T ommy Craig (59 ans), est originaire de Glasgow, Ecosse. C'est lui qui doit mener le Sporting carolo à la course au maintien. Il est revenu au Stade du Pays de Charleroi à la mi-novembre et analyse toujours calmement un match, de façon polie et honnête. Il inspire le respect, c'est un vrai gentleman dans tous les sens du terme. Il est comme ça et craint les médias. Avez-vous déjà lu beaucoup d'interviews avec lui ? Rien ! Craig préfère rester en retrait. Let the feet do the talking : laissez parler les pieds.
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T ommy Craig (59 ans), est originaire de Glasgow, Ecosse. C'est lui qui doit mener le Sporting carolo à la course au maintien. Il est revenu au Stade du Pays de Charleroi à la mi-novembre et analyse toujours calmement un match, de façon polie et honnête. Il inspire le respect, c'est un vrai gentleman dans tous les sens du terme. Il est comme ça et craint les médias. Avez-vous déjà lu beaucoup d'interviews avec lui ? Rien ! Craig préfère rester en retrait. Let the feet do the talking : laissez parler les pieds. C'est dans le c£ur industriel de l'Ecosse que Craig a grandi, à la même époque que Kenny Dalglish, l'une des légendes de Liverpool, qui a un an de plus que lui. Les deux allaient se croiser régulièrement sur les terrains, à partir des sélections de -12 ans. Deux meneurs de jeu doués, petits en taille mais grands en talent. Ils ont évolué une seule fois ensemble, en équipe nationale d'Ecosse : c'était en 1976 contre la Suisse. " Craig jouait sur le côté gauche d'un entrejeu à trois joueurs et en position axiale dans un entrejeu à quatre. Jamais sur les flancs. " Billy McNeill a presque 70 ans. Légendaire capitaine du Celtic, il mena le club catholique de Glasgow à la victoire en Coupe des Champions en 1967. Celui qu'on appelle Caesar a été élu en 2002 le plus grand capitaine de l'histoire du Celtic. Il a connu Craig comme joueur. Avec une voix éraillée et sur une ligne téléphonique qui a connu des temps meilleurs, à moins que ce ne soit l'accent, il nous explique : " Tommy était en effet un meneur de jeu. Techniquement assez doué, c'était typiquement le médian qui distribuait les bons ballons. Il n'était pas très rapide mais compensait par une bonne vista. Talentueux, doué. De temps à autre, un adversaire lui chipait le ballon lorsqu'il ne voyait pas directement d'ouverture. Mais il avait plein d'idées. Il était créatif et a quand même apporté pas mal en Angleterre où il a évolué très longtemps. Pourquoi l'Angleterre ? To make money, pour gagner sa croûte, comme 60 à 70 % des joueurs écossais qui y tentaient leur chance à l'époque. Craig évoluait à Aberdeen à ses débuts et il faut savoir que si tu n'évolues pas chez les trois grands - Celtic, Rangers et Hearts - il vaut mieux traverser la frontière. " McNeill lui-même le fit après plus de 800 rencontres sous le maillot rayé vert et blanc. Il entraîna entre autres Manchester City et Aston Villa. Lorsqu'il entama un second mandat de manager au Celtic en 1987, il demanda à Craig d'être son assistant : " Parce que Tommy avait toutes les capacités requises. Il était même très capable. Il était rapide pour régler un problème et apprécié des joueurs car il a le don de bien leur expliquer les choses. Il est très ouvert, pense positivement et sait de quoi il parle. Il ne s'occupait pas seulement du travail sur le terrain, nous nous partagions les rôles. "Ils ont vécu une année en or ensemble : doublé championnat et Coupe dans une ambiance de travail très positive. Dans ses souvenirs de joueurs, Craig retient sûrement un moment fabuleux du début des années 70, quand il évoluait à Sheffield Wednesday. En 1972, lors d'une tournée européenne de l'équipe brésilienne de Santos, où jouait notamment Pelé, l'un de leurs adversaires anglais fut justement l'équipe de Craig. Et ce dernier échangea son maillot avec la perle noire après le match. " Cela constitue un moment grandiose pour lui " a déclaré John Collins. " Tommy dit toujours que Pelé est son dieu. Parce qu'il était un joueur fabuleux et un type toujours sympa et accessible à tous. " Après sa période au Celtic, qu'il quitta en 1995, Craig retourna dans le club de ses débuts : Aberdeen. C'est Roy Aitken, actuellement responsable de l'équipe première de Birmingham City sous Alex McLeish, qui l'attira là-bas. Aitken a de nouveau cet accent si typique lorsque nous l'appelons. " Craig ? Un type fantastique ! Je l'ai encore eu en ligne récemment. " Pour parler d'un éventuel transfert de GeoffreyMujangi Bia ou d' AdlèneGuédioura ? Aitken : " No, no. Je sais que Charleroi a laissé partir deux joueurs à Wolverhampton mais nous n'avons pas discuté de cela. C'était une conversation plus générale. " Cela dure quelque temps avant qu'Aitken nous accorde sa confiance : " Vous savez, les relations des Britanniques à la presse... " Il veut savoir comment marche Charleroi. Pas bien. Et la teneur exacte de l'article ? Négative ? Non, nous voulons juste dresser un portrait authentique : " Alors bon, dans ce cas. Je suis plein de louanges, vous n'entendrez pas de ma bouche que Craig ne peut pas être un bon head coach, entraîneur principal. Au contraire. Il est très intelligent, connaît le football, retire le meilleur rendement de ses joueurs, est un gentleman agréable à vivre et possède une très bonne éthique. Il se montre toujours humain au bon moment. Il est doté d'une solide expérience, à différents niveaux. A la fédé, en Ecosse, en Angleterre... Un chic type. " L'Angleterre ? La fédé ? En effet, avant de débarquer dans le Pays de Charleroi, avec Collins l'an passé et avec lequel il avait déjà travaillé auparavant aux Hibernians d'Edimbourg, Craig était employé de la Fédération écossaise. Il y coacha les Espoirs et y donna des cours d'entraîneur. Plus tard, il fut engagé à Newcastle, l'une de ses anciennes équipes en tant que joueur. Il occupa différentes fonctions chez les Magpies de 1998 à 2006. Etant donné que Newcastle a la réputation d'être un cimetière pour entraîneurs, nous appelons The Sentinel, le tabloïde le plus populaire de la ville. Craig y a bonne réputation, entend-on : " Il était très populaire ici. Comme coach de l'équipe 1 et des Réserves. Humble et discret, il était ce qu'on appelle un players' coach, toujours très proche de ses joueurs. Très apprécié des jeunes, aussi, qu'il prenait vraiment plaisir à faire progresser. " A Newcastle, il a travaillé avec les plus grands entraîneurs : Graeme Souness, Bobby Robson et Dalglish. Il a même assuré l'intérim pendant une très courte période, entre Ruud Gullit et Dalglish. Et chez les Réserves, il découvrit de bons joueurs comme Steven Taylor ou Shota Ameobi. Un dernier détail marrant : il forma Alan Shearer au boulot de coach. Lorsque l'attaquant prolifique mit fin à sa carrière active et voulu décrocher son diplôme d'entraîneur, Craig l'emmena à Glasgow et lui donna cours. Pendant toute sa période britannique en tant que coach de club, Craig a toujours été l'homme de l'ombre, loin des projecteurs. Mais, les journalistes contactés insistent tous : " Cela ne veut pas dire qu'il se cachait par rapport à ses joueurs, non il était plutôt un lead coach, mais à qui n'incombait jamais la responsabilité principale des choix. " Comment cela se fait-il ? Ils n'en ont pas la moindre idée. A Charleroi, Craig assume bel et bien toute la responsabilité sportive. Sa seule limite : il ne parle pas français, mais son assistant Tibor Balog joue au traducteur... Frank Defays, ex-capitaine du Sporting Charleroi, a connu Craig l'an dernier. Il prit du plaisir à travailler sous ses ordres : " Naturel, il avait une autre approche. Il insistait beaucoup sur le passing, le pressing haut et rapide. Il est lui-même calme. L'an dernier il a travaillé dans l'ombre en l'acceptant sans renâcler. Lorsque nous n'étions pas bons, il pouvait pousser une bonne gueulante. Mais cela ne durait pas longtemps. Il avait de l'entregent, était respectueux, il y avait un bon lien avec le noyau, malgré la barrière de la langue. Cela avait un avantage qu'il s'exprime en anglais : tout le monde écoutait de manière plus attentive. Il nous concoctait de bons exercices aussi. Il exige un engagement total. Du respect vis-à-vis des couleurs qu'on défend, il faut donner tout ce qu'on a. Si vous faites une erreur, il vous la pardonnera. Mais il n'accepte pas quelqu'un qui lâche prise. Entre Craig et Collins, je vois peu de différences, sauf en matière linguistique puisque Collins a appris le français à Monaco. Les deux sont très British, l'approche est commune. Beaucoup dépend de la qualité du groupe et comparé au groupe sous les ordres de Collins, Craig a perdu pas mal de garçons de choix. On ne verra pas du foot champagne à Charleroi, c'est impossible. Mais les principes de base sont restés. " Le directeur technique des Zèbres Raymond Mommens reçoit le mot de la fin. Malgré la lutte contre le maintien, l'ancien international maintient sa confiance à l'Ecossais : " Il m'a fait bonne impression, déjà sous Collins, et lorsque le président nous a consultés pour voir qui devait assurer la succession, notre choix était vite fait. Je le trouve un très bon coach, c'était déjà le cas l'an dernier. En fait Craig faisait l'essentiel du boulot et Collins traduisait les intentions auprès des joueurs. Tommy préparait tout, donnait les entraînements, tout cela avec beaucoup d'engagement et d'enthousiasme. Un vrai pro. C'est également l'un des rares entraîneurs qui s'intéresse de très près aux jeunes. Une fois par semaine, il donne l'entraînement aux Espoirs. Il veut que les -17 ans et les -19 ans soient alignés sur le niveau de l'équipe première. Et pour surveiller leur évolution, il insiste pour être au moins une fois par semaine dans le groupe des jeunes. Passionné, professionnel, bosseur... pour l'instant la seule chose qui manque vraiment à Tommy, ce sont les résultats. " par peter t'kint- photos: reporters"Humble et discret, il était ce qu'on appelle un players' coach, toujours très proche de ses joueurs."