Cela pourrait devenir le prochain problème de Charleroi. En devant attendre un mois avant d'être qualifié, suite à un quiproquo entre le Sporting et l'Union Belge quant à la liste définitive de joueurs communiquée, l'international grec, Michalis Sifakis (28 ans) a laissé place nette à Parfait Mandanda (23 ans) qui réussit exploit sur exploit dans les buts carolos. Un vrai casse-tête pour Yannick Ferrera qui, quelle que soit la décision qu'il prend, fera un déçu. Soit Sifakis, qui ne comprendra pas qu'un club modeste comme Charleroi le laisse sur le banc alors qu'il vient quand même de participer à l'EURO. Soit Mandanda qui se demandera pourquoi on l'enlève alors qu'il réussit un très bon début de compétition. Sport/Foot Magazine est donc parti à la rencontre de ces deux hommes, aux parcours sortant de l'ordinaire.
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Cela pourrait devenir le prochain problème de Charleroi. En devant attendre un mois avant d'être qualifié, suite à un quiproquo entre le Sporting et l'Union Belge quant à la liste définitive de joueurs communiquée, l'international grec, Michalis Sifakis (28 ans) a laissé place nette à Parfait Mandanda (23 ans) qui réussit exploit sur exploit dans les buts carolos. Un vrai casse-tête pour Yannick Ferrera qui, quelle que soit la décision qu'il prend, fera un déçu. Soit Sifakis, qui ne comprendra pas qu'un club modeste comme Charleroi le laisse sur le banc alors qu'il vient quand même de participer à l'EURO. Soit Mandanda qui se demandera pourquoi on l'enlève alors qu'il réussit un très bon début de compétition. Sport/Foot Magazine est donc parti à la rencontre de ces deux hommes, aux parcours sortant de l'ordinaire. D'un côté, le gardien titulaire. Arrivé au Sporting " par la toute petite porte " comme il le dit lui-même en août 2011. D'abord incorporé au noyau Espoirs de Didier Beugnies avant de s'inscrire comme doublure de Stéphane Coqu en D2. Sorti de l'anonymat d'abord par son nom. Membre d'une fratrie de quatre gardiens (" personne ne saurait dire pourquoi mes trois frères et moi avons opté pour le poste de gardien "), il est surtout le frère de Steve Mandanda, le gardien de l'OM. " Maintenant, je le vis bien car j'ai mûri mais à un moment donné, ça me saoulait qu'on m'appelle toujours pour me parler de mon frère. On me posait toujours les questions : - Est-ce que tu joues avec lui ou Est-ce que vous rigolez ensemble. C'est un être humain, alors, évidemment qu'on jouait ensemble et qu'il rigolait ! " La famille, qui vit à Paris après une longue escapade en Normandie, doit donc se couper en... quatre pour supporter les enfants. Un à Marseille, un à Poiré-sur-Vie, un à Charleroi et un à Caen, ça en fait des kilomètres. " On doit porter notre nom. A Beauvais, alors qu'on m'avait promis d'être numéro un, l'entraîneur m'a un jour demandé des places pour aller assister à un match de l'OM. Mais je ne les ai pas obtenues. Du coup, j'ai fait toute la saison sur le banc. Ce que j'ai subi, c'est autour de mon jeune frère de le vivre actuellement à Poiré-sur-Vie. On lui dit - Ce n'est pas parce que tu t'appelles Mandanda que tu vas jouer ! On est toujours sous pression car on s'appelle Mandanda ; certains nous jugent plus vite comme si deux membres d'une même famille ne pouvaient pas réussir ! " Pour se défaire de cette étiquette de frèrede, Mandanda a dû s'exiler. Dans une impasse après un écolage au centre de formation de Caen et des matches en CFA avec Bordeaux (il était troisième gardien lorsque Laurent Blanc y officiait comme entraîneur), il a, dans un premier temps, choisi Beauvais, modeste club de National (D3). " J'avais reçu une offre concrète d'Ipswich (D2 anglaise) mais je ne le sentais pas. J'avais également effectué un test à Cardiff (D2 anglaise) mais là, je n'ai reçu aucune offre. J'avais 18 ans. Selon moi, je n'étais pas encore assez mature pour quitter la France. " Quelques semaines plus tard, au lieu de disputer la Cup face à Arsenal, il cirait le banc à Beauvais. Mauvais