Le vendredi, à Hoeselt, c'est jour de marché. Les filets pleins d'oranges juteuses et de pommes comme on n'en trouve que chez nous, accompagnés par des fumets de poulets rôtis, les passants s'arrêtent devant l'enseigne de l'établissement de Willy Geurts : 't Koffiehuisje. A 60 ans, l'ancien bombardier de l'Antwerp, d'Anderlecht, du Standard, de Winterslag et de Liège a gardé la ligne. Les clients lui rappellent parfois le temps de ses grandes soirées européennes. Ce roc, on en parle encore avec effroi à la Juventus. Le 21octobre 1981, en 8e de finale de la CE 1, il secoua les Sergio Brio, Claudio Gentile, Gaetano Scirea, Antonio Cabrini et Dino Zoff comme des spa...

Le vendredi, à Hoeselt, c'est jour de marché. Les filets pleins d'oranges juteuses et de pommes comme on n'en trouve que chez nous, accompagnés par des fumets de poulets rôtis, les passants s'arrêtent devant l'enseigne de l'établissement de Willy Geurts : 't Koffiehuisje. A 60 ans, l'ancien bombardier de l'Antwerp, d'Anderlecht, du Standard, de Winterslag et de Liège a gardé la ligne. Les clients lui rappellent parfois le temps de ses grandes soirées européennes. Ce roc, on en parle encore avec effroi à la Juventus. Le 21octobre 1981, en 8e de finale de la CE 1, il secoua les Sergio Brio, Claudio Gentile, Gaetano Scirea, Antonio Cabrini et Dino Zoff comme des spaghettis : 3-1 avec deux buts pour lui. Et à Turin, Willy The Bomber corsa le plat (1-1 et goal de.... Geurts, bien sûr). " C'était la folie et mon nom circula dans pas mal de clubs du Calcio ", se souvient-il. " A cette époque, il n'était pas question d'Arrêt Bosman et, de toute façon, les clubs belges ne comptaient pas pour du beurre sur la scène européenne. En 1982, j'ai d'ailleurs retrouvé la même Juventus avec le Standard... " Ah, ces chers souvenirs que Willy classa dans l'album de famille quand il tourna la dernière page de sa carrière. " Frans Farine, le président de mon club de l'époque, Prayon, me proposa un job de délégué commercial de sa société, Carobel ", raconte-t-il. " J'avais déjà dépassé le cap des 35 ans. Le bâtiment, je connaissais un peu. Je viens d'une famille nombreuse. Il fallait travailler et, avant de signer à l'Antwerp, qui m'avait repéré à Hoeselt, en D3, j'étais coffreur et nous préparions, entre autres, le coulage du béton. Représentant, c'est autre chose. Il ne suffit pas de dire : " Bonjour, je m'appelle Geurts et je vends des carrelages. " Non, j'ai appris à bien connaître mes produits pour répondre à toutes les questions de mes clients, à faire des offres de prix, à me forger une clientèle. La transition ne fut pas facile mais je me suis accroché. " Il resta dans ce secteur économique avant de donner un coup de main à son épouse. " Elle a fait son chemin dans la petite restauration ", confie-t-il. " Nous sommes installés en plein coeur d'Hoeselt où les clients peuvent examiner une belle carte mais nous ne proposons pas d'alcool. Il nous arrive de recevoir 300 personnes par jour. J'arrive tôt le matin pour tout préparer. " A fond la caisse, Geurts n'a alors pas le loisir de songer aux grands coaches qui ont rythmé sa carrière : Guy Thys, Tomislav Ivic, Raymond Goethals, Robert Waseige, ou à Pelé contre qui il joua à l'occasion d'un match de gala à l'Antwerp : " Fantastique pour un gars qui venait du bâtiment, non ? On n'a pas commis une faute sur cette légende. Pelé a marqué un but des 30 m si je me souviens bien. Encore un café serré, Pierre ?" Willy adore son Hoeselt : " Il faut venir ici quand les vergers sont en fleurs, c'est magnifique. De plus en plus de cyclo-touristes sillonnent notre région, surtout le week-end. Ils sont émerveillés par la beauté des paysages : il ne faut pas nécessairement aller loin pour découvrir les richesses de la nature. La Hesbaye vaut largement le coup d'oeil. " Mais il est 10 h 30, les premiers clients se pressent déjà à l'entrée du " 't Koffiehuisje " : Geurts les reçoit avec le sourire d'un homme tout simplement fier de sa carrière et de sa reconversion. PAR PIERRE BILIC