L'info a surpris beaucoup de monde, le championnat à peine terminé : Izzet Akgül (25 ans) quitte Charleroi et signe un contrat de deux ans à Roulers. Question progression sportive, on pouvait rêver mieux. L'attaquant belgo-turc a quitté un club qui a terminé à la cinquième place pour jouer dans une équipe qui a fini onzième.
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L'info a surpris beaucoup de monde, le championnat à peine terminé : Izzet Akgül (25 ans) quitte Charleroi et signe un contrat de deux ans à Roulers. Question progression sportive, on pouvait rêver mieux. L'attaquant belgo-turc a quitté un club qui a terminé à la cinquième place pour jouer dans une équipe qui a fini onzième. Izzet Akgül : C'est une façon de voir les choses. D'accord, cette 11e place finale n'a rien de folichon, mais entre la 15e et la 30e journée, Roulers est resté confortablement calé dans la colonne de gauche. En 2005-2006, Charleroi avait aussi fini à la 11e place. Mais nous avons bouclé le dernier championnat dans le Top 5. Dans un an, la surprise viendra peut-être de Roulers. J'ai été frappé par leurs ambitions énormes. Et les installations d'entraînement n'ont rien à envier à celles du Sporting, au contraire. Le superbe centre sportif est dans l'enceinte du stade. Ça me changera de ce que j'ai connu pendant trois ans à Charleroi : pour un entraînement programmé à 10 heures, il fallait être à 9 heures au stade, et à 9 h 15, nous montions chacun dans notre voiture pour aller à Marcinelle. Après le boulot sur le terrain, nous revenions prendre notre douche au stade. Roulers me suit depuis longtemps. Avant mon départ en vacances, en Thaïlande, il y avait de l'intérêt de deux ou trois clubs belges, et d'une équipe turque. Mon agent, Didier Frenay, était en contact avec Roulers. Nous avons vite trouvé un bon arrangement. Et le plus important pour moi, c'est que je vais dans un club où je suis sûr de jouer très souvent. Etre chaque semaine dans l'équipe, c'est un truc qui me manquait énormément à Charleroi. Le président et l'entraîneur de Roulers croient vraiment en moi. J'ai reçu une proposition du Sporting. Elle était peut-être très bonne pour eux, mais très moyenne pour moi. De toute façon, je ressentais une grosse envie de changer d'air. Quand Frenay a détaillé aux dirigeants de Charleroi les chiffres que Roulers me proposait, ils n'ont pas voulu s'aligner. Et je n'avais pas le droit de refuser une offre pareille. Le défi sportif est intéressant et les conditions financières hyper attrayantes. Je pars en tout cas la conscience tranquille : j'estime avoir bien aidé le Sporting pendant toute l'ère Mathijssen, je n'ai rien à me reprocher. Tout va vite en football. En patientant, je risquais aussi de me retrouver les mains vides. J'étais en fin de contrat, c'est toujours un moment délicat dans la carrière d'un footballeur. J'avais les boules en pensant que je serais peut-être sans club à la reprise du championnat. Je suis le premier étonné ! Je ne donne pas de chiffres mais c'est très, très bien. Je ne veux retenir que les moments positifs. Le premier homme qui a beaucoup compté pour moi, c'était Raymond Mommens. C'est lui qui m'avait repéré à Namur. Après, il y a eu Jacky Mathijssen qui m'a fait confiance alors qu'il aurait pu snober un joueur venant de D3. Je retiendrai aussi la chaleur du public : il ne m'a parfois pas épargné, quand je ratais des occasions, mais dès que je marquais, il était à fond derrière moi. Quand je suis sur un terrain, j'entends et j'écoute tout ce qu'on crie depuis les tribunes. J'en ai plus d'une fois pris pour mon grade, mais dans ces moments-là, je me rassure en me disant que les gens qui critiquent n'y connaissent rien... Au deuxième tour de la saison dernière, j'ai prouvé une dernière fois que j'avais le niveau. J'ai marqué plusieurs buts décisifs, j'ai la conviction d'avoir été un acteur en vue de la cinquième place finale. Et sur l'ensemble de la saison, j'ai scoré 6 fois en ayant joué moins de 400 minutes : vous connaissez d'autres attaquants qui ont fait mieux en Belgique ? Toute ma première saison. Je venais de Namur, personne ne me connaissait mais j'ai directement explosé : 27 matches, 9 buts, c'était inespéré. Nous avons eu une belle cerise sur notre gâteau à la fin de ce