Dante est en pleine bourre quand il nous reçoit pour commenter son aventure complètement folle. Luis Felipe Scolari vient d'annoncer sa sélection pour la Coupe des Confédérations et il est dedans. Sa fin de saison va être à l'image de tout ce qu'il vit depuis son arrivée à Munich l'été dernier : finale de Ligue des Champions ce samedi, finale de Coupe d'Allemagne une semaine plus tard contre Stuttgart, ensuite ses premiers matches devant le public brésilien (du 15 au 30 juin). Et l'homme à la tignasse pourrait entrer pour toujours dans l'histoire du Bayern : titulaire dans la meilleure défense du monde, il vise un quadruplé unique avec son club, vainqueur de la Supercoupe en début de saison et champion avec une vingtaine de points d'avance sur Dortmund.
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Dante est en pleine bourre quand il nous reçoit pour commenter son aventure complètement folle. Luis Felipe Scolari vient d'annoncer sa sélection pour la Coupe des Confédérations et il est dedans. Sa fin de saison va être à l'image de tout ce qu'il vit depuis son arrivée à Munich l'été dernier : finale de Ligue des Champions ce samedi, finale de Coupe d'Allemagne une semaine plus tard contre Stuttgart, ensuite ses premiers matches devant le public brésilien (du 15 au 30 juin). Et l'homme à la tignasse pourrait entrer pour toujours dans l'histoire du Bayern : titulaire dans la meilleure défense du monde, il vise un quadruplé unique avec son club, vainqueur de la Supercoupe en début de saison et champion avec une vingtaine de points d'avance sur Dortmund. Dante : Ce sera du 50/50. Sur un match, tout peut arriver. C'est clair. En championnat, nous n'avons jamais eu peur parce que nous savions que nous étions beaucoup plus forts. Un jour sans n'aurait pas été catastrophique, nous aurions toujours pu rattraper la sauce une semaine plus tard. Mais là, pour Wembley, ce n'est pas gagné d'avance. Personne ne fanfaronne chez nous. Une équipe B ? (Il rigole). Je dirais plutôt que tous les titulaires habituels n'étaient pas sur le terrain. Et de toute façon, ce n'était pas le test le plus sérieux. Nous étions déjà champions depuis quelques semaines, il n'y avait plus vraiment d'enjeu. On ne peut pas tirer de conclusions très intéressantes d'un match pareil. Ni l'un ni l'autre, je crois. Il voulait surtout donner un peu de temps de jeu à des gars qui jouent peu alors qu'ils sont bons. Le Bayern a un groupe tellement fort ! Si on veut que tout le monde reste concentré et concerné jusqu'à la fin, il faut travailler comme ça. Il y en a qui sont malheureux d'un côté parce qu'ils ne jouent pas souvent, mais heureux d'un autre côté parce que l'équipe gagne presque tous ses matches. Ben oui... Dans le noyau, il y a une quinzaine d'internationaux, ça veut dire qu'il y en a régulièrement qui ne jouent pas. La direction a investi tellement pour avoir un groupe avec 20 joueurs de très grande qualité que le coach peut de temps en temps se permettre de laisser des types très chers et très médiatisés dans la tribune. Et même dans ces cas-là, l'équipe reste performante. Chapeau à ceux qui n'ont jamais lâché alors qu'ils étaient rarement dans la lumière. Il dit aux réservistes que leur chance viendra un jour, et qu'à ce moment-là, ils devront être prêts. Mais ce n'est pas évident pour les joueurs. Ils croient que ça va venir, et ça vient plus tard que prévu ou ça ne vient carrément pas. Alors, il y en a qui se fatiguent un peu. J'ai beaucoup joué cette saison, mais cette situation-là, je sais ce que c'est parce que je l'ai connue dans le passé. (Il rigole). Oui, un peu. J'y ai joué mon premier match avec l'équipe du Brésil, en février. Ça a été un torrent d'émotions. Wembley, je le regardais avec des étoiles dans les yeux quand j'étais gosse, à la télé et dans les magazines. Ça me faisait