Peut-être que le statut d'un joueur, dans un grand club, se reconnaît à ce genre de signe ? Fin décembre, BlaiseMatuidi s'est vu convié à une réunion de crise à Doha lors d'un mini-stage hivernal du PSG afin de statuer sur le cas d'EdinsonCavani, " coupable " d'avoir simulé une blessure afin de repartir plus tôt en Uruguay, lors de la trêve de Noël.
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Peut-être que le statut d'un joueur, dans un grand club, se reconnaît à ce genre de signe ? Fin décembre, BlaiseMatuidi s'est vu convié à une réunion de crise à Doha lors d'un mini-stage hivernal du PSG afin de statuer sur le cas d'EdinsonCavani, " coupable " d'avoir simulé une blessure afin de repartir plus tôt en Uruguay, lors de la trêve de Noël. Un rendez-vous initié par... ZlatanIbrahimovic et auquel participaient LaurentBlanc et les trois autres capitaines du club francilien : ThiagoMotta, ThiagoSilva et Matuidi donc, le soldat loyal que personne n'attendait là. Recruté en juillet 2011 par l'ancienne équipe dirigeante, l'ancien Stéphanois s'est fait une place au soleil au milieu de la constellation de vedettes internationales. A sa façon, discrète et foutrement efficace, sans se prendre pour un autre. " Dans le foot, il y a les ouvriers et les artistes. Moi, je suis plutôt à ranger parmi les ouvriers ", assurait-il à L'Equipe en septembre 2011. Depuis, personne ne songe à s'en passer tant sa progression laisse pantois. " Il peut être fier de lui, de son travail. Personne ne lui a fait de cadeau. S'il en est là c'est uniquement grâce à lui ", glisse MamadouSakho, coéquipier en sélection, qui l'a accueilli à Paris. Né en avril 1987, Matuidi n'a pas eu une trajectoire de footballeur surdoué à la façon de ses contemporains (HatemBenArfa, KarimBenzema, SamirNasri...), ni même de celle de RioMavuba, lancé trop tôt par RaymondDomenech chez les Bleus (à vingt ans en 2004) avec qui il partage les mêmes racines (mère angolaise, père congolais). Non, la carrière de Blaise ressemble plus à celle de ClaudeMakélélé (père congolais lui aussi), laissé-pour-compte à Marseille avant de renaître au Celta Vigo puis d'intégrer l'aristocratie du continent au Real Madrid, à Chelsea et de revenir sur le tard en équipe de France. " Blaise a toujours été intelligent dans ses choix. Après Troyes, il est allé à Saint-Etienne puis à Paris. Si le PSG n'était pas ce qu'il est aujourd'hui, il serait à l'étranger dans un grand club. Comme il se sait moins doué que d'autres, il travaille d'arrache-pied et agit en conséquence ", s'emballe Jean-MarcFurlan qui l'a lancé en pro en 2004, à Troyes. Pour Matuidi, comme pour beaucoup d'autres, tout a commencé dans sa cité, à la Cipière à Toulouse où il est né. Le dernier d'une fratrie de six (trois filles, trois garçons) veut imiter ses aînés, de même que PaulPogba, son partenaire en sélection. Quand il a six ans, en 1993, sa famille migre dans le Val-de-Marne, dans la banlieue sud de Paris. Comme le bianconero, il s'incruste auprès de ses grands frères. " On faisait des tournois tous les jours et on se disait qu'un jour on foulerait la pelouse du Parc. Je pleurais quand mon frère Junior, qui avait quatre ans de plus que moi, m'empêchait de jouer avec ses potes. Il ne comprenait pas pourquoi je n'évoluais pas avec les miens. Ce cinéma a duré jusqu'à ce que j'ai dix, onze ans où comme je pouvais me comparer, il s'est résigné ", se souvient le Parisien dans FranceFootball, en 2014. Il prend vite une licence à Fontenay-sous-Bois avant de muter pour Vincennes puis Créteil, deux autres clubs du Val-de-Marne avant qu'un dirigeant ne décide de l'inscrire au concours d'entrée de l'INF Clairefontaine. " Ce n'était pas un des plus doués mais il écoutait plus que les autres ", évoque Jean-ClaudeLafargue, un de ses premiers éducateurs. Au départ, il était ailier gauche mais il était bien plus utile dans le coeur du jeu. Comme d'autres, on lui a proposé de reculer. Son éducation familiale, son parcours à l'INF lui enseignent de devenir un joueur d'équipe. Pour lui, rien n'a été facile. C'est pourquoi sa réussite a quelque chose d'éblouissant. " Même