Peugeot 308 coupé sport aux vitres teintées, polo officiel du club et sourire Colgate. Grand, blond, bronzé, Nicolas n'a pas changé. Simple et efficace, il nous ouvre les portes du petit, mais cosy, stade Manuel Ferreira. On se croirait presque en Belgique. Sauf que non, il y a une porte blindée et des traces d'impacts.
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Peugeot 308 coupé sport aux vitres teintées, polo officiel du club et sourire Colgate. Grand, blond, bronzé, Nicolas n'a pas changé. Simple et efficace, il nous ouvre les portes du petit, mais cosy, stade Manuel Ferreira. On se croirait presque en Belgique. Sauf que non, il y a une porte blindée et des traces d'impacts. " Elle a été installée il y a quelques semaines suite aux incidents survenus après la dernière défaite. " On est bien au Paraguay. À Olimpia plus précisément. Club phare d'Asunción et rival historique du Cerro Porteño. Un club qui empoche un titre sur deux depuis l'après-guerre, mais qui a vu arriver le nouveau millénaire comme un boulet. Un titre national en quinze ans, un début de saison raté et des supporters un peu amers ont même fait fuir les joueurs de leur propre stade. " On a un peu de mal avec la pression, du coup on a déménagé à l'Estadio Defensores del Chaco depuis plusieurs matchs. " Frutos n'en revient pas, mais c'est comme ça. Les temps changent et les jeunes footballeurs avec eux. Puisque les joueurs ne supportent plus les insultes de leurs propres supporters, ils ont préféré déménager dans l'immense et moins intime arène normalement dévolue aux matchs de la sélection paraguayenne. À la limite, pour Frutos, ce n'est pas plus mal. Lui et son équipe réservebénéficient maintenant d'un billard inutilisé. Oui, car avant d'entraîner, comme il l'espère un jour, la sélection argentine et Anderlecht, Nicolas Frutos s'échauffe à l'ombre des quolibets et de la critique. Au calme. Super. Honnêtement, j'étais déjà venu une fois quand j'avais six ou sept ans avec la famille, mais je ne connaissais pas bien le Paraguay. Mais étant donné que c'est un pays frontalier avec l'Argentine, quand tu allumes la télévision, tu as presque plus de programmes argentins que paraguayens. C'est un peu comme la Belgique et la France à ce niveau-là. C'est un petit pays qui habite à côté d'un grand pays. La seule chose qui me manque ici, c'est de marquer des buts et d'entendre le public crier mon nom après avoir mis la balle au fond. Mis à part ça, j'adore ce que je fais maintenant. Quand je suis arrivé, l'entraîneur de l'équipe, c'était Nery Pumpido, champion du monde 1986 avec l'Argentine. C'est grâce à lui que je suis devenu professionnel à 19 ans à l'Union Santa Fe. Quand j'ai arrêté ma carrière à 28 ans, je lui ai expliqué que je travaillais depuis plusieurs années déjà sur un projet pour la formation des jeunes. C'est lui qui m'a donné les clefs pour commencer à travailler à Santa Fe. Ensuite, c'est encore lui qui m'a appelé pour me demander de le rejoindre ici, où je suis entraîneur de la réserve. En plus, je m'occupe aussi d'analyser les futurs adversaires de la première. Je t'assure que ça me fait de grosses journées parce qu'avec la chaleur qu'il fait ici, je suis obligé de me lever à 5 h du matin pour pouvoir être à 7 h sur le terrain pour la première séance de préparation de la journée. Tu sais, c'est difficile quand tu ne joues pas. Je me suis rendu compte que c'était plus facile d'être sur le terrain. En dehors, c'est très stressant, parce que tu peux donner ton opinion, mais ce n'est pas toi qui fais les choix. Néanmoins, c'est une expérience importante pour moi dans mon développement. Ma plus grande fille m'en parle tous les jours. Elle se sent plus belge que toi et moi. Mais non, ce n'est pas un rêve, c'est quelque chose que je vais faire. Je viendrai un jour entraîner en Belgique, ça, c'est certain. À un moment, ça va arriver dans ma carrière, c'est une évidence. Les trois fois où je suis rentré en Belgique ces derniers temps, j'ai à chaque fois pu discuter avec Besnik. C'est quelqu'un d'intelligent, qui pense beaucoup, qui aime bien la tactique, qui travaille énormément. Au moment où il a reçu le poste de T1, j'étais sûr que ça allait bien fonctionner. Mais donc oui, d'une certaine manière, ça me donne de l'espoir, parce que ça montre que les dirigeants font confiance dans de jeunes entraîneurs. Je suis sûr que j'aurai aussi mon moment. Je me suis entraîné avec Besnik, mais j'ai joué avec Yves pendant quelques mois, c'est vrai. Yves, c'est un bosseur. Lui et Besnik, ils me font un peu penser à " Cholo " Simeone à l'Atlético