L'adresse a déjà de quoi faire sourire : Route de Mons, à 142 kilomètres de Mons, pour un rendez-vous avec José Riga, l'ancien entraîneur de... Mons. Il y a des signes qui ne trompent pas. A Visé, Riga est dans son jardin. C'est le long de la Meuse qu'il s'est ressourcé, après son limogeage montois. Qu'il s'est replongé dans un nouveau défi : remonter en D2 avec Visé. Après deux ans, l'objectif est atteint. Du moins, le premier car le projet mis sur pied par Riga et soutenu à bout de bras par le président Guy Thiry va plus loin. " Il fallait que le club continue à progresser à tous les niveaux ", explique Riga.
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L'adresse a déjà de quoi faire sourire : Route de Mons, à 142 kilomètres de Mons, pour un rendez-vous avec José Riga, l'ancien entraîneur de... Mons. Il y a des signes qui ne trompent pas. A Visé, Riga est dans son jardin. C'est le long de la Meuse qu'il s'est ressourcé, après son limogeage montois. Qu'il s'est replongé dans un nouveau défi : remonter en D2 avec Visé. Après deux ans, l'objectif est atteint. Du moins, le premier car le projet mis sur pied par Riga et soutenu à bout de bras par le président Guy Thiry va plus loin. " Il fallait que le club continue à progresser à tous les niveaux ", explique Riga. Un tandem. D'un côté, Riga, appelé comme directeur technique mais rattrapé par l'appel du terrain. " A un certain moment, le président m'a dit - Comment veux-tu choisir un coach ? Tu trouveras toujours quelque chose à redire. Quelque part, il avait raison. Je ne pouvais pas vivre sans cette adrénaline propre au match. Il fallait que je sois présent au c£ur du débat et du combat. " De l'autre, Thiry, président omniprésent, homme d'affaires averti qui a fait sa fortune dans l'import-export de fruits et légumes avant de revendre son affaire et de devenir actionnaire d'une quinzaine de sociétés (notamment des GB ) et d'investir dans l'immobilier. " Visé est porté par un seul homme, qui a un pouvoir légitime et a tissé un réseau régional. C'est un peu un entrepreneur ancienne génération pour qui la parole donnée vaut davantage que des écrits ", dit un proche du club. " Je n'ai jamais signer un papier avec lui ", renchérit Eric Depireux, agent de joueurs proche du club. " Il fait partie de ces rares personnes qui, quand il me donne sa parole, la respecte. Je me souviens, un jour, qu'il avait fait venir 17 camions d'Espagne, juste sur une poignée de main. Sa renommée et sa réputation avaient fait le reste. " Thiry, c'est aussi un président qui compte dans la région. " Lucien D'Onofrio a ses antennes mais Thiry aussi. Il est par exemple très ami avec la famille Vanden Stock ", avance encore ce proche du club. Riga-Thiry, le duo n'en est pas à sa première danse. C'est déjà avec Riga que Visé avait rebondi après une première expérience en D2. C'est donc tout naturellement, après avoir essayé, en vain, de convaincre Manu Ferrera que Thiry a confié les clés du club à Riga. Aujourd'hui, Visé débute le championnat de D2 avec 1,2 million de budget, avec des infrastructures dignes de cette division (même si le club a dû régler près de 120 points pour se mettre en conformité avec la D2), un noyau qui fait la part belle aux jeunes de la région et un centre de formation. Le tout dans la discrétion et l'ombre pesante des voisins du Standard mais surtout du FC Liège. " On est discret. On ne remplit pas les journaux ", reconnaît Thiry. " Il n'y a pas suffisamment de reconnaissance par rapport à l'investissement ", renchérit Riga. Pourtant Visé fait du bon travail. " Lors de notre première accession à la D2 en 1999, on avait misé sur des footballeurs régionaux, des joueurs qui étaient montés avec le club de la Promotion à la D2. On était tombé sur une bonne génération mais on n'a pas su entretenir ce