Herman Van Holsbeeck a soufflé 57 bougies samedi passé. En famille et dans l'allégresse. Indépendamment du résultat forgé le lendemain au Cercle Bruges, il était assuré de voir son club demeurer leader de la Jupiler Pro League. Et deux jours plus tôt, il avait déjà eu une autre raison de pavoiser puisque son Sporting, victorieux contre Sturm Graz en CE2, était assuré de passer l'hiver européen au chaud. Pas mal pour un homme qui était encore conspué par les supporters lors de la journée portes ouvertes du club.
...

Herman Van Holsbeeck a soufflé 57 bougies samedi passé. En famille et dans l'allégresse. Indépendamment du résultat forgé le lendemain au Cercle Bruges, il était assuré de voir son club demeurer leader de la Jupiler Pro League. Et deux jours plus tôt, il avait déjà eu une autre raison de pavoiser puisque son Sporting, victorieux contre Sturm Graz en CE2, était assuré de passer l'hiver européen au chaud. Pas mal pour un homme qui était encore conspué par les supporters lors de la journée portes ouvertes du club. Herman Van Holsbeeck : Honnêtement, non. Je pensais que l'équipe mettrait davantage de temps pour trouver ses marques. Mais dès le 5e match de la saison, au Club Bruges, j'étais fixé. Ce jour-là, nous n'avions peut-être pris qu'un seul et maigre petit point sur le terrain, mais moralement nous en avions engrangé trois, tant notre mainmise avait été totale devant une formation pourtant désignée comme favorite de la compétition. Cette performance nous aura boostés, au même titre que notre succès en déplacement au Lokomotiv Moscou. Il ne faut pas tirer de conclusions trop hâtives. Pour le même prix, Genk aurait pu perdre face à Chelsea, tout comme nous étions nous-mêmes passés par le chas de l'aiguille dans la capitale russe. Ce qui m'interpelle plus, dans ces divers cas de figure, c'est l'esprit de conquête affiché par tous nos représentants. Les Limbourgeois ont joué crânement leur chance face aux Londoniens ; le Standard a aligné deux attaquants à Poltava et les Bleu et Noir sont allés pour la gagne à Birmingham, à l'image du Sporting face au Sturm Graz. A l'heure des bilans, il est réjouissant de constater que tout le monde a été récompensé. Comme quoi, la fortune sourit aux audacieux. Dans le passé, nous avons souvent été tributaires d'un seul joueur dans notre division offensive. A mes propres débuts, en 2003, c'était Aruna Dindane. Ensuite il y a eu Nicolas Frutos, Ahmed Hassan et, enfin, Mbark Boussoufa, qui s'était érigé en Mister 50 % des Mauves. Avec lui, l'équipe penchait à gauche. Aujourd'hui, le danger est réparti sur tout le front de l'attaque. Milan Jovanovic a repris le flambeau dans ce secteur, Dieumerci Mbokani s'avère tout aussi déterminant que Romelu Lukaku en pointe et, du côté droit, Guillaume Gillet est en état de grâce depuis plusieurs semaines. Sans compter une autre bonne surprise : Fernando Canesin. On ne pouvait pas courir le risque d'entamer la campagne 2011-12 avec des joueurs non rompus au football belge. La plupart de ceux qui découvrent la réalité ambiante ont besoin de six mois, ou plus, pour s'adapter. Comme Sacha Kljestan, par exemple, qui fait l'unanimité aujourd'hui alors qu'il faisait figure de transfert raté il y a un an à peine. Je savais que des garçons comme Behrang Safari, Guillermo Molins ou Samuel s'exposeraient inévitablement aux mêmes difficultés. C'est pourquoi il convenait aussi d'attirer des éléments qui avaient fait leur preuve ici. Le président Roger Vanden Stock et moi avions rencontré fortuitement Jova au Qatar en début d'année. A l'époque, nous l'avions sondé dans l'optique d'un passage chez nous, vu qu'il jouait les utilités à Liverpool. Mais à ce moment, il désirait toujours faire son trou chez les Reds. Toutefois, il nous avait fait comprendre qu'en cas d'échec, Anderlecht serait sa priorité absolue. Nous avons dès lors été attentifs à sa situation, en prenant régulièrement de ses nouvelles. Quand nous avons entamé véritablement les négociations avec lui, il nous a fait comprendre son envie