Peut-être qu'à la fin de sa carrière, les frasques numériques de SergeAurier seront reléguées aux oubliettes de l'histoire. Ou alors, à l'image de ces musiciens dont le nom est accolé à un seul hit alors qu'ils ont écrit des dizaines de morceaux, son patronyme renverra à ces dérapages en ligne qui auront plombé sa carrière. En mars de l'année passée, sur sa page Facebook, le défenseur droit du PSG s'est d'abord illustré en insultant un arbitre, BjörnKuipers, " coupable " d'avoir expulsé ZlatanIbrahimovic lors du huitième de finale retour de C1 contre Chelsea.
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Peut-être qu'à la fin de sa carrière, les frasques numériques de SergeAurier seront reléguées aux oubliettes de l'histoire. Ou alors, à l'image de ces musiciens dont le nom est accolé à un seul hit alors qu'ils ont écrit des dizaines de morceaux, son patronyme renverra à ces dérapages en ligne qui auront plombé sa carrière. En mars de l'année passée, sur sa page Facebook, le défenseur droit du PSG s'est d'abord illustré en insultant un arbitre, BjörnKuipers, " coupable " d'avoir expulsé ZlatanIbrahimovic lors du huitième de finale retour de C1 contre Chelsea. Le 13 février, c'est lors d'un chat avec Periscope, une application pour mobile qui permet de diffuser des vidéos en direct, qu'il a vilipendé son coach, LaurentBlanc, et quelques-uns de ses coéquipiers (SalvatoreSirigu, AngelDiMaria, Ibra). Le lendemain, le champion d'Afrique ivoirien subit l'opprobre général et son club le suspend sine die. Les observateurs lui promettent alors l'enfer et un transfert imminent. " C'est un mec sûr de sa force, qui ne lâche jamais l'affaire ", plaide de son côté HervéRenard, l'ancien cornac de la Côte d'Ivoire et nouveau sélectionneur du Maroc. Il est souvent victime de ses émotions, de son histoire et il réagit parfois de manière disproportionnée mais c'est un gars sur qui on peut compter, qui place l'équipe au-dessus de tout. " A l'été 2014, Serge Aurier sort d'une saison brillante avec Toulouse (5 buts, 6 passes décisives) et d'une Coupe du monde réussie, en dépit de l'élimination précoce des Eléphants ivoiriens. A l'échelle des étoiles du PSG, où il vient de signer, c'est admirable mais ce n'est rien. Ou presque. De fait, le back droit virevoltant, formé au RC Lens, fait banquette. Pire, il apparaît comme la troisième option du club francilien, Blanc lui préférant GregoryvanderWiel ou Marquinhos, le surdoué brésilien. Pendant six mois, Aurier ronge son frein et goûte les miettes qu'on veut bien lui laisser, lorsque les stars font relâche, avant ou après les matchs de Ligue des Champions. " Même dans ces moments-là, il a toujours été convaincu qu'il se ferait une place dans le onze type. C'est dans sa nature de considérer que, quel que soit le niveau, il parviendra à ses fins, et il y parvient. Toujours ", poursuit Renard. En janvier 2015, sa saison connaît un tour plus favorable quand il décroche la deuxième Coupe d'Afrique de l'histoire de la Côte d'Ivoire (après 1992). Au sein des Eléphants, il s'est fait sa place depuis à peine un an et demi, quand SabriLamouchi l'a appelé. " C'est un cabochard, limite caractériel, mais tu peux aller à la guerre avec lui ", explique l'ancien Parmesan. En Guinée-Equatoriale, mécontent par un commentaire de YayaTouré, Aurier n'hésite pas à se frictionner avec le joueur des Citizens à la mi-temps d'un match de poule, leurs coéquipiers devant même les séparer. En demi-finale, contre la République démocratique du Congo, au retour des vestiaires, il se trompe de maillot et laisse ses coéquipiers à dix durant plusieurs minutes. Ce qui questionne sur son professionnalisme. " C'est un détail ", balaie KangaAkalé, l'ancien international ivoirien qui l'a côtoyé à Lens. Lors de la CAN, il a été phénoménal. C'est un gars respectueux, toujours à l'écoute, y compris quand il fait l'objet de critiques. Un bosseur aussi. " Comme à Lens, Toulouse ou encore Paris, Serge