Le décor et le quotidien de Youri Tielemans... Présentation... Il a quatre points de chute. Le centre d'entraînement de La Turbie, sur les hauteurs. Le stade. Son appartement le long de la mer. Et l'hôtel où il nous reçoit pour ses confessions. C'est ici que le noyau de Leonardo Jardim fait ses mises au vert, et elles sont systématiques. Youri Tielemans connaît donc chaque couloir, chaque ascenseur, chaque terrasse de l'établissement. Il arrive en droite ligne du cabinet du pédiatre, où sa petite a passé l'épreuve des vaccins. " Elle a pleuré mais elle est courageuse... Elle vient juste d'avoir un an. Ça file vite... "
...

Le décor et le quotidien de Youri Tielemans... Présentation... Il a quatre points de chute. Le centre d'entraînement de La Turbie, sur les hauteurs. Le stade. Son appartement le long de la mer. Et l'hôtel où il nous reçoit pour ses confessions. C'est ici que le noyau de Leonardo Jardim fait ses mises au vert, et elles sont systématiques. Youri Tielemans connaît donc chaque couloir, chaque ascenseur, chaque terrasse de l'établissement. Il arrive en droite ligne du cabinet du pédiatre, où sa petite a passé l'épreuve des vaccins. " Elle a pleuré mais elle est courageuse... Elle vient juste d'avoir un an. Ça file vite... " Vitesse, précocité. Des fils rouges de la vie de ce gars de 20 printemps. Premier match pro avec Anderlecht à 16 ans. Première convocation chez les Diables à 18 ans. Déjà propriétaire, marié et père. " Des joueurs de Monaco sont surpris que je n'aie que 20 ans, ils sont étonnés par la façon dont je parle, dont je me comporte. Quand je leur dis que je suis marié et que j'ai un enfant, ça les étonne aussi. Pour moi, il n'y a rien d'anormal là-dedans. J'ai toujours bien planifié les choses. A partir du moment où je me sens prêt pour passer certaines grandes étapes de ma vie, j'y vais. Si tu es prêt, tu dois te lancer. Je suis sûr que c'est bénéfique pour mon évolution, ça m'apporte de la stabilité. " Le transfert sortant le plus cher de l'histoire du championnat belge fait le bilan de son aventure dans le sud. Un bon bilan. YOURI TIELEMANS : C'est positif. Très positif. Je suis venu ici pour progresser, pour apprendre un nouveau style de jeu, ça se passe très bien. Je ne voulais pas que le transfert traîne parce que je tenais à faire toute la préparation avec ma nouvelle équipe. Je ne le regrette pas, parce que le coach a eu le temps de tout m'expliquer et de m'intégrer, calmement. Il y a des moments où je joue plus, d'autres où je suis moins présent, mais ça fait partie de mon acclimatation. Le seul point noir de ma saison, c'est ma blessure au genou, en novembre. Je sortais de cinq titularisations consécutives, j'étais vraiment dans une bonne période. Sur le papier, la Ligue 1 n'est pas le championnat rêvé pour les gars qui aiment jouer au ballon comme toi. TIELEMANS : Il y a plusieurs façons de voir les choses. On a des équipes qui restent plus derrière, qui ferment tout, mais ça veut alors dire que les milieux de terrain touchent beaucoup de ballons. Et là, c'est très physique, très costaud, avec plein de duels. Tout est amplifié par rapport à la Belgique : le physique, l'aspect tactique, le côté technique. J'avais besoin de ça pour continuer ma progression. Tu as déjà joué une petite trentaine de matches. Tu trouves ça super parce que ça fait beaucoup, ou il y a un manque parce que tu ne joues parfois que quelques minutes ? TIELEMANS : A part pendant ma blessure, j'ai joué presque tous les matches. Oui, parfois pas longtemps. Entrer pour quelques minutes, ça fait aussi partie de mon évolution, l'entraîneur me l'a bien expliqué. Il tient à faire tourner. Il a plusieurs joueurs avec beaucoup de qualités et des caractéristiques différentes pour les postes dans le milieu du jeu. C'est logique qu'il adapte parfois son système. Mais tu as un caractère un peu impatient, donc ça doit parfois te chipoter, non ? TIELEMANS : Tous les footballeurs ambitieux sont impatients ! J'ai toujours envie de tout jouer. Donc, oui, ça peut m'arriver d'être impatient. Mais avec le recul, et