Châteauroux, ville moyenne de l'Indre, en plein centre de la France. On n'est pas vraiment dans une région de foot. La Berrichonne de Châteauroux, vice-présidée par l'homme de télé Michel Denisot, navigue anonymement en Ligue 2, se sauve traditionnellement avec pas mal de difficultés et n'a connu qu'une seule saison les joies de la Ligue 1, dans les années 90. A son petit palmarès, il y a aussi une finale de Coupe de France perdue. Il faut parcourir plus de 200 kilomètres pour trouver le club de L1 le plus proche : Auxerre.
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Châteauroux, ville moyenne de l'Indre, en plein centre de la France. On n'est pas vraiment dans une région de foot. La Berrichonne de Châteauroux, vice-présidée par l'homme de télé Michel Denisot, navigue anonymement en Ligue 2, se sauve traditionnellement avec pas mal de difficultés et n'a connu qu'une seule saison les joies de la Ligue 1, dans les années 90. A son petit palmarès, il y a aussi une finale de Coupe de France perdue. Il faut parcourir plus de 200 kilomètres pour trouver le club de L1 le plus proche : Auxerre. C'est ici, au Stade Gaston Petit, que le Standardman Eliaquim Mangala (20 ans depuis dimanche) a disputé mardi dernier son 5e match avec les Espoirs français. Un amical contre la Slovaquie. Pourquoi cette décentralisation ? " Parce que les Bleuets bougent régulièrement, c'est une tradition pour eux ", explique Pierre-Yves Rochcongar, journaliste pour un quotidien local, La Nouvelle République. En programmant ce match à Châteauroux, la Fédération Française a aussi fait plaisir à l'un de ses rebelles : un certain Christian Teinturier, président de la Ligue du Centre (dont fait partie la région de Châteauroux), vice-président de la FFF et le seul puissant de la fédé à avoir voté contre le maintien de Raymond Domenech à la tête des Bleus, au lendemain du catastrophique Euro 2008. C'est la toute première fois que les Espoirs se produisent dans ce stade dont le plus beau produit de formation est Florent Malouda. " Nous avons suivi, analysé et fait commenter la prestation de Mangala dans cette rencontre. Et interrogé des témoins privilégiés sur son destin français. L'intérêt médiatique et populaire pour ce match ? Assez limité. Parce que les Bleuets sont en pleine phase de reconstruction. Parce que l'adversaire n'a rien de très séduisant. Parce que le prochain match à enjeu (éliminatoires pour l'EURO 2013) n'aura lieu qu'en septembre. Mais surtout parce que le lendemain, les Bleus reçoivent le Brésil au Stade de France. Dans la presse, il n'y en a que pour ce choc. Le ratio médiatique équipe A/ équipe Espoirs doit être de l'ordre de 10 à un. Il y a à peine 30 journalistes au Stade Gaston Petit. Dans les tribunes, environ 6.000 personnes, dont de nombreux enfants des écoles environnantes. Mangala a rejoint ses équipiers le lundi, au lendemain de la victoire du Standard à Eupen. Le timing de sa journée de mardi : 9 h 30 Petit-déjeuner 11h Réunion 11 h 30 Promenade 13h Déjeuner suivi d'une sieste 17h Promenade 17 h 30 Collation 18 h 15 Causerie et remise des équipements 19h Départ pour le stade 20 h 45 Coup d'envoi Hasard du calendrier, les Français affrontent des Slovaques qu'ils retrouveront dans leur groupe éliminatoire de l'Euro, avec la Lettonie, le Kazakhstan et la Roumanie. Mangala est l'un des trois expatriés du noyau avec Lionel Carole (Benfica Lisbonne) et Magaye Gueye (Everton). Gaël Kakuta (Fulham) est absent pour blessure. Le Rouche, numéro 5, est titularisé en défense centrale aux côtés d'un de ses meilleurs potes dans le groupe, Benjamin Stambouli (Montpellier). Dès les premières secondes, il s'impose. Il dirige sa défense, crie, commande du geste, impose à Stambouli de coller à la culotte l'attaquant de pointe adverse, joue le piège du hors-jeu, place le mur sur les