de reformer la paire avec Dieu. Et comme celui-ci n'était pas opposé non plus à un retour au Parc Astrid, nous avons activé ce dossier aussi. En fait, le souci de reconstituer le duo était présent, chez nous, dès les play-offs. La direction aurait aimé pouvoir présenter Jova à cette occasion. Mais son employeur anglais n'était toujours pas disposé à nous faire une fleur, sur le plan financier. J'ai préconisé qu'on patiente, tout comme j'ai joué la montre dans le cas de Dieu. Au final, cette démarche nous aura permis d'économiser plusieurs centaines de milliers d'euros. Pour ne pas dire des millions. Je savais pertinemment bien ce que je faisais. Mais les fans, eux, n'étaient évidemment pas au parfum. J'en ai pris pour mon grade mais c'était le prix à payer si on voulait acquérir ces deux joueurs à des conditions raisonnables. Dans la foulée, j'ai eu droit à des paroles de réconfort des dirigeants, l'homme fort du club en tête. Pour moi, c'était l'essentiel. Si j'ai été critiqué, au même titre que les autres décideurs, c'est peut-être à juste raison. Car nous avons sans doute minimisé les départs de Jelle Van Damme durant l'été 2010 ou de Mbark Boussoufa quelques mois plus tard. Le premier cas a eu une incidence sur notre parcours européen car tout porte à croire qu'avec son concours nous aurions franchi l'obstacle du Partizan Belgrade au dernier stade préliminaire de la Ligue des Champions. Et avec Bous jusqu'au bout, je n'ai pas l'impression que le titre nous aurait échappé. C'est la raison pour laquelle je me suis opposé avec véhémence au transfert de Roland Juhasz aux Glasgow Rangers. Car à quoi bon avoir une attaque à nouveau compétitive si on perd sa pièce-maîtresse derrière ? C'est vous qui le dites. Le Hongrois n'est pas encore parti. Mais s'il tient absolument à changer d'air après sept années de bons et loyaux services chez nous, on ne le retiendra pas. Il s'est montré d'une correction exemplaire envers nous en nous jurant fidélité malgré une offre très lucrative des Ecossais. Nous aurons la même attitude envers lui s'il a toujours envie de nous quitter en fin de saison. D'ici là, nous avons le temps de trouver une alternative. Le 3-4-3, qui a été longtemps d'application chez les jeunes, est une explication plausible à l'absence de véritables backs. Mais elle ne vaut pas pour les arrières centraux qui devraient être logiquement plus forts. Dans les classes d'âge, à ce niveau, nous sommes victimes de notre générosité offensive, avec des écarts souvent énormes au marquoir. Pour corser la difficulté, on fait sauter de catégorie les meilleurs, mais ce n'est toujours pas suffisant. Personnellement, je me demande dans quelle mesure il ne faudrait pas reconvertir plus tôt certains attaquants. Tous ne s'inscriront pas dans la durée à leur place. Dès lors, pourquoi ne pas les faire reculer dans le jeu comme cela s'était produit jadis avec des gars comme Georges Grün voire Bertrand Crasson ? Roland Juhasz est lui-même un attaquant axial devenu stoppeur. Il n'aurait vraisemblablement pas réalisé la même trajectoire s'il avait été maintenu devant. Tout à fait. Et un Samuel aussi d'ailleurs, qui n'est pas plus fort que ce que nous possédons à Neerpede. J'en retiens deux leçons. Premièrement, nous sommes peut-être plus riches en profondeur que nous le pensons généralement. La preuve avec Cheikhou Kouyaté. Deuxièmement, nous devons être encore plus pointus en matière de recrutement. Dans ce domaine, je plaide coupable. Il y a quelques années, aucun transfert n'était finalisé sans un ultime screening de ma part. Cette habitude s'est perdue ces derniers mois. Dans le cas de locations avec option d'achat, comme avec Diogo ou Samuel, ce n'est pas encore trop grave. Mais pour d'autres qui n'ont pas la bonne pointure, tels le Hondurien jadis, c'est plus problématique. La veine s'est tarie, tout simplement. A l'époque où j'étais allé en repérage là-bas, Independiente possédait des joueurs du calibre de Sergio Agüero, Nicolas Frutos et Lucas Biglia. Le premier est à Manchester