Albert Cartier (49 ans) et les causes désespérées : il avait osé au Brussels et à Tubize, il tente le défi à Eupen. Le détail de ses 7 travaux.
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Albert Cartier (49 ans) et les causes désespérées : il avait osé au Brussels et à Tubize, il tente le défi à Eupen. Le détail de ses 7 travaux. Albert Cartier : C'est dans la continuité de ce que je fais. Me retrouver dans une situation pareille, c'est toute ma vie d'entraîneur. C'est dans les moments difficiles que j'ai toujours le plus appris. Quand tu es le coach du Standard et qu'on te demande d'être champion, tu ne crois pas que c'est aussi difficile et dangereux ? Il y a des incertitudes ici comme ailleurs. Les qualités footballistiques sont là. Et j'ai une équipe qui ne lâche rien sur le plan mental. Contre Lokeren et Courtrai, elle a été meilleure en deuxième mi-temps qu'en première alors qu'elle n'est pas prête physiquement. Cela veut dire que le psychologique est à la hauteur. Je vois aussi de l'orgueil. Et il y a la puissance de la jeunesse. Pas beaucoup d'expérience malheureusement : peu de joueurs ont déjà connu la D1 belge ou étrangère. Quand on n'a joué que dans une division inférieure italienne devant 43 spectateurs, ce n'est pas facile de se retrouver dans un stade de 25.000 personnes. L'équipe manque de lucidité, prend trop de cartes, doit arrêter de perdre sa concentration et son sang-froid. Donc, j'organise des entraînements au stress. Exemple : silence absolu pendant cinq minutes, je ne veux rien entendre à part le bruit des ballons (on passera à dix minutes puis à quinze). Et soudain, après ces cinq minutes, j'exige que tout le monde mette le feu... C'est une façon d'apprendre à gérer le stress provoqué par un changement total d'environnement. On peut raisonner comme ça quand on ne voit que les matches. Moi, je suis tous les jours au club et je pense tout autre chose. Hummm... A la base, la probabilité n'est pas plus élevée. Mais elle ne l'est pas moins non plus. (Il réfléchit). Attends. (Il prend la composition du noyau). Olivier Werner. Marc Hendrikx. Kevin Vandenbergh. Matthias Lepiller. C'est tout. Quatre... (Il coupe). Jamais ! Quand j'avais sept ou huit ans, mon père m'a fixé dans les yeux et m'a dit : -Ecoute-moi petit, un Cartier n'abandonne jamais. Et ça, je l'ai dans la peau. Même comme joueur, il ne m'est pas arrivé une seule fois de laisser tomber les bras. J'ai connu des matches extrêmement difficiles. Mais ça se terminait parfois par un ballon chaud que je négociais bien dans les dernières secondes, et ça nous permettait de faire un nul ou de gagner. J'ai toujours souffert contre Enzo Francescoli, par exemple. Mais je me suis chaque fois accroché. Un jour, j'ai quand même décidé que je déclarais forfait, pour un match avec Nancy à Marseille. J'avais 39 ou 40 de fièvre, j'ai dit à Arsène Wenger que c'était impossible, que je ne savais même plus marcher, que je voyais tout flou. Il m'a répondu : -Tu dois jouer, Albert. Je ne me souviens pas du score mais j'ai fait tout le match. Atroce ! Je n'ai pas changé de mentalité après être devenu entraîneur. Quand j'ai passé mon diplôme, le terme " abandonner " ne faisait pas partie du vocabulaire. Mes profs étaient très clairs : Henri Michel, Raymond Domenech, Gérard Houllier, Aimé Jacquet,... Non, je ne pourrais pas. Les gens me connaissent, tu me connais. J'ai toujours joué la transparence totale. Ma mère parlait un patois alsacien qui ressemblait à l'allemand et j'ai appris cette langue à l'école mais il ne m'en reste pas grand-chose. Ça pourrait vite revenir. Mais je n'en aurais pas besoin sur le terrain. Il me servirait plutôt dans les coulisses, dans l'environnement du club. L'italien, je le parle couramment, par contre. Oui, il m'est bien utile à Eupen. Sûrement. J'ai toujours adoré le foot allemand. Encore plus que le Calcio. J'aime le sens de la discipline qu'il y a en Allemagne. Il y a 15 ou 20 ans, j'allais voir Saarbrücken qui jouait en D3 mais était mieux organisé que les clubs de Ligue 1 française d'aujourd'hui ! J'étais déjà ébahi. Il y avait le bus, des terrains impeccables, une organisation exceptionnelle. Les joueurs n'avaient plus qu'à venir et bosser. En France, c'était le groupe qui transportait les buts mobiles et le coach qui déposait les coupelles qui servaient à délimiter les portions de terrain. Les Allemands sont comme ça dans tout. Les Italiens n'en sont pas loin, dès qu'il est question de sport de haut niveau. Par contre, leur culture est fort différente et je l'aime beaucoup. Ce n'est plus l'Italie sportive mais l'Italie relax, celle où on brûle les feux rouges. Punitif ? Non, mais je n'avais pas été content du manque d'application des joueurs la veille. Il est possible qu'ils aient voulu voir comment j'allais réagir, savoir si j'allais m'adapter. Hé bien, j'ai adapté l'horaire du lendemain : rendez-vous à 6 heures et séance à 7 heures. Ah ouais... (Il rigole). Cela a porté ses fruits. Trois jours plus tard, le Cercle n'existait pas contre nous : 3-0. Et quand je croise aujourd'hui des anciens de Tubize, ils m'en reparlent, ils me disent que c'est un truc dont ils se souviendront toute leur vie. Je n'ai pas besoin que mon groupe m'aime. Je n'ai jamais fait l'unanimité dans les clubs où je suis passé et je ne la ferai jamais nulle part. Ce n'est pas important. Il faudrait être fou pour vouloir se faire détester... Je ne vois pas bien l'intérêt. Je ne suis pas venu sur Terre pour être un homme de conflits. Pour moi, le sauvetage avec Eupen aurait autant de saveur qu'un titre avec Anderlecht ou le Standard. Le haut du tableau fera un jour partie de ma vie. Mais ce n'est pas mon souci principal. Les succès se préparent, ils ne se commandent pas. Tu peux commander deux bières au bar, pas un titre ou un avenir dans un tout grand club. Je n'ai pas la réponse et ça ne m'intéresse pas de la chercher. Il faut avoir les connexions, les réseaux. Vanhaezebrouck est dans une autre filière, il est flamand, chez lui. Mais moi aussi, j'avais été contacté par Genk. Cela ne s'était pas fait, pour différentes raisons. J'ai aussi négocié avec Lokeren. Et avec Gand, où j'avais un accord pour un contrat de deux ans. Mais je n'étais que le numéro 2 sur la liste. Le numéro 1 était Michel Preud'homme, et il a finalement accepté d'y aller. Non et j'ai coaché les Français sans contrat. Une très chouette expérience qui m'a permis de me retremper dans le milieu. J'aurais pu signer un contrat de quatre ans à Xhanti, un bon club grec. On m'y proposait le poste de manager général, j'aurais dû installer un centre de formation, former les coaches, assurer le recrutement chez les jeunes et chez les pros, et être le conseiller personnel du président. Mais je voulais rester coach. Pour le moment, c'est encore une priorité. Un club d'Arabie Saoudite m'a aussi fait une proposition. Et j'ai négocié avec Dijon, Châteauroux, Bastia.par pierre danvoye - photos: belga