coups francs slovaques. Un Belge oriente clairement le match : l'arbitre Christof Virant (assisté notamment de Vincent Despiegeleer, fils de Despi). Juste avant la demi-heure, il suit son règlement en expulsant un Slovaque qui a commis la faute nécessaire (sans aucune violence) sur un Français filant vers le but. Mais il oublie l'esprit : c'est un match amical, d'abord destiné à roder les équipes. Et personne n'apprécie sa décision. L'entraîneur slovaque Ivan Galad peste devant son banc, le coach français Erick Mombaerts regrettera cette carte rouge dans son débriefing du match. Dans les tribunes aussi, on trouve Virant beaucoup trop pointilleux et on entend : " Pfft, c'est n'importe quoi, ce Belge. " Les Bleuets déroulent de la première à la dernière minute, ils s'imposent 3-1 et Mangala a joué près de 75 minutes. Une prestation très tranquille. Dans la tribune d'honneur, il y a notamment Dominique Bijotat : ancien joueur de Monaco, champion olympique en 1984, actuellement entraîneur de Metz. Il nous commente la prestation d'Eliaquim : " Il a été très peu sollicité et il a passé sa soirée dans un fauteuil. Les Slovaques ne l'ont pratiquement jamais provoqué. J'avais déjà eu des échos sur lui venant de Belgique mais c'est la première fois que je le voyais. Ce n'est pas après ce match que je peux me faire un bon avis sur lui. " Mais Bijotat n'est pas surpris que le coach des Bleuets soit venu faire sa pêche dans notre championnat : " Le plus étonnant, c'est qu'un jeune Parisien soit parti s'installer en Belgique. Ce n'est pas une destination classique. Mais Mangala a su se construire là-bas et c'est bien. Mombaerts dit maintenant qu'il peut devenir un pilier de l'équipe : ça doit être vrai car cet entraîneur n'a pas l'habitude de lancer des compliments quand il ne les pense pas. "Autre homme français de foot présent au Stade Petit : Didier Tholot, entraîneur de Châteauroux après une carrière de joueur qui l'a mené notamment à Saint-Etienne, Bordeaux, Sion, Bâle et Berne. Il a aussi coaché Sion et Reims : " Je n'avais jamais vu Mangala en live avant ce match. Je l'ai trouvé bon. Il a recoupé plusieurs attaques dangereuses des Slovaques. Il est particulièrement puissant et dur sur l'homme. Rapide aussi, malgré son grand gabarit. J'en avais entendu parler et il ne m'a pas déçu. Il a un profil intéressant. Point de vue relances, par contre, il ne m'a pas séduit. Il a encore pas mal de déchets à ce niveau-là. Mais Mombaerts était clairement content de sa prestation. J'ai bien observé quand Mangala a quitté le jeu : le coach lui a bien montré qu'il était satisfait. " Quand mangala a été appelé pour la première fois chez les Bleuets en fin d'année 2009, on a lu que la fédé française l'avait repéré lors du premier match de Ligue des Champions du Standard, face à Arsenal. " C'est faux ", nous dit le coach Mombaerts, qui n'a pas fait une grande carrière de joueur mais a gravi pas à pas les échelons d'entraîneur à la Direction technique nationale (DTN) pour arriver finalement à la tête des Espoirs. " Nous l'avions déjà suivi plusieurs fois avant ce match européen, nous savions déjà ce qu'il avait dans le ventre. Sa prestation impeccable contre Arsenal n'a fait que renforcer nos rapports précédents. Dès qu'un joueur aussi jeune est titulaire dans une équipe comme le Standard de Liège, qui dominait alors le football belge, ça interpelle et ça justifie des missions de scouting. Il était tout à fait logique qu'il entre en ligne de compte pour les Bleuets. Quand il est venu chez nous pour la première fois, il était déjà habitué à disputer des matches de haut niveau. "Alain Roche a assisté à France-Slovaquie. Le directeur sportif du PSG reste une icône en France. Il a joué pour Bordeaux, Auxerre, le PSG et Valence. Il a gagné trois titres de champion, cinq Coupes de France, mais aussi