M ind Your Fucking Manners. I got my own back. Ce sont les phrases qu'on peut lire, noir sur blanc, sur les vêtements de DYJCode, la ligne de vêtements de Dennis Praet. Une sorte d'évangile qui permet de dresser le portrait du jeune homme : cool, déterminé et un peu obstiné.
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M ind Your Fucking Manners. I got my own back. Ce sont les phrases qu'on peut lire, noir sur blanc, sur les vêtements de DYJCode, la ligne de vêtements de Dennis Praet. Une sorte d'évangile qui permet de dresser le portrait du jeune homme : cool, déterminé et un peu obstiné. Il nous reçoit à Louvain, dans un appartement offrant une vue à couper le souffle sur les absidioles de l'église Sint-Pieters, pour évoquer avec nous ses deux ans et demi passés à la Sampdoria. Le week-end prochain, dans le Derby della Lanterna face au Genoa, il disputera son 100e match en Italie. " Je ne fais pas les comptes ", dit-il. " Quelqu'un du club m'a dit l'autre jour que j'en étais à 95 ou 96. Et il a ajouté : Quand tu arriveras à 100, nous ferons un T-shirt spécial pour toi. Si on y ajoute les matches à Anderlecht, j'en suis déjà à près de 300 au plus haut niveau. À mon âge, ce n'est pas mal. " Après 31 mois, on a compris pourquoi Praet et la Samp sont faits pour s'entendre. Ils savent ce qu'ils peuvent attendre l'un de l'autre et savent aussi que tôt ou tard, ils se sépareront. Car Praet ne le cache pas : un jour, il veut tenter sa chance dans un grand club. " Mais si c'était à refaire, j'opterais à nouveau pour la Sampdoria ", dit-il. Cette saison, tu as eu une promotion. En novembre, contre l'AS Roma, tu as porté le brassard de capitaine. DENNIS PRAET : En fait, je suis troisième dans la hiérarchie des capitaines. Si j'ai porté le brassard face à la Roma, c'est un hasard. Fabio Quagliarella était sur le banc et Edgar Baretto est blessé depuis un bout de temps. D'ailleurs, ce jour-là, j'ai livré mon plus mauvais match de la saison. Je souffrais des abdominaux et je me dis que je n'aurais pas dû jouer. J'ai d'ailleurs demandé à être remplacé au repos. Mais tu es tout de même très régulier cette saison ? PRAET : C'est la saison de la confirmation. Je me sens dans la peau d'un titulaire et je sais que je peux jouer un rôle important. Pour vous donner un exemple : après les défenseurs centraux, je suis le joueur qui touche le plus de ballons sur un match : 45 en moyenne. Mon pourcentage de passes réussies est également plus élevé que la saison dernière. Ça veut dire que je continue à progresser. Il a quand même fallu un certain temps avant que l'entraîneur ne te considère comme un titulaire. PRAET : Ma première saison n'a pas été la meilleure de ma carrière. Il fallait que je m'adapte au système de Marco Giampaolo. Maintenant, ça fait presque trois ans que je travaille avec lui et j'ai tout compris. Je joue pratiquement sur pilote automatique. Mais je vois avec les nouveaux que sa tactique exige beaucoup de réflexion. Les défenseurs, surtout, ont besoin de temps pour maîtriser la défense en ligne. Le coach leur demande de ne pas tenir compte des joueurs qui partent en profondeur mais de rester concentrés sur le porteur du ballon. Giampaolo ne veut pas voir un défenseur faire 50 mètres balle au pied. Il est impitoyable à ce niveau. Depuis que je suis à la Sampdoria, on a toujours joué en 4-3-2-1 et ça fait trois ans qu'on s'entraîne pour maîtriser le système... Tu n'en as pas marre des entraînements ? PRAET : À la longue, c'est dur. J'avoue que cette saison, c'est un peu plus varié. Le coach se dit peut-être qu'il ne doit pas nous surentraîner. Il a sans doute senti qu'on avait parfois besoin d'autre chose. Ces dernières années, on marque beaucoup plus qu'avant en Serie A. Les clubs italiens ont-ils définitivement tourné le dos au catenaccio ? PRAET : Les gens se font une fausse image de l'Italie : en général, les matches sont ouverts. Je n'ai jamais senti qu'on y jouait très défensivement. Je pense que trois clubs maximum parquent le bus. Contre eux, il faut marquer très vite et ça va tout