choix et deux petits matches en deux saisons. Après deux ans d'attente, il s'envole pour Izmir (D2 turque). " J'y suis resté une saison. J'ai réussi à disputer 12 matches alors que le gardien titulaire était un monument. Là, j'ai côtoyé la corruption. A la fin du championnat, alors qu'on allait se sauver, l'entraîneur a même décidé de mettre le troisième gardien, un jeune de 18 ans. On est descendu en D3 ! Moi, j'ai réussi à trouver un employeur en D1, à Manisaspor. Mais le président était en prison pour avoir truqué des matches. Je devais attendre sa sortie pour signer mon contrat. Au bout de deux mois, j'en ai eu marre et je suis revenu en France. " Là, on lui sort le nom de Charleroi et voilà comment il aboutit en terre carolo, il y a un an. L'éclosion attendra cependant. Le retour en D1, plus précisément. Celui dont beaucoup de gens doutaient des qualités a éclaté et rendu une copie parfaite, mis à part ce match contre le Standard. " J'ai disputé 10 rencontres et sur tous les buts encaissés, je ne peux me reprocher qu'une erreur : ce lob face au Standard. Le Sporting compte pour le moment 10 points et si je n'avais pas réalisé de bonnes prestations, on n'aurait pas autant d'unités. Ce qui me plaît dans mon métier, ce sont les sorties aériennes. Je ne mesure qu'1m82 mais j'aime sortir, être loin de ma ligne de but même si je sais qu'à force de sortir, il y a un moment où je vais me louper. "Les critiques lui font plus mal que la concurrence qu'il vit avec une étonnante sérénité. Mis sur la sellette suite à l'arrivée de Sifakis, il n'a jamais craqué. " Je suis quelqu'un de posé. Je sais très bien que le monde du foot n'est pas facile et qu'il y aura toujours des personnes pour freiner mon évolution. Mais je veux que le terrain parle pour moi. "Et si Sifakis devait attendre la CAN pour montrer son talent ? Car, en janvier, Mandanda sera bien obligé d'abandonner les perches du Sporting pour un petit voyage en Afrique du Sud. Contrairement à son frère, il a en effet opté pour la sélection de la République démocratique du Congo, lui dont les parents sont originaires de Kinshasa mais qui est né en France, à Nevers. " J'avais été repris une fois dans les équipes de jeunes françaises mais les dirigeants du Congo sont venus me voir en me disant - On va essayer d'aller à la CAN et à la Coupe du Monde. " Depuis quelques années (et un match amical mémorable contre son frère lors d'un France A'-RDC en 2008), il porte donc la vareuse des Léopards et compte bien être présent en janvier, à la CAN dans une poule qui comprend le Ghana, le Niger et le Mali. " Quand on arrive en sélection, on a l'impression de rejoindre la famille. On évacue la pression que l'on ressent en club. " De l'autre côté, un gardien encore international grec il y a quelques mois. Qui aurait pu croire, en regardant l'EURO polonais cet été, que le portier de cette sympathique équipe de valeureux combattants allait se retrouver chez les promus carolos ? Ce tournoi devait servir d'apothéose à la carrière de ce Michalis Sifakis. Déjà écarté de son poste de numéro un, la faute à une blessure à la cheville qui l'avait éloigné des terrains lors des six premiers mois de la saison dernière, Sifakis, qui avait pourtant disputé les qualifications pour l'EURO dans la peau de titulaire, débutait le grand barnum européen sur le banc. Mais le vétéran Kostas Chalkias, blessé tant physiquement que moralement, finit par lui laisser sa place lors du deuxième match. La quasi-totalité de la défaite face à la République Tchèque, la victoire face à la Russie et le quart de finale de prestige face à l'Allemagne : voilà le bilan de Sifakis lors du dernier EURO. " Le succès de cette sélection ? Son état d'esprit et l'atmosphère qui y régnait ", explique Sifakis. " Cela explique pourquoi on a réussi le meilleur résultat de notre histoire - hormis la victoire à l'EURO 2004. " Pourtant, quelques mois plus tard, Sifakis, dont cela devait servir de décollage européen, se retrouve sur le banc de Charleroi. " Pendant