Le dimanche, c'est jour de match à la rue de la Tonne, quartier un peu paumé de Rocourt. Un RFC Liège - RWDM qui sent bon le foot de papa. Pluie, froid, vent, peu de lumière, duel de mi-classement en D1 amateur. Pas un décor de carte de vacances. Mais la passion est là.
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Le dimanche, c'est jour de match à la rue de la Tonne, quartier un peu paumé de Rocourt. Un RFC Liège - RWDM qui sent bon le foot de papa. Pluie, froid, vent, peu de lumière, duel de mi-classement en D1 amateur. Pas un décor de carte de vacances. Mais la passion est là. On sait depuis quelques jours que, dans les tribunes, il n'y aura pas match. Interdiction d'accès aux supporters du RWDM. Match à hauts risques. Au troisième étage de notre foot. Vous ne rêvez pas. On craint une grosse baston entre deux camps qui se détestent. Mais pas que. Il est question d'infiltration par des fighters du Standard, d'Anderlecht, même de Feyenoord et de Den Bosch. On a parlé de la venue de Youths qui s'entraînent dans des clubs de kick-boxing et de boxe thaï. Non, vous ne rêvez pas. Et donc, pas un seul fan bruxellois au stade. Par contre, une centaine de policiers, des combis, des chiens. D1 amateur. Une situation ubuesque résumée dans la presse quotidienne par le président du RFC Liège, Jean-Paul Lacomble : " Quand je vois les moyens financiers nécessaires pour assurer la sécurité d'un match de D1 amateur, je me dis qu'en temps de crise sociale, il y aurait moyen de faire des choses bien plus positives avec cet argent (...) Le foot file vraiment un mauvais coton (...) Ce sport en prend plein la gueule pour le moment. " Soit. La pluie, le froid, le vent, le peu de lumière, les supporters de Liège s'en foutent. Le petit stade - deux tribunes, une buvette avec quelques dizaines de sièges VIP en extérieur, un chapiteau, un fan-shop installé dans un conteneur - est plein, ou presque. Et ça rigole. Et ça fait un tifo. Et ça lance l'un ou l'autre fumi. Et ça fait exploser quelques gros pétards. Et ça chante. En avant, en avant, en avant, on vous suivra toujours. Où va Molenbeek ?L'espace VIP en question, il porte magnifiquement son nom. Première tête connue que l'on croise, café serré à la main : Pierre François. Avant de travailler au Standard puis à la fédération, il a été autrefois l'avocat du FC Liège de la grande époque. Et il a un lien privilégié avec le président actuel. Donc, il est présent à presque tous les matches. Déjà installé sur son siège, bien avant le coup d'envoi, un autre dinosaure de notre foot : RobertWaseige. En pleine forme. Il nous parle brièvement des soucis de santé qu'il a connus, mais ça c'était avant. Ses problèmes cardiaques, c'était au début du millénaire. La cataracte, ça remonte aussi. Aujourd'hui, tout va bien. Lui aussi est un habitué des matches à Rocourt. " C'est vraiment devenu un club stable, tu sais. Avec un président qui travaille bien. On a connu quelques rigolos ici, avant lui. Le club a été baladé de gauche à droite pendant des années. " Le bouclé qui s'installe à côté de Bob, mais oui, c'est son fils, Frédéric. Encore un ancien du FC Liège des grandes années. Lui, on le voit beaucoup moins souvent à la rue de la Tonne. " Je suis chaque fois invité, mais à cause de mes activités à la télé, tous les dimanches, j'ai rarement l'occasion de venir. " Aujourd'hui, il est là, et il kiffe. Dans son regard, la nostalgie dégouline. " Il y a quoi, 3.000 personnes ? Alors, je dois en connaître 2.982. Je revois des supporters que je côtoyais il y a trente ans, ils n'ont pas changé. Et c'est comme si on s'était quittés hier. Je viens de discuter avec le motard qui nous escortait quand on jouait nos matches de Coupe d'Europe, il est maintenant chauffeur du bourgmestre. Quelle époque ! La Place Saint-Lambert était archi-bouchée, on était les rois du monde. " Et le Fred déroule naturellement sur ces matches européens qui ont marqué l'histoire du foot liégeois. " Contre la Juventus, je tenais Roberto Baggio à l'aller, Thomas Hässler au retour. Je me revois encore dans le match chez nous. Après une demi-heure, je regarde le marquoir et je me rends compte que c'est toujours 0-0, on tient. Je me dis : -Putain, c'est la Juve en face. Juste avant la mi-temps, il y a un ballon vers Baggio, je sens qu'on me tire un peu le short, il prend un mètre d'avance et il marque. Là, tu comprends qu'il y a des bons joueurs et des très bons. " Parlons