L'histoire " contemporaine " de l'Excelsior Mouscron a commencé avec GeorgesLeekens. C'est lui qui était à la barre du navire hurlu lorsque celui-ci accéda à la D1, durant l'été 1996. On ne reviendra pas sur les circonstances de son départ, en janvier 1997, alors que l'Excel comptait quatre points d'avance au classement. Aujourd'hui, LongCouteau est de retour au Canonnier. Les deux époques sont-elles comparables ? Qui d'autre, mieux que SteveDugardein, pouvait-il en parler ? Voilà 23 ans qu'il fréquente les lieux.
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L'histoire " contemporaine " de l'Excelsior Mouscron a commencé avec GeorgesLeekens. C'est lui qui était à la barre du navire hurlu lorsque celui-ci accéda à la D1, durant l'été 1996. On ne reviendra pas sur les circonstances de son départ, en janvier 1997, alors que l'Excel comptait quatre points d'avance au classement. Aujourd'hui, LongCouteau est de retour au Canonnier. Les deux époques sont-elles comparables ? Qui d'autre, mieux que SteveDugardein, pouvait-il en parler ? Voilà 23 ans qu'il fréquente les lieux. " Georges Leekens était arrivé durant l'été 1995, alors que l'Excel avait déjà loupé à trois reprises l'accession à la D1 par le biais du tour final. Le climat était à la morosité. Il l'a rendu positif en très peu de temps. Cette année-ci aussi, il a repris l'équipe alors qu'elle sortait d'une saison décevante. Cela me fait drôle de le revoir à Mouscron. J'ai l'impression que c'est un cycle qui recommence. Par rapport à son premier passage au Canonnier, l'homme n'a pas changé. La différence, c'est que moi-même, je le perçois différemment. Parce que j'ai pris de l'âge et que j'ai appris à le connaître ". " Georges Leekens se montre exigeant tout en demeurant cool. C'était déjà pareil il y a sept ans. Sans doute avait-il tiré les leçons de son expérience à Charleroi, où il avait laissé trop de liberté aux joueurs. En arrivant à Mouscron, il a directement mis les points sur les i. Je suis bien placé pour en parler, car il ne m'a fait aucun cadeau. Je me suis souvent demandé pourquoi il m'en voulait à ce point. Lorsqu'on travaillait les coups francs à l'entraînement, j'étais gagné par le stress. Il était capable de me faire recommencer des dizaines de fois. Jusqu'à ce que le geste soit parfait. Il m'a aussi poussé à travailler ma souplesse. Je revenais d'une grave fracture du tibia-péroné. Je n'attendais qu'une chose : qu'il arrête de me faire souffrir. Mais il m'a obligé à mordre sur ma chique. C'était pour mon bien, cela m'a permis de retrouver mon niveau. En fait, Georges Leekens m'appréciait énormément mais je ne m'en rendais pas compte à l'époque. Avec le recul, je dois avouer qu'il m'a rendu de fiers services. Récemment, en me voyant sprinter à l'entraînement, il s'est exclamé : -Tiens, tu es redevenu la flèche wallonne ? C'est le genre de boutade dont il est coutumier. Cette sévérité qu'il affiche est sa manière d'encourager les jeunes. Aujourd'hui, lorsque je l'entends fustiger Jean- PhilippeCharlet, TidianyCoulibaly ou ChristopheGrégoire, je me revois à leur place sept années en arrière. Sur le coup, c'est parfois dur à accepter. J'espère qu'ils comprendront, comme moi-même j'ai fini par le faire, que c'est pour leur bien. En ce qui me concerne, mes rapports avec Georges Leekens ont totalement changé. Il me parle sur un autre ton. Comme il parlait, autrefois, aux hommes d'expérience qu'étaient ClaudeVerspaille, DonaldVandurme ou DominiqueLemoine. Il sait que je ne suis pas un tire-au-flanc et que, de moi-même, je me mettrai au travail. S'il constate des erreurs, avant de taper sur le clou, il aura une discussion franche et posée avec moi. Georges Leekens sait être très sévère, mais également plaisanter avec le groupe lorsqu'il est satisfait du travail accompli. Pendant le stretching, il veut entendre voler une mouche. Mais lorsque c'est terminé, il lui arrive d'éclater de rire. Il est capable, lorsqu'on a bien travaillé à l'entraînement, de dire : - Lesgars, prenezunballonetamusez- vous ! Tout comme il serait capable, à mon avis, d'allumer les projecteurs à minuit au retour d'un match où on l'aurait déçu, pour improviser une séance nocturne en guise de punition ". " Lors de notre première saison en D1, tout le monde connaissait notre tactique : Dominique Lemoine servait de rampe de lancement pour les deux " avions ", Emile et MboMpenza. Les huit autres joueurs étaient chargés de récupérer le ballon. Aujourd'hui, la tactique a changé : on a évolué vers un 3-5-2 audacieux. Si l'on parvient à assimiler ce