Les Golf du club ont déjà quelques centaines de bornes dans les jantes quand les joueurs de Mons se présentent au Stade Tondreau, sur le coup de 9h30. Marc Grosjean s'est farci 150 kilomètres, depuis Comblain. Trois Français ( Eric Joly, Tarik Kharif et Claude-Arnaud Rivenet) résident dans la banlieue de Lille.
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Les Golf du club ont déjà quelques centaines de bornes dans les jantes quand les joueurs de Mons se présentent au Stade Tondreau, sur le coup de 9h30. Marc Grosjean s'est farci 150 kilomètres, depuis Comblain. Trois Français ( Eric Joly, Tarik Kharif et Claude-Arnaud Rivenet) résident dans la banlieue de Lille. Dès que l'on pénètre dans les installations de l'Albert, on ne peut pas rater un imposant poster représentant la maquette du futur stade. La totalité de l'infrastructure actuelle sera rasée, par étapes. Une première tribune sera construite à partir de la fin de cette saison. Ensuite, il y en aura une nouvelle chaque année. Pour le début de la saison 2006-2007, tout devrait être terminé. En attendant, on fait avec ce que l'on a: le Tondreau est réellement exigu, mais finalement coquet en certains endroits. Les bureaux du personnel administratif ont été complètement rénovés pour pas un euro: c'est l'effet Jean-Claude Verbist. "Quand je suis arrivé, c'était la préhistoire", raconte le manager. "Il pleuvait dans tous les bureaux et la peinture se détachait des murs. J'ai trouvé des accords avec des sponsors qui ont tout refait, en sachant que ce n'est que du provisoire. Quand je parle de sponsors, ce sont plutôt des amis du club: ils n'ont envoyé aucune facture et ils n'ont même pas exigé que l'on agrandisse la taille de leurs panneaux publicitaires".La salle des joueurs, qui a été terminée pour le match contre le Standard, est vraiment agréable. Fort vitrée, elle offre une vue imprenable sur le terrain. On est au niveau de la pelouse et la ligne de touche est à trois mètres tout au plus. L'ambiance est à la franche rigolade lors de notre visite, mardi dernier. Trois jours plus tôt, les Dragons ont atomisé Charleroi et ont ainsi fait de Mons le premier club wallon. Après huit journées, ils ne sont qu'à deux petits points du champion en titre. éa discute gaiement autour d'un café agrémenté d'un yaourt pour les uns, d'un croissant pour les autres. Une fois de plus, tout le monde était à l'heure au rendez-vous, fixé une heure avant le début de l'entraînement."J'ai instauré un système d'amendes, mais je n'ai pas encore dû en donner une seule depuis le début de la saison", signale Grosjean. "Quand un joueur est coincé dans un embouteillage, il me prévient et c'est bon comme ça. Je ne vais pas lui demander de prendre le risque de se tuer sur la route pour être tip-top à l'heure". En constatant l'exiguïté du site, on se demande toutefois comment des matches de Mons pourront être prochainement retransmis en direct. Du côté de Canal+, on se gratte d'ailleurs la tête. Vu les résultats de ce club, il était normal qu'il ait tôt ou tard les honneurs de cette chaîne. La décision a été prise de diffuser le match contre Genk, le 26 octobre. Maintenant, il faut assumer! Comment? En déplaçant dans ce coin du Hainaut une infrastructure complète: une tribune tubulaire pour supporter la caméra principale, des grues dotées de nacelles sur lesquelles seront disposées d'autres caméras, un éclairage supplémentaire...Le prix de revient n'est pas piqué des vers et c'est pour cela que Canal laissera finalement son équipement pendant une semaine complète au Tondreau et retransmettra, dans la foulée, le match contre Bruges prévu le samedi suivant. Deux fois Mons en direct! C'est Doudoul qui doit être content. Car ce seront, pour lui, deux occasions de se faire connaître dans la Belgique entière. Doudoul, c'est ce chanteur qui interprète des chansons très personnelles traitant du folklore montois. Il réside aujourd'hui en Auvergne pour avoir épousé une Française, mais il possède toujours un petit studio d'enregistrement à Mons et a sorti, il y a quelques semaines, un CD (financé par des administrateurs du club) qui rencontre son petit succès: L'Hymne à l'Albert. Installé dans le rond