Les play-offs 1, les stades pleins, les grands directs télé, ce ne sera pas pour lui ! Qu'importe... Enzo Scifo (46 ans) revit. Avec Mons, il a redécouvert le boulot d'entraîneur qui le boudait depuis l'été 2009. Et il savoure.
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Les play-offs 1, les stades pleins, les grands directs télé, ce ne sera pas pour lui ! Qu'importe... Enzo Scifo (46 ans) revit. Avec Mons, il a redécouvert le boulot d'entraîneur qui le boudait depuis l'été 2009. Et il savoure. Enzo Scifo : Avec la certitude que je vais tirer plein d'enseignements en vue de la saison prochaine. Quand je suis arrivé, j'ai demandé au président ce qu'il avait comme ambition : prendre le maximum de points ou faire des tests. Il voulait que son équipe aille le plus haut possible. Ça me convient, je ne veux rien lâcher. On n'aura pas un Mons démobilisé. Bien sûr, j'ai vu par exemple que mes joueurs avaient encore envie d'être concrets et de se défoncer, même sans enjeu. Contre le Beerschot, le Lierse, Westerlo, ils auraient pu se dire que c'étaient des matches de fin de saison mais ils ont tout donné. Ces soirées m'ont aussi permis de relancer des gars dans les oubliettes : Chris Makiese, Benjamin Nicaise, Tom Van Imschoot, Quentin Pottiez. Je n'ai pas fait des changements pour dire de faire des changements. Souvent, un nouvel entraîneur montre qu'il ne veut pas copier le précédent, il met sa griffe pour prouver qu'il est là. Je ne raisonne pas comme ça. Je connaissais la plupart des gars et j'ai dit au staff : -Ne me dites rien, ne m'influencez pas, je veux commencer sans a priori. J'ai observé et vite fait quelques retouches. Mais ça a été bien perçu, même par ceux qui ont perdu leur place. Parce que j'ai fait comprendre que j'allais rapidement faire tourner. Pour aller au Lierse, j'ai fait quelques changements par rapport au Beerschot alors que normalement, tu ne modifies pas une équipe qui gagne. Contre Westerlo, j'ai encore fait des ajustements. Le résultat, c'est que tout le monde se sent de nouveau concerné et l'état d'esprit est super. On m'a dit : -Pourquoi tu fais ça ? J'ai répondu : -Ce qu'il a fait avant mon arrivée ne m'intéresse pas. Dès le premier entraînement, j'ai vu qu'il avait des qualités foot, un bagage tactique et de l'influence. C'était logique qu'il reçoive le brassard. Je ne le donne jamais pour faire plaisir. Nicaise a assumé. Et Maël Lépicier, qui était capitaine avec Dennis van Wijk, a compris et accepté quand je lui ai expliqué qu'il était suffisamment exemplaire pour avoir le brassard mais qu'il n'avait peut-être pas assez d'influence. Trois ou quatre joueurs maximum. Je pensais trouver un groupe malade, écrasé par les difficultés. Au premier entraînement, j'ai vu beaucoup de questions et d'inquiétudes. Certains pensaient qu'ils ne savaient plus jouer. Et ça ne vivait pas dans le vestiaire. J'ai parlé une heure, je crois avoir ramené sérénité et confiance. Le vent a vite tourné : sans ça, on ne battait pas le Beerschot quatre jours plus tard. Dès le moment où ils ont mené, les gars ont oublié qu'ils n'avaient plus gagné depuis deux mois. Je ne sais pas si un club comme Mons a le droit de réfléchir beaucoup quand il reçoit une très grosse offre... Ce sera compliqué, il faut s'attendre à tout. Et s'il faut le remplacer... ça ne sera pas simple non plus. Les premières semaines qui ont suivi mon départ de Mouscron. Là, j'ai accusé le coup. J'estimais qu'après avoir montré comment je pouvais travailler là-bas, je méritais de rester sur les terrains. Oui, je voyais ce qui allait se passer. Quand Philippe Dufermont m'a dit qu'il ne savait plus assumer financièrement et qu'il allait sans doute être obligé de faire venir Amedeo Carboni et des Espagnols dans le groupe et dans le staff, j'ai compris que je n'avais plus d'avenir. Je lui ai dit : -Président, je vous enlève une épine du pied, je m'en vais. C'était ma décision mais ça a été une