Pieter Collen connaît la chanson de Feyenoord. Le Belge de 21 ans l'entonne même avec un léger accent néerlandais. Il faut dire qu'il vit et travaille aux Pays-Bas depuis deux ans mais il tient à le préciser: son accent disparaît dès qu'il passe quelque jours avec sa famille et ses amis, qu'il soit aux Pays-Bas ou chez lui. Chez lui c'est à Gand, là où il prenait place au milieu des supporters, dans le bloc Z, derrière le but. "Même si je me plais ici, Gand reste ma ville et La Gantoise mon club".
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Pieter Collen connaît la chanson de Feyenoord. Le Belge de 21 ans l'entonne même avec un léger accent néerlandais. Il faut dire qu'il vit et travaille aux Pays-Bas depuis deux ans mais il tient à le préciser: son accent disparaît dès qu'il passe quelque jours avec sa famille et ses amis, qu'il soit aux Pays-Bas ou chez lui. Chez lui c'est à Gand, là où il prenait place au milieu des supporters, dans le bloc Z, derrière le but. "Même si je me plais ici, Gand reste ma ville et La Gantoise mon club".Collen ne s'attendait pas à ce que Feyenoord lui propose un contrat de cinq ans. Vitesse venait de le renvoyer avec la mention insuffisant au modeste NEC Nimègue auprès duquel Feyenoord s'est manifesté. Mais nul ne s'attendait ensuite à ce que le jeune défenseur joue aussi vite pour le premier club de Rotterdam.Avez-vous été surpris d'être titularisé contre le Bayern Munich?Pieter Collen: Oui. Bien sûr, les derniers entraînements m'avaient donné des indices. Deux jours avant le match, j'en ai eu la confirmation à la distribution des maillots. J'étais versé dans le noyau de base mais je me suis dit que l'entraîneur pouvait encore changer d'avis. Le lendemain, après l'entraînement, il m'a donné quelques consignes. J'étais sûr de jouer. Mes genoux ne tremblaient pas; je ne dors jamais mal avant ou après un match. L'adversaire était quand même prestigieux et le match crucial. Il était presque aussi important que la finale de la Coupe que j'ai jouée avec le NEC. C'était mon premier match officiel pour Feyenoord et je voulais évidemment me montrer sous mon meilleur jour. J'ai commencé par des passes simples, pour commettre le moins de fautes possible. Puis ma confiance a grandi et j'ai même passé Paulo Sergio. Ça m'est permis, puisque je joue sur le flanc. Emerton me couvre. Après la rencontre, j'ai échangé mon maillot avec celui de Santa Cruz. Trop dur comme joueur?Vous avez la réputation de jouer à la limite de la correction...Oui mais je suis quand même moins impulsif que Stijn Vreven, avec lequel j'ai joué à La Gantoise. Nous y allons de bon coeur mais en-dehors du terrain, nous sommes des garçons calmes. Je ne prends pas tellement de cartes, d'ailleurs. En Belgique, j'ai été exclu à trois reprises en un an mais depuis, je n'ai reçu qu'une seule carte rouge: avec le NEC contre Vitesse. Plus trois cartes jaunes. Ça va quand même? Je sais ce qu'on attend d'un nouveau joueur: qu'il fasse preuve de caractère, qu'il donne tout ce qu'il a, qu'il sache faire un tackle. Ça me convient car c'est dans mon registre. Johan Neeskens me le demandait aussi parfois, au NEC.Vous êtes arrière-droit à Feyenoord. Est-ce votre meilleure place?Je peux évoluer à plusieurs positions différentes. A Gand, j'étais dans l'axe de la défense. J'ai commencé à cette place à Vitesse, à côté de Kreek, jusqu'à ce que je sois écarté. C'est au NEC que j'ai glissé à droite car il y avait beaucoup de blessés à cette position. Parfois, je jouais dans l'axe et j'ai même évolué une fois au médian défensif, ce que j'avais déjà fait avec La Gantoise contre Anderlecht. Je me sens bien à l'arrière-droit mais pour l'instant, ce qui compte, c'est de jouer, peu importe à quelle position. Je pense toutefois que Feyenoord m'a acheté pour cette place.L'intérêt de Feyenoord vous a-t-il surpris?Je savais que quelques clubs s'étaient intéressés à moi au début de la saison passée, quand le NEC m'a transféré de Vitesse. Après la trêve hivernale, nous avons moins bien tourné et je n'ai plus imaginé que des équipes me suivraient encore. Au terme du championnat, je suis parti en vacances sur l'île de Kos. Mon manager, Mohammed Sinu m'a téléphoné là-bas pour demander s'il pouvait me prendre un rendez-vous avec Feyenoord. Quelques jours après mon retour, je me suis rendu à Rotterdam et au bout de quelques jours, tout était signé. J'avais eu un contact téléponique avec l'entraîneur. C'était important. Je ne l'avais pas fait à Vitesse et c'était peut-être une erreur. Je ne voulais plus tomber dans les mêmes travers. Quand j'ai eu la possibilité de quitter Vitesse, j'ai voulu discuter avec Ronald Koeman car j'étais toujours sous contrat à Arnhem et Vitesse est quand même mieux coté que le NEC. Mais Koeman m'a dit que je n'étais qu'un deuxième, voire un troisième choix pour lui. J'ai décidé de partir, car