central, il le chante avant chaque match à domicile. Doudoul est un mélange de Lagaf et du Grand Jojo. Il aurait tant voulu prendre Doudou comme nom de scène. Mais c'est une appellation contrôlée et son détenteur, un musicien de Johnny Halliday, lui a mis des bâtons dans les roues... Benoît Liénard nous guide dans les coulisses du stade. Ce journaliste a travaillé durant 11 ans à la RTBF, pour laquelle il couvrait le basket, le tennis et le sport auto. Il fut notamment actif lors des Jeux d'Atlanta. Aujourd'hui, il possède sa propre boîte de communication et travaille en parallèle pour l'Albert: il fait fonction d'attaché de presse et réalise notamment le journal du club. Il passe chaque jour au Tondreau pour assurer l'efficacité des contacts entre les médias et le RAEC. Le plus petit vestiaire de D1Le programme de cette semaine a été quelque peu bouleversé. Après la victoire contre Charleroi, les joueurs ont sollicité un lundi de congé. Le coach a accepté mais a alors supprimé le jour libre habituel (mercredi). Une semaine de travail type, à Mons, c'est: deux entraînements lundi et mardi, un seul jeudi et vendredi. Le week-end dernier, Marc Grosjean a meublé la trêve de l'équipe nationale par un match amical contre Lille, qui venait d'atomiser Marseille en championnat de France. "C'est très bien comme ça", rigole le coach. "éa nous mettra dans les conditions du prochain match, à Anderlecht. Les trois quarts de mes joueurs n'auraient jamais imaginé, il y a quelques mois, qu'ils se produiraient un jour au Parc Astrid. Pour eux, c'est un cadeau fantastique".Ce jour-là, les joueurs se farcissent donc le travail généralement réservé au lundi: exercices physiques au bois le matin, ballon l'après-midi. A 10h15, un car vient les chercher au stade. Direction le bois d'Havré, à quelques kilomètres du Tondreau. Une fois débarqués, ils sont répartis en quatre groupes par Dominique Cuvelier, un des deux adjoints de Grosjean. Cette répartition fait suite aux derniers tests de lactate, qui déterminent la fréquence cardiaque à respecter pendant 12 minutes d'endurance pure, puis la même durée en endurance intensive - deux cross entrecoupés d'un quart d'heure d'étirements. Les joueurs qui récupèrent facilement de leurs efforts doivent s'en tenir à une fréquence cardiaque oscillant entre 110 et 130 battements. Les moins bons élèves doivent rester entre 125 et 145. Grosjean accompagne ce dernier groupe. "Je ne fais pratiquement plus de sport et les premières rondeurs apparaissent", dit-il. "Je ne peux pas me laisser aller"... Un test de Cooper sera prochainement au programme. Il y en a déjà eu un pendant l'été, et trois joueurs étaient sortis du lot: Chemcedine El Araichi, Tarik Kharif et Pascal De Vreese. Par contre, Cédric Roussel était tout en queue de peloton et le staff comprit vite qu'il devrait perdre six ou sept kilos. Après les deux exercices de course, le groupe passe aux déboulés avant d'avaler 12 nouvelles minutes en endurance pure. L'ensemble de ce travail représente environ une heure et demie au terme de laquelle le bus vient cueillir les joueurs à la sortie du bois. La grandeur de la nature contraste fortement avec l'étroitesse des vestiaires que les Montois retrouvent dès leur arrivée au stade. Pas facile de se frayer un chemin entre les vêtements et chaussures de villes, les godasses, les sacs... Ils sont d'ailleurs obligés d'occuper aussi le vestiaire des visiteurs, qui doit sans aucun doute être le plus petit de D1 avec 25 mètres carrés à tout casser. Notez que Gérard n'est guère mieux loti. C'est le responsable du matériel. Il se dresse devant nous et affirme, un large sourire aux lèvres: "Vous écrirez que je suis fier de mon club". Mon dieu, comme ça se voit... L'homme est passionné, dévoué, bénévole et méthodique. Il est entré en service lors du séjour de James Storme à l'Albert. La montée en D1, il l'a vécue comme l'apothéose de sa carrière. "C'est un peu plus stressant maintenant", reconnaît-il. "Les joueurs sont plus exigeants. C'est normal: ce sont des pros. On m'a demandé de ne jamais manquer de rien dans ma boutique car il faut que les joueurs puissent se concentrer à 100% sur leur football". Gérard sourit quand