principe par la suite ", raconte Riga. Pour se maintenir, Visé avait loué toute une série de joueurs au Standard. Sans succès. Par la suite, le club avait axé sa politique sur un partenariat avec un centre kenyan, projet piloté par l'ancien joueur Jean-Marie Abeels. Nouvel échec. Seuls deux Kenyans rallièrent la Cité de l'Oie. Alors, on a repris les fondamentaux. " Je voulais faire de Visé un club avec davantage d'âme ", explique. " Un club axé sur une politique de joueurs régionaux, qui avaient envie de mouiller leur maillot. Il fallait rajeunir l'effectif et l'élaguer de façon à obtenir un noyau pas trop large nous permettant d'injecter l'un ou l'autre jeune. Visé était reconnu depuis plusieurs années comme un club qui pratiquait du beau football, comme un club sain et sans histoires, sans embrouille. On avait déjà la marque de fabrique mais il fallait aller plus loin dans nos idées. " Et le déclic fut une défaite lors du tour final en mai 2009. Après une victoire 1-3 face à l'Olympic, Visé perd 2-4 dans ses installations. " La nouvelle politique était programmée mais cette défaite a peut-être précipité les choses. Etant donné les échecs à répétition lors des tours finaux, je ne voulais pas qu'on parle de titre une seule fois. " Et ironie de l'histoire, en cette campagne 2009-2010, Visé à coiffé les lauriers en devançant... l'Olympic qui comptait pourtant neuf points d'avance à la trêve. Mais Visé voit bien plus loin que la D2. Des clubs wallons, c'est sans doute le seul qui dispose d'un projet sportif. En témoigne le centre de formation de Wihogne, qui accueillait autrefois les sélections liégeoises et les jeunes du FC Liège, mais quasiment laissé à l'abandon. Loué pour 35 ans à la famille Baré, il a été remis à neuf et sert aujourd'hui de centre de formation pour Visé. " On n'en parle pas mais on a dépensé 500.000 euros sur fonds propres pour le rafraîchir. Avec 13 terrains, il n'y a pas mieux en Wallonie, sinon Mouscron ", se défend Thiry, le président à l'allure soignée, l'air goguenard et arrivé, nonchalamment au volant de sa Mercedes, cigarette au bec. " Derrière l'aspect formation, je veux également qu'il y ait un projet social. La logique financière voudrait qu'on réduise et limite le nombre d'équipes de jeunes. Nous, on fait le contraire. En tant que président de club, on a un rôle éducatif à assumer. En un an, on est passé de 20 à 33 équipes de jeunes. On prévoyait de nouvelles demandes d'inscription mais pas un tel engouement. "" C'est bien simple, aujourd'hui, un jeune de la région veut d'abord aller au Standard, puis chez nous ", corrobore Riga. " Les parents préfèrent nous confier leurs enfants plutôt qu'à Liège. " Le nom et la comparaison sont lancés. Le FC Liège, le caillou dans le pied du président Thiry. Car Thiry, depuis 18 ans à la présidence de Visé, est d'abord un fervent supporteur du FC Liège. " J'avais essayé de racheter le club quand André Marchandise s'est retiré. Mais cela ne s'était pas fait. " Depuis lors, à chaque hiver, un projet de fusion entre les deux clubs refait surface. " Visé a tout : infrastructures, centre de formation, équipe première, staff complet. Mais ce qui manque à Visé, c'est son passé. C'est un club sans Histoire. Or, pour cela, l'aspect sportif joue. Pour créer son Histoire, il va falloir faire mieux que ce que l'on a déjà connu ", avance Thiry. " Il manque un peu de ferveur autour du club ", acquiesce Riga. Et de public. Ce que Liège possède. Découragé par ces projets de fusion avortés, Thiry a donc décidé de continuer seul, à la tête de Visé. " Pour se marier, il faut être deux et je n'ai jamais trouvé à Liège une personne d'accord de discuter. Aujourd'hui, l'adversaire de Liège se nomme Visé. Comme les fans de Liège ne savent plus pérorer sur le Standard, ils le font sur Visé. Mais si je