C'est donc à Prague que Genk a fait son entrée sur le grand marché capitaliste du football. "D'un seul coup, nous venons de prendre une avance de dix ans", affirme Jos Vaessen, le président. "Comme l'a dit le médecin du club, c'est un petit pas dans le temps mais un grand pas dans l'histoire".
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C'est donc à Prague que Genk a fait son entrée sur le grand marché capitaliste du football. "D'un seul coup, nous venons de prendre une avance de dix ans", affirme Jos Vaessen, le président. "Comme l'a dit le médecin du club, c'est un petit pas dans le temps mais un grand pas dans l'histoire". Il s'en est pourtant fallu de peu que Genk ne fasse un pas de travers. Car le Sparta, qui s'était montré tellement laxiste à l'aller (2-0), se transforma en ouragan dans son stade. Il semble que, sur le plan européen, le numéro un tchèque soit capable de passer la vitesse supérieure.Sef Vergoossen: "On a pu voir que, malgré la défaite du match aller, ils n'ont jamais paniqué, ils ont continué à construire et à chercher les espaces. De plus, leur jeu était très varié: le danger venait du milieu, des flancs, des airs..." Le jeu déployé par Genk, au contraire, n'avait rien de très académique. "Mes joueurs se sont laissé impressionner et ont été dépassés", reconnaissait Vergoossen, qui avait déjà constaté ce défaut en début de championnat: dès qu'il est mis sous pression, Genk a tendance à se replier et à balance de longs ballons. "C'est pour cela qu'à la mi-temps, j'ai insisté pour qu'on construise au lieu de balancer de longs ballons de Moons vers Dagano. Sonck a fait son boulot mais Moumou n'a pas su conserver le ballon, qui revenait comme un boomerang". Le Sparta put ainsi inscrire quatre buts et se créer plusieurs occasions, dont deux tirs sur les montants. Aussi belle soit-elle, la qualification ne doit donc pas masquer le fait que l'équipe est fort jeune et inexpérimentée.La suite sera encore plus dureRoumani n'a jamais pu contenir Poborsky, Daerden et Beslija sont carrément passés à côté de leur match, Thijs, Soley et Zokora ont eu fort à faire avec Jarosik et Zelenka tandis que Skoko était fort isolé. Sef Vergoossen fit même une entorse à son 4-4-2 afin de lui adjoindre Tomasic et de faire reculer Thijs en marquage sur Jarosik. Opposé en Ligue des Champions à l'AEK Athènes, au Real Madrid et à l'AS Roma, un des clubs intéressés par Sonck, Genk devra jouer plus vite, affronter des joueurs plus doués techniquement et mieux résister à la pression."En première période, nous avons encore tiré notre épingle du jeu mais après le repos, nous avons tourné en rond pendant 45 minutes", dit Koen Daerden. Même à 1-2, j'ai toujours cru que ce serait difficile, tant nous souffrions physiquement et mentalement. Cela nous a coûté deux buts en quelques minutes. A un certain moment, ils étaient même cinq ou six en pointe. Nous aurions dû en profiter pour partir en contre mais c'est là qu'on voit que nous manquons d'expérience. Nous devions faire des choix et ils faisaient circuler le ballon beaucoup plus vite parce que Zelenka se repliait très fort tandis qu'à Genk, il avait joué beaucoup plus près des attaquants. Cette fois, nous étions donc beaucoup plus souvent à deux contre trois dans l'entrejeu. C'est là que nous avons subi la rencontre parce que nous avons perdu beaucoup trop de ballons et parce que nous nous sommes trop repliés. Ce groupe est encore faible sur le plan mental car, face à une équipe qui doit encore inscrire cinq buts en une demi-heure, il n'est pas permis de perdre son calme. Les joueurs de Prague, eux, ont gardé leur sang-froid et ont su attendre le bon moment. De plus, Hübschmann et Novotny donnent de très bons ballons de loin et Jarosik a remporté tous les duels aériens. Cela doit nous servir de leçon car les six rencontres qui nous attendent seront probablement du même tonneau." Mais ce sera aussi six fois banco: comme Bruges, Genk est d'ores et déjà assuré de toucher 3,7 million d'euros (1,7 million de prime de départ et 342.264 euros par match). Chaque victoire lui rapportera