Entraîneur et licencié en éducation physique à la retraite depuis dix ans, Urbain Braems, 67 ans, respire la santé, et bouge beaucoup. Le Zottegemois vice-préside le comité de Panathlon, une sorte de Rotary Club du sport, ne dédaigne pas les mondanités, mais reste surtout attentif au foot. Directeur sportif de Zottegem (Promotion), il y suit ses deux petits-fils, visionne beaucoup de matches et analyse la D1 et l'international, le lundi matin, sur les ondes de Radio Vlaams Internationaal. Récemment, il coacha en match amical les ex-internationaux Pfaff, Grün, Leekens, Mommens, Erwin Vandenbergh.
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Entraîneur et licencié en éducation physique à la retraite depuis dix ans, Urbain Braems, 67 ans, respire la santé, et bouge beaucoup. Le Zottegemois vice-préside le comité de Panathlon, une sorte de Rotary Club du sport, ne dédaigne pas les mondanités, mais reste surtout attentif au foot. Directeur sportif de Zottegem (Promotion), il y suit ses deux petits-fils, visionne beaucoup de matches et analyse la D1 et l'international, le lundi matin, sur les ondes de Radio Vlaams Internationaal. Récemment, il coacha en match amical les ex-internationaux Pfaff, Grün, Leekens, Mommens, Erwin Vandenbergh. En vacances, il a le choix entre la Grèce et la Turquie, où l'accueillent avec chaleur les dirigeants de Panionios et Trabzonspor, ses clubs à succès de la fin des années 80 et début 90. "L'année passée, à Trabzon, les journalistes de la télévision m'ont conduit jusqu'à mon ancienne maison, et l'émission a duré plus d'une heure. Cette année-ci, une voiture de Panionios m'attendait à l'aéroport d'Athènes et l'hôtelier n'a pas voulu un drachme, il se disait très honoré". Aujourd'hui, ceux qui partent là-bas sollicitent son avis, comme le Lierrois Hans Somers, par exemple. Urbain entama tôt sa carrière d'entraîneur (titres avec Beveren et Anderlecht, cinq succès en Coupe dont un avec Trabzonspor), parce que blessé au genou et au tibia, il dut renoncer, à 26 ans, comme avant-centre du Daring Club de Bruxelles. "Opéré à l'hôpital Bruggman, j'y ai reçu la visite de l'ex-portier molenbeekois Arnold Badjou. Emouvant. Victime d'un accident de jeu, à près de 50 ans, il se déplaçait avec des béquilles". Débutant à Zottegem, en 1ère Provinciale, Urbain scora ensuite en D1 pour le Racing Malines ( Vander Auwera, Mannaerts), puis passa une saison en D2 au Club Brugeois ( Boone, Goeyvaerts) avant d'être cédé au Daring ( Van Kerkhoven, Saeys et Moyson). "Alors que j'étudais en gréco-latines à Bruxelles, le Daring m'avait déjà contacté, à 13 ans, via son ancien international Robert Lamoot, mais je venais juste de signer à Zottegem. Le Club Brugeois, que j'appréciais beaucoup, je l'ai quitté pour deux raisons: le Daring offrait plus à Zottegem (3 joueurs et un million), et mes fréquents déplacements, sans voiture, entre Bruges et l'université de Leuven, m'exténuaient. Comme student j'ai raté un Belgique-Angleterre des -23 ans, à Liège, parce que le recteur m'avait retenu pour un match interuniversitaire". Comme un petit gamin brésilienEntraîneur, il dirigea d'abord Zottegem, comme succeseur de l'ex-international malinois Bert Decleyn, puis signa au CS Bruges, relégué en D3 après l'affaire de corruption Paul Lantsogt. Il y dresse un plan de 5 ans, et au bout de quatre, ramène le CS en D1. Avec Hanon, Braems mit au point un "truc" sur coup franc repéré à la TV : "Sur la plage de Copacabana, un gamin brésilien coinçait le ballon entre ses talons et le passait, à 30 centimètre du sol, à un autre qui reprenait de volée. Amusant et efficace. A l'entraînement, j'ai mis Goeyvaerts et Hanon sur le coup, mais c'était compliqué, et on risquait le ridicule dans le derby brugeois. J'ai simplifié, et mis De Steur derrière le ballon. Il devait simplement le soulever d'une pichenette pour Pierre. Résultat: plein cadre 7 fois sur 10. Au Klokke, 1-0 par Carteus, et à un quart d'heure de la fin, coup franc à la limite du rectangle. Carlos se sert du truc, et Pierre tire en pleine lucarne, but. Un mois après, au FC Liégeois, faute à 40 mètres du but. Je fais signe à Pierre: -Refais le coup! Il juge que c'est trop loin. J'insiste: De Steur obéit et Hanon marque. Incroyable! On en parla dans la presse et l'Allemand Günter Netzer, entre autres, s'en inspira". Engagé à l'Antwerp, Urbain n'y resta qu'un an et partit à Anderlecht, à la grande colère du président Wauters. "Rien d'irrégulier pourtant, je n'avais signé que pour une saison, et rien n'était prévu pour la seconde". Avec Van Himst, Rensenbrink, Dockx, Ladinsky et Coeck, il décrocha un titre en 74 et la coupe en 75. Il eut, néanmoins, un sérieux problème avec Van Himst. Droitier, Paul combinait au mieux à gauche, mais au FC Zurich, en