une Coupe d'Espagne et un trophée de joueur français de l'année. Ses avis sont toujours très écoutés au pays. " Je le connais assez bien, ce Mangala. Vous savez, le PSG est partout, et notamment en Belgique. Le Standard et Anderlecht n'ont guère de secrets pour nos scouts. Mangala est déjà excellent à partir du moment où il est polyvalent et se débrouille aussi bien dans l'entrejeu qu'en défense. Son impact physique est impressionnant, il a une bonne dose d'agressivité sans dépasser les limites, sa détente est intéressante, il me donne l'impression d'avoir un bon état d'esprit. Et surtout, il est très, très vite pour un joueur de sa taille. " " Ça ne saute pas aux yeux qu'il n'est pas passé par un centre de formation, comme la plupart de ses coéquipiers chez les Espoirs ", dit Hugo Delom, de l'Equipe. " Il n'est pas encore connu du grand public, c'est normal car cette équipe n'est pas très suivie. Les joueurs de notre championnat ne doivent pas le connaître non plus. Mais je remarque que de nombreux directeurs sportifs de Ligue 1 savent déjà beaucoup de choses sur lui. L'avis général, c'est qu'il est dur sur l'homme, impressionnant dans les duels, mais que sa relance reste... compliquée. " Mombaerts le voit comme un pur défenseur central. " Il a la faculté d'aller arracher plein de ballons dans le milieu du jeu mais pour moi, Mangala n'est pas un médian. Il a surtout des qualités purement défensives, une très bonne aptitude au duel et un jeu de tête de grande qualité. Si je le mets un jour dans l'entrejeu, ce sera simplement pour l'un ou l'autre dépannage. "Chez nous, on a l'impression que le joueur n'a plus progressé au cours des derniers mois. " J'ai vu plusieurs matches du Standard cette saison, c'est vrai qu'on peut avoir cette impression ", confirme le coach. " Mais tout footballeur passe par des phases, une trajectoire n'est jamais linéaire. Mangala est actuellement dans une phase de plateau. C'est sûr que sa grave blessure au visage en début de championnat l'a fort handicapé. On ne revient pas du jour au lendemain après une opération sérieuse et une longue période sans entraînements. Il faut lui donner du temps. Peut-être aussi qu'il éprouve du mal à se transcender dans un club qui ne joue plus que des matches nationaux. C'est toujours plus facile d'être très bon quand on évolue en Ligue des Champions. Repasser de la plus grande compétition européenne au championnat de Belgique, ça pose parfois des problèmes dans les têtes. Mais je suis certain qu'il va vite reprendre sa trajectoire ascendante car il a la force mentale pour le faire, pour comprendre qu'un joueur ambitieux doit chercher à être bon partout et tout le temps. Il sait dans quels domaines il doit encore évoluer. Son intelligence de jeu n'est pas encore au niveau de ses qualités physiques hors normes. Il doit apprendre à mieux lire ce qui se passe sur le terrain, à mieux jouer l'anticipation, à avoir toujours le bon placement, à ne pas être en retard sur les actions chaudes. On voit que dans les catégories d'âge, il a surtout basé son jeu sur sa puissance. Cela ne suffit plus quand on vise haut. Ses relances sont aussi fort perfectibles. Les défenseurs doivent être les premiers relanceurs et il faut être en mesure de combiner les bonnes relances courtes et les relances longues qui amènent immédiatement du danger dans l'autre camp. "Tholot signale que " le fait de ne pas être passé par un centre de formation peut être synonyme de certains manquements, mais à 20 ans, on peut encore les compenser par la volonté. Et chez Mangala, la volonté est clairement là. Ne pas avoir connu de centre n'est pas rédhibitoire. Beaucoup de joueurs y passent et se plantent complètement ensuite. Peut-être qu'en ayant connu un parcours différent, Mangala a une autre vision des choses. Ça peut être positif d'avoir été