son entrée dans la prestigieuse école française a posé problème. Né avec un rein dilaté, les premiers symptômes le touchent à l'âge de cinq ans avant de se manifester de nouveau sept ans plus tard. Il compile quelques séjours à l'hôpital où sa mère, avec qui il parle en lingala, le couve. Sa volonté fera le reste. " Blaise était discret, bon camarade et toujours présent. Tout le monde l'appréciait parce qu'il ne la ramenait jamais. C'était déjà une éponge mais personne ne s'en rendait compte. Il avait le profil de ceux qui doivent en faire plus pour se faire remarquer ", assure OumarSissoko, camarade de promotion, aujourd'hui au FC Metz. A la sortie de l'école, en 2003, Matuidi refuse l'Olympique lyonnais et son centre de formation réputé pour Troyes, un obscur club de Ligue 2. C'est un choix prémédité qui se révèle judicieux. Toujours peu sûr de lui, il estime qu'il fera plus aisément sa place dans l'Aube. Bonne pioche. Il débute en L2 en novembre 04, à 17 ans et demi. Au bout d'un an, ChristianCaminici, le responsable du centre de formation le signale au coach de l'équipe fanion. " Je lui ai dit : 'Demain, tu t'entraînes avec les pros'. " Il a eu mal au ventre toute la nuit. Le lendemain, Jean-Marc Furlan est venu le chercher au centre de formation en voiture pour l'emmener, ça l'a tout de suite mis à l'aise ", renseigne ce dernier. En Champagne, il apprend le job dans les rudes joutes du deuxième niveau. Il ne sortira plus de l'équipe et fait po te avec les plus anciens, comme il le fera à Saint-Etienne et à Paris. BenjaminNivet (39 ans, toujours en activité) : " A dix-sept ans, il prenait toute sa place, dans le vestiaire et sur le terrain, sans élever la voix. Sage et intelligent. " Sissoko, encore : " Blaise portait l'équipe sur son dos alors qu'il n'avait pas vingt ans. " Il connaît la montée dans l'élite la première année avant de redescendre la seconde. Sur le terrain, il évolue comme libéro, arrière gauche ou demi défensif. En dehors, il rencontre Isabelle, ostéopathe, la mère de ses enfants. A la fin de sa troisième saison, Lille, Lens et Tottenham font une offre à l'ESTAC mais il choisit l'AS Saint-Etienne. " J'ai souvent dit qu'il était le premier joueur que je mettais sur la feuille de match. Il a la science du jeu, c'est un des meilleurs du monde dans la récupération sans faire de faute. Je ne suis pas surpris de le voir répondre à Ibra sur le terrain, il le faisait déjà à dix-sept ans face aux remarques des cadres troyens quand il lui semblait qu'elles étaient injustifiées ", souligne Jean-Marc Furlan. Arrivé dans le Forez, Matuidi fait comme d'habitude. Il s'installe à la campagne, se met au travail, ne fait pas de vagues et se choisit des grands frères dont BafétimbiGomis. Souvent blessé, il tarde à faire son trou mais peu à peu - comme toujours - les choses rentrent dans l'ordre. " J'ai été surpris par sa maturité, son équilibre, sa simplicité et en même temps il était si déterminé alors qu'il était si jeune ", glisse BernardCaïazzo, l'un des deux présidents des Verts. Sur le pré, le futur Parisien apprend à se faire respecter dans un club si loin de son lustre d'antan. Contre le PSG, il est ciblé par Claude Makélélé à qui on commence à le comparer, ce qui dénote sa valeur. Un autre jour, il prend un coup de tête de StéphaneSessegnon. Une autre fois, il s'écharpe avec DimitriPayet, son...coéquipier lors d'une rencontre de championnat. " Il a appris à se faire respecter ", raconte LaurentRoussey, son premier coach à Saint-Etienne. " C'est un bon gars, toujours présent dans les zones de vérité. Il a gagné de la confiance. Jamais fatigué. Il n'a pas un physique que l'on remarque mais quand on l'a sur le paletot, c'est une autre affaire. Ses jambes sont des tentacules. Quand l'équipe baisse de rythme, lui est toujours constant. " Bientôt, malgré l'apport d'AlainPerrin puis de ChristopheGaltier, l'ASSE va s'avérer pas assez performante pour un joueur d'un tel calibre. En septembre 2011, Laurent Blanc l'appelle chez les Bleus, ni trop tôt ni trop tard. Comme ailleurs, Matuidi ne laisse que des regrets mais tout le monde se réjouit de sa