Quelle étrange sensation quand on suit le foot depuis petit que d'avoir l'impression de recommencer à zéro. Désormais Belge d'adoption, mais novice en ce qui concerne la Jupiler Pro League, je m'apprête à découvrir ce que je considère être le maillon le plus important de la culture foot d'un pays : son championnat national. Une rencontre de laquelle j'attends beaucoup.
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Quelle étrange sensation quand on suit le foot depuis petit que d'avoir l'impression de recommencer à zéro. Désormais Belge d'adoption, mais novice en ce qui concerne la Jupiler Pro League, je m'apprête à découvrir ce que je considère être le maillon le plus important de la culture foot d'un pays : son championnat national. Une rencontre de laquelle j'attends beaucoup. Août a toujours rimé avec foot. Une première journée de championnat suivie depuis un camping. Un premier but célébré un sorbet à la main. Les plaies d'une première défaite pansées par une douce nuit d'été. Août rime moins avec doute. Ceux soulevés par les formats exceptionnels de la Ligue des Champions et de la Ligue Europa. Ceux nés dans la tête des passionnés qui se sont vus sucrer la fin de leurs compétitions nationales sans trop savoir quel visage allait avoir la reprise. Et comme lorsqu'il y a un doute, il n'y en a plus, certains se sont réfugiés vers le carré magique Bundesliga, Liga, Premier League, Serie A. Histoire de combler le manque d'ivresse footballistique jusqu'à en oublier qu'il n'y a pas plus important pour un pays de football que son championnat national. Encore plus quand il ne fait pas partie du gratin. Comme " ma " Ligue 1, la Jupiler Pro League ne serait pas assez bien. Il faudrait avoir le vertige à l'idée de passer d'un Liverpool-Chelsea à un Cercle Bruges-Standard. Il faudrait être plus fier - et il y a de quoi être sacrément fier - de porter un maillot de Manchester City floqué " De Bruyne " que de porter un maillot de Charleroi, de Malines ou de Saint-Trond floqué de son joueur préféré. Il faudrait aussi pointer chaque point négatif qui creuse le gouffre entre son championnat local et là où l'herbe est plus verte. C'est une erreur. Le but n'est pas de se mentir. D'octroyer à tel ou tel championnat des vertus d'intensité, de spectacle ou de qualité technique qui ne lui reviennent pas. Il s'agit simplement de rendre à César ce qui lui appartient. Car le football national, professionnel et amateur, est l'identité même du football d'un pays. Il est ses racines. Il incarne ses aspérités. Il souligne ses manques. Qu'on le veuille ou non, sans jeunes qui calent des petits ponts au city-stade, sans défenseur central en surpoids qui fume une clope sur un terrain plein de trous, sans 0-0 en Jupiler Pro League, il n'y a pas de Diable rouge. Sans talents gâchés, sans derbys historiques, sans luttes acharnées pour un titre, sans cicatrices, sans coups de coeur, sans ultras, pas de culture foot. Et la culture foot n'en a que faire du coefficient UEFA. C'est avec cette culture foot que j'ai pris rendez-vous le 8 août. Qu'attend-on quand on pose ses yeux pour la première fois sur un championnat ? Découvrir des villes. Découvrir des noms. Découvrir des joueurs. Pour l'heure, j'ai surtout découvert que la Jupiler Pro League commencerait à huis-clos. Or, apprend-on vraiment quelque chose d'une compétition locale sans supporters ? Ce sont eux qui transmettent la culture d'une ville, sa chaleur, sa folie. Ce sont eux qui mettent de la couleur sur le terrain vert et blanc que tout le monde connaît. Le début de mon apprentissage se fera malheureusement sans eux. Au moins pour commencer. Apprendre à se connaître sans se voir. Apprendre à se connaître sans boire. Apprendre quand même. Dans la peau d'un élève naïf, mais passionné, qui est entré en Belgique par la porte d'une équipe nationale brillante et qui a aujourd'hui envie de découvrir un football certes plus confidentiel, mais à l'histoire toute aussi riche. Bien plus riche que ce qu'un jeune Français connaît déjà. Même biberonné à Goethals dans l'amour de l'OM, intrigué par le talent de Danny Boffin, émerveillé par le passage réussi de Big Dan Van Buyten et qui considérera à jamais Eric Gerets comme un grand-père d'adoption. Je veux voir Sclessin, je veux vérifier si ce que j'ai vu de Bruges en Ligue des Champions est bien réel, je veux être surpris, je veux revoir le Kemar Roofe de Leeds, je veux me tromper, je veux trouver les Zèbres de Charleroi plus cools que ceux de Turin. D'Eupen à Liège, en passant par Anvers, j'observerai, avec vous, les petites choses qui font le grand conte de la Jupiler Pro League. Un but, un geste, un instant, une personnalité. De toute façon, il paraît que quand on aime, on apprend vite. Alors on apprendra ensemble. Pour l'heure, je ne suis ni Rouche, ni Mauve, ni même Français. Simplement impatient. Impatient que tout ça reprenne. Et impatient, comme vous, d'ouvrir ces quelques pages qui vont me permettre de réviser un peu. Non, août ne rime pas toujours avec vacances. Et c'est très bien comme ça.