En 2009, quand l'Europa League a remplacé la Coupe de l'UEFA, la Fédération européenne a publié un abécédaire des moments les plus mémorables du tournoi. A la lettre A, l'Antwerp miracle, à coup sûr l'un des renversements de situation les plus dramatiques du football. L'histoire s'est déroulée le 26 septembre 1989, lors du match retour du premier tour de la CE3 entre l'Antwerp et les Bulgares du Vitosha Sofia.
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En 2009, quand l'Europa League a remplacé la Coupe de l'UEFA, la Fédération européenne a publié un abécédaire des moments les plus mémorables du tournoi. A la lettre A, l'Antwerp miracle, à coup sûr l'un des renversements de situation les plus dramatiques du football. L'histoire s'est déroulée le 26 septembre 1989, lors du match retour du premier tour de la CE3 entre l'Antwerp et les Bulgares du Vitosha Sofia. Wim De Coninck, alors gardien du Great Old, commente : " Nous recelions beaucoup de talent : deux internationaux, Alex Czerniatynski et Nico Claesen, en pointe, soutenus par Hans-Peter Lehnhoff et Frans van Rooij, le joueur le plus talentueux avec lequel je me suis produit. Nous formions un groupe soudé. Wim Kiekens, Nico Brouckaert, Franky Dekenne et moi nous rendions, par exemple, ensemble au stade, au départ de Gand, et nous embarquions Patrick Van Veirdeghem à Lokeren. " Les troupes du nouvel entraîneur Dimitri Davidovic, successeur de Georg Kessler, avaient mal entamé la saison. Elles avaient dû patienter jusqu'à la quatrième journée pour remporter un premier succès, contre Saint-Trond. Pourtant, quelques jours plus tard, elles réussissaient un nul blanc au Vitosha, dans la capitale bulgare. " Nous travaillions bien mais il nous fallait un gros résultat, une explosion ", explique Davidovic. Rien n'indiquait qu'elle allait survenir au match retour contre Vitosha : à la 6', les Bulgares ont ouvert la marque. L'Antwerp n'a pas jeté l'éponge mais le match était tout sauf palpitant. Czerniatynski et Claesen ne tenaient pas vraiment la forme de leur vie. A l'heure, Davidovic a d'ailleurs remplacé Czernia par Geert Hoebrechts. C'était son deuxième remplacement et le dernier autorisé à l'époque. L'entraîneur accompagnait aussi les soigneurs sur le terrain, quand un de ses joueurs était gravement blessé. C'est ce qui est arrivé cinq minutes après l'ultime remplacement : Franky Dekenne y était allé trop allègrement dans un duel et il avait dû être évacué en civière. L'arbitre a interrompu le match pendant trois minutes et demie. L'Antwerp était réduit à dix unités. Sa mission devenait encore plus ardue. " En plus, un des avants de Vitosha était constamment hors-jeu, ce qui perturbait notre défense car à l'époque, le hors-jeu de position n'était pas clairement réglementé. Un arbitre levait son drapeau, l'autre pas ", précise De Coninck. Vitosha gaspilla pas mal d'occasions franches. " Cette équipe était très douée mais ses meilleurs joueurs n'arrêtaient pas de se disputer avec l'entraîneur. " A la 83', RalfGeilenkirchen a mis ces dissensions à profit. Sur une passe de son compatriote Lehnhoff, le médian allemand s'est engouffré dans le rectangle bulgare pour expédier le ballon dans la lucarne : 1-1. Mais deux minutes plus tard, la défense anversoise, affaiblie, n'a pu sauver les meubles lors d'une énième attaque bulgare : 1-2 puis, à la 87', 1-3. " Le public était en rage ", se rappelle Davidovic. " Il criait : - Equipe de merde, entraîneur de merde ! La moitié des spectateurs ont quitté le stade. Je me suis dit que c'était fini. " Les Bulgares étaient du même avis. " Ils nous ont pris de haut ", raconte De Coninck. " Après une faute, ils restaient à terre et ils se moquaient de nous. " A la fin du temps réglementaire, tout indiquait que l'Antwerp était éliminé. Les jurons en allemand de Lehnhoff - l'arbitre était autrichien - ont-ils eu de l'effet ? En tout cas, les défenseurs de l'Antwerp ont continué à jouer haut à la 90' et De Coninck a balancé un ballon en avant. Lehnhoff a remis celui-ci à Nico Claesen, qui a inscrit le 2-3. Et Frank Raes, le commentateur de la VRT, de s'exclamer : " C'est trop tard ! " Mais l'Antwerp a maintenu sa poussée en avant. Il a forcé un défenseur bulgare à faucher Geilenkirchen