de ce RFC Liège - RWDM. C'est prenant à défaut d'être brillant - et ça se terminera sur un nul blanc. " C'est vrai que ce n'est pas folichon ", confirme Fred Waseige. " Mais j'adore. L'ambiance est très chouette. Il y a les supporters historiques, mais aussi une frange de jeunes. Ça me fait dire que si ce club a un peu de chance, il peut aller très haut. Son président est tout sauf un illuminé. Il fait passer le sportif et l'éthique avant le reste. Il est parti avec des kilomètres de retard par rapport à d'autres, le jour où il a décidé qu'il n'y aurait pas d'argent noir dans son club. Il a même osé signaler le problème. " Sur les bancs, des anciens Carolos. Drazen Brncic entraîne le RWDM. Dante Brogno est le T1 de Liège, et il a Neba Malbasa comme adjoint. À eux deux, c'est 151 buts en championnat pour les Zèbres. Séquence nostalgie pour Brogno qui, pour commencer, évoque l'absence de supporters du RWDM : " Je regrette qu'il n'aient pas pu venir parce que c'est toujours plus agréable de coacher quand il y a deux clans qui chantent et assurent le folklore. Le foot doit quand même rester une fête. Et le public de Liège, c'est quelque chose. J'ai des souvenirs forts de matches que j'ai joués avec Charleroi au stade vélodrome. D'ailleurs, je continue à trouver scandaleux qu'on ait éliminé ce stade. Il était mythique, il faisait partie du patrimoine du football belge. Quand on y allait, il y avait une vraie rivalité mais elle était saine. Encore augmentée par le fait que Robert Waseige avait quitté Liège pour signer à Charleroi. Personne n'aimait aller là-bas. Même les gars du Standard, d'Anderlecht et de Bruges ne faisaient pas les malins. Aujourd'hui, le fanatisme de nos supporters me rappelle l'enthousiasme des fans du Charleroi de la grande époque. " Dante Brogno est devenu entraîneur du RFC Liège durant l'été 2016. Entre-temps, il y a eu une montée ratée d'un cheveu via le tour final, ensuite un tour final victorieux et donc l'accession à la D1 amateur. " Je me souviens avoir débarqué dans un club où il y avait encore pas mal de copinages. C'est terminé. On sent énormément de sérieux dans le discours et dans les actes du président. Ce ne sont pas des paroles en l'air. On a des dirigeants qui savent ce qu'ils veulent, qui savent où ils veulent aller. " Son équipe est un peu dans le dur cette saison. Son départ a même été dramatique. Mais Brogno n'a jamais été menacé. Seulement contesté à l'occasion par quelques franges de supporters, mais rien à voir avec le traitement réservé sur la fin à Alain Bettagno, qui s'était pris des oranges... pourries encore bien. Les joueurs sont presque tous professionnels (quinze ne font que du foot, cinq travaillent) mais il y a d'autres noyaux pros dans cette série qui n'est pas officiellement professionnelle. " Je ne me suis jamais senti menacé quand les résultats ne suivaient pas ", explique le coach. " La direction voyait très bien d'où venaient les problèmes. Le tour final avait été très long et il y avait eu plusieurs bobos. Quelques joueurs n'étaient pas encore rétablis à la reprise des entraînements. À côté de ça, il y a quelques gars de mon noyau qui ont sans doute sous-estimé le niveau de la D1 amateur. Et puis, la série est difficile. Il y a plusieurs clubs qui se sont clairement donné les moyens financiers pour essayer de monter en D1B. " Au moins, à Rocourt, tout est clair sur ce plan. Pas question de penser à cette D1B dans un premier temps. Parce que c'est matériellement impossible. Dans la tribune VIP, pendant le match, on chopeGaëtan Englebert. Il est avec Johan Walem, venu donner le coup d'envoi. Logique. Après tout, le RWDM a été son premier club, et aujourd'hui, il habite à un jet de pierre du Stade Machtens. Gaëtan Englebert est le directeur sportif du RFC Liège. Et il bosse à la fédération. " J'y entraîne les U15, ça me permet de rester sur le terrain. " Il explique les raisons pour lesquelles son club va rester - au mieux - un club de D1 amateur pour un moment encore. " On n'est pas prêts pour aller plus haut. Pour monter, il nous faut un stade aux normes de la D1B, et aussi l'encadrement qui va avec. Le but est de se stabiliser, puis d'être prêt dans deux ou trois ans. Ça ne sert à rien de monter sans en avoir les moyens. " Les moyens, c'est un nouveau stade, un meilleur complexe d'entraînement et un budget supérieur à l'enveloppe actuelle (1,3 million, fonctionnement de l'école des jeunes compris).