il évoque Thierry Pister. "C'était un chaud, il avait parfois des gestes de mauvaise humeur. Quand ça n'allait pas comme il le voulait, il frappait de toutes ses forces dans quelques ballons, sur le terrain d'entraînement. Il avait le mérite d'extérioriser, de ne rien garder pour lui". Les transats restent au placardUne fois douchés, les joueurs se retrouvent dans leur salle pour le repas. Au menu: potage suivi de carbonades accompagnées de riz. Ils se servent dès qu'ils arrivent, et l'ambiance à table est très cool. L'un téléphone, l'autre lit le journal, un troisième a les yeux rivés sur MTV. Dès le repas terminé, on quitte la table et la pièce. On est à cent lieues de la discipline militaire qui règne dans certains clubs de D1. "Je ne vois pas la nécessité de stresser inutilement mes joueurs", explique l'entraîneur. "On n'est plus à l'ère Ivic, quand même! Le plus important, c'est que tout le monde se sente bien dans son environnement de travail. Nous essayons de bosser de la façon la plus professionnelle possible avec le matériel dont nous disposons. Il y a, ailleurs, des exigences que nous ne pouvons pas avoir ici. Je ne peux pas imposer à mes joueurs de rester au stade entre les deux entraînements, vu que nous manquons d'espace. Que feraient-ils ici pendant une heure et demie? Le club a acheté des transats, mais nous n'avons pas de place pour les installer"... Beaucoup de joueurs prennent donc leur voiture et partent se changer les idées. Pour ceux qui le souhaitent, le centre-ville est même accessible à pied. "Mons est une ville très intime", observe Benoît Liénard. "On la traverse à pied en 20 minutes. La Grand-Place n'est qu'à 10 minutes du stade. Le fait qu'on trouve à Mons près de 8.000 étudiants contribue à entretenir une ambiance jeune et dynamique. Avouez que le centre est très attirant, avec le beffroi et l'hôtel de ville". Un hôtel de ville identique à celui de Louvain. Les deux édifices furent dessinés par le même architecte. Seule différence: il n'y a qu'un rez-de-chaussée à Mons alors que Louvain a les avantages d'un étage. "Mons avait déjà des problèmes financiers à l'époque", rit l'attaché de presse de l'Albert.Tous les joueurs reviennent au stade sur le coup de 14 heures. Ils se changent avant de reprendre le car qui les emmènera vers l'un de leurs... trois complexes d'entraînement. Un luxe? Certainement pas. Au contraire, les conditions de travail en semaine restent un souci à Mons. Le club ne possède pas ses propres terrains d'entraînement pour le noyau professionnel. Les Dragons se partagent entre les sites du SHAPE, de Havré (un centre appartenant à la Province) et de Jemappes (inauguré la semaine dernière). La quantité est là, mais pas nécessairement la qualité des pelouses. Un terrain synthétique devrait toutefois être aménagé prochainement. Quelques joueurs excédentaires devraient être prêtés ou vendus cet hiver, et l'argent ainsi épargné en salaires servira à faire venir à Mons un bon renfort et à aménager cette nouvelle pelouse.Une fois l'entraînement de l'après-midi terminé, les joueurs trinquent à la santé d'Eric Joly, qui fête son trentième anniversaire. On devine que les anciens ont une pensée pour Dimitri Mercier qui, quelques heures plus tard, sera le héros d'une soirée dont il ne sait rien. Quelques copains, dont Vincent Thoelen (un autre ex-Montois qui n'a pas été conservé dans l'effectif de D1) ont imaginé cette surprise pour celui qui passa 23 saisons à l'Albert. "Le cas Mercier, c'est un peu le revers de la médaille pour notre club", reconnaît Benoît Liénard. Dim est allé voir son ancienne équipe une seule fois, cette saison: à Gand. Mais il n'a jamais remis les pieds au Tondreau. Thoelen (aujourd'hui à Hamme) est encore plus radical: il a juré qu'on ne le reverrait plus jamais à un match de Mons. Ces deux hommes ont continué à occuper les pensées des supporters lors du premier match de la saison, à Beveren. Après une demi-heure de jeu, les fans hennuyers scandaient leurs noms, mais aussi ceux de Pister et de Wintacq, tout en réclamant le départ de Grosjean. La suite des événements leur a fait oublier leurs rancoeurs. Pierre DanvoyeJoly offre un verre avant la fête de Mercier