Madrid. J'aime bien ce genre de profil d'entraîneur. Je suis impatient de pouvoir montrer mon propre style. En Argentine, je suis d'Independiente, mais ce n'est pas comme avec Anderlecht. Si j'ai d'autres offres à Buenos Aires, je les étudierai. En Belgique, c'est plus difficile. Je ne pourrais pas faire ce qu'a fait Jonathan Legear en allant au Standard, mais c'est différent parce que lui est liégeois. Pour moi, le Standard et Bruges, c'est impossible. Mais si j'allais à Charleroi, c'est Anderlecht qui devrait me dire : " Allez Nico, tu peux y aller, il n'y a pas de problème, et si ça va bien là-bas, tu peux venir chez nous après. " Mais je préférerais commencer dans un club ici. Alors, si ça se passe super bien, je pourrais retourner dans mon club en Belgique. Tous les matins, mon premier réflexe, c'est de lire la presse belge sur mon téléphone. Avant même d'ouvrir un journal paraguayen. Sur mon Android, j'ai toutes les applications de tous les journaux pour savoir ce qui se passe. Et je regarde encore presque tous les matches d'Anderlecht quand la connexion internet me le permet, parce qu'ici ce n'est pas toujours facile. Pour moi, c'est un excellent joueur. Je pense qu'Anderlecht a fait une affaire extraordinaire avec lui. Il a 20 ans et c'est déjà un super attaquant. D'accord, il loupe des occasions, mais il ne faut pas oublier qu'il a 20 ans. L'important, à cet âge-là, c'est d'être en mesure de se créer des occasions. Faut pas s'inquiéter pour lui, il finira dans un grand championnat. Pas beaucoup, mais dans les grandes occasions, oui. Quand Anderlecht est champion, j'envoie un petit message, pour le Nouvel An aussi. Et quand Herman a eu 60 ans, je lui ai aussi envoyé un SMS. Mais celui avec qui je suis encore en contact quotidien, c'est Gérard Witters, le responsable de la cellule scouting en Amérique du Sud. Parfois, je lui donne des infos sur des joueurs aussi. Le dernier en date, c'est Juan Ignacio Cavallaro. Anderlecht a fait une offre il y a trois ans, mais l'Union Santa Fe ne voulait pas vendre et aujourd'hui il est à San Lorenzo et a gagné la Copa Libertadores. Il a 20 ans, peut-être qu'on le verra un jour à Anderlecht, mais son prix n'est évidemment plus le même. Le président Roger Vanden Stock me l'avait présenté quand j'étais encore à Anderlecht. J'aime bien sa mentalité, parce que c'est quelqu'un qui est toujours prêt à s'ouvrir. Il est simple et cherche avant tout à accueillir de nouvelles personnes qui veulent travailler dans l'intérêt du club. Je pense que ça va être difficile de faire le même boulot que la famille Vanden Stock, mais c'est possible. Je ne connais pas bien Alexandre Van Damme, mais je sais que c'est quelqu'un qui a réussi et qui est très professionnel dans son boulot. Il est jeune, il est intelligent, ça peut être une bonne chose pour Anderlecht. Après, le plus important dans le foot, c'est d'avoir des résultats. Moi, j'ai eu des résultats comme joueur, c'est ça qui m'a laissé des portes ouvertes. Maintenant, je dois montrer mes capacités comme entraîneur. Comme entraîneur, s'il y a un joueur qui fait la même chose que moi à l'époque, je le mets toujours sur le terrain. Même si c'est pour cinq minutes. C'est normal parce que le plus important dans le foot, c'est de marquer des buts et c'est ce que je faisais de mieux, je pense. Luigi, c'était un joueur avec des qualités énormes. La même chose vaut pour Tom De Sutter, Cyril Théréau ou Dmitri Bulykin... Des attaquants, il y en a beaucoup, mais il faut savoir jouer avec la pression. Moi, plus il y avait de la pression, mieux je me sentais. C'était plus facile. Mais il y en a beaucoup qui pensent aux 25.000 personnes qui espèrent qu'il marque un but et qui, du coup, perdent leur football. Ces mecs-là, ils peuvent marquer 30 buts à Mouscron, mais pas à Anderlecht. Cela, tu ne peux pas le savoir avant de les acheter. Je pense que Nicolas Frutos avait cette faculté d'être boosté par la pression. Non, jamais. Je peux te le dire aujourd'hui. J'étais quelqu'un de très positif dans les vestiaires, parce que je voulais toujours gagner. J'aimais bien parler avec tout le monde. Je n'avais pas le profil d'une star. Je n'ai jamais eu de grosses voitures, je n'ai jamais dépensé beaucoup d'argent pour des bêtises. Le plus important pour moi, c'est de gagner. Je n'ai jamais eu de relations privilégiées avec un entraineur, parce qu'ils ne devaient pas me dire grand-chose. Ils savaient ce que je voulais. Ils attendaient juste que je le fasse. Non, il a raison. (Très sérieux) J'ai parlé à Maradona plusieurs fois. Je sais qu'il était