autant rêver que le Camp Nou et Bernabeu. Maintenant, j'y suis, avec la Seleçao puis pour une finale de Ligue des Champions alors que j'ai débarqué au Bayern il y a moins d'un an... Oui, c'est un peu fou. Oui, et dans un contexte particulier : le match était organisé pour fêter le 150e anniversaire de la Fédération anglaise. Ça fait beaucoup de trucs forts en une seule soirée. Je m'attends à un truc très chaud. Depuis trois ans, une rivalité énorme s'est créée entre le Bayern et Dortmund. J'ai fait des Standard - Anderlecht, des Mönchengladbach - Cologne, c'était déjà pas mal. Mais un Bayern - Dortmund est encore quelques crans au-dessus. Point de vue animosité, c'est le niveau Real - Barça. Demande aux joueurs du Real ce qu'ils pensent d'un déplacement à Dortmund ! Depuis que je suis en Allemagne, c'est le match que je crains le plus, chaque saison. Venir à Munich fait moins peur. Ici, les supporters poussent leur équipe mais ils sont plus spectateurs alors que ceux de Dortmund sont plus fous, et ils s'y mettent à 80.000... Au niveau du public, je comparerais le Bayern à Anderlecht et Dortmund au Standard. Assez tard, finalement. Sans doute parce que je suis toujours méfiant. Le premier tour a été magnifique mais je n'étais pas rassuré en décembre, je me disais qu'il allait falloir confirmer et que rien n'était sûr. Puis, nous avons repris notre marche en avant au début du deuxième tour. Une victoire convaincante, puis une deuxième, puis une troisième. À la quatrième, je me suis dit : -Maintenant, c'est bon, on va monter très haut. Oliver Kahn a dit que le Bayern avait actuellement le noyau le plus talentueux de son histoire. Quand j'ai lu ça, j'ai fait : -Waouw !Oui, encore un truc historique. Le record précédent, c'était 21. Ici, on n'en a pris qu'une quinzaine. Ma façon d'être dans la vie est toujours la même et elle ne changera jamais. Je suis encore le même Dante que celui qui avait quitté l'Amérique du Sud pour l'Europe, quand je me suis retrouvé à Lille. Par contre, je suis plus rigoureux dans mon jeu depuis que je suis au Bayern. Plus sage. C'est logique. Ici, je n'ai aucune raison de m'aventurer vers l'avant, de prendre des risques. Notre foot est tellement fluide que nous trouvons plein de solutions sans que les défenseurs soient obligés de s'impliquer dans les actions offensives. Une des conséquences est que je ne marque pratiquement plus jamais de buts. Mais quel est l'intérêt, pour un défenseur, d'aller dans le rectangle adverse quand il a devant lui un Franck Ribéry, un Arjen Robben, un Thomas Müller, un Mario Gomez, un Mario Mandzukic,... ? Qu'est-ce que j'irais faire devant ? Je suis devenu un défenseur qui défend, point. Je marque zéro but ? Pas de souci, je tiens la baraque derrière, c'est bon ! C'est chouette de marquer de temps en temps mais c'est tout aussi sympa de rentrer souvent au vestiaire après une heure et demie sans que Manuel Neuer ait dû aller rechercher un ballon au fond. On m'a bien fait comprendre tout ça dès mon arrivée, je l'ai enregistré directement. Bien sûr. Trois gros échecs pour un club pareil, tu imagines ! Apparemment, cette saison, il y a moins d'énervement, plus de patience. Une conséquence de ces coups durs. Le mot est sans doute trop fort. Mais il y avait une blessure, c'est sûr. Entre-temps, elle est cicatrisée. Non, plus personne n'aborde le sujet. J'ai l'impression que ça a fait trop mal. Rater un penalty, perdre à la dernière minute, ça fait beaucoup pour une finale. Je me suis dit : -Dans un club pareil, c'est impossible d'être certain de sa place. Il fallait voir la concurrence pour les places en défense centrale : Jérôme Boateng, Holger Badstuber, Daniel Van Buyten. Tous internationaux, évidemment. J'ai beaucoup joué mais je me suis toujours senti sous pression, grâce à eux. Je prends ça pour une reconnaissance de