City après avoir transité par l'Atletico Madrid et les deux autres ont abouti chez nous. Selon Nico, notre £il sur place, il n'y a plus rien de valable dans son ancien club. Et à Belgrano Cordoba, le club dont sont issus Matias Suarez et Pier Barrios, c'est la misère aussi. Nous sommes toujours prioritaires au cas où un joueur nous intéresserait là-bas mais un Mati ne se trouve évidemment pas chaque année. Ses joueurs ont effectué un stage d'une semaine chez nous récemment et nous avons conclu un accord sur les mêmes bases. Il y a du bon au sein du club-phare de Lubumbashi, mais sa richesse se situe essentiellement devant, un secteur où nous sommes plutôt bien fournis aussi. Les Corbeaux se sont séparés de l'un de leurs buteurs, Alain Kaluyitukadioko, parti à Al Ahli au Qatar, cet été. Il dispose encore d'un autre excellent attaquant en la personne de Patou Kabangu et d'un excellent milieu de terrain, Bedi Mbenza. Mais ils ont 25 et 27 ans. C'est limite pour faire le passage en Europe. L'idéal est de les accoutumer plus tôt. C'est pourquoi nous nous rendrons là-bas pour visionner le centre de formation du club. Au moment de régler le passage de Dalibor Veselinovic chez nous, il y a eu des échanges en ce sens. Depuis, plus rien. Pourtant, ce serait bien d'en arriver à un système de vases communicants entre les Coalisés et nous. Mais tant que Johan Vermeersch sera aux commandes là-bas, un accord sera problématique. Son club a beau être dans de sales draps, l'homme n'en soutient pas moins qu'il est dans le bon. Il est difficile de le raisonner dans ces conditions. Indirectement, il m'a poussé à me sublimer dans ce métier. Au moment où je lui ai appris, autrefois, que j'allais le quitter lui et son entreprise de construction pour tenter ma chance en tant que manager de football, il m'a dit : tuestroplimité. Je lui ai répondu tout de go : rendez- vousdans dix ans. Aujourd'hui, je suis directeur général d'un club qui est premier de la Jupiler Pro League alors que lui touche le fond avec le Brussels. J'avoue avoir savouré quand il m'a un jour téléphoné, de sa propre initiative, pour arrondir les angles entre nous. Il a cru qu'il allait m'anéantir mais sait depuis lors qu'un Herman Van Holsbeeck ne s'avoue jamais vaincu. Idem lors de la journée portes ouvertes cette saison. En rentrant à la maison, j'ai dit à mon épouse : pas de problème, ceux qui m'ont hué aujourd'hui m'acclameront dans trois mois. Est-ce que j'ai pas raison (il rit) ? J'ai fait la même réflexion à Tom De Sutter après son match malheureux en coupe contre Rupel-Boom. Et voyez, une semaine plus tard, il est applaudi par la foule lors de son but face aux Autrichiens. Neerpede est une aubaine à tous les niveaux. Les joueurs n'ont plus tendance à se disperser entre deux entraînements, vu qu'un espace spécial avec toutes les commodités y a été spécialement conçu pour eux. Ce qui contribue automatiquement à resserrer les liens. Et pour les dirigeants, dont les bureaux ont vue sur les pelouses d'entraînement, c'est une manière de prendre très régulièrement la température du groupe. En trois mois dans notre nouveau complexe, j'ai appris davantage qu'en sept ans au Parc Astrid, c'est tout dire. Là-bas, j'obtenais mes informations par la bande. A présent, j'ai le nez dessus. Je vois qui s'entraîne et qui sont les tire-au-flanc. Et je me rends compte aussi que le Sporting dispose toujours d'un coach très motivé. On lui a posé la question de confiance en fin de saison passée, pour savoir s'il n'était pas trop ébranlé suite à la 3e place du club en championnat. Il nous a répondu qu'il avait toujours autant envie qu'à ses débuts. Si sa passion est toujours intacte au bout de la campagne actuelle et si l'équipe poursuit sur la même voie, il n'y a pas de raison de stopper notre collaboration. Pour l'instant, aucune modification n'est à l'ordre du jour. Mais peut-être l'un ou l'autre voudra-t-il emprunter un autre chemin, qui sait ? Filip De Wilde a fait comprendre qu'il ne restera pas éternellement entraîneur des gardiens