moins choyé parce qu'on a une plus grande faim de réussite. "Hugo Delom côtoie régulièrement le Standardman dans le cadre des rendez-vous des Bleuets : " Il est très sain, calme et posé. J'ai le sentiment qu'il a bien la tête sur les épaules. Depuis qu'il est avec les Espoirs, il n'a jamais fait une seule déclaration forte. C'est tout sauf une grande gueule. Il m'a expliqué qu'il avait le choix entre la France et le Congo. Il n'a pas tranché en quelques minutes, c'était une démarche réfléchie, il a longuement pesé le pour et le contre. Il prend du recul sur beaucoup de choses et a ses certitudes. Il vient par exemple de me dire que le Standard avait transféré deux défenseurs pendant le mercato mais qu'il ne craignait rien. Il m'a parlé d'une concurrence saine et positive. Au lieu de se plaindre de l'attitude de son club ou d'un manque de confiance à son égard, il a mis l'accent sur l'aspect positif d'un noyau renforcé. Je ne suis pas étonné que Mombaerts l'ait désigné vice-capitaine, parce qu'il a une âme de leader. Il dégage une force tranquille. Et il en impose physiquement. "" Mangala n'est pas un timide ", signale Mombaerts. " Il est simplement réservé vis-à-vis du public et des médias. Dans le groupe, on l'entend quand même. J'ai envie qu'il prenne un maximum de responsabilités. Et s'il ne l'ouvre pas encore assez dans ses contacts avec ses coéquipiers, je l'inciterai à le faire ! Il a le potentiel pour être un des leaders du groupe. Le paradoxe chez lui, c'est qu'il est un guerrier sur le terrain mais réservé en dehors. Je préfère ça que l'inverse ! On critique beaucoup les footballeurs qui manquent d'humilité : Mangala a le profil adéquat. Ce n'est pas la peine d'être sans arrêt dans l'esbroufe. On est dans un milieu où on starise très vite les jeunes, on vit dans une société bling-bling, on pipolise le footballeur qui a fait trois bons matches. C'est une chance pour un groupe d'avoir un garçon comme Mangala qui est cultivé et prend du recul par rapport à toutes ces dérives. Un coach recherche plus des profils mentaux pareils que des joueurs extravertis qui regardent leur nombril au détriment du collectif. "Les Bleuets sont dans le trou. Ils ne sont plus habitués à se qualifier pour des phases finales de Championnat d'Europe. Ils n'y seront pas encore cette année. Les joueurs qui entameront en septembre les qualifications pour l'édition 2013 en Israël sont tous nés en 1990 et 1991. Mangala reste un des plus jeunes du noyau. " Il y a beaucoup de boulot, on aura une bonne équipe quand on alignera des joueurs qui ont près de 100 matches en Ligue 1 ou dans des championnats étrangers ", dit Mombaerts. " En plus de Mangala, j'ai vu quelques profils intéressants dans ce match contre la Slovaquie ", signale Didier Tholot. " J'aurais aimé voir cette équipe disputer tout le match à 11 contre 11, c'est vraiment dommage que l'arbitre ait faussé les débats. De là à dire qu'elle est plus forte que la génération précédente ? On verra dans les prochains mois. Le talent est là mais il est souvent gâché par beaucoup de choses : l'argent, les agents, les espoirs non concrétisés. Ce phénomène existe partout et nous sommes particulièrement bien servis en France ! Les mentalités doivent changer. Un jeune ne joue pas deux ou trois matches et il dit déjà qu'il veut partir. Avant, on lui disait de se battre et il le comprenait. "PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS : REPORTERS / SPRIMONT" Je connais très bien Mangala. Il est très, très vite pour un joueur de sa taille. " (Alain Roche, directeur sportif du PSG)" Ne pas être passé par un centre de formation peut être un atout pour Mangala . " (Didier Tholot, entraîneur de Châteauroux)" Mangala a peut-être du mal à se transcender avec un Standard qui ne joue plus en Coupe d'Europe. " (Erick Mombaerts, coach des Espoirs)