. Même si, j'en conviens, ils n'ont peut-être pas le même instinct du but aussi aiguisé que moi. Mais ils ont d'autres qualités que je n'ai pas: chez Gilles, il y a cette touche de génie dans les actions qui fait de lui un élément hors pair, chez Ki-Hyeon, je relève une qualité de centre à nulle autre pareil et chez Aruna, il y a cette faculté de dribbler qui n'appartient qu'à lui. Dommage que l'Ivoirien soit aussi déroutant pour moi que pour les autres. Autant je sais à quoi m'attendre avec Ki-Hyeon, autant Aruna me déconcerte. Mais sait-il toujours lui-même où il veut en venir (il rit)? Bruges est solidement accroché à la première place. Qu'est-ce qui explique l'écart qui le sépare du Sporting?Individuellement, je suis d'avis qu'Anderlecht a un noyau plus riche. Mais sur le plan collectif, les Bleu et Noir ont toujours une avance substantielle sur nous. Non pas que les joueurs la jouent perso, chez nous. Quoi que certains en disent, l'ambiance est réellement super entre tous les joueurs. La différence, c'est que Bruges s'appuie sur un système et des hommes qui n'ont guère changé depuis trois ans, alors que chez nous tant la conception de jeu que les joueurs censés la mettre en pratique ont évolué. Mais nous sommes en train de résorber ce retard et si le groupe et le système ne subissent plus trop de modifications dans les mois à venir, le Sporting prendra à nouveau les devants en championnat, c'est sûr. Que peut-on souhaiter à Nenad Jestrovic pour l'année 2003?En Belgique, comme partout ailleurs, les gens ont coutume de dire: bonne année, bonne santé. Pour moi, il y a tout dans ces quatre mots: une bonne année, cela voudra dire que sportivement, j'aurai mis le grappin avec Anderlecht sur une place qualificative pour la Ligue des Champions et qu'on aura brillé en Coupe de l'UEFA entre-temps. Et bonne santé, cela signifiera que j'aurai enfin été épargné de tous ces tracas physiques qui m'ont empoisonné l'existence ces derniers mois. Voilà.Bonne année et bonne santé, Nenad! Bruno Govers"Je reste un aventurierdans l'âme""Aruna est aussi déroutant pour moi que pour les autres"