En août, un jeune joueur espagnol débarquait au Canonnier, tout auréolé d'un titre de champion d'Europe des -19 ans. Dès ses premières apparitions, Carlos Coto laissait entrevoir un certain talent, pour ne pas dire un talent certain. Entré au jeu à dix minutes de la fin contre Mons, alors que les Hurlus étaient réduits à dix, il donna d'emblée le tournis aux Dragons : une première accélération se termina par un tir sur le poteau, une seconde trouva le chemin des filets et assura la victoire 3-1 de l'Excelsior.
...

En août, un jeune joueur espagnol débarquait au Canonnier, tout auréolé d'un titre de champion d'Europe des -19 ans. Dès ses premières apparitions, Carlos Coto laissait entrevoir un certain talent, pour ne pas dire un talent certain. Entré au jeu à dix minutes de la fin contre Mons, alors que les Hurlus étaient réduits à dix, il donna d'emblée le tournis aux Dragons : une première accélération se termina par un tir sur le poteau, une seconde trouva le chemin des filets et assura la victoire 3-1 de l'Excelsior. Re-be-lo-te lors de sa deuxième apparition à Westerlo. Toujours introduit à dix minutes de la fin, alors que le score était cette fois de 0-0, il donna encore la victoire aux Hurlus : un but - inscrit avec un brin de chance, certes, car c'était en réalité un centre dévié par un défenseur local - et un assist pour faire 0-2. Il n'en fallait pas plus pour que les superlatifs pleuvent. Génie, prodige et on en passe : Coto était devenu la nouvelle attraction du championnat de Belgique. Six mois plus tard, son compteur est demeuré bloqué aux deux buts initiaux et son temps de jeu moyen ne s'est pas élevé. Il nous a fait part de ses états d'âme, sans langue de bois et en témoignant d'une étonnante maturité. Carlos Coto : Au niveau de l'équipe, je ne vous apprendrai rien en disant qu'on a traversé une période faste suivie d'une autre, moins faste, durant laquelle on a connu une baisse de régime collective. Au niveau personnel, j'ai démarré ma carrière belge sur les chapeaux de roues mais j'ai rarement pu compter sur la confiance de l'entraîneur. Ce début en fanfare n'a donc pas trouvé de prolongement. L'équipe a enregistré une série de mauvais résultats qui ont débouché sur la destitution de Marc Brys. Aujourd'hui, chacun repart sur un pied d'égalité avec un nouveau coach. J'espère que nous retrouverons une nouvelle dynamique. Non, pourquoi ? Je n'ai jamais été un joueur majeur dans l'effectif. Je suis encore jeune et je n'ai aucun statut de titulaire à revendiquer. (Etonné) C'est la première fois que j'entends cela. Mes parents m'ont effectivement rendu visite à plusieurs reprises, et ont assisté à certains de mes matches, mais ils n'ont jamais discuté avec le président et ont encore moins posé des exigences. Ma petite amie est toujours aux études en Espagne. Il lui reste un an et demi pour obtenir son diplôme, c'est très important pour elle. Elle essaie de me rendre visite en Belgique chaque fois qu'elle le peut, en moyenne deux fois par mois. C'est la première fois que je vis seul dans une maison. Mais je n'avais que 13 ans lorsque j'ai quitté ma famille pour aller vivre à LaMasía, le centre de formation du FC Barcelone. J'y côtoyais d'autres jeunes footballeurs, c'était sans doute différent d'ici où ma famille se résume aux coéquipiers que je côtoie de 9 h 00 à 17 h 00 lorsqu'il y a deux entraînements, et de 9 h 00 à 12 h 00 lorsqu'il n'y en a qu'un. C'est sûr, Miguel Palencia, Berna et moi, on se retrouve souvent. Question de langue et d'affinités. Jacobo, malheureusement, est rentré en Espagne pour se faire opérer et poursuit sa rééducation là-bas. Mais les gens en ville sont très sympas, je n'ai aucun problème de ce côté-là. ( Il soupire) C'est un fait. Malgré mon temps de jeu réduit, je suis encore le joueur espagnol qui a joué le plus. Nous devons, chacun, faire face à la concurrence de rivaux sérieux à notre position respective. On était tous les trois arrivés en Belgique avec l'ambition de jouer le plus possible. En ce qui me concerne, j'ai parfois eu l'impression qu'il y avait un déséquilibre entre le travail que je fournissais à l'entraînement et le temps de jeu qui m'était accordé. Des doutes m'ont assailli. Je me suis demandé si je travaillais mal, ou s'il y avait un autre problème, mais j'avais au contraire le sentiment de travailler de mieux en mieux, sans en être récompensé. J'ai peut-être, justement, commencé trop fort. Après deux matches, j'étais au niveau 100. Je savais que je ne pourrais pas poursuivre à ce rythme : je n'ai jamais pensé que je terminerais la saison avec 40 buts et 20 assists. J'allais forcément redescendre de mon piédestal. Il aurait sans doute été préférable de commencer calmement, et de gravir les échelons progressivement. Car, du jour au lendemain, on a attendu énormément de moi. On pensait que j'étais déjà capable de porter le poids de l'équipe sur mes épaules. Je peux, certes, endosser certaines responsabilités grâce à la formation que j'ai reçue en Espagne, mais il ne faut pas me demander de remplir le rôle d'un joueur expérimenté. Après deux matches, on me considérait comme une vedette. Cinq matches plus tard, je n'étais plus qu'un bon petit footballeur, sans plus. Pourtant, je suis toujours le même joueur qu'à mon arrivée. L'entraîneur ne m'a pas accordé sa confiance, c'est différent. Mais je crois