Neeskens m'avait signifié lui-même son intérêt. Un entraîneur ne peut vous garantir une place de titulaire dans ce genre d'entretien mais vous pouvez sentir s'il a confiance en vous ou pas. Bert van Marwijk a dit que j'étais un bon joueur mais m'a prévenu que ce ne serait pas aussi facile qu'au NEC, où j'étais titulaire. Le grand nombre de matches que devait disputer Feyenoord allait toutefois m'offrir ma chance, si je me battais, m'a-t-il assuré. Ce bref entretien m'a laissé un une bonne impression. Il a été décisif. Je trouvais aussi qu'en deux saisons aux Pays-Bas, j'avais mûri. Je suis plus fort mentalement car j'ai dû me battre pour revenir.Toujours 40.000 spectateursQue représente le fait de jouer pour un club comme Feyenoord?On sait qu'il s'agit d'un grand club mais on ne le comprend vraiment que lors de la journée portes ouvertes. Vitesse et le NEC organisent ces journées également et j'y avais pris part. Evidemment, ce n'est en rien comparable. Il y avait 50.000 personnes dans le stade! J'en ai eu la chair de poule, quand l'hélicoptère nous a déposés sur le terrain. A chaque match, il y a au moins 40.000 supporters, toujours enthousiastes, même quand ça ne va pas comme ça devrait. Le public de Feyenoord est très fidèle. En-dehors du terrain aussi, je me sens déjà chez moi à Rotterdam. Le groupe est très chouette. Les joueurs sont des garçons simples, qui ne prennent pas des allures de vedettes et qui s'entendent bien. L'entraîneur a une approche directe. Il dit ce qu'il apprécie et ce qu'il n'a pas aimé, mais il est également très proche de nous. Il donne sa chance à tout le monde, honnêtement, comme je l'ai expérimenté. En signant ici, je couvais peu d'espoirs. Je voulais bien m'entraîner et voir où ça me mènerait. Manifestement, j'ai été convaincant à l'entraînement, car je n'ai disputé qu'un seul match avec l'équipe B.Pendant la préparation, votre performance contre Southampton vous a valu beaucoup de compliments.Inconsciemment, j'ai repensé à un match de préparation de Vitesse contre une formation anglaise. J'ai commis une faute qui a permis à l'adversaire de marquer et j'ai été jugé là-dessus, en fin de compte. Cette fois-ci, tout s'est bien passé jusqu'à ce que je m'occasionne une fracture d'un orteil, à deux semaines du début du championnat. Je n'ai pu me réentraîner qu'après le match contre le Sparta. J'ai raté les deux rencontres suivantes, à Roda JC et contre l'Ajax. Ensuite, j'ai été sur le banc. J'ai effectué mon début officiel contre le Spartak Moscou, en entrant à vingt minutes de la fin. J'ai ensuite effectué d'autres remplacements jusqu'à ce fameux match contre le Bayern. Non que je me considère maintenant comme un titulaire à part entière, car je ne le suis pas encore. Si ma forme baisse, je serai relégué sur le banc. Je sais aussi que l'entraîneur opte parfois pour une tactique plus offensive, au détriment d'un défenseur.Je veux être bien jugéAu début, les observateurs se sont demandés ce que vous pouviez apporter à Feyenoord alors que vous aviez été rejeté par Vitesse. Devez-vous en faire davantage?Je n'y pense pas. A Vitesse, ça n'a pas marché mais j'estime que je n'ai pas reçu ma chance en étant jugé sur une faute dans un match amical. Je ne savais pas non plus exactement ce que voulait Herbert Neumann, que je trouvais bizarre. Quand Koeman l'a remplacé, il ne m'avait jamais vu. J'ai été accablé et il m'a fallu remonter la pente. Il est naturel qu'un entraîneur préfère tel joueur à tel autre. Il faut apprendre à vivre avec. Je n'ai quand même pas été amené à regretter mon départ de Gand. Je ne regrette jamais ce que je fais, seulement ce que je n'ai pas fait. Si vous n'essayez rien, vous ne saurez jamais ce que vous auriez pu atteindre. A voir comment les choses se présentent, il semble que j'ai effectué le bon choix.Vous n'avez pas le mal du pays?Non, je me plais ici. Je vois mes parents presque chaque semaine. Ils effectuent généralement le déplacement. Quand j'étais à Vitesse, je suis revenu voir La Gantoise quelques fois. Elle reste quand même mon club. Je suis né à Gand et enfant, j'étais derrière le but, parmi les supporters. Rester un an de plus n'aurait pas été mieux. Il faut saisir sa chance dès qu'on le peut. Qui sait si par la suite, un autre club étranger se serait manifesté?Honorerez-vous votre contrat à Feyenoord jusqu'à son terme?Jouer dix ans ici ne serait pas dramatique du tout. Chaque année, ce club est mêlé à la lutte pour le titre, il est chaque fois européen, le public est fantastique et j'aime habiter ici. Mais tout peut changer, bien sûr. J'ai signé pour cinq ans mais je l'ai fait dans tous mes clubs pour les quitter après peu de temps. Si je dois abandonner Feyenoord, j'aimerais rejoindre l'Angleterre. Son style de jeu me convient particulièrement. Enfin, si c'est un chouette club. Geert Foutré, envoyé spécial à Rotterdam.