Alors qu'aujourd'hui, la lutte pour le titre fait couler beaucoup d'encre, il y a un siècle, pas un journal n'en parlait. Même pas le journal officiel de la fédération. Lorsque nous nous sommes plongés dans l'histoire du championnat de Belgique, nous avons même eu un doute : la première édition avait-elle eu lieu en 1910 ou en 1912 ? Ce qui était certain, c'est qu'en 1911, pour une raison peu claire, le titre n'a pas été décerné. Les historiens du cyclisme eurent le dernier mot : pour eux, le championnat de Belgique a vu le jour le 5 juin 1910 au Parc de Tervueren, mieux connu sous le nom de Musée Royal de l'Afrique centrale.
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Alors qu'aujourd'hui, la lutte pour le titre fait couler beaucoup d'encre, il y a un siècle, pas un journal n'en parlait. Même pas le journal officiel de la fédération. Lorsque nous nous sommes plongés dans l'histoire du championnat de Belgique, nous avons même eu un doute : la première édition avait-elle eu lieu en 1910 ou en 1912 ? Ce qui était certain, c'est qu'en 1911, pour une raison peu claire, le titre n'a pas été décerné. Les historiens du cyclisme eurent le dernier mot : pour eux, le championnat de Belgique a vu le jour le 5 juin 1910 au Parc de Tervueren, mieux connu sous le nom de Musée Royal de l'Afrique centrale. Il n'existe pas de résultat officiel de cette édition. Et bien entendu pas de compte-rendu. Seul le nom du vainqueur est connu : Philippe Thys. Un nom qui dit quelque chose à pratiquement tous les amateurs de sport puisque l'Anderlechtois allait être le premier à remporter trois Tours de France. Sans l'interruption causée par la Première Guerre mondiale, il en serait même peut-être aujourd'hui le recordman de victoires. Thys qui, en 1910, n'a que 19 ans et est encore amateur, avait découvert le cyclo-cross pendant son service militaire. Ce n'est pas un hasard puisque c'est l'armée qui est à la base de ce sport. A l'époque, les soldats-cyclistes avaient pour mission de transmettre les ordres, les lettres et les annonces. Ils étaient également chargés de missions de reconnaissance dans les champs et les bois. Aujourd'hui, on a l'impression que le drapeau frappé du Lion des Flandres est présent depuis toujours dans les labourés mais le cyclo-cross est originaire de France, où il aurait été lancé par un soldat, Daniel Gousseau. En 1902, un championnat de France existe déjà. Jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale, des clubs cyclistes wallons vont d'ailleurs participer au championnat de Belgique. Avec moins de succès que les Flamands, certes, mais tout de même. En 1925, par exemple, c'est le Pesant, organisateur de Liège-Bastogne-Liège, qui remporte le classement interclubs. Et à à la fin des années trente, Omer Thys décroche deux fois le titre national. Le Hennuyer est d'ailleurs le seul coureur wallon à figurer au palmarès. Jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale, le championnat de Belgique a toujours lieu en région bruxelloise, souvent aux Quatre-Bras de Kraainem. Curieusement, à l'époque, l'épreuve ressemble davantage à une randonnée VTT qu'à un cyclo-cross. Le circuit fait 35 km que le vainqueur parcourt en une heure trente à deux heures, en fonction des conditions atmosphériques. Ce n'est pas toujours passionnant. En 1925, Petrus Verhaegen s'impose ainsi avec 16 minutes d'avance. Jusqu'à la fin des années 50, le championnat de Belgique est organisé fin février, début mars et sert surtout de dernier galop d'entraînement avant les classiques printanières. Outre Philippe Thys, on retrouve ainsi d'autres champions sur route au palmarès : Maurice De Waele (autre ex-vainqueur du Tour), Jef Demuysere (premier Belge à porter le maillot rose au Giro), René Vermandel (vainqueur de plusieurs grandes classiques) et Georges Ronsse (premier Belge sacré champion