toujours en moi. Je vais peut-être vous surprendre, mais j'avais de très bonnes relations avec lui. Il me parlait beaucoup, ne cessait de m'encourager aux entraînements mais... ne me faisait pas jouer en match. Je suis encore très jeune, c'est un fait. Mais la jeunesse ne doit pas constituer un prétexte. Steven Defour a reçu le Soulier d'Or alors qu'il a le même âge que moi. Lionel Messi a un an de plus et il est déjà un joueur majeur du FC Barcelone. Bojan Krkic et Giovani Dos Santos sont plus jeunes que moi, et ils commencent à faire leur trou dans la Liga. Avec moi, on a décidé de me faire jouer 15 minutes par match. C'est ainsi. Je reconnais que j'étais un peu court physiquement à mon arrivée, car je sortais d'un Championnat d'Europe et j'avais eu très peu de congés, mais ensuite, j'ai beaucoup travaillé pour rattraper mon retard. J'aurais compris que l'on me protège si j'avais 16 ans. Mais j'en ai 19, bientôt 20. Non, ils sont un peu dans la même situation que moi. Leurs qualités leur ont permis d'intégrer le noyau A, et en fonction des circonstances, ils reçoivent leurs minutes de jeu. Ils apprennent au contact de joueurs expérimentés. On a opté pour une voie différente, c'est tout. J'ai choisi d'effectuer mon apprentissage en Belgique alors qu'ils sont restés à Barcelone. Je suis venu à Mouscron pour travailler et c'est ce que je fais. Oui, bien sûr. Ce sont des amis et les liens n'ont pas été coupés. Je les appelle régulièrement pour prendre des nouvelles et ils font de même avec moi. Ce que je viens de vous dire : que je m'entraîne bien mais que je ne joue pas. Non, pas du tout. Je ne suis pas amer et je ne me prends pas la tête, contrairement à ce que vous pourriez imaginer. Je suis même très satisfait de l'expérience que je vis actuellement. C'est l'apprentissage de la vie de footballeur professionnel et cela me servira. J'ai déjà appris beaucoup. Enormément, même. Davantage que j'aurais pu apprendre si j'étais resté en Espagne. A la limite, je pourrais même affirmer que la dizaine de matches où je suis entré 10, 20 ou 30 minutes m'ont été plus utiles que j'avais joué tous les matches à un niveau inférieur, car j'ai pu mesurer toutes la difficulté du métier. Il ne faut pas oublier que c'est ma première saison en D1. Jusqu'ici, je n'avais encore évolué que dans les équipes d'âge du FC Barcelone. Non. Mouscron est une équipe de D1 du championnat de Belgique. Le football dans votre pays est, certes, d'un niveau inférieur à celui pratiqué en Espagne (je pense ne vexer personne en affirmant cela), mais c'est la D1. Il n'y a pas beaucoup de jeunes joueurs dans l'équipe. Je suis même le plus jeune de tous. Je suis entouré de coéquipiers expérimentés qui m'aident beaucoup. Les anciens, comme Mark Volders, Geoffray Toyes ou Steve Dugardein auront été mes premiers professeurs dans le football professionnel, et cela, je ne l'oublierai jamais. C'est difficile de citer des points précis. J'ai appris à vivre dans un vestiaire où règne la concurrence, à acquérir certaines habitudes ou certains réflexes sur le terrain, à réagir à certaines situations que l'on rencontre lors d'un match de D1. Tous ces petits détails que l'on appelle l'expérience. J'espérais jouer davantage, c'est sûr. Mais je ne vais pas continuer à parler pendant des heures de mes six premiers mois. La page est tournée. Avec l'arrivée du nouvel entraîneur, c'est quasiment une nouvelle saison qui commence, pour moi comme pour l'équipe. La philosophie de jeu est différente. On a démarré le deuxième tour de la neuvième place et on essaiera de remonter, pour terminer le plus haut possible. A la limite, mon cas personnel passe au second plan. C'est normal que, dans un noyau de D1, il y ait une certaine concurrence. Le travail aux entraînements et le rendement en match doivent déterminer les choix de l'entraîneur. Bertin Tomou est parti à la CAN et je lui souhaite de revenir avec la médaille d'or. Hamdi Harbaoui est arrivé et est capable d'occuper sa position. Pour les postes d'attaquants, il y a encore Adi Custovic, Mickaël Niçoise, Adolphe Tohoua... et moi. Je vais me battre pour mériter ma place. L'âge ne doit pas être un critère. Au niveau des statistiques, je ne fixerai pas la barre trop haut. Je serai satisfait si j'atteins un total de six buts. Je pense que l'arrivée de Scifo peut m'être bénéfique, car ses méthodes d'entraînement se rapprochent plus de celles que j'avais connues en Espagne, mais ce n'est pas pour cela qu'une voie royale s'ouvrira devant moi. J'ai toutefois un bon pressentiment. Enzo, cela rime avec Maestro. J'en accepte l'augure. On verra. Je n'ai signé qu'un contrat d'un an, mais il existe une option qui peut être levée. A l'heure qu'il est, une chose est sûre : je suis à Mouscron jusqu'à l'été prochain. Pour la suite, on en reparlera au moment voulu. Je l'espère. J'ai passé l'âge d'évoluer en -19 ans. Je fais désormais partie de la catégorie des -20 ans, mais il n'y a pas de match prévu. La prochaine étape, ce sera éventuellement les Espoirs, en -21 ans. Pas nécessairement. La plupart des Espoirs espagnols font partie d'un club de D1 en Europe, mais ils ne jouent pas tous. La majorité a même, comme moi, un statut de réservistes. A l'image de José Manuel Mata, le jeune attaquant de Valence, qui monte au jeu de temps en temps. par daniel devos - photos: reporters/ mossiat