seul. À domicile contre Frosinone, on a connu la situation inverse : on a eu 75 % de possession de balle mais on n'a pas marqué et on s'est fait cueillir en contre. C'est resté 0-1. La Juventus est championne chaque année. Ce n'est pas ennuyeux ? Cette saison, même les autres grands clubs n'arrivent pas à rivaliser. PRAET : C'est sûr que ce n'est pas en Italie qu'il y a du suspense. Pas pour le titre, en tout cas. La Juve est un club particulier, hein. Souvent, en première mi-temps, on a l'impression de pouvoir prendre quelque chose. Mais après 90 minutes, c'est 3-0... Ses joueurs savent parfaitement à quel niveau ils doivent jouer pour s'imposer. Et quand ils doivent accélérer. Qui aurait cru qu'ils marqueraient trois buts face à l'Atlético Madrid ? Personne ! C'est tout simplement une équipe très forte. Elle ne pratique pas le plus beau football, elle ne tire pas souvent au but mais elle sait comment aborder un match. Au cours des deux dernières saisons, la Sampdoria a chaque fois terminé dixième. Elle n'a plus participé aux poules de l'Europa League depuis 2010. Vous serez européens la saison prochaine ? PRAET : La saison dernière, on n'a loupé l'Europe qu'en fin de championnat. Ça ne peut plus nous arriver. Je constate qu'on a progressé depuis l'arrivée de Giampaolo : au terme de sa première saison, on avait pris 48 points ; après la deuxième, on était à 54 unités. Et on peut faire mieux cette année. Un ticket européen signifierait beaucoup pour la Sampdoria. Selon notre président, Massimo Ferrero - qu'on appelle tous presidente - on a la meilleure équipe d'Italie et on doit être champions ( il rit). Mais tous les présidents disent ça ! Si Sassuolo, Torino et l'Atalanta arrivent de temps en temps en Coupe d'Europe, la Sampdoria peut y arriver aussi, non ? PRAET : Beaucoup de clubs ont un budget supérieur à celui de la Samp. La Juventus, Naples, les deux clubs milanais et les deux clubs romains terminent généralement parmi les six premiers. Juste en dessous, la Fiorentina, l'Atalanta - qui se débrouille très bien ces dernières années - et Torino luttent pour le dernier ticket européen. En Italie, un club moyen doit donc livrer une excellente saison pour être européen. Vous avez une arme secrète : Fabio Quagliarella, âgé de 36 ans, auteur de 12 et 19 buts au cours des deux derniers exercices et qui en est déjà à 21 cette saison. PRAET : Être devant Cristiano Ronaldo et Krzysztof Piatek à son âge, c'est énorme. Il y a des jours où Fabio s'entraîne peu mais son corps suit toujours. Inconsciemment, on le ménage. Quand il a le ballon, on est plus prudent. Personne ne veut le blesser. D'autant qu'il a son caractère et que ses réactions sont parfois imprévisibles... Au cours de ses premiers mois chez nous, notre défenseur danois Joachim Andersen allait au duel mais il ne connaissait pas encore Fabio. Maintenant, il fait attention aussi. Tu n'es plus le joueur qui a débuté à Anderlecht lors d'un match de coupe contre Lommel, à l'automne 2011. Dans quelle mesure l'Italie t'a-t-elle changé ? PRAET : Il y a peu, j'ai revu les images de mes débuts. J'étais maigre, gentil et insouciant. Je jouais en 10 et je courais partout. Aujourd'hui, je suis mezzala et on attend autre chose de moi. Je dois participer à la construction et m'infiltrer si c'est possible. Je contrôle davantage le jeu et je suis plus fort physiquement. Je n'ai pas perdu ma créativité mais, en raison de mon placement et de notre style de jeu, elle se voit moins. Tu as attendu 15 mois avant d'inscrire ton premier but sous le maillot de la Sampdoria et tu n'en as marqué que 4 en 99 matches. Ces statistiques te font mal ? PRAET : À Anderlecht, je devais amener des buts ou marquer moi-même. Désormais, ce n'est plus ma préoccupation principale. Cette saison, j'ai inscrit deux buts, c'est déjà plus que la saison dernière... Karol Linetty, mon équipier dans l'entrejeu, en a marqué trois. Ce n'est pas notre rôle. À cette place, il ne faut pas attendre de nous que nous marquions dix fois. C'est la troisième année consécutive qu'on pose le même constat : presque tous les buts et les assists sont pour les trequartistas et les attaquants. Quand as-tu pris conscience de cela ? PRAET : Au cours de ma première saison, je râlais de devoir jouer aussi bas et d'arriver aussi peu souvent devant le but. La deuxième année, j'ai changé d'état d'esprit : je me suis juré de me concentrer exclusivement sur ma nouvelle place. Mon père me dit toujours que je devrais penser davantage à moi mais j'ai l'esprit d'équipe et ça ne changera jamais. Si j'ai l'occasion de dribbler, je le fais. Mais ça devient rare. Et aujourd'hui, j'ai admis le fait d'arriver moins souvent en position de tir. À la Sampdoria, on est content de toi : en novembre dernier, on a prolongé ton contrat jusqu'en 2021. Tu vas donc rester encore un peu à Gênes. À moins que ça ne cache quelque chose... PRAET : C'était une très belle proposition. Il me restait un an de contrat à l'issue de celle-ci et la direction ne voulait pas arriver en position de faiblesse au moment de renégocier. C'était donc du win-win. Maintenant, c'est toi qui es en mauvaise posture si tu veux partir. PRAET : La direction est ouverte au dialogue et on a pris des accords pour l'avenir. J'en suis content et eux aussi. Tout ça a été scellé par une prolongation de contrat et c'est très bien ainsi. Le passé récent a démontré que la Sampdoria ne cherchait pas à retenir ses joueurs. PRAET : La Sampdoria doit vendre des joueurs chaque année. C'est une des raisons pour lesquelles il n'est pas facile de lutter pour un ticket européen. Si je compare avec Torino et Atalanta, nos soi-disant concurrents... Torino a réussi à conserver Andrea Belotti, son meilleur joueur, tandis que l'Atalanta nous a pris Duván Zappata l'été dernier. Ça démontre bien la différence de budget qu'il y a entre l'Atalanta et la Sampdoria. L'été dernier, les journaux italiens ont titré que la Juventus s'intéressait fortement à toi. Tu as cru à un transfert ? PRAET : La possibilité existait mais il fallait que toutes les parties s'y retrouvent. Ce n'était pas le cas et désormais, c'est du passé. Je ne regrette rien. On s'intéresse à moi et c'est bon signe : ça veut dire que je fais bien mon travail à la Sampdoria. Un jour, je jouerai dans un plus grand club. Je veux sans cesse me fixer de nouveaux défis. On ne peut jamais se satisfaire de ce qu'on a. Roberto Martinez vient de te sélectionner trois fois de suite. Tu considères que tu fais désormais définitivement partie du noyau des Diables Rouges ? PRAET : ( il réfléchit) Quand le coach donne sa sélection, je ne suis jamais sûr d'y être à 100 %. Je suis toujours un peu dans l'expectative. Au cours des derniers mois, je me suis bien intégré à l'équipe et je me suis mis en évidence à l'entraînement. Je constate cependant qu'avant les matches, je suis plus nerveux qu'à la Sampdoria. Ça me fait quelque chose de me retrouver avec des stars comme Eden Hazard. Mais je vais m'y habituer. Il y a un an, tu déclarais que tu ne comprenais pas pourquoi on sélectionnait des joueurs qui étaient sur le banc dans leur club... PRAET : Je n'avais pas tout à fait dit ça comme ça... Je pense qu'il faut sélectionner des joueurs en forme. Un Belge qui joue bien dans son club doit pouvoir entrer en ligne de compte pour l'équipe nationale. Bien entendu, il peut y avoir des exceptions. Je peux comprendre que le sélectionneur continuer à appeler un joueur, même si celui-ci se retrouve momentanément sur le banc. Lors de ton retour chez les Diables, en octobre, tu as eu une bonne discussion avec Martinez. Vous avez évoqué ta longue absence ? PRAET : Non. Encore une fois : le fait de ne pas avoir été sélectionné au cours des dernières années ne me tracassait pas trop. Je peux comprendre Martinez : au moment où il a composé son noyau, j'étais toujours en pleine période d'adaptation à la Sampdoria. L'équipe a pris forme et il était difficile pour le sélectionneur de m'y introduire. Je trouve normal qu'il ait attendu la fin de la Coupe du monde pour injecter du sang neuf. Mais maintenant, je veux rester dans l'équipe. C'est mon objectif pour 2020.