quand on me donne des explications, je comprends mieux certaines choses. Sur le moment même, je me pose parfois des questions, mais après, je comprends mieux les choix du coach. Je ne suis pas de mauvaise humeur quand je commence sur le banc, je ne suis pas frustré. Simplement, j'ai envie d'être sur le terrain. C'est ça, l'ambition... (Il rigole).Monaco n'a plus perdu depuis fin novembre, vous venez d'enchaîner un quinzième match de Ligue 1 sans perdre. Mais pour un nouveau titre, Paris est trop loin. TIELEMANS : Il y a eu pas mal de mouvements dans le noyau pendant l'été, on a aussi eu des blessés, donc le coach a dû chercher le meilleur système, la meilleure compo. Mais dès que le groupe a été au complet, on y a été à fond et notre bonne série prouve que tout est maintenant bien en place. Evidemment, le PSG est loin devant. Mais on ne regarde pas du tout Paris, on se regarde nous-mêmes et on surveille Marseille et Lyon dans notre dos. Sur un match contre Paris, on peut toujours le faire. Mais sur le long terme, s'ils ne gaspillent pas des points à gauche et à droite, c'est vraiment compliqué. On sait aussi qu'il y a un gros esprit de revanche chez eux parce que la saison passée, c'est Monaco qui a été champion. Ça n'a pas plu là-bas, ça les fait réagir. Et puis le PSG a construit un groupe pour aller très loin en Ligue des Champions, donc c'est un peu normal qu'ils soient au-dessus du lot en Ligue 1. Pour nous, le vrai objectif, c'est la deuxième place parce qu'elle nous qualifierait directement pour la Ligue des Champions. Vous allez jouer le PSG en finale de la Coupe de la Ligue, tu y crois ? TIELEMANS : Tout est possible sur un match, donc on va jouer le coup à fond et je suis convaincu qu'on a nos chances. Comment tu expliques votre parcours très compliqué en Ligue des Champions ? Avec Porto, le Besiktas et Leipzig, vous n'étiez pas non plus tombé dans le groupe de la mort ? TIELEMANS : Tout le monde a sous-estimé nos adversaires dès le début. C'était costaud. Maintenant, on ne va pas se mentir, on n'a pas été à notre niveau. Du premier au dernier match. On n'a pas assez marqué, on a pris trop de buts. L'objectif était de sortir de la poule, surtout que Monaco venait de jouer la demi-finale et avait un gros statut avec son titre de champion de France. Mais il nous a manqué quelque chose. En Ligue des Champions, tu dois être prêt dès que le premier match commence. On ne l'était pas. On cherchait encore nos marques. Il ne faut pas oublier que l'équipe a été fortement remaniée pendant l'été, il fallait que le groupe se forme et que les nouveaux s'intègrent. Tu avais joué ton tout premier match contre le PSG en Supercoupe. Tu avais crevé l'écran. Alain Giresse avait été élogieux dans L'Equipe, on avait lu aussi que Monaco s'était trouvé un nouveau Youri, après Djorkaeff... TIELEMANS : J'étais en pleine confiance, la préparation s'était super bien passée, je me sentais prêt. Les commentaires de Giresse, l'allusion à Djorkaeff, oui tout ça m'est revenu. Mais je n'ai jamais trop prêté attention aux flatteries parce que je sais qu'il y aura des critiques derrière si ça se passe moins bien. Alors, je prends un peu mes distances par rapport à ce qu'on dit et ce qu'on écrit. Après ce match, tu as pourtant commencé cinq matches de suite sur le banc. Surpris ? TIELEMANS : Oui, parce que je pensais avoir marqué des gros points contre Paris. J'en ai parlé à l'entraîneur, il m'a expliqué qu'il ne voulait pas me lancer trop vite, il m'a dit que je devais apprivoiser la Ligue 1 progressivement. Il voulait calmer les choses, en fait, me faire avancer tout doucement. C'était en pleine affaire Kylian Mbappé. Comment vous l'avez vécue ? TIELEMANS : Très tranquillement. Jusqu'au jour où son transfert à Paris a été officiel, Mbappé a tout donné à l'entraînement. On en parlait un peu dans le vestiaire, mais vaguement ! On ne lui demandait pas tous les jours s'il allait partir ou rester. Et dans la ville, je ne sais même pas si les gens en parlaient. Ça ne te manque pas, l'enthousiasme d'une ville de foot ? TIELEMANS : On vit avec, c'est assez calme ici, ça ne me dérange pas. On me laisse tranquille, c'est un bon côté des choses. Maintenant, s'il y avait un peu plus de monde dans notre stade, ce ne serait pas plus mal. Mais finalement, ça ne change pas grand-chose pour moi. Dès que je monte sur le terrain, je suis dans mon match, je n'entends plus rien. S'il y a des coups de sifflet, ils me passent au-dessus de la tête. S'il y a des encouragements, je n'y prête pas vraiment attention. Ça n'a aucune influence sur mon jeu. Mais il y a un gros contraste quand vous allez jouer à Marseille ou à Paris. TIELEMANS : Oui, c'est plus grand, plus fermé, il y a beaucoup plus de monde. On sent un public qui cherche à nous déstabiliser, on remarque que tous nos adversaires veulent battre le champion en titre. Il y a des sifflets, des insultes, moi ça me motive de faire taire les supporters adverses. En 185 matches avec Anderlecht, tu as marqué 35 buts et donné 31 assists. Ici, tu as un seul but et deux assists en 28 matches. C'est une question d'apprentissage du championnat, de position sur le terrain, d'autre chose ? TIELEMANS : Un peu de tout... Déjà, le système est différent, ici les actions offensives sont plus basées sur les gars qui jouent sur les côtés, les défenseurs aussi bien que les ailiers. Je joue aussi un peu plus bas qu'à Anderlecht. Et je ne fais parfois que des petits morceaux de matches, c'est encore une explication. Ta magnifique frappe calibrée de loin, elle est restée à Bruxelles ? TIELEMANS : Elle arrive, elle arrive... (Il rigole).Tu suis le parcours difficile d'Anderlecht cette saison ? TIELEMANS : Difficile, oui, c'est le mot... Je les suis, oui. Mais ils sont quand même bien revenus, depuis quelques semaines, ils montent en puissance et c'est le bon moment. Qu'ils fassent le boulot sans écouter les critiques des médias et du public, et ils ne sont finalement qu'à deux victoires de Bruges. Un groupe qui se laisse déstabiliser par les critiques, tu as connu ça ? TIELEMANS : Moi, ça ne m'a jamais posé de problème, j'ai toujours su faire abstraction, mettre de la distance. Mais pour certains joueurs, il y a beaucoup de pression à Anderlecht et c'est clair que ça joue sur leur niveau. Et quand on dit que la saison difficile d'Anderlecht s'explique d'abord par ton départ, tu réagis comment ? TIELEMANS : Positivement... L'année passée, on a fait une grosse saison, j'étais un des plus anciens du groupe et j'essayais d'apporter la culture du club à tous les nouveaux joueurs. Je pense que j'avais une bonne emprise sur le noyau. J'osais parler quand il fallait le faire. Je crois que tu as gardé un contact avec René Weiler après son départ ? TIELEMANS : Oui, je l'ai contacté. Il m'a dit qu'il avait remarqué un certain relâchement dans le groupe après le titre. Il l'avait prédit, d'ailleurs. Il voulait que les joueurs continuent à essayer d'être meilleurs, surtout que les adversaires allaient tout donner pour battre le champion. En début de saison, Anderlecht n'y était pas, il y avait ce relâchement. Weiler a senti progressivement que le bon esprit revenait petit à petit, que les joueurs étaient conscients qu'ils devaient en faire plus. Mais pour Weiler, c'était trop tard. Parce que quand tu commences à retravailler plus dur, il faut quand même quelques semaines pour que ça se voie dans les résultats. Weiler n'a pas eu ce temps-là. Comment tu l'as senti quand vous avez discuté ? Déçu ? Soulagé ? TIELEMANS : Surtout déçu parce qu'il aimait bien ce club, ce groupe. Le courant passait bien avec les joueurs, il y avait une vraie relation de confiance. Par exemple, il est arrivé qu'il supprime des mises au vert quand on lui disait qu'on préférait passer du temps en famille. Il était à l'écoute. Pour lui, à partir du moment où on était présents sur le terrain, le week-end, il n'y avait pas une obligation absolue d'aller au vert. Il avait envie de continuer dans le plus grand club de Belgique. Mais, comme il me l'a dit, les dirigeants n'étaient pas contents des résultats et ils ont décidé de mettre fin à son contrat.