En été 2014, quand Ivan Rakitic a quitté le FC Séville pour le FC Barcelone, Unai Emery était dans le bureau du directeur sportif Monchi, l'homme qui a transféré Dani Alves, Kevin Gameiro et Carlos Bacca en Andalousie. Pour remplacer le Croate, le coach basque voulait " une bête, un prodige physique". Peu après, Monchi a cité un nom : Grzegorz Krychowiak. Le Stade de Reims réclamait 5 millions pour lui. De quoi dissuader Anderlecht, intéressé au plus haut point par ses services. Mais de quoi inciter les Rouge et Blanc à consentir ce débours, guère astronomique pour un grand d'Espagne.
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En été 2014, quand Ivan Rakitic a quitté le FC Séville pour le FC Barcelone, Unai Emery était dans le bureau du directeur sportif Monchi, l'homme qui a transféré Dani Alves, Kevin Gameiro et Carlos Bacca en Andalousie. Pour remplacer le Croate, le coach basque voulait " une bête, un prodige physique". Peu après, Monchi a cité un nom : Grzegorz Krychowiak. Le Stade de Reims réclamait 5 millions pour lui. De quoi dissuader Anderlecht, intéressé au plus haut point par ses services. Mais de quoi inciter les Rouge et Blanc à consentir ce débours, guère astronomique pour un grand d'Espagne. " En le voyant, nous avons été convaincus qu'il correspondait à la description de l'entraîneur. Pour dénicher ce genre de médians, nous allons souvent en Ligue 1 ou en Belgique. On y trouve toujours ce style de joueurs ", a expliqué Monchi plus tard. Krychowiak ne pensait pas précisément à l'Espagne. " Je me voyais plutôt en Premier League ou en Bundesliga. Mais je me suis dit que j'y serais un élément parmi d'autres alors qu'en Espagne, je pouvais poursuivre ma progression. C'était certes un risque. Je n'avais pas la moindre garantie de jouer mais j'étais certain de réussir. " Emery est vite convaincu. Après quelques semaines, le Polonais est incontournable. Il est un des pare-chocs du 4-2-3-1 de l'entraîneur. Le FC Séville vient de gagner l'Europa League mais pour Krychowiak, c'est une raison de plus de remettre le couvert : la prochaine finale se déroule à Varsovie, dans sa Pologne. D'emblée, il motive ses nouveaux coéquipiers. Il ne connaît aucun problème d'adaptation. Quelques mois après son arrivée, il effectue un reportage pour la télévision polonaise. En reporter accompli, il se promène dans les rues de Séville avec sa ravissante amie française, Celia Jaunat, et s'adresse à des tas de personnes, dans un espagnol potable, pour leur demander si elles connaissent un certain Krychowiak... Ça lui vaut pas mal de regards étonnés. Avant le début de ce tournoi, Grzegorz Krychowiak n'était pas davantage le premier nom de joueur polonais que le supporter moyen pouvait citer. Star absolue, Robert Lewandowski éclipse tous ses coéquipiers internationaux. Pourtant, ces derniers jours, c'est Krychowiak qui fait la une dans le camp polonais. La raison ? Un possible transfert au PSG pour 45 millions d'euros. Le club parisien souhaiterait réunir le Polonais et Unai Emery. On comprend pourquoi il coûte si cher en suivant les matches de la Pologne : c'est Krychowiak qui détermine le jeu. Juste avant le repos du match de huitièmes de finale contre la Suisse, il en a donné un bel exemple. Avec force gestes, Krychowiak a expliqué au vétéran Jakub Blaszczykowski comment il fallait neutraliser l'entrejeu adverse et engendrer une supériorité numérique. Et dire que Krychowiak n'a même pas participé à l'EURO précédent, en Pologne et en Ukraine... Il jouait alors au FC Nantes, en Ligue 2 française, et il était resté sous le radar du sélectionneur de l'époque, Franciszek Smuda. L'EURO 2012 s'est d'ailleurs très mal achevé pour la Pologne, qui