C2, il fut prié d'évoluer au médian droit. "Coeck, Rensenbrink et Ladinzsky tournaient au maximum à gauche, et Paul avait parfois très bien joué à droite, et notamment en équipe nationale contre les Hollandais. Devant son refus, je ne l'ai pas aligné". Une amende de 100.000 francs et la privation du capitanat frappèrent le Soulier d'or. "Après le nouvel an, j'ai suggéré au président Vanden Stock de lui redonner le brassard. Il a marqué son accord". Professeur d'éducation physique, et entraîneur non-pro au Sporting, Braems dut manoeuvrer ferme pour jumeler ses deux activités. Il choisit alors, pour 3 ans, un club moins exigeant, Beveren, où il succéda à Jef Jurion. Il gagna la Coupe (contre Charleroi) avec un collectif à la fois solide et talentueux ( Pfaff, à ses débuts, Jean Janssens, Cluytens, Hofkens, Baecke, Jaspers) avant d'accepter l'offre de Lokeren. Il y travailla une saison avec du beau monde comme Lubanski et Preben Larsen. Anderlecht lui proposa alors de prendre le relais de Goethals. "Une saison seulement, et elle fut très moyenne, malgré la venue de Vanden Daele et de Thissen. Eliminé en Coupe par le Standard, il a fallu cravacher pour une place en UEFA. Le président Vanden Stock m'a dit, un jour, qu'un entraîneur ne doit pas rester trop longtemps dans un club, il doit finir en beauté. Je me suis inspiré de ce propos". Beveren, comme le Sporting, le rappela et n'eut pas à le regretter. "J'ai reformé une équipe avec Philippe Garot, Erwin Albert, Ronny Maertens, et surtout un brillant stratège Hans Schönberger. La deuxième saison on a conquis la Coupe, et la troisième le titre". Pfaff l'appelle en TurquieLe plaisir ne dura pas, car Urbain eut à nouveau quelques soucis avec l'autorité enseignante. La Grèce changea alors son destin : "Trois ans à Panionios, le 4e club d'Athènes, mais le plus ancien. Les Grecs sont les rois de la Méditerranée, créatifs, techniques et inventifs, ils improvisent comme pas un. Mais sur le plan tactique, j'ai joué mon rôle. En trois saisons, j'y ai connu quatre présidents et de gros succès. Comme celui sur l'Olympiakos qui nous hissa en tête du championnat. Des milliers de supporters n'avaient pu entrer et nous attendaient dehors. Il y a deux ans, au secrétariat du club, j'ai revu au mur une photo avec une couronne de laurier sur ma tête". L'épisode Standard fut pénible : "J'avais signé pour deux saisons, mais, le matin même de la présentation de la seconde, j'ai été remercié, assez lâchement. La veille, le président Jean Wauters tenta de me toucher chez moi. Comme j'étais parti visionner Bruges, il retéléphona le lendemain à 7 heures alors que j'étais en route pour Liège. Wauters m'attendait: -Tu ne fais plus partie de la maison, Kessler te remplace . La raison invoquée: j'étais trop brave avec les joueurs! Je privilégie l'aspect humain de mes relations, mais jamais je n'ai eu de mal à faire respecter mon autorité". C'est à la demande de Pfaff, alors à Trabzonspor, que le licencié de Sclessin rejoignit le club au bord de la Mer Noire : "Pour un an. On a immédiatement joué la tête, et terminé troisième devant Galatasaray et perdu la finale de la coupe contre Besiktas. Pfaff fut critiqué après ce match, mais j'en suis responsable: il était physiquement diminué et j'avais insisté pour qu'il joue. Les dirigeants de Trabzon voulaient me garder mais je devais revenir en Belgique pour régler mes problèmes de pension. J'ai également dû subir deux opérations à la hanche. Les Turcs vinrent à la clinique. Mon prix était le leur. Alors que je leur faisais remarquer que je marchais avec des béquilles, ils m'ont répondu : -On n'a pas besoin de tes jambes, mais de ta tête! Comme le docteur Martens m'affirma que le climat de là-bas était favorable à ma revalidation, j'ai accepté. Ma mère m'avait dit: -Urbain, si c'est pour l'argent, j'en ai mis un peu de côté.. Très bonne saison avec des succès européens sur Dynamo Zagreb et Lyon, et surtout une pathétique finale en Coupe de Turquie. A l'aller, 3-0 pour Bursa, en des circonstances assez troubles. Un dirigeant politique influent et proche du premier ministre Demirel s'occupait de Bursa. Son siège était vide au début de la finale mais voilà qu'après 20 minutes un hélicoptère vient le déposer au stade, et, dès ce moment, l'arbitre me parut fort influençable. On a gagné 5-1 au retour dans une ambiance indescriptible. On m'a mis un pistolet entre les mains, et j'ai dû tirer 5 coups en l'air. Un autre soir, sur ma route du retour en voiture, des pneus avaient été allumés sur la route pour saluer un succès, et, on tira un feu d'artifice derrière ma maison. Deux jours avant mon départ définitif, quelques supporters s'agenouillèrent dans la rue et me baisèrent les mains. Je pense que j'ai fini en beauté". Henry Guldemont