système, avec deux hommes en plus dans l'entrejeu, cela peut se révéler bénéfique. Pour l'instant, on n'y est pas encore totalement habitué. Quoi de plus logique : voilà des années qu'on n'a rien connu d'autre que le 4-4-2. Pendant la trêve, on a énormément travaillé la tactique et le fond de jeu. Georges Leekens nous a appris à évoluer en 3-5-2, en 4-3-3, en 3-4-3. La plupart des entraînements s'effectuaient avec ballon. Il a souvent arrêté le jeu, pour expliquer. C'était nécessaire, pour apprendre aux jeunes comment il fallait bouger sur le terrain. Je crois que l'idéal qu'il a en tête, c'est de pouvoir, d'un claquement de doigt, exiger un changement de tactique en cours de match, en fonction du dispositif adverse ou de l'évolution du score. Passer, en une fraction de seconde, du 3-5-2 au 4-3-3, par exemple. Mais, pour l'instant, nous n'avons pas encore cette faculté d'adaptation. Ce qui est sûr, c'est qu'il adore le pressing. Il ne demande qu'une chose : qu'on gagne des duels. Et, après, qu'on joue au ballon devant. Il n'adressera jamais aucun reproche si l'on effectue une passe approximative vers l'avant. Pour autant que l'on chasse. Il souhaite aussi que l'on devienne beaucoup plus réaliste. Si l'on mène 1-0, il n'est plus nécessaire de se lancer à l'offensive la fleur au fusil : on " ferme la baraque ", comme il dit, et on s'efforce de conserver le zéro. Les phases arrêtées ? C'est resté l'un de ses dadas. A juste titre. Mais on les travaille malgré tout moins qu'avant. Autrefois, on pouvait passer une heure ou une heure et demie à ne faire que cela. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Par rapport aux saisons précédentes, on a moins travaillé l'endurance également. Peut-être était-ce dû, aussi, aux conditions climatiques caniculaires qui ont régné pendant la période de préparation ". " Beaucoup de gens constatent une amélioration au niveau de la mentalité, cette saison. La différence est surtout flagrante parce que, l'année dernière, nous n'avons pas toujours donné le maximum. En réalité, nous avons manqué de respect envers LorenzoStaelens. Par rapport à Georges Leekens, notre ancien entraîneur possédait un caractère très différent. Lorsque quelque chose ne plaît pas à Leekens, il tapera sur la table. Au besoin, il cassera la table en deux. Staelens n'aime pas crier et je suis bien obligé d'avouer que nous avons... abusé de sa gentillesse. La seule fois où nous avons fait preuve de caractère durant le deuxième tour, c'était contre Anderlecht... parce qu'il y avait HugoBroos en face. Après avoir été battu 1-6 par le Germinal Beerschot, nous ne nous sommes même pas tracassés : nous savions qu'il n'allait tout de même pas nous engueuler. Avec Leekens, une telle nonchalance a peu de chances d'être constatée : tout le monde craint sa poigne de fer, on sait que le bougre interviendrait directement s'il constatait un laissez-aller. Staelens s'est montré trop gentil et n'en a pas été récompensé. Pour sa carrière et son palmarès, il aurait mérité que ses joueurs se retroussent les manches pour lui. Au lieu de cela, nous avons profité du fait qu'il était nouveau dans le métier d'entraîneur et qu'il n'avait pas encore assez d'autorité pour imposer ses vues. Je suis certain que, si on lui offrait une nouvelle chance comme entraîneur principal dans un club, il démontrerait toutes ses qualités. Car il a tout pour réussir ". " Quoi qu'on en dise, elle n'a pas changé au fil des ans. En D2, la troisième mi-temps était plus importante qu'aujourd'hui, mais malgré tout, il y a des traditions qui ne se perdent pas. La saison dernière, Mbo Mpenza, ChristopheGrégoire, ClaudeBakadal et moi-même allions toujours manger ensemble après les matches, avec nos compagnes respectives. Cette saison, Baki n'est plus là, mais LuigiPieroni s'est joint au groupe.. Des petits groupes se créent par affinité, comme partout, mais personne ne se sent exclu. Quant à l'ambiance dans les tribunes, je suis persuadé qu'elle reviendra. Il suffit d'un déclic. D'une série de résultats positifs, par exemple ". " Il est pratiquement le même qu'il y a sept ans. GilVandenbrouck, qui était le directeur des jeunes et entraînait les Juniors, est devenu adjoint à l'arrivée de Georges Leekens. Gil, de son côté, a ramené le kiné Jean- LucMassin. L'entraîneur des gardiens, DidierVandenabeele, était déjà là ". " Je ne l'ai pas trouvé changé à son retour, et pour cause : je ne l'avais jamais perdu de vue. Nous sommes toujours restés en contacts. Il est resté aussi gentil, aussi aimable qu'il l'était à ses débuts. Nous nous