terrible déception. Il aurait fallu que je m'en aille plus tôt pour avoir une chance d'être embauché ailleurs. J'avais les boules parce que je me sentais toujours dans le bain, j'ai dû faire un gros travail sur moi-même. Après un an, un agent me propose d'aller entraîner le FC Vaslui en Roumanie. Jamais entendu parler de ce club. Dans ma tête, je n'étais pas prêt pour ce déménagement. Mais j'ai quand même donné mes conditions et j'ai tapé très haut. Ils ont accepté et quand je suis allé discuter sur place, ils ont commencé à chipoter avec les chiffres. Comme je n'étais pas sûr de moi, j'en ai profité et j'ai dit que je ne signerais pas. Trois mois plus tard, quand je n'avais toujours rien, je l'ai regretté. Financièrement, c'était intéressant : près de 400.000 euros par an, plus les primes... Et c'est un club qui joue chaque saison en Coupe d'Europe. Non parce que, depuis Mouscron surtout, je me sens de mieux en mieux dans ce job. On peut dire que je ne suis nulle part mais j'ai quand même près de six années d'expérience comme T1. On ne peut plus parler d'un jeune coach débutant. Maintenant, qu'on me laisse le temps de m'exprimer. J'ai connu des difficultés au début, c'était logique. Mais dans mon esprit, j'ai ma place. L'entourage était sceptique mais moi, j'y croyais déjà. C'est vrai que les deux ou trois premiers mois ont été pénibles. J'ai eu du mal à passer de l'autre côté. Je me suis retrouvé à imposer des trucs à des joueurs à qui je tapais encore dans la main, à qui je faisais encore la bise quelques semaines plus tôt. Quand j'ai commencé à leur donner des ordres, il y en a qui m'ont regardé comme pour me dire : -Hé ho, calme, tu ne vas pas t'y mettre ! C'était bizarre et compliqué. Puis, un jour, j'ai été clair : -On peut rester copains, mais maintenant, stop, j'ai des responsabilités. Ils ont compris et c'est devenu plus facile. Je me retrouve dans Arsène Wenger, que j'ai eu à Monaco. Dans la préparation des matches, la collaboration avec les joueurs et le staff, la communication, nous avons des points communs. Même si son comportement a évolué entre-temps. A l'époque, il ne gesticulait pas devant son banc, il ne s'énervait pas comme il le fait parfois aujourd'hui. Je pense que c'est une tactique pour protéger son groupe. Monaco ne l'avait pas viré parce qu'il était mauvais mais parce que certaines personnes estimaient qu'il était là depuis trop longtemps, qu'il connaissait trop bien les joueurs, qu'il fallait passer à autre chose, etc. Mais six semaines plus tard, tout le monde le regrettait. Je retiens surtout son discours, d'une clarté exemplaire. Toujours des mots simples. Et quand ça n'allait pas, il n'avait pas besoin de gueuler pour se faire respecter. A quoi ça sert de crier à tout bout de champ ? Il m'est aussi arrivé de gueuler, mais seulement en dernier recours. Ce n'est pas en rentrant dedans continuellement que tu te fais respecter dans le vestiaire. On se fait cette image en Belgique mais c'est faux. Ici, on aime les entraîneurs rigoureux et on en déduit qu'ils doivent élever la voix. J'ai eu des coaches gueulards mais ce n'est pas avec eux que ça s'est le mieux passé. Ça peut marcher pendant deux ou trois mois, les joueurs font semblant de t'écouter, puis ils décrochent parce qu'ils comprennent que tu n'es plus toi-même, que tu joues un rôle, que c'est chez toi une nouvelle façon de vouloir t'imposer. Je pense que ça ne peut fonctionner qu'avec des entraîneurs dont c'est la vraie personnalité. Par exemple, j'ai l'impression que Peter Maes est vraiment comme ça et ses équipes font des résultats. Je n'ai pas toujours été le meilleur ami des entraîneurs, loin de là. J'ai toujours essayé de ne pas être trop proche. Comme j'étais un joueur important et médiatisé, ça aurait pu être mal interprété. Les rapports étaient souvent bons, il y avait beaucoup de respect, mais ça n'allait pas plus loin. Peut-être parce que les jeunes n'arrivent pas