LAURENT DEPOITRE : " J'admire Romelu Lukaku pour le côté zen qu'il a toujours gardé quand il s'est fait critiquer en Belgique, dès qu'il revenait jouer avec les Diables Rouges. C'est un processus qui a duré des années et c'était toujours la même chose : une occasion ratée et on lui tombait sur le dos. Pendant tout ce temps, il ne réagissait pas, en tout cas il n'avait pas de réactions négatives. Parfois, j'avais même l'impression que ça lui convenait très bien d'être critiqué parce que ça le poussait, inconsciemment, à travailler encore plus. Histoire de donner tort à ces gens-là. Dans certains matches...

LAURENT DEPOITRE : " J'admire Romelu Lukaku pour le côté zen qu'il a toujours gardé quand il s'est fait critiquer en Belgique, dès qu'il revenait jouer avec les Diables Rouges. C'est un processus qui a duré des années et c'était toujours la même chose : une occasion ratée et on lui tombait sur le dos. Pendant tout ce temps, il ne réagissait pas, en tout cas il n'avait pas de réactions négatives. Parfois, j'avais même l'impression que ça lui convenait très bien d'être critiqué parce que ça le poussait, inconsciemment, à travailler encore plus. Histoire de donner tort à ces gens-là. Dans certains matches, j'ai eu l'impression que les sifflets le boostaient. Il se taisait, il continuait à bosser. Et pour ce qui est de bosser, je suis bien placé pour parler de lui. Quand j'étais repris en équipe nationale, il se farcissait des séances de tirs interminables, on faisait ça ensemble. Et chaque fois, j'étais sidéré. Ses tirs étaient à la fois puissants et précis. Et dans les exercices d'opposition, les défenseurs ne savaient bien souvent pas comment s'y prendre. Ils essayaient plusieurs choses mais ça marchait rarement. Lukaku recevait le ballon, contrôlait, se retournait, puis boum ! On le critiquait pour des matches internationaux dans lesquels il n'avait pas tout mis au fond, mais les Belges émettaient aussi des gros doutes par rapport à ce qu'il faisait dans le championnat d'Angleterre. Il était soi-disant incapable d'être productif avec une équipe du top, incapable d'être efficace avec une équipe qui domine, incapable de marquer contre les meilleurs adversaires. Etc, etc, ça ne s'arrêtait jamais. Mais la saison dernière, il a définitivement fait taire toutes les mauvaises langues. Son bilan avec Manchester United est extraordinaire et il a scoré contre tout le monde. Les petits, les moyens, les grands. Il a confirmé au Mondial, il a montré qu'il était à coup sûr un des meilleurs attaquants du monde. On parlait d'un duel à distance avec Harry Kane, il s'en est très bien tiré. Avec des atouts différents. Kane participe plus au jeu, il redescend, il distribue. Lukaku fait autre chose, il est plus un point de fixation. Il a parfois du déchet technique et il n'est pas le plus explosif sur les premiers mètres mais personne n'est susceptible d'aller le rechercher quand il est lancé sur une longue distance. Pour ça, il est le numéro un mondial. Et parfois, il sort de son registre, comme sur le but qu'il offre à Kevin De Bruyne contre le Brésil. Quel travail sur cette action ! Il y avait tout là-dedans, tout ce que Lukaku fait de mieux : puissance, vitesse, intelligence. Il veut toujours être le meilleur, il travaille pour ça, et devant le but, il y a un terme qui lui correspond à merveille : tueur. Il a un double visage, parce qu'en dehors du terrain, c'est la crème, un gars ouvert qui parle, qui conseille, qui rigole à la moindre occasion. Un bon camarade. Complètement différent de celui qu'on voit en match. "