L'été dernier, l'Excelsior Mouscron avait transféré trois des meilleurs joueurs de D2. David Crv et Cleiton étaient censés se partager entre eux le lourd héritage laissé par Yves Vanderhaeghe. Le Limbourgeois avait bien débuté. Après quelques matches, son ancien entraîneur de Maasland, Mathy Billen, lui prédisait même un appel en équipe nationale dans un avenir plus ou moins rapproché. Mais aujourd'hui, David Crv est le plus souvent contraint de végéter sur le banc: son poste de demi défensif a été accaparé par Lionel Ladon, dont personne n'avait tenu compte mais qui a su saisir sa chance.
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L'été dernier, l'Excelsior Mouscron avait transféré trois des meilleurs joueurs de D2. David Crv et Cleiton étaient censés se partager entre eux le lourd héritage laissé par Yves Vanderhaeghe. Le Limbourgeois avait bien débuté. Après quelques matches, son ancien entraîneur de Maasland, Mathy Billen, lui prédisait même un appel en équipe nationale dans un avenir plus ou moins rapproché. Mais aujourd'hui, David Crv est le plus souvent contraint de végéter sur le banc: son poste de demi défensif a été accaparé par Lionel Ladon, dont personne n'avait tenu compte mais qui a su saisir sa chance.La même remarque vaut pour Cleiton. Le Brésilien, arrivé de Denderleeuw, a eu la malchance de se blesser durant la période de préparation. L'équipe s'est formée sans lui, et lorsqu'il était rétabli, l'entraîneur avait fait d'autres choix. Christophe Grégoire, le jeune Liégeois, était physiquement prêt lorsque Tonci Martic s'est blessé en début de saison, mais Hugo Broos l'a jugé encore trop tendre pour les rudes combats qui sévissent sur les pelouses de l'élite.A ce jour, le bilan de votre première saison parmi l'élite n'est guère réjouissant. Qu'est-ce qui n'a pas marché?Crv: Après un bon début, j'ai connu une période plus difficile et j'ai un peu perdu confiance. Je dois désormais me battre pour retrouver ma place. Cleiton: J'ai eu la malchance de me blesser durant la période de préparation, mais je ne veux pas invoquer cela comme excuse. Si j'ai peu joué cette saison, c'est avant tout le choix du coach. Un choix que je dois respecter. Grégoire: Hugo Broos avait été clair avec moi dès le départ. Il m'avait précisé que je ne pourrais pas revendiquer une place de titulaire dans l'immédiat. Je ne m'attendais donc pas à jouer énormément. Et dans ces conditions-là, cette saison-ci n'est pas vraiment une déception. Mais l'appétit vient en mangeant. J'ai été repris quelques fois dans le groupe, et à partir de là, l'envie de jouer est devenue plus forte. Avez-vous regretté d'avoir opté pour Mouscron?Crv: J'assume mon choix. J'avais déjà tâté de la D1 avec Genk, mais c'était la grande période du club limbourgeois et je n'ai pas été souvent appelé en équipe Première. Aimé Anthuenis m'avait conseillé d'acquérir du temps de jeu en D2. Cela a porté ses fruits, puisque après deux saisons à Maasland, j'ai suscité l'intérêt de clubs de l'élite. J'ai su rebondir, c'est déjà un succès. Même si, après avoir goûté à quelques titularisations en début de saison, j'aspire à jouer davantage. Cleiton: C'est une question difficile. J'admets que j'attendais davantage de cette saison. Je n'ai pas encore eu réellement l'occasion de démontrer mes capacités. Les rares fois où j'ai été aligné, c'était au demi droit, un poste inhabituel pour moi. Avant que je signe à Mouscron, j'avais eu des contacts avec La Gantoise, Westerlo et le GBA. Il m'arrive de me dire que, dans ces clubs-là, j'aurais peut-être joué davantage. La concurrence aurait sans doute été moins forte. Grégoire: J'avais eu des contacts avec La Louvière et Lommel. Je ne regrette rien. Lorsqu'une équipe à vocation européenne comme Mouscron fait un appel du pied, on ne refuse pas. Vous étiez tous les trois considérés parmi les meilleurs joueurs de l'antichambre. A juste titre?Crv: Christophe était souvent fort dangereux dans son couloir. Il était aussi capable de distiller de très bons centres. C'est une qualité importante pour un joueur de flanc. Cleiton: Je me souviens que Christophe avait marqué contre nous. C'était un joueur très technique. Bon de la tête également. Oui, il faisait assurément partie des meilleurs joueurs de D2. Grégoire: Au poste de demi défensif, il n'y avait pas photo. David et Cleiton étaient incontestablement les deux meilleurs joueurs. La plupart des entraîneurs partageaient également cet avis. Tout le monde ne peut pas se tromper en même temps. Quelle est la principale différence entre la D1 et la D2?Crv: La vitesse d'exécution. Cleiton: Le niveau de jeu, dans son ensemble. Grégoire: En D1, chaque erreur se paye cash. En D2, les erreurs de l'adversaire ne sont pas toujours exploitées. L'agressivité dans les duels, en revanche, est similaire. On a coutume de dire qu'un match de D2 est d'abord un combat. Ma réticence à mettre le pied m'avait déjà été reprochée à Liège. Vous arrive-t-il de songer avec nostalgie à votre ancien club?Crv: J'ai vu Maasland à l'oeuvre contre Heusden-Zolder cette saison, mais la distance m'empêche de me déplacer fréquemment dans le Limbourg. Lorsque je rentre, c'est