juste en dehors du rectangle. L'arbitre Kaupe a accordé un coup franc à l'Antwerp et Van Rooij a mitraillé le gardien bulgare, qui n'a pu conserver le ballon alors que Claesen était à l'affût : 3-3, à la 92'. Claesen a repêché le ballon dans les filets pour filer vers le rond central. " Sa hâte était importante ", pense De Coninck. " Si le ballon avait été réexpédié lentement, nous ne parlerions sans doute pas de Vitosha. Nico était toujours survolté. Quand il n'était pas dans l'équipe, il éliminait son rival à l'entraînement. Il lui shootait dedans. " L'ancien avant le reconnaît : " Ma petite stature m'a toujours contraint à me battre pour m'imposer. " " Dans ces ultimes minutes de jeu ", poursuit Claesen, " nous avons senti que nous étions supérieurs : notre adversaire reculait et dégageait le ballon n'importe comment. " A la 94e, Rudi Smidts a remis le ballon en touche du flanc gauche, l'habitat de Raphaël Quaranta. " J'ai crié à Rudy de me donner le ballon ", se rappelle l'arrière liégeois. " Je voulais forcer un penalty. J'ai obtenu le ballon, je suis arrivé à la ligne et là, un défenseur adverse a commis une faute. Je me suis laissé tomber et j'ai entendu l'arbitre siffler mais qu'a-t-il fait ? Il a mis le ballon en dehors du rectangle. J'étais furax ! " De Coninck rit en revoyant les images. " Objectivement, c'est Rapha qui commet une faute : il a littéralement volé dans les plumes de son adversaire. Mais l'arbitre a tranché en notre faveur, peut-être à cause du comportement des Bulgares. J'ai eu le sentiment que l'arbitre appréciait ce qui était en train de se passer. " On en était à la 95' mais comment reprocher à Kaupe de prolonger le jeu, compte tenu du temps perdu avec Dekenne et de la demi-minute requise pour chacun des quatre remplacements ? Lehnhoff s'est chargé du coup franc. " Connaissant Hans-Peter, j'étais certain qu'il allait tenter de tirer dans la lucarne ", observe Quaranta. S'il ne marquait pas, le ballon allait se retrouver au second poteau. Je m'y suis donc posté. Lehnhoff a tiré, je me suis détendu et j'ai remis le ballon de la tête. Mon adversaire direct ne me marquait pas à la culotte. " 4-3. Fous de joie, les supporters de l'Antwerp ont envahi le terrain. " Nous étions fous ", raconte Claesen. " Nous nous sommes douchés tout habillés, nous avons sabré le champagne. Je n'oublierai jamais cette soirée. " Eddy Wauters, le président, n'a pas offert de prime. " Mais nous avons tous reçu un magnétoscope de Superclub, un sponsor ", se souvient Quaranta. Le but décisif du Liégeois a eu un impact personnel pour lui. " Ce n'est pas mon plus beau but mais c'est celui qui m'a valu le plus d'émotions. Ce n'était que ma première saison à l'Antwerp et les supporters m'ont adopté. Mon statut a aussi changé dans le vestiaire : je suis devenu un titulaire incontesté. " Davidovic a révélé avoir reçu des menaces les semaines précédentes. " Des lettres. Et avant le match, on m'a annoncé qu'ils allaient me faire la peau. Deux policiers ont pris place derrière le banc pour me protéger. A 4-3, je me suis quand même mêlé à la foule. Les menaces ont cessé. Trois jours plus tard, nous avons battu Courtrai 0-6. D'un coup, nous étions devenus une équipe de classe mondiale. " L'Antwerp a terminé quatrième du championnat. Au tour suivant de la Coupe UEFA, il a battu Dundee United 4-0 et a éliminé le Stuttgart d'Arie Haan pour n'échouer qu'en quarts de finale contre le FC Cologne. " Le public nous a quand même ovationnés : c'était la meilleure campagne du club en 110 ans. " " Nous avons forcé le résultat par notre condition, notre concentration, notre caractère ", souligne Davidovic. " Cette équipe possédait une mentalité remarquable. " De Coninck : " Ce n'est pas un hasard si Quaranta, Claesen et Geilenkirchen ont marqué ni que Lehnhoff était impliqué dans ces buts. Ils ne renonçaient jamais. " " Je donne cours dans une école de sport à Liège ", explique Quaranta. " Parfois, un élève me dit que son père lui a expliqué que j'ai été un bon joueur. Je réponds toujours : - Si tu veux savoir qui je suis, regarde les images d'Antwerp-Vitosha. Tu verras la mentalité qu'il faut avoir pour réussir. " Revoyez les images d'Antwerp-Vitosha sur www.sportmagazine.bePAR KRISTOF DE RYCK