l'EURO, j'ai reçu une proposition du Deportivo La Corogne, promu en Liga, puis de Leverkusen. Mais j'ai tardé à répondre. Je voulais quelque chose de mieux. Et finalement, ce que j'attendais n'est jamais arrivé. Par la suite, je n'ai reçu des propositions que d'Ukraine et de Roumanie. J'ai préféré tenter ma chance en Belgique. "Derrière cette envie d'exil étranger pointe un sentiment d'avoir fait le tour de la question dans son pays mais également une raréfaction d'offres en Grèce suite à la crise économique. " Cela devient difficile pour la plupart des équipes grecques. Surtout pour attirer des grands joueurs étrangers. Tout le monde ressent la crise. Beaucoup de clubs ne paient plus les joueurs pendant dix mois. Moi, j'ai reçu un tiers de mon salaire la saison passée. Cependant, si j'ai quitté la Grèce, c'est parce qu'après dix ans, j'avais envie d'un autre défi. "A 27 ans, Sifakis tire en effet déjà 10 ans de professionnalisme derrière lui. Un écolage sur son île, la Crète, où sa famille habite encore. Cinq saisons avec l'OFI Crète (" Un club historique habitué à vendre ses jeunes aux meilleures équipes grecques. En Crète, on dispose d'une mentalité différente par rapport à la Grèce. Personne ne veut d'ailleurs quitter l'île ! "), un prêt difficile à l'Olympiacos (" J'avais 21 ans et affaire à Antonios Nikopolidis, au sommet de son art. Je n'ai pas beaucoup joué mais j'ai beaucoup appris de sa façon de bouger sur le terrain "), puis quatre saisons à l'Aris Salonique. " Là, ma carrière a vraiment décollé. J'ai sans doute réalisé les trois meilleures années de ma carrière. On s'est qualifiés deux fois pour la phase de groupes de l'Europa League. En 2010, on avait terminé 2e derrière Leverkusen mais devant l'Atletico Madrid, tenant du titre, et Rosenborg. En 1/16e de finale, on avait échoué contre Manchester City mais pour la première fois de son histoire, le club avait passé l'hiver dans la peau d'un européen. " A l'époque, l'Aris était entraîné par l'Argentin Hector Cuper (" Une personnalité très forte mais un très bon entraîneur ") et Sifakis était considéré comme le meilleur gardien de Grèce, lui qui a d'ailleurs décroché le prix de gardien de la saison en 2009 et 2010. " C'est pour cette raison qu' Otto Rehhagel m'avait retenu pour la Coupe du Monde 2010 et que j'avais été choisi par Fernando Santos pour débuter les éliminatoires de l'EURO 2012. " Quelques mois plus tard, la roue a tourné. Quatre mois après l'EURO, Sifakis a perdu sa place en équipe nationale, au profit du gardien du Panathinaikos, Orestis Karnezis. " C'est tout à fait normal. A partir du moment où je ne joue plus... " La faute à un transfert à Charleroi et à une erreur (du Sporting ou de l'Union Belge ?) dans les listes d'inscription des joueurs. Au bout des palabres, il a fallu attendre le départ de Pedro avant que Sifakis ne soit officiellement qualifié. Trop tard pour le portier grec. " Je suis resté dans l'expectative pendant un mois et dix jours. C'est long mais de toute façon, comme je n'avais pas eu de préparation, je n'étais pas prêt pour jouer tout de suite. " Cela lui a permis de s'adapter à la vie à la belge. " Je connaissais la Belgique car j'avais effectué ma revalidation, la saison dernière, à Anvers. Pour la pratique du football, le cadre est idéal. Il n'y a pas la pression médiatique et on ne doit pas jouer sous de grandes chaleurs. Par contre, la vie quotidienne est différente de la Grèce. Ici, tout est plus calme. Les gens vont à leur boulot puis rentrent chez eux. En Grèce, on s'amuse davantage. Chacun va prendre un verre après le boulot. Sans doute parce que la météo s'y prête mieux. " PAR STÉPHANE VANDE VELDE" J'ai reçu une proposition de La Corogne et de Leverkusen. J'ai trop tardé. Je voulais quelque chose de mieux. Finalement, ce que j'attendais n'est jamais venu. " Michalis Sifakis " En Turquie, j'aurais pu jouer en D1, à Manisaspor, mais je devais attendre que le président sorte de prison pour signer mon contrat ! " Parfait Mandanda