championnat-là : une qualification pour l'Intertoto. Mais ce fut le début de mes malheurs. Le jour où nous devions prendre l'avion pour aller jouer en Finlande, je me suis fracturé le coude à l'entraînement. J'ai repris trop tôt, les points de suture ont sauté quatre fois à cause de chutes. C'est la règle du jeu. Je revenais de blessure. Entre un joueur à 100 % de ses facultés physiques qui explose et un revenant à 70 %, le coach fait un choix logique. Des accidents, tout simplement. Je me casse le coude dans un contact avec Thierry Siquet, je m'abîme la cheville dans un choc avec Badou Kéré : la malchance. Mon seul tort a été de vouloir chaque fois revenir trop vite, et les rechutes se sont enchaînées. Les gens peuvent dire ce qu'ils veulent, c'est n'importe quoi. Mais qui vous a dit ça ? Alors, si c'est lui qui le dit, c'est qu'il a raison ! Oui, c'est vrai que je me suis un peu laissé aller. J'ai vécu quelque temps sur un nuage : deux ans plus tôt, j'avais arrêté le football. Puis, je me suis subitement retrouvé sous les spots et j'ai plané. Mathijssen est un gagneur, moi aussi. Ça peut provoquer des étincelles. Mon père est turc, ma mère est albanaise : je suis un caractériel ! Mais je retombe vite, Mathijssen aussi, alors nos clashes ne s'éternisaient jamais. La semaine qui a suivi notre altercation dans le match contre le Standard, il m'a laissé moisir une heure et demie sur le banc : c'était sa façon de mettre les choses au point, de montrer que le patron, c'était lui, pas moi. Je n'oublierai jamais tout ce qu'il a fait pour moi. Si je suis aujourd'hui un joueur de D1 confirmé, c'est en bonne partie grâce à lui. Qu'est-ce que je peux répondre ? Je pense que si on m'avait fait plus souvent confiance, j'aurais claqué encore plus de buts. (Il réfléchit). On a perdu beaucoup de bêtes points, en tout cas. Ce Sporting-là pouvait finir plus haut que la cinquième place. Ne dites surtout pas que c'est la faute de Mathijssen. Ce serait trop injuste. Evidemment qu'il a tiré le maximum du Sporting, point barre. Il a fait tout ce qu'il pouvait faire mais il n'était pas sur le terrain. Je ne sais pas... Patrice Luzi a fait du bon boulot, mais prendre du jour au lendemain la succession de Bertrand Laquait était un défi vraiment trop énorme. Et les attaquants ont fait ce qu'ils ont pu. Enfin, c'est clair que si le Sporting avait eu un François Sterchele ou un Meme Tchité, le classement aurait été différent. Nous avons tous été extrêmement choqués. Comment pouvait-on virer l'homme qui avait fait de Charleroi une toute bonne équipe du championnat ? Il était proche des barons de l'équipe, proche des jeunes, proche des blessés : on nous a subitement enlevé quelque chose. Vous allez voir ce qu'il a vraiment dans le ventre : il va casser la baraque avec Bruges, j'en suis sûr. Il mérite 100 fois de travailler aujourd'hui dans un club de ce calibre. Si ces joueurs-là étaient restés, le Standard aurait dû fameusement cravacher pour terminer troisième... C'est lui qui m'avait recruté et il y avait entre nous un très fort respect mutuel. Il est aujourd'hui à Anderlecht : c'est la preuve qu'il a le niveau pour le top. Il a un peu la même hargne, la même façon de motiver que Mathijssen. Sa carrière de joueur se résume à un mot : caractère. Oui, je pense qu'il peut faire quelque chose de bien. Je n'en sais rien mais la question ne se posait même pas car au moment où il a repris l'équipe, j'avais déjà pris la décision d'aller voir ailleurs. En fait, je n'avais plus la tête à Charleroi depuis le mois de janvier. La mentalité flamande va m'endurcir, j'en suis certain. Et j'en ai besoin... Juger les gens sur deux ou trois matches, ce n'est pas correct. J'ai mon point de vue mais je préfère ne pas répondre. Mais c'est la même question... No comment. Ce club m'a donné à manger pendant trois ans, je ne peux pas dire tout ce que je pense. Nous leur avons tenu tête la saison dernière, ils n'ont égalisé chez nous que dans les dernières secondes, puis nous avons été battus chez eux sur un tir dévié. Oui mais... (Il fait une pause). Laissez le président rêver, il en a bien le droit comme tout le monde. Parfois, je me disais que c'était absurde de parler comme ça. Quand tu veux le titre, tu ne vends pas tes bijoux de famille. ? lpar pierre danvoye