continue, c'est parce que Visé, c'est ma ville. Je suis originaire d'ici, je suis commandant de la gilde des Arquebusiers et j'ai toujours eu besoin de me donner pour les autres ", explique Thiry. " Il n'arrivera jamais à faire de Visé un nouveau Liège ", explique Depireux. " Visé est une cité bourgeoise qui ne tourne pas autour du foot. "" Visé est une petite ville, sportive (handball féminin, club de rugby, open de judo) mais le potentiel public n'est pas énorme ", reconnaît Riga. Alors, le club se cherche une nouvelle identité et lance des idées. En vrac, on parle de fusion, de partenariat, de partage de la présidence avec de nouveaux investisseurs, de délocalisation à Herstal. " Financièrement, c'est très difficile de gérer un nouveau club ", confirme Thiry. "Heu- reusement, on a le soutien des pouvoirs publics car on ne dérange personne. Malgré cela, chaque saison, cela me coûte très cher et cela commence à me lasser. Pour arriver à l'équilibre, il me faudrait plus de spectateurs, plus de partenaires commerciaux ou trois Guy Thiry. "Le discours a également changé. Ce n'est plus le club de la ville mais d'une région. On se positionne autrement. " Je veux faire de Visé, LE club de la Basse-Meuse. Si on arrive à s'inclure dans le paysage, on arrive alors à toucher une population de 200.000 personnes. Visé est à la fois proche et loin de Liège : il y a 17 kilomètres entre les deux villes. On a le potentiel du bassin liégeois sans faire concurrence aux clubs liégeois. C'est pour cette raison qu'on essaie de se définir comme la formation de la Basse-Meuse. "Malgré ces problèmes de fréquentation, Visé fait partie des clubs sains. " Guy Thiry fait partie de ceux qui ne dépensent pas deux francs quand ils n'en ont qu'un ", affirme Depireux. Avec un Riga, il peut aussi compter sur un gestionnaire qui a remis de l'ordre dans la boutique et les contrats. " Avant, le CS Visé avait la réputation de constituer le lieu idéal pour finir sa carrière car tout le monde savait que Visé offrait de bons contrats et que ceux-ci étaient honorés jusqu'au bout ", raconte Riga. " On a voulu un peu changer cela. On honore toujours les contrats mais on vient avant tout pour le projet. Je voulais que les joueurs s'identifient au club et respectent leurs engagements. "En plus des jeunes, Visé a recruté régional (les frères Legros... à Liège) et Limbourgeois ( Yohan Gerets et Egon Wisniowski). " On retrouve dans notre politique ce qu'a fait le Standard lors de sa belle époque : un mélange entre Liégeois et Limbourgeois ", explique Riga. A l'aube de la saison de D2, Visé tait toujours ses ambitions mais le succès d'Eupen ne les laisse pas indifférents. En attendant, on ne veut pas se départir de la ligne directrice de départ. " On veut digérer le mieux possible la différence qui sépare la D3 de la D2 et essayer de rester fidèle à notre philosophie ", raconte Riga. " C'est pour cette raison qu'on a gardé une grosse partie de notre effectif car j'estimais qu'après avoir décroché le titre, les joueurs méritaient de découvrir la D2. "" Mon objectif ? Equilibrer le club en fin de saison ", ironise Thiry. " On veut avancer avec la même structure. En entreprise, on dit vendre plus avec le même personnel. Maintenant, si un richissime milliardaire du pétrole est intéressé, dites le moi ! "A Visé, on cultive l'histoire. Celle des gildes, celle de ses oies, icônes de la ville nées de la résistance face aux soudards du Prince-Evêque et lors de laquelle parmi les assiégés héroïques de la ville se trouvait une gardienne d'oies. Il ne lui manque plus que d'écrire un nouveau chapitre sportif. Le CS Visé en a la prétention. l Par Stéphane vande VeldeIl me faudrait plus de spectateurs, plus de partenaires commerciaux ou trois Guy Thiry. (Guy Thiry) Il manque un peu de ferveur autour du club. (Riga)