Aurier est un coéquipier très apprécié dans le vestiaire ivoirien. Avec IsmaëlDiomandé, SereyDié ou Jean-DanielAkpa-Akpro (connu dans la Ville rose), il déambule régulièrement dans les couloirs de l'hôtel des Eléphants, créant ainsi un réel lien social au sein de la sélection. " Il a besoin d'être aimé. Si tu ne le calcules pas, c'est plus dur. C'est un mec authentique, qui peut avoir des problèmes avec l'autorité si les règles du jeu ne lui semblent pas équitables. Après, c'est un gamin (23 ans), on ne va pas flinguer sa carrière pour une connerie pareille. Tout le monde a droit à une seconde chance ", plaide Hervé Renard. Né le 24 décembre 1992 à Ouaraghaio, dans le sud de la Côte d'Ivoire, Serge Aurier emménage vite à Abidjan. En 2004, il rejoint ses parents à Sevran (Seine-Saint-Denis), dans la banlieue parisienne. Avec son frère Christopher, il prend une licence à Villepinte, un club français. Le duo est ensuite enrôlé par Lens en 2006. " C'était un écorché vif ", se souvient OlivierBijotat, responsable de la pré-formation en Artois. " Il pouvait en découdre avec partenaires comme adversaires. On a fait un gros travail éducatif parce qu'au début, il avait du mal à suivre les règles de vie d'un groupe. " Outre Aurier, l'académie de l'équipe nordiste compte alors dans ses rangs RaphaëlVarane (aujourd'hui au Real), GeoffreyKondogbia (Inter) ou ThorganHazard (Mönchengladbach). Ils ne resteront pas longtemps... Vice-champion de France des U16 et vainqueur du titre national avec les U18, Aurier se fait peu à peu une place au soleil. " Ses partenaires le traitaient de 'présu' (présumé plus vieux, ndlr) ", rappelle Jean-GuyWallemme, qui l'a fait débuter en pro. " Ils le chambraient sur le thème du 'pourquoi viens-tu t'emmerder avec des gosses comme nous ? Il se marrait, c'était un grand déconneur... avant de mettre les crampons. Là, ce n'était plus la même romance. " Finalement, deux jours avant ses dix-sept ans, le 22 décembre 2009, il intègre l'équipe fanion. Le latéral droit du Paris Saint-Germain a vu son destin basculer un jour de printemps 2006 avec le FC Villepinte. " On avait gagné contre le PSG et Serge avait marqué les quatre buts (à l'époque, il prestait comme médian). Tous les recruteurs l'avaient en ligne de mire, et c'est Lens qui a emporté le morceau grâce à MarcWesterloppe (aujourd'hui au... PSG) ", se remémore DjamelFemmami, un ancien éducateur du club de Seine-Saint-Denis. L'histoire de Periscope aura fait resurgir le lien indéfectible qui lie Aurier à Sevran et au 93, de la même façon que KarimBenzema est connecté à Bron et à la banlieue lyonnaise. " On ne sait pas ce qui lui est passé par la tête ", rapportait AfidDjadaoui, le responsable des sports de la ville de Sevran, dans LeParisien le mois dernier. Je vais lui tirer les oreilles (sic), il n'a pas un mauvais fond et il sait d'où il vient. A chaque fois qu'on fait appel à lui, il répond présent. " Comme bon nombre de joueurs professionnels de L1 issus des quartiers difficiles de l'Hexagone, Serge Aurier possède ce lien indéfectible avec ces potes d'enfance. " C'est un excellent camarade, apprécié par tout le vestiaire. Il a un potentiel extraordinaire, il n'est pas loin d'être le meilleur du monde à son poste désormais. Son seul problème, c'est qu'un sentiment d'injustice peut le rendre fou ", rapporte AlainCasanova, son entraîneur à Toulouse, qui a connu quelques problèmes avec l'Ivoirien avant d'en faire un titulaire inamovible. " Au Téfécé, Sergio était tellement obsédé par la gagne qu'il donnait tout pour les autres ", s'emballe un coéquipier d'alors. " Il nous a tous fait progresser, on ne voulait pas le décevoir, il était exemplaire. Peut-être s'est-il oublié un peu ? A Paris, entouré par les stars, il s'est concentré sur son jeu et il a éclaté. " Après deux saisons et demie en Haute-Garonne, et alors qu'il est sollicité par Swansea et Queens Park Rangers, Serge Aurier signe à Paris. Il a alors vingt et un