et peut-être Daniel Renders a-t-il d'autres projets aussi. L'entraîneur a échoué d'un fifrelin dans les test-matches contre le Standard et nous avait avertis que l'entreprise était risquée face aux Biélorusses avec une attaque composée des jeunes Kanu et Matias Suarez uniquement. Il avait d'ailleurs effectué la même mise en garde en cours d'exercice passé au moment où il était question d'une séparation avec Boussoufa. Nous n'avions pas estimé la situation à sa juste valeur et c'est pourquoi, à l'heure des bilans, nous n'avons pas voulu faire porter le chapeau au seul entraîneur. La direction était tout aussi responsable. Je ne connais aucun entraîneur gagnant à tous les coups. Tantôt les techniciens vous rapportent de l'argent, tantôt encore ils vous en coûtent. Il n'en allait pas autrement avec son devancier, Frankie Vercauteren. Celui-ci a peut-être contribué à l'épanouissement de garçons comme Vincent Kompany ou Anthony Vanden Borre. Mais c'est à cause de lui aussi que d'autres, et non des moindres, sont partis. Je songe à Dieu notamment. Il n'aurait jamais dû nous quitter. Avec lui dans nos rangs, Ariel Jacobs aurait gagné trois titres d'affilée. Car c'est le Congolais, plus que tout autre, qui a contribué au doublé du Standard en 2008 et 2009. Encore une erreur de casting de qui vous savez. Ariel Jacobs a essayé de le récupérer mais il était déjà trop tard à ce moment. A présent, il est lié pour quatre ans au Club Bruges et est devenu indéboulonnable, hélas. Exact. Nous allons changer notre fusil d'épaule afin que les meilleurs jeunes ne nous échappent plus. Notre volonté est d'investir tant et plus dans le blé en herbe et de faire venir chez nous la crème de la crème. Ces investissements-là seront coûteux mais si ces garçons sont bons, ils seront automatiquement rentables et pourront alors être revendus avec une plus-value. C'est le plan de carrière que nous avons en tête pour eux. A l'époque, le club n'y était pas préparé. Aujourd'hui, c'est différent. Nous sommes en quête d'un bon défenseur susceptible de remplacer Roland Juhasz le cas échéant. Si Lucas Biglia s'en va, nous avons Lukas Marecek comme alternative possible. Le jeune Tchèque dispose d'une dizaine de matches pour convaincre. Certains lui reprochent de jouer trop latéralement mais n'est-ce pas le reproche qu'on faisait également à notre Argentin à son arrivée chez nous ? Au départ, tous les nouveaux jouent la sécurité, par peur de mal faire. Ce n'est que plus tard, quand ils ont le sentiment d'être enfin bien installés, qu'ils s'enhardissent. La preuve avec Sacha Kljestan qui n'est plus du tout, aujourd'hui, le joueur timoré de ses débuts. Pour Matias Suarez, il y a des solutions internes aussi. Avec Guillermo Molins à droite, quand il sera à nouveau opérationnel. Ou avec Ronald Vargas pour une position plus axiale. Nous ne sommes pas démunis. Le titre, c'est l'assurance de rentrées conséquentes via la Ligue des Champions. Comparativement à l'Europa League, l'écart est sensible. Mais ce n'est pas parce qu'on vise le sacre et ses répercussions en fin de saison que le club fera des folies. Tant que je serai ici, j'aurai à c£ur de gérer le RSCA en bon père de famille. La seule chose qui est sûre, c'est que je ne resterai pas au-delà de mes 65 ans. Le plus important, c'est une équipe compétitive, car elle constituera toujours la véritable vitrine du club. J'aimerais aussi pouvoir fournir à mon successeur les clés d'une enceinte complètement modernisée. Ce sont les loges et les business seats qui ont permis au club de s'accrocher ces vingt dernières années. Si on multiplie tant et plus leur nombre, on générera de nouvelles rentrées substantielles. La demande est là, il ne reste plus qu'à la satisfaire. PAR BRUNO GOVERS - PHOTOS : JELLE VERMEERSCH" Nous devons être encore plus pointus en matière de recrutement. Dans ce domaine, je plaide coupable. " " Si Dieu était resté chez nous, Ariel Jacobs aurait remporté trois titres d'affilée. " " Vadis ? Encore une erreur de casting de qui vous savez.... "