mon travail. J'ai toujours été convaincu de mon potentiel. Je ne pensais pas que je devrais attendre 28 ans pour arriver dans un club du niveau du Bayern, mais quand j'ai signé, au moins, j'étais totalement prêt, physiquement et mentalement, et j'avais une bonne expérience. (Il réfléchit). On peut dire ça comme ça... Ce club a une telle puissance financière qu'il peut dépenser 40 millions pour un bon joueur. Mario Götze va arriver, il coûte 37 millions. Alors, oui, les dirigeants se rendent compte qu'ils ont fait une toute bonne affaire avec moi. Je l'ai entendu ! Je n'ai pas coûté cher, je représente déjà une plus-value, je joue à un haut niveau : j'espère que ça va les pousser à me garder jusqu'à la fin de ma carrière ! Quand j'étais à Mönchengladbach, il y avait des clubs intéressés mais la direction demandait 10 millions. On a beaucoup discuté, ça a été un vrai bras de fer. J'ai demandé qu'on mette une clause dans mon contrat avec une somme de transfert pas trop élevée. Pour eux, c'était possible à condition que je prolonge. Finalement, je n'ai pas prolongé et j'ai obtenu de pouvoir partir pour 4,7 millions. L'organisation est meilleure, les structures sont plus performantes, les stades sont plus modernes et plus grands. Et le championnat est attractif. Quand je regarde du foot anglais à la télé, je vois quand même pas mal de petits stades. Ici, c'est différent. Des stades de 70.000, 75.000 ou 80.000 places sont toujours pleins. Il y a 55.000 personnes aux matches de Mönchengladbach. Près de 50.000 spectateurs à Cologne, une équipe de D2. Berlin remonte et attire 75.000 personnes. Moi, je ne rêve pas du tout de l'Angleterre ! Pour certains, oui. Si Mbokani n'a pas le niveau pour jouer dans un très grand club, je n'y comprends plus rien... Il n'aurait jamais dû échouer à Wolfsbourg. Si ça n'a pas marché, c'est à coup sûr à cause de ses problèmes privés et parce qu'il y est passé à un mauvais moment. Il sait garder le ballon, il va très vite, il a un foot intelligent : il a le profil type pour le championnat d'Allemagne. Sûr. Ça aurait été une grosse déception mais je m'en serais sorti. Je n'ai jamais lâché mes ambitions. Je suis arrivé en équipe nationale à 29 ans, tout le monde se demande comment j'ai fait. C'est simple : j'y ai toujours cru. Et donc, je ne suis pas étonné. Des gens me disent : -Tu vis un rêve. Je réponds : -Un rêve pour vous, pas pour moi ! Quand j'étais à Lille, ça ne se passait pas bien. On ne croyait pas en moi, on voulait me recaser en Ligue 2. J'aurais pu rentrer au Brésil, j'aurais eu des offres puisque j'y avais déjà joué en D1. J'ai fait un autre choix, j'ai accepté Charleroi. Et je n'ai pas qu'un sentiment d'échec par rapport à Lille. J'ai beaucoup souffert là-bas, et grâce à ça, quand je suis arrivé en Belgique, j'étais vacciné. Pas du tout, ce n'est pas mon style. Je n'ai absolument rien à montrer aux gens qui ne m'ont pas fait confiance. C'est dans ma nature : j'élimine toujours les pensées négatives. Pour moi, le négativisme est un truc qui t'empêche d'avancer. Je préfère me préoccuper de ceux qui me prédisaient un avenir. Un nom ? Michel Preud'homme. Je lui dois énormément. Le jour où Pep Guardiola quittera le Bayern, si on me demande mon avis, je conseillerai à la direction de prendre Preud'homme ! Il est humain, franc, passionné, très intelligent, il parle plusieurs langues. Je pense encore souvent à lui et je suis sûr qu'il est fier de ce que je fais. Si on gagne nos deux finales, ça ne va pas être simple pour lui.PAR PIERRE DANVOYE À MUNICH" Avec Ribéry, Robben, Gomez, Müller, Mandzukic, je n'ai aucune raison de m'aventurer vers l'avant. " " Kahn dit que le Bayern a le noyau le plus talentueux de son histoire. Quel compliment ! " " Si Mbokani n'a pas le niveau pour jouer dans un très grand club, je n'y comprends plus rien. "