intéressé par mon profil. C'est terrible ça... (long silence) C'est la chose qui m'a manqué vraiment, mais bon ça n'a pas été possible comme joueur, ça arrivera comme entraîneur. Un jour, j'entraînerai l'Argentine. Oui, bien sûr. Jamais de la vie, je ne dirai quelque chose si je n'y crois pas. C'est la même chose que marquer. Je n'ai jamais su que j'allais gagner un match, mais j'ai toujours su que j'allais marquer. C'est une question de sentiment. Même aujourd'hui, j'ai encore ça. Si je joue, je sais que je peux marquer sans problème. L'an passé, j'ai eu un dernier plaisir. Je suis rentré 15 minutes avec la première d'un club amateur que j'ai créé à Santa Fe pour permettre aux gens de la rue de jouer au football. J'ai marqué un but extraordinaire (il mime une reprise acrobatique, ndlr) trois minutes après être rentré au jeu. Je n'ai rien perdu. Rien du tout. J'ai fini le match, j'ai pris mes chaussures et j'en ai donné une à chacune de mes filles et j'ai dit : " Maintenant, papa, c'est terminé ! " Bien sûr, hier, j'ai encore parlé avec lui. Il travaille avec Messi maintenant. À mon avis, s'il ne vient plus à Anderlecht, c'est parce qu'il n'a plus le temps. Il est au Mexique, en Italie, en Espagne, en France, il est partout, Juan. Tu dois aller demander à un musulman s'il a des doutes sur Allah. Ou à un catholique, s'il a des doutes sur Dieu. C'est la même chose. Tu ne peux pas comparer le staff médical d'Anderlecht à Juan Mendoza, ce serait comme comparer Nicolas Frutos à Gabriel Batistuta. Ce n'est pas la même chose, c'est tout. Je ne pense même pas que j'aurais un jour joué à Anderlecht si je n'avais pas rencontré Mendoza à Buenos Aires. Tous les joueurs d'Argentine ont un jour été chez Mendoza. Tous les clubs de Buenos Aires travaillent avec lui. Un peu plus d'argent, c'est peut-être la seule chose qui me manque vraiment. Mais c'est normal quand comme moi, on est obligé d'arrêter alors que les meilleures années doivent encore venir. Avec mes économies, j'ai acheté à Buenos Aires et Santa Fe, mais je dois encore travailler, je ne suis pas rentier. Ce que je regrette, c'est de ne jamais avoir acheté à Bruxelles, c'est sans doute une erreur. J'aurais peut-être dû avoir un pied-à-terre là-bas. Anderlecht sait, de toute façon, que j'ai laissé ma vie pour le club et que si demain on m'appelle pour aller visionner un joueur au Brésil, j'y vais et je paye moi-même sans problème. Non, aucune. Pourtant, je suis quelqu'un qui aime bien régler les problèmes. Ici, ce n'est pas encore le cas. Je suis très fidèle comme ami, mais là je ne comprends vraiment pas. J'ai peut-être une explication à donner, mais je ne suis pas sûr et de toute façon, c'est du domaine du privé. Mais je pense qu'il a des personnes à ses côtés qui ne lui donnent pas de bons conseils. Pas contre moi, mais en règle générale. Parce que quand j'entends qu'il dit de mauvaises choses sur Anderlecht ou sur Herman, ce n'est pas normal, ce n'est pas Lucas. Il y a quelqu'un qui lui met les mots dans la bouche. C'est vrai, c'est un bon garçon, mais il n'a pas de personnalité. Il est terriblement influençable. Oui, c'est vrai. Mais ce n'est pas une question de caractère. Lucas et moi, on dormait ensemble, ma fille dormait avec lui et sa femme dans leur lit. On avait une relation d'amis proches. C'est des choix dans la vie, je ne vais pas pleurer pour ça, mais c'est triste. C'était beau. Tu sais, ayant joué à Anderlecht pendant presque cinq ans, j'ai l'impression d'avoir participé à l'évolution du football belge. De sa mentalité notamment. Et le fait de me dire que j'ai peut-être un peu participé à une partie de l'évolution d'un football qui est maintenant un des meilleurs du monde, c'est quelque chose d'important pour moi. Honnêtement, c'est quelque chose d'extraordinaire pour nous. Je suis catholique, mais pas pratiquant, mais c'est inexplicable ça. On a eu Maradona et Messi, maintenant on a le Pape. Les Argentins, je pense qu'on est fait pour être important dans le monde. Et puis, le Pape François, je pense qu'il a le charisme pour être là où il est et laisser une trace dans l'histoire. En Argentine, il y a des gens qui retournent à l'église alors qu'ils n'y allaient plus. C'est l'effet Pape François. PAR MARTIN GRIMBERGHS À ASUNCIÓN - PHOTOS : MARTIN GRIMBERGHS" J'ai l'impression d'avoir participé à l'évolution du football belge. " " Besnik Hasi me fait songer à Diego Simeone. " " Lucas Biglia est un bon garçon. Mais il n'a aucune personnalité. " " Comparer le staff médical d'Anderlecht à Juan Mendoza, c'est comme me comparer à Gabriel Batistuta. "