"La Nature a malheureusement été moins généreuse à mon égard qu'à celui de TomBoonen. " Ce genre de déclarations est typique du modeste Alessandro Ballan. Ce maigre gaillard de 1,89m fait figure de gendre idéal dans le peloton. Dégingandé, la mâchoire proéminente, la lèvre inférieure trop grande, Alessandro n'est certainement pas la plus grande star du peloton, qu'il s'agisse de son look ou de son aura. Mais est-ce nécessaire ? Non, bien sûr. Car pour être champion du monde, ce n'est pas l'emballage qui compte mais le contenu.
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"La Nature a malheureusement été moins généreuse à mon égard qu'à celui de TomBoonen. " Ce genre de déclarations est typique du modeste Alessandro Ballan. Ce maigre gaillard de 1,89m fait figure de gendre idéal dans le peloton. Dégingandé, la mâchoire proéminente, la lèvre inférieure trop grande, Alessandro n'est certainement pas la plus grande star du peloton, qu'il s'agisse de son look ou de son aura. Mais est-ce nécessaire ? Non, bien sûr. Car pour être champion du monde, ce n'est pas l'emballage qui compte mais le contenu. A Varèse, Ballan l'a étalé. Il a placé son attaque, dans les rues de la ville, remportant le maillot blanc aux six couleurs. DamianoCunego et DavideRebellin ont verrouillé le peloton des poursuivants et Ballan a été sacré campione del mondo. Cette victoire est amplement méritée. Il ne s'est pas dissimulé durant la course. Au treizième tour, il faisait déjà partie d'un groupe restreint où on reconnaissait notamment PaoloBettini, AlejandroValverde, FabianWegmann et AleksandrKolobnev, rattrapé sous l'impulsion des Belges. A l'avant-dernier tour, Ballan a encore compris que son heure était venue dans la longue montée du Ronchi, le principal obstacle du parcours, et il a décidé le Mondial. A Varèse, la locomotive de Castelfranco Veneto, une bourgade proche de Trévise, dans le nord de la Botte, n'a donc pas usurpé sa victoire. Mais qui est donc Alessandro Ballan ? Ballan est né le 6 novembre 1979 à Castelfranco Veneto, où il réside toujours avec son épouse Daniela, une coiffeuse, et leur fille Stella. La famille n'occupe pas une villa luxueuse mais une maison modeste. " Je n'ai pas besoin de château. Je ne suis pas un MarioCipollini, un Cunego ni un MarcoPantani. Ma devise, c'est rester les pieds sur terre ", expliquait Ballan en 2007. Son frère Andrea, qui est désormais son voisin, lui a inculqué le virus du cyclisme. D'après Alessandro, Andrea aurait d'ailleurs eu plus de talent que lui mais les faits sont là : Andrea est devenu chauffeur de bus et Alesssandro champion du monde. Peu d'observateurs italiens auraient osé prédire qu'un jour, Ballan enfilerait le maillot arc-en-ciel. En catégories d'âge, Ballan n'a même jamais été qualifié pour un championnat du monde. A une reprise, il a pu participer à un championnat d'Europe. Ballan roulait pour Trevigiani, l'équipe locale, réputée. FrancoPellizotti en a fait partie, pour ne citer que lui. Voué au rôle de gregario, Ballan était rarement parmi les vainqueurs. Il avait et a toujours un handicap : il n'a pas de vitesse. Saison après saison, il a accroché quelques victoires ici et là mais il n'était pas un vainqueur. En 2004, Lampre a pourtant estimé que sa motivation, son sens du devoir et sa classe suffisaient pour lui offrir un contrat pro. Il n'a pas cassé la baraque durant sa première saison en élite. Il n'allait se découvrir lui-même qu'en 2005, en... Flandre. Ballan raffole delle Fiandre. " L'ambiance des courses, la foule, les pavés, les côtes, j'adore tout ça ", a-t-il déjà répété maintes fois. Pourtant, sa première confrontation avec nos contrées ne ressemble pas au coup de foudre. En 2004, Ballan a participé au week-end belge d'ouverture de la saison. Le Circuit Het Volk l'a torturé. Ballan a péniblement avancé de pavé en pavé. " Miseria ! Miseria ! Je n'en sortais pas. Je me suis rapidement retrouvé en queue de peloton ", se souvient-il. Son coéquipier et leader, Gianluca Bortolami, vainqueur du Tour des Flandres en 2001, l'a encouragé à persévérer. Ballan a serré les dents et terminé 53e son premier Tour des Flandres, alors qu'il n'avait pas la moindre expérience : " Avant d'aborder le Vieux-Quaremont, j'étais en queue de peloton. Si j'avais su ce qui allait arriver ! ", sourit Ballan. Il n'a pas fallu longtemps pour que la Belgique découvre sa classe. En 2005, il s'est adjugé la première étape des Trois Jours de la Panne à Zottegem, il a fait partie de l'échappée décisive au Tour des Flandres et a terminé sixième à Meerbeke. Il avait délivré sa carte de visite. Un an plus tard, il a confirmé