progression. " Blaise est un homme attachant, tout le temps positif et de bonne humeur. Un mec sain qui ne cherche pas à mettre de coups, ultra-performant dans les duels. On l'appelait 'laPieuvre', tellement il ratissait de ballons et les rendait plus propres ", apprécie JérémieJanot, l'ancien portier des Verts. Ironie de l'histoire, Blaise Matuidi débarque à Paris en juillet 2011 au moment où Qatar Sport Investment vient de racheter le club francilien. " Je le croyais capable de s'élever en fonction de l'enjeu environnemental, de mettre l'équipe dans le sens de la marche quelle que soit l'équipe où il joue ", certifie aujourd'hui AlainRoche, le responsable de la cellule de recrutement de l'ancienne direction. Bonne pioche, là encore. Le PSG l'a payé cher (7,5M€ + 2,5M€ de bonus). Makélélé, en fin de carrière dans la capitale française, le prend sous son aile et plus rien ne sera plus pareil. Les entraîneurs passent (AntoineKombouaré, CarloAncelotti, Laurent Blanc) et la concurrence trépasse. Matuidi se fond dans le paysage, il élève le niveau à chaque étape, comme une évidence. Il n'est plus ce joueur de devoir, arrivé là par accident. Même Ancelotti, réticent au départ, en convient : " Il a gagné en agressivité, défend en avançant ", lâche-t-il en conférence de presse. Il écoute beaucoup les conseils et apprend beaucoup de Claude sur l'entraînement invisible, la récupération, les dangers de la vie parisienne. " Comme à Troyes et à Saint-Etienne, il se rapproche des cadors du vestiaire (Ibra, Thiago Silva, Thiago Motta ou Maxwell). Il y apprend les exigences du haut niveau. NickBroad, un des adjoints d'Ancelotti, le briefe sur la nourriture. Plus de M&M's et de petits déjeuners trop copieux et l'ancien Troyen engage même un cuisinier à domicile. Gaucher, comme Motta, Matuidi réalise l'impossible. Il ne casse pas la ligne d'avantage comme PatrickVieira, ne possède pas le jeu long d'un StevenGerrard ou la puissance de MichaelEssien, ni la précocité gestuelle de MarcoVerratti mais il est devenu un des meilleurs médians d'Europe (voir cadre). On pourrait ajouter aussi qu'il a pris du poids dans le vestiaire parisien. Au propre comme au figuré. Il a pris 3,5 kilos de muscle (73,5 kg pour 1,75m) et un nouvel agent. Il a quitté Jean-PierreBernès pour MinoRaiola, le représentant des Ibrahimovic, van der Wiel ou autres Maxwell. Sans compter les contrats de pub qui s'accumulent... L'été prochain, il jouera une bonne partie de sa postérité lors de l'Euro à domicile. En 2010, il a envisagé un court moment d'intégrer la sélection angolaise. Il s'est même rendu à Luanda avec son père FariaRivelino à l'invitation de la fédération locale. Son agent de l'époque, EtienneMendy, lui conseille de patienter un peu. Il est appelé par Blanc six mois après et DidierDeschamps ne jure que par lui, lui demandant juste de " penser parfois à s'économiser ". Comme partout, les débuts sont difficiles. Blessé, il traverse l'Euro 2012 comme un fantôme (seul joueur de champ avec MathieuValbuena à ne pas entrer en jeu). " Il a progressé niveau offensif mais il a été formé comme ailier gauche, ça l'aide. Blaise n'a jamais été le meilleur de son équipe mais il aime bosser. Quand on lui reproche amicalement de trop dormir, il explique que la sieste fait partie de son travail ", glisse Faria, son père. " Son jeu, finalement, ressemble à sa carrière, pense savoir, admiratif, Jean-Marc Furlan. Au départ, personne ne le calcule. Ce n'est pas le plus brillant, il n'est pas impressionnant question physique mais il est toujours dans le onze de départ. Plus le niveau monte, plus il est bon. " En quittant Paris pour le Real, Carlo Ancelotti ne disait pas autre chose : " Il est aussi indispensable qu'Ibra ou Silva. Il est intense, met du coeur dans le jeu. Il peut jouer n'importe où. " Pas tout à fait, néanmoins puisque NasserAl-Khelaïfi, le président du PSG, déclarait, péremptoire, il y a peu : " Blaise ne quittera jamais le Paris Saint-Germain. " PAR RICO RIZZITELLI À PARIS - PHOTO NIKE" Il était le premier joueur que je mettais sur la feuille de match. " JEAN-MARC FURLAN, SON ANCIEN COACH À TROYES