connaissions déjà avant qu'il n'arrive à Mouscron, en 1996 : son école était située en face de la mienne. Il était encore tout jeune, comme moi. La différence, c'est que lui... il avait déjà la classe. Et il a encore étoffé son registre. Il a affûté son sens du but depuis qu'il a effectué un séjour à l'étranger. Il a aussi gagné énormément en masse musculaire. Son démarrage est incroyable. J'ai toujours trouvé que Mbo était meilleur footballeur qu'Emile, et je n'ai pas modifié mon jugement aujourd'hui. J'ai même l'impression qu'il n'a pas encore atteint son plafond. Sa feinte, on la connaît : on la voit tous les jours à l'entraînement. Mais il parvient encore à nous surprendre. On a de la chance de le garder à Mouscron... au moins jusqu'en décembre. Peut-être au-delà. Car, malgré tous les bruits qui courent, il n'est pas encore parti. Il n'a plus envie de sauter sur la première offre venue. Il veut la garantie d'être titulaire, habiter un endroit où son épouse se plaise. Il a toute sa famille et sa belle-famille à Mouscron. C'est important aussi, pour lui ". " Il était arrivé en 1995 de Capellen comme... buteur et il avait effectué toute la campagne de D2 au centre-avant. A la veille du premier match de D1 à Lommel, lors d'un petit match d'entraînement, Georges Leekens l'a aligné en... défense, à la surprise générale. Il avait entendu qu'il avait évolué comme défenseur en Bosnie-Herzégovine et il a pris le pari de ce retour aux sources. Pari gagné : Vido est devenu Diable Rouge dans ce rôle. Il a, tout compte fait, réalisé une très belle carrière. Beaucoup de gens ont une fausse impression de lui. J'ai eu la chance de le côtoyer longtemps. La première année, moi aussi, je le trouvais bourru. Il parlait peu, se heurtait au problème de la langue. On ne s'en rend pas toujours compte, mais il a énormément changé sur ce plan-là. Lorsqu'on apprend à mieux le connaître, on découvre en lui énormément de côtés attachants. Ce qu'il a à dire, il le dit en face. C'est quelqu'un de droit. Il se donne à fond aux matches et aux entraînements, mais lorsque le coup de sifflet final a retenti, le football est terminé : c'est le moment de penser à la famille. Il ne s'éternisait jamais à la salle des joueurs après les matches et se rendait rarement dans des clubs de supporters. Mais, abstraction faite de ce trait de caractère qu'il faut respecter, il a tout donné pour l'Excel. C'était un joueur très malin. Sans trop parler, il savait nous positionner sur le terrain. Il avait un sens du placement et de l'anticipation incroyable. Il n'était pas le plus rapide sur les premiers mètres, mais il était extrêmement costaud. Il a joué 19 ans sans ligaments croisés dans son genou gauche. Lorsqu'il a été évacué du terrain, contre le Maccabi Petah Tikva, je pensais sincèrement qu'il s'agissait d'un mauvais coup et qu'il reviendrait, comme les autres fois. Juste avant le match amical contre le PSG, alors qu'il était censé effectuer son retour, je lui ai demandé comment il allait. Il m'a simplement répondu : - Mal, jevaisarrêter ! Heureusement, j'étais assis, sinon je serais tombé. Personne ne mérite de terminer sa carrière comme cela. Et surtout pas lui. A la limite, au terme de la saison, c'eût été acceptable. Le destin en a décidé autrement. Aujourd'hui, je l'appelle coach. Il n'apprécie pas du tout. Il va probablement faire du scouting pour le club ". " Depuis deux ans, la poisse le poursuit : d'abord le pied, puis le genou, et maintenant de nouveau le pied. Je ne peux lui dire qu'un chose : il doit être fort dans sa tête, et je suis certain qu'il le sera. Nous avons presque toujours fait chambre commune, lors des stages de préparation. Cette année, il a dû quitter le centre de la Fraineuse à Spa, et cela m'a fait tout drôle de me retrouver seul dans la chambre. Plus casanier que lui, cela n'existe pas. Personnellement, je n'ai pas l'habitude de rechercher la publicité, mais lui, c'est encore pire : il s'en balance complètement. Il a sa maison, sa femme, sa fille : cela lui suffit. On prétend qu'en tant que footballeur, il est limité. Je connais des joueurs plus limités que lui, qui ont été transférés dans un grand club. Vitesse, anticipation : il a toutes les qualités d'un bon défenseur. Pour le passer, il faut se lever tôt. C'est quelqu'un de généreux : je ne l'ai jamais vu tricher. Durant sa meilleure période, Oli aurait pu jouer n'importe où : il n'aurait pas fait tache. Mais, pour réussir une grande carrière, il faut souvent un peu de chance au bon moment ". " On a manqué de respect envers Lorenzo Staelens "