surtout pour rendre visite à ma famille. J'ai encore quelques contacts téléphoniques avec d'anciens équipiers, mais ils se font plus rares au fil du temps. Je n'ai pas de regret. Entre Maasland et Mouscron, je crois que n'importe qui aurait fait le même choix que moi. Cleiton: J'habite encore à Denderleeuw et je vais régulièrement voir mon ancienne équipe à l'oeuvre. Je suis resté l'un de leurs supporters. Je n'oublierai jamais les bons moments que j'ai passés là-bas. J'ai été très bien accueilli et j'ai conservé de nombreux amis. En tant qu'étranger, je me suis directement senti chez moi. Denderleeuw joue un rôle moins en vue que les saisons précédentes, mais c'est peut-être reculer pour mieux sauter. Je l'espère, en tout cas. Oui, il m'arrive d'être un rien nostalgique. Grégoire: J'ai encore beaucoup d'amis à Liège. Nous nous téléphonons régulièrement. En début de saison, le club ambitionnait de participer au tour final. J'étais sceptique. Je me doutais que ce ne serait pas simple, mais je ne m'attendais tout de même pas à une saison aussi difficile. Qu'avez-vous appris cette saison?Crv: J'ai amélioré mon jeu de position et j'ai appris à jouer plus vite. C'est nécessaire, car le rythme des échanges est nettement plus élevé en D1. Cleiton: Je partage le point de vue de David. Le jeu, en D1, est beaucoup plus rapide. Mais c'est difficile de vraiment progresser lorsqu'on ne joue qu'en Réserve. Grégoire: J'ai appris à être plus dur. C'est dans ce but qu'en Réserve, je suis aligné à l'arrière gauche. Cela ne se passe pas toujours très bien, mais c'est le métier qui entre. J'espère aussi avoir progressé dans le jeu de position, qui était mon autre point faible. A Liège, j'évoluais comme à Mouscron à la place de demi gauche dans un système en 4-4-2. Mais le système est pratiqué différemment. A Liège, je me contentais d'arpenter mon flanc, alors qu'à Mouscron, je dois fréquemment rentrer dans le jeu. Quel est le point positif que vous retiendrez de cette saison?Crv: Le fait d'avoir, malgré tout, obtenu un transfert de Maasland à Mouscron. C'est un fameux saut. Reste maintenant à devenir une valeur sûre de l'Excelsior. Cleiton: Comme David, je répondrai: mon transfert. La saison, en revanche, ne s'est pas déroulée comme je l'avais espéré. Ni sur le plan personnel, ni sur le plan collectif: je pensais sincèrement que Mouscron pouvait décrocher un billet européen. Grégoire: Je crois que, pour Cleiton, le meilleur souvenir demeure le premier match amical de la saison, à Coxyde (il rit). En ce qui me concerne, je retiendrai mes quelques apparitions en équipe Première. Elles furent rares, mais je les ai d'autant plus appréciées. Je suis monté au jeu lors du match aller contre Anderlecht, par exemple. Je ne peux pas m'enorgueillir d'un véritable fait saillant. Mais le sentiment d'apprendre le métier au contact de joueurs de D1 est aussi une satisfaction. Le plus dur, est-ce d'apprendre que l'on passera son week-end avec les Réservistes et que l'on n'est même pas appelé dans le groupe des 16 ou des 18 de l'équipe Première?Crv: Il faut alors se faire violence. Se battre en Réserve pour démontrer qu'on mérite une place en équipe Première. C'est ce que je m'efforce de faire. Cleiton: C'est parfois dur de jouer en Réserve, je l'admets. Mais il faut faire confiance à l'entraîneur. Il appelle dans son groupe les joueurs qu'il estime les plus affûtés. Grégoire: Je ne suis pas dupe. J'ai parfois été repris dans le groupe alors que Cleiton l'aurait mérité davantage que moi, simplement parce que je n'ai que 20 ans et qu'un nouveau règlement oblige les équipes à inscrire deux joueurs de moins de 21 ans sur la feuille de match. J'en suis désolé pour Cleiton, mais je risque d'être confronté au même phénomène lorsque j'aurai un an de plus. Seuls les critères exclusivement sportifs seront alors pris en considération. Ce sera à moi de me montrer à la hauteur. Comment voyez-vous votre avenir?Crv: Il faudra voir comment ma situation évoluera. J'ai signé un contrat de trois ans, mais si la saison prochaine je ne joue pas plus que cette saison-ci, je crois qu'il sera inutile d'insister. A 23 ans, je n'ai plus énormément de temps à perdre. Cleiton: Je ne peux faire qu'une chose: attendre de recevoir ma chance. Et travailler pour la mériter. Mais il est évident que je ne peux pas attendre éternellement. Comme David, je verrai comment se passera la saison prochaine. Si ma situation n'évolue pas, j'aurais sans doute intérêt à tenter ma chance ailleurs. Je devrai avoir une discussion avec le coach à ce sujet. Grégoire: J'ai tout l'avenir devant moi. Je suis venu à Mouscron pour apprendre. J'ai signé pour trois ans. La saison prochaine, je poursuivrai donc mon apprentissage. La campagne à venir ne revêtira pas le même caractère décisif que pour mes deux partenaires, mais il faudra tout de même que j'affiche des progrès plus évidents. Je devrai démontrer que j'acquiers le niveau requis. Dès le départ, l'entraîneur m'avait parlé des difficultés que je rencontrerais lors de la première saison, mais il ne m'a pas encore parlé de la deuxième. J'attends avec impatience de connaître ses intentions à mon égard. Daniel Devos