du monde sur route). Il faut attendre les années 30 pour voir un véritable spécialiste du cyclo-cross l'emporter : le Flandrien Maurice Seynaeve monte cinq fois d'affilée sur la plus haute marche du podium. De plaisir d'hiver pour coureurs sur route, le cyclo-cross devient une discipline à part entière. L'état d'esprit change et les candidats au titre national établissent de plus en plus leur calendrier sur route en fonction de la saison de cyclo-cross. Plus tard, dans les années 70, le tout-terrain Roger De Vlaeminck - trois fois champion de Belgique de cyclo-cross - va certes remettre en cause cette nouvelle donne. Et qui se souvient qu'en 1991, Johan Museeuw s'est classé troisième d'un championnat de Belgique de cyclo-cross derrière Danny De Bie et Paul De Brauwer ? Pendant la Deuxième Guerre mondiale, le championnat de Belgique quitte pour la première fois Bruxelles pour le Sportpaleis d'Anvers où le public attend les coureurs en assistant à des épreuves sur piste. Après la guerre, la lutte pour le titre commence à se disputer selon la formule actuelle : un endroit différent chaque année et une épreuve comportant plusieurs tours d'un circuit plus petit. Une nouveauté inspirée de ce qui se fait en France depuis les années trente déjà. L'objectif est de répartir le public sur l'ensemble du circuit car, jusque-là, il se massait uniquement au départ et à l'arrivée. Dans nos contrées, le cyclo-cross a toujours été très populaire. En 1949, on assure que 15.000 personnes au moins ont assisté au cinquième titre du puissant Georges Vandermeirsch dans son village natal de Zingem. Dimanche, à Ostende, on espère vendre le même nombre de tickets d'entrée. En 1914, lors de la 4e édition, il a fallu redisputer le championnat parce que les 3.000 spectateurs avaient envahi la ligne d'arrivée, empêchant ainsi le déroulement correct de la course. Lors du "replay", les organisateurs n'ont rien trouvé de mieux que de garder le lieu d'arrivée secret : il n'y avait donc pas un chat. Les duels entre Vandermeirsch et la star montante Firmin Van Kerrebroeck (6 fois champion) puis, plus tard, entre Albert Van Damme (6 fois champion) et Erik De Vlaeminck (4 fois champion) attirent de plus en plus de spectateurs. Par la suite, il y a eu moins de rivalité. On a ainsi reproché à Roland Liboton (recordman du nombre de victoires avec 10 titres) d'être le borgne au royaume des aveugles. En 1988, le coureur de Rillaar a même réussi à doubler tous les participants, sauf cinq. A l'époque de Liboton, seuls quatre cyclo-cross sont retransmis en direct à la télévision (le championnat de Belgique, le championnat du monde ainsi que les épreuves d'Overijse et de Gavere). A l'époque, la BRT n'admet pas la présence de banderoles publicitaires sur les circuits, ce qui serait impensable aujourd'hui. La percée du cyclo-cross à la télévision en Flandre ne date que des années 90 avec l'éclosion de Sven Nys et Bart Wellens qui, ensemble, ont décroché onze titres (9 et 2). A partir de ce moment, les audiences n'ont cessé de grimper pour atteindre 1,2 millions de téléspectateurs au championnat de Belgique de l'an dernier, soit près d'un demi-million de plus qu'il y a dix ans. Aujourd'hui, les chaînes surenchérissent pour obtenir les droits de retransmission et on ne compte plus les tentes VIP de sponsors. Cela rapporte gros aux organisateurs. Cette année, le budget du championnat de Belgique est de 900.000 euros, plus du triple d'il y a quinze ans. A elle seule, la spectaculaire passerelle qui relie l'hippodrome à la plage a coûté 200.000 euros. Sur le plan financier, le cyclo-cross est devenu le cheval de bataille du cyclisme. Sans rien perdre de sa popularité ni de son âme.PAR BENEDICT VANCLOOSTER - PHOTO BELGAIMAGEQui se souvient qu'en 1991, Johan Museeuw s'est classé troisième d'un championnat de Belgique de cyclo-cross ?