ans. Aujourd'hui, un bon mois a passé depuis l' " affaire ". L'année dernière, Serge Aurier avait manqué les quarts de finale contre Barcelone après la suspension de trois matchs, infligée par l'UEFA suite à ses propos en ligne contre le referee de Chelsea-PSG (une première). Cette année, ce sont les deux affiches contre les Blues, en huitièmes de finale, qu'il a ratés. La suite, on ne la connaît pas encore. Laurent Blanc a bien ouvert la porte : " Le temps fait son effet sur tout le monde. C'est le club qui va prendre une décision. Nous aurons une entrevue face à face, sans caméra et vous verrez la suite. " La sanction est tombée : 160.000 € d'amende (son salaire est estimé à 280 000 € par mois) et un renvoi dans l'équipe réserve jusqu'au 20 mars. Dans le PSG des Qataris, on n'insulte jamais l'avenir. Pas question d'un licenciement pur et simple, la valeur du joueur étant estimée entre 20 et 25 millions d'euros. Sans compter la fin de saison... Bien évidemment, Serge Aurier s'est fendu d'excuses publiques et télévisées, dûment approuvées par la direction d'un club obsédé par son image publique. Pour un PSG version qatari, qui va même jusqu'à contrôler les banderoles des supporters et le dress code des invités des loges, le dérapage d'Aurier fait désordre. Le président, Nasseral-Khelaïfi, est donc monté au créneau pour justifier la mise à pied de son back droit : " Le Paris Saint-Germain est une institution très forte à laquelle on ne peut pas toucher. Je ne laisserai personne mettre le club en difficulté et nous détourner de nos objectifs. " Après être devenu, à son corps défendant, l'attaché de presse de Periscope, et avoir balbutié ses regrets, le joueur des Eléphants s'est envolé quelques jours pour Genève et le domicile de son agent, StéphaneCourbis, le fils de Rolland, le T1 de Rennes. Le temps de se reposer, regarder le match aller contre Chelsea au Parc des Princes (2-1) et poster sur Instagram la photo d'une lionne, la gueule ouverte et crocs en avant... Pendant son séjour en Suisse, ThiagoSilva, un joueur dont il est proche et dont il vantait les mérites sur Instagram, a essayé de le joindre. En vain. OlivierLetang, le directeur sportif, lui avait demandé de ne pas répondre au téléphone jusqu'à son retour à Paris. Reste à savoir aujourd'hui comment il sera accueilli à son retour chez les pros. Dans un premier temps, le vestiaire a paru mécontent de la sortie de Serge Aurier, avant que BlaiseMatuidi puis EzequielLavezzi, désormais en Chine, lui manifestent leur soutien, via des interviews ou les réseaux sociaux. Le temps a fait son oeuvre, et on verra cet été s'il y a une ligne rouge à ne pas franchir pour les dirigeants du club francilien. Certains observateurs du PSG leur prêtaient même l'intention de céder l'Ivoirien à un club moins huppé, histoire de le " déclasser " socialement. " Il a toutes les caractéristiques d'un latéral de haut niveau. Il peut évoluer dans les meilleurs clubs du monde, et de toute façon, il a un contrat ", étaye Kanga Akalé. " Il est fort dans sa tête et hyper pro. A Paris, il a pris une envergure exceptionnelle. Quoi qu'il arrive, il rebondira ", ajoute Hervé Renard. En attendant, il devra batailler avec ses démons, la loyauté vis-à-vis de ses racines. " Par rapport à ses débuts, il a fait des progrès dans la gestion de ses émotions. Il est moins victime de son tempérament fougueux, même s'il lui reste quelques progrès à faire ", juge Alain Casanova. Fin mars, il retrouvera la sélection ivoirienne puisque MichelDussuyer, le nouveau coach des Eléphants, l'a rappelé. Comme l'an passé, il pourrait s'y refaire la cerise ! PAR RICO RIZZITELLI À PARIS - PHOTOS BELGAIMAGE" Son seul problème, c'est qu'un sentiment d'injustice peut le rendre fou. " - ALAIN CASANOVA, SON EX-ENTRAÎNEUR À TOULOUSE " C'est un gamin. On ne va pas flinguer sa carrière pour une connerie. Tout le monde a droit à une seconde chance. " - HERVÉ RENARD, ANCIEN SÉLECTIONNEUR DE LA CÔTE D'IVOIRE