Marc Brys a une solide carapace. S'il aime à parler football, il évite de se livrer : " Nous avons tous des étiquettes. Difficile de s'en défaire. Mais d'autre part, je ne veux pas faire preuve d'arrogance en refusant de me dévoiler un peu ".
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Marc Brys a une solide carapace. S'il aime à parler football, il évite de se livrer : " Nous avons tous des étiquettes. Difficile de s'en défaire. Mais d'autre part, je ne veux pas faire preuve d'arrogance en refusant de me dévoiler un peu ". Marc Brys : Je n'éprouve plus le besoin de contrer ce qu'on écrit sur moi mais vous avez raison. Si la télévision affirme qu'un match a été bon, les gens se laissent influencer et même les collègues. C'est pour ça que quand je visionne un match, je tente de m'abstraire de toute influence. Il en va de même avec les gens. Si on dit qu'untel est ainsi fait, nul ne se demande quelle expérience il a de cette personne. Il accepte le jugement collectif. Quand je fais connaissance, je me demande si c'est un type bien ou pas ? Tout tourne autour de ça. Si quelqu'un est d'un naturel positif, qui a de bonnes intentions, il faut le laisser faire, quitte à ce qu'il vous blesse parfois. Les mauvaises gens, en revanche, font sciemment du mal ou veulent profiter de la situation, sans égard pour les autres. Moi, j'essaie d'être bon. Mes parents m'ont inculqué des normes comme le respect, l'honnêteté. J'en parle avec le groupe en début de saison mais attention : je n'ai pas une seule méthode de travail. Chaque groupe requiert une autre approche. Il faut être souple. J'essaie d'en tracer deux entre lesquelles naviguer. Je garde à l'£il l'objectif à atteindre mais en restant ouvert. On dit souvent que les règles sont des freins, un poids. C'est faux. Chaque société, chaque groupe n a besoin de règles. Il faut savoir qui en a besoin, sonder les joueurs. Il est difficile de travailler avec des footballeurs qu'on ne peut pénétrer. Il y en a et ce fut ma pire désillusion comme entraîneur. On débarque avec l'idée sans doute utopique de faire progresser tout le monde mais ce n'est pas possible. Certains se ferment, avec d'autres, le courant ne passe pas, il y a une certaine aversion. Pourtant, il est essentiel de connaître la sensibilité de quelqu'un, sa mentalité, ses priorités, son vécu culturel. Ce qui me gêne, c'est que nul n'attend une discussion de fond lors des conférences de presse. Quand on dit quelque chose et que l'entraîneur adverse affirme le contraire, je vois tout le monde noter sans broncher. Entendre un collègue me critiquer pourrait être gênant mais je peux en tirer profit pour m'améliorer. Dans d'autres pays, il y a un débat, une discussion plus ouverte. J'aimerais tenir des conférences avec des collègues et pourquoi pas des étrangers ? Pourquoi sommes-nous aussi repliés sur nous-mêmes ? Les Hollandais se situent à l'autre extrême. Ils réalisent qu'ils peuvent progresser grâce aux remarques des autres. Ici, les autres coaches sont des concurrents, qu'il faut empêcher de progresser. C'est une attitude déplacée car les entraîneurs néerlandais sont actifs dans le monde entier mais combien comptons-nous de représentants ? C'est une forme de respect. C'est plus agréable quand j'ai gagné la Coupe que quand j'ai perdu deux points face à une équipe réduite à huit, mais il faut continuer à fonctionner. Je me suis demandé si j'allais participer à cette conférence. Monter dans ma voiture était la solution la plus aisée. Rentrer à la maison, m'extraire du monde pendant deux jours, jusqu'à ce que la tempête soit passée. Je me suis dit que je vous devais le respect mais que dire ? Crier ma profonde déception ? J'ai aussi envisagé de dire : - 1-1 contre Charleroi, est-ce si mauvais ? C'est quand même une bonne équipe. On peut toujours trouver une issue mais je n'aime pas les façades. Je devais passer en revue toutes les options. Les meilleurs footballeurs choisissent les meilleures options. Dans cette situation, je ne voulais pas me décevoir. C'était exactement comme après mon limogeage il y a un peu plus d'un an. Tout le monde me demandait pourquoi je n'étais pas rancunier. Mais le président a posé un choix pour son club. Moi-même, je ne cesse de dire aux joueurs que le groupe prime l'individu. Je ne pouvais pas opérer de revirement parce que j'étais sacrifié. Coach vous prend énormément : ce n'est pas un job de huit à seize que vous oubliez une fois rentré à la maison mais je suis heureux. J'ai une femme formidable, deux enfants fantastiques. Je suis en bonne santé et j'exerce la profession de mes rêves. C'est mon truc, je me sens dans mon domaine. C'est la D1 telle que je l'imaginais. Parfois, bien sûr, je suis confronté à l'égoïsme de mon choix, par le biais d'un mauvais bulletin scolaire ou d'une situation empreinte d'amertume. Je comprends alors que j'ai raté certaines choses. Ma famille reste l'essentiel. J'espère ne jamais devoir opérer de choix entre les deux mais si c'était le cas, je n'aurais aucune hésitation. Oui, vraiment. Ma femme n'en parle guère mais je le sais pertinemment. Ce choix n'a pas été fait en tenant compte de la famille. Il est individualiste, opéré pour moi-même, parce que j'aime ce job. Heureusement, ma femme est tolérante. Quand on aime quelqu'un, on lui souhaite tout le bonheur possible, on veut que cette personne se sente bien et on n'a pas envie de la priver d'une pareille chance. Je sais que ce n'est pas le meilleur des choix pour ma famille mais je limite les dégâts. Quand je dois me rendre à une fête, j'essaie que nous puissions y aller ensemble. J'évite les pots après un entraînement ou un match. J'essaie de ne pas rendre la situation encore plus pénible qu'elle ne l'est. KRISTOF DE RYCK