n'a pas passé le premier tour. Les cartes sont rebattues, cette fois, avec un quart de finale contre le Portugal. Ici et là, on compare la formation actuelle à la légendaire équipe de Grzegorz Lato et de Zbigniew Boniek, le président actuel, une équipe qui a terminé troisième des championnats du monde 1974 et 1982. Krychowiak trouve la comparaison excessive : " Ils ont signé les plus belles performances. Nous ne sommes encore nulle part. Juste en bon chemin, avec beaucoup d'ambition. " Comme la Pologne, Krychowiak a immédiatement répondu présent à cet EURO. Il a été élu homme du match contre l'Irlande du Nord, vaincue 1-0. " C'est agréable mais on aurait pu remettre le prix à un de mes coéquipiers ", a-t-il déclaré, repoussant tous les compliments. Lors du match suivant, un nul blanc contre l'Allemagne, la Pologne a montré un autre visage. Krychowiak : " Nous nous sommes repliés en spéculant sur le contre puisque l'Allemagne avait le ballon. Mais contre l'Irlande du Nord, nous avions 65 % de possession du ballon. Cette équipe peut changer de style de jeu et créer le danger de deux manières différentes. " Avec Krzysztof Maczynski, du Wisla Cracovie, Krychowiak est le pare-chocs de l'entrejeu polonais mais en équipe nationale, où il porte le numéro dix, il peut également apporter sa part à l'attaque. " J'ai plus de responsabilités offensives qu'à Séville, en effet, mais c'est normal. Là, il y a un certain Ever Banega, qui regorge de qualités. Je sais que mon boulot, c'est de récupérer le ballon et de le lui passer mais j'aime bien ça aussi. " Krychowiak est en effet un dur à cuire. Durant la saison 2014-2015, il a accumulé les fautes, terminant troisième à ce classement. Toutefois, il n'a été exclu qu'une seule fois. La péninsule Ibérique lui a collé l'étiquette de joueur dur. " Je ne suis pas dur ", contre le Polonais. " Je suis un battant et je m'engage toujours dans les duels mais je joue le ballon. Je n'ai jamais eu l'intention de blesser quelqu'un. Je ne suis pas comme ça. Mais pour gagner la bataille, il faut d'abord être le plus fort dans les duels et ça, c'est ma spécialité. " Et Krychowiak de poursuivre : " Vous devez savoir où réside votre force. Mon style de jeu, c'est la course, le combat. Il y a deux manières de courir : avec sa tête ou comme un poulet sans tête. Je pense qu'il faut trouver un équilibre entre ces deux extrêmes. " Krychowiak vit à 200 % pour sa carrière footballistique. Il ne laisse rien au hasard. " Je ne fume pas, je ne bois pas une goutte d'alcool et je dors dès que c'est possible. " A Séville, on l'appelle le roi de la gym. A huit heures trente, avant même que ses coéquipiers soient au club, il est déjà en train de soulever de la fonte. Souvent, après un match, il se rend encore au fitness pour sculpter son corps. Doit-on s'étonner que ce maniaque du fitness possède un diplôme universitaire en éducation physique ? Krychowiak trouve ça tout à fait normal. " Un footballeur dispose de beaucoup de temps pour faire d'autres choses. On m'a appris qu'il valait mieux étudier car on ne sait jamais dans la vie. " Tout semble parfait mais il a quand même une particularité. Apparemment, le Polonais aurait plus d'une centaine de paires de chaussures... Sa réaction : " Je ne sais pas exactement combien j'en possède mais j'en raffole. Et en plus, je préfère encore les bottes ! " Bonne nouvelles pour les magasins de chaussures de Paris... PAR STEVE VAN HERPE & FRÉDÉRIC VANHEULE - PHOTOS : BELGAIMAGE" La Pologne peut changer de style de jeu et créer le danger de deux manières. " GRZEGORZ KRYCHOWIAK En équipe nationale, il est plus impliqué dans les offensives qu'à Séville où le rôle de stratège est l'apanage d'Ever Banega.