également 342.464 euros, un nul valant 171.332 euros. A cela, il faudra bien sûr ajouter les recettes des matches à domicile (entrées et revenus publicitaires).Cela devrait permettre aux Limbourgeois de ne pas vendre de joueur ou de ne pas nécessairement compter sur l'argent du transfert de Gudjonsson à Las Palmas, club aujourd'hui en faillite. Car Genk éprouve lui aussi des difficultés financières et doit faire face à deux types d'obligation: les salaires et le remboursement d'une dette d'un demi-milliard de francs qu'il voudrait pouvoir étaler davantage. Les conseils de Schalke et du PSVDes affirmations qui ont fait peur au président Vaessen: "A présent, nous respirons un peu mieux. Nous ne devons plus seulement songer à boucher le trou et nous pouvons prendre des initiatives, investir. Un jour, mais pas tout de suite, nous transformerons notre tribune principale. Du point de vue business, nous n'arrivons pas à satisfaire la demande. J'ai beaucoup de respect pour les supporters mais les recettes moyennes provenant du monde des affaires sont cinq fois supérieures aux leurs. J'ai rendu visite aux gens du PSV et de Schalke. Ils m'ont reçu pendant cinq à six heures. Et pas pour parler de femmes ou de la météo (il rit). Heureusement, en football, ce n'est pas comme en affaires: au pire, on n'est adversaires que pendant 180 minutes. Ces deux clubs ont financé leurs investissements à long terme, de façon tout à fait classique, nous pas. De plus, ils ont pu compter sur l'aide de banques privées. Alors, pourquoi devrions-nous faire autrement? Pourquoi ne devrions-nous financer qu'un tiers de notre investissement sur dix ans? Là, nous avons fait une erreur. Il faut dire que les chiffres de l'étude étaient erronés. Notre comptabilité, c'est un peu comme celle des anciens pays de l'Est (il grimace). Mais bon: tout est rentré dans l'ordre. A terme, nous devons nous réorganiser. Avant le début de la saison, nous avions deux ASBL: KRC Genk et Jeugd 2000. Cette dernière abritait surtout les activités commerciales et a été dissoute au profit d'une SA, comme la TVA et les impôts nous y obligent. Selon moi, l'idéal est une structure à deux volets: un sportif et un non sportif. Mais là, ce sera au conseil d'administration de me suivre ou non". Genk n'est désormais plus obligé de vendre à tout prix un joueur. Pas un crack, du moins. "Mais nous devons contrôler notre masse salariale", dit Vaessen. L'année où nous avons été champions pour la première fois, elle était de 2,25 millions, sans compter le staff technique. Cette fois, elle était de 6 millions. Nous devons pouvoir ramener ce chiffre à 5 car nous payons 1,5 à 1,8 million pour des joueurs qui ne sont même pas sur le banc".Ce qui a surtout frappé la direction du club limbourgeois, à Prague, c'est la somme de 3,4 milliards que le Sparta a engrangée au fil des années, se permettant même de refuser une offre de 12 millions d'euros pour Jarosik. S'il avait voulu acquérir le médian tchèque, le Bayern aurait dû déposer 15 millions sur la table. "La Ligue des Champions doit nous permettre de franchir un palier sans vendre nos joueurs et, s'ils parviennent à hisser leur niveau, ceux-ci n'en seront que mieux cotés car tout le monde saura désormais où Genk se trouve", dit Robert Raes, le responsable de la commission sportive. "La suite est imprévisible mais si, demain, un club se présentait, nous devons être en mesure de remplacer le joueur qui s'en irait par un élément au moins aussi fort. Si Roumani partait, il serait immédiatement remplacé. Derrière chaque titulaire, il y a un remplaçant mais la Ligue des Champions ne va pas nous pousser à faire des folies. Il ne faut pas acheter pour aller plus loin en Ligue des Champions. Quand on voit qu'au lendemain de leur élimination, les dirigeants de Prague se sont précipités à Londres pour y vendre un de leurs joueurs, sans doute Jarosik... Mais pourquoi ne pourrions-nous pas faire aussi bien que ce que le Sparta a fait au cours des dernières saisons?" Raoul De Groote, envoyé spécial à PragueFinancièrement, Genk veut imiter le Sparta Prague!