toujours avec les bonnes dispositions. Je le répétais souvent aux formateurs à Mouscron : -Achevez de les éduquer, ce n'est pas le rôle de l'entraîneur de l'équipe Première. J'ai du mal quand je dirige un gars de 17 ou 18 ans qui ne maîtrise pas encore des valeurs comme le respect. Je peux l'accepter pendant un moment, puis je lui rentre dedans comme pas possible s'il ne change pas. Essayer de prouver en continu ce qu'il a dans le ventre, ne pas se prendre pour un king après trois bons matches. Quand j'étais jeune, qu'est-ce que je n'ai pas pris comme baffes ! Je ne l'acceptais pas toujours mais ça m'a servi. A mes débuts à Anderlecht, des coéquipiers me taclaient, m'insultaient. Ça ne plaisait pas à Paul Van Himst, surtout que j'étais son protégé, mais il n'est jamais intervenu, il essayait de me faire comprendre que ça allait me faire du bien : -Enzo, c'est ça le foot pro, c'est un bon écolage. Je peux te dire que quand des gars comme René Vandereycken ou Frankie Vercauteren mettaient le pied, ça pouvait faire mal. Même chose avec Eric Gerets en équipe nationale. Ils me faisaient peur. Ça les dérangeait de voir débarquer un jeune qui avait des qualités mais négligeait encore beaucoup de choses. Cela m'a surtout frappé chez Claude Puel, à Monaco. Il jouait à côté de moi et nous n'avions pas la même lecture. J'étais le technicien, il organisait tout. Ce n'était pas le plus beau joueur mais il était toujours irréprochable. C'était déjà un coach sur la pelouse et dans le vestiaire. Parfois, ce fut douloureux. Surtout avec deux personnes qui ont énormément compté pour moi : Paul Van Himst à Anderlecht et Aimé Jacquet à Bordeaux. Jacquet, je le mets dans la même catégorie que Wenger : un passionné qui aime le beau jeu et les beaux joueurs. Quand on l'a viré, j'ai perdu mes repères. En plus, son remplaçant, Didier Couécou, avait une approche complètement différente, plus british, il ne voulait que des bourrins ! J'ai sauté de l'équipe et j'ai continué à avoir chaque semaine des contacts avec Jacquet, qui m'encourageait et me donnait des conseils pour tenir le coup. C'était nécessaire parce que j'allais péter un câble. J'avais encore besoin d'acquérir du mental, et là, j'en ai pris pas mal. Jacquet m'a forgé un esprit de combattant. Il n'y a jamais eu de raisons objectives pour me mettre dehors ! A Charleroi, on a joué le milieu du tableau avec une équipe moyenne. Je suis parti parce que je ne croyais plus en Abbas Bayat, mon partenaire, l'homme avec lequel j'avais mis de l'argent dans le club. Il n'y a pas eu de dispute, je lui ai simplement dit : -Président, je stoppe parce que nous ne sommes pas sur la même longueur d'onde. A Tubize, j'ai quitté pour des raisons très différentes : mon seul frère est décédé dans des circonstances tragiques, je n'y étais plus, la motivation n'était plus là, je sentais que je ne pouvais plus avoir assez d'impact dans le vestiaire. Et à Mouscron, les raisons étaient encore différentes. Tu le sais quand tu te lances dans ce métier, tu es conscient que même les bons coaches peuvent être virés. Ça ne doit pas faire plaisir mais ça fait partie des règles. Comme je réagissais en tant que joueur quand mon coach ne me faisait plus confiance. Je ne laisserai pas tomber les bras. J'ai aussi évolué dans ce domaine-là depuis mes débuts de coach. A Charleroi, à une période où ça allait moins bien, j'ai eu tendance à dire : -Hé, ça va aller vite, si ça ne marche pas, j'arrête. A Mouscron, je n'avais déjà plus les mêmes raisonnements. Quand je suis arrivé, l'équipe était très malade et nous avons commencé par trois défaites et un nul. J'ai compris que je n'avais pas une bonne équipe, le public a commencé à siffler et à demander mon C4. Mais pas question de démissionner. PAR PIERRE DANVOYE" J'ai près de six ans d'expérience, on ne peut plus parler d'un jeune coach débutant. " " Qu'on me laisse le temps de m'exprimer. Dans mon esprit, j'ai ma place. "