en livrant un duel de titans à Tom Boonen, à Harelbeke. Après son mano a mano avec le champion du monde en titre, il a obtenu la deuxième place. Une semaine plus tard, il était cinquième du Ronde et une semaine après, troisième de Paris-Roubaix. Cette dernière performance a fait rêver Ballan : troisième de l'Enfer du Nord, derrière un FabianCancellara invincible et le champion du monde, Boonen, malgré le fameux incident au passage d'une voie ferrée. Ballan en était désormais certain : il était un spécialiste des pavés, il était capable, un jour, de remporter ces courses de prestige. Il était déjà amoureux de la Flandre. Si l'entrée de sa maison est en pavés, ce n'est pas par hasard. Un club de supporters se forme à Bruges... " En Italie, je peux me balader en rue tranquillement. Ce n'est pas le cas en Flandre. Chez vous, le cyclisme est une passion solidement ancrée. J'adore ça. " A l'aube du printemps 2007, Ballan a été promu fer de lance de Lampre, compte tenu de ses nombreux accessits dans des courses de prestige. Las, son palmarès affiche peu de victoires. Les places d'honneur sont nombreuses. Voici la liste 2006 : troisième de Tirreno-Adriatico, huitième de Milan-Sanremo, deuxième du Prix E3 d'Harelbeke, cinquième du Tour des Flandres, troisième de Paris-Roubaix, quatrième du championnat sur route d'Italie, huitième de l'Eneco Tour, troisième du Tour de Pologne, sixième au classement général du pro Tour. Impressionnant, sans plus. Un leader qui ne gagne pas a la vie difficile. En 2007, Ballan s'érige brusquement en vainqueur. Cela commence par les Trois Jours de la Panne. C'était clair aux yeux de tous : il allait jouer les premiers rôles au Tour des Flandres. Et lequel ! Dans le Mur de Grammont, seul Leif Hoste parvient à réagir à son démarrage. Ballan roule comme un éclair, Boonen et Cie s'inclinent. Les supporters belges sont sereins : Boonen s'est imposé deux fois, Hoste va faire de même à Meerbeke. Le maigre Italien va bien s'incliner au sprint. Non. D'un ultime sursaut, le Vénitien se jette sur la ligne d'arrivée et devance l'infortuné Hoste. Ces images sont gravées dans la mémoire de tous les amateurs de cyclisme. Ce jour-là, Hoste comprend que Ballan n'est jamais grillé. " Par la suite, j'ai maudit Ballan ", reconnaît Hoste. Ballan de rétorquer : " Je comprends tout à fait la réaction de Hoste. " Revoilà le champion de l'amabilité. En plus, Ballan est un homme de parole. Avant le Tour des Flandres, un soigneur de Lampre avait juré qu'il allait s'imposer. Celui-ci avait souri, incrédule, et promit une moto au soigneur si celui-ci avait quand même raison. Ballan a perdu le pari et le soigneur a pu parader avec sa moto ! L'année dernière, Ballan a encore remporté le Vattenfall Cyclassics de Hambourg, à la surprise générale. Or, cette épreuve, reprise au calendrier du Pro Tour, est généralement l'affaire des sprinters, ce que n'est toujours pas Ballan. Pourtant, son raid tardif à travers les rues de Hambourg lui permet de lâcher Oscar Freire. En tout cas, le milieu du cyclisme a appris quelque chose : désormais, il faudra tenir compte de ce Ballan. Il est aussi capable de gagner. Pas d'un sprint implacable mais grâce à sa grinta et à sa puissance. Dimanche dernier, à Varèse, il n'a pas procédé différemment. Ballan est un travailleur. Il pleut ? Un vent froid souffle ? Qu'importe ! Il l'a démontré lors du récent Tour d'Espagne, en remportant la première étape des Pyrénées vers Andorre, dans des conditions dantesques : " Il suffit de s'habiller en conséquence quand il fait froid. D'ailleurs, un peu d'héroïsme ne fait pas de tort à la course. " L'Italien est un cycliste comme les amoureux de ce sport les aiment. Travailler au profit des autres ne le dérange pas. D'ailleurs, Franco Ballerini, le sélectionneur de l'Italie, sait pourquoi il l'a sélectionné pour le Mondial ces dernières années. Ballan n'est pas de ceux qui prennent la roue des autres et profitent de leur travail. Son prochain objectif ? Remporter Paris-Roubaix, revêtu du maillot arc-en-ciel. Dimanche dernier, Ballan songeait déjà à avril 2009 : " M'imposer dans l'Enfer du Nord avec ce maillot doit être le summum. "Pendant un an, il a le droit de rouler avec ce prestigieux maillot. Dans cette tenue, à laquelle on assortira sans doute le vélo, le casque et les chaussures, il va quand même devenir la vedette qu'il n'est pas ? On peut en douter. Ce maillot va certainement lui conférer une dose supplémentaire d'assurance mais jamais nous ne verrons Ballan planer. Si cela ne tenait qu'à ce brave Transalpin, Varèse 2008 n'a rien changé. par frederik backelandt - photos: reuters