Perrine Devahive : " De 6 à 14 ans, je me suis adonnée à la gymnastique de manière assez intensive, au niveau régional, jamais plus haut. J'ai quand même été championne de la Communauté francophone. Mais ça ne m'a pas apporté grand-chose. Je m'entraînais 9 heures par semaine en moyenne. Pour rejoindre l'élite absolue, je devais compter sur 21 à 25 heures par semaine et je n'en avais pas envie. Toutefois, ce sport a constitué une excellente base pour le trial bike. Je dois ma souplesse et ma stabilité à la gymnastique. Les groupes musculaires que j'ai travaillés me sont maintenant très utiles. Surtout les bras et les jambes, qu'on met sous pression.
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Perrine Devahive : " De 6 à 14 ans, je me suis adonnée à la gymnastique de manière assez intensive, au niveau régional, jamais plus haut. J'ai quand même été championne de la Communauté francophone. Mais ça ne m'a pas apporté grand-chose. Je m'entraînais 9 heures par semaine en moyenne. Pour rejoindre l'élite absolue, je devais compter sur 21 à 25 heures par semaine et je n'en avais pas envie. Toutefois, ce sport a constitué une excellente base pour le trial bike. Je dois ma souplesse et ma stabilité à la gymnastique. Les groupes musculaires que j'ai travaillés me sont maintenant très utiles. Surtout les bras et les jambes, qu'on met sous pression. Il y a sept ans, j'ai découvert par hasard le trial à moto et à vélo au salon de l'automobile de Liège, que j'ai visité avec mon père, pour le plaisir. Thierry Klinkenberg effectuait une démonstration. Séduite, je me suis inscrite. Il ne nous a pas fallu longtemps pour acheter un vélo d'occasion. Il nous a coûté 500 euros mais pour un bon modèle de compétition, il faut compter de 2.000 à 3.000 euros. Thierry m'entraîne depuis mes débuts. Le courant est immédiatement bien passé car il croyait fermement en mes qualités. Pour progresser dans ce sport, il est indispensable d'avoir les bons mentors. Je suis devenue championne de Belgique pour la première fois en 2010, à Malmédy, j'ai terminé septième de la manche de Coupe du Monde d'Anvers et neuvième de l'EURO allemand de Melsungen. En équipe nationale, j'ai fait la connaissance du sélectionneur, Ronny Belaey, le père de Kenny, multiple champion du monde, et de Wesley. Leurs conseils sont très précieux. Depuis 2012, Aywaille possède une piste, grâce à la présence de Romain Léonard, un grand talent. Elle est située à côté de la piscine et des autres terrains de sport. Cela nous permet de progresser à pas de géants. Ma motivation est sans fin. Je regarde beaucoup de vidéos car j'aimerais marcher, ne fût-ce qu'un peu, sur les traces d'un champion tel que Kenny Belaey. Je n'ose rêver de l'égaler. Les filles réfléchissent trop, parfois, et n'ont de toute façon pas la puissance pure qui leur permettrait d'approcher les performances des garçons. J'ai quand même été quatrième d'un EURO malgré une bête faute. En 2013, j'étais deuxième au classement UCI. Le trial bike est une discipline très européenne, bien qu'une Australienne très costaude soit en train d'éclater. La Slovaque Tatiana Janickova est double championne du monde, championne d'Europe et a remporté la Coupe du Monde. Elle est impressionnante. Une vraie bête de compétition, qui se sublime au bon moment, grâce à sa maîtrise technique, sa régularité et un mental en acier. Le mental reste mon principal chantier. A l'entraînement, je vaux l'élite mondiale mais en compétition, le stress m'envahit. Je travaille avec un sophrologue depuis un moment. Nous essayons de contrôler ma maîtrise de moi. Je dois rester calme, apprendre à penser en termes positifs et puiser ma force dans les bons moments du passé. Mon naturel me trahit parfois. Je suis nerveuse et j'ai du mal à tuer le temps quand je me trouve dans la zone de compétition et que je dois visualiser le parcours. A ce moment-là, je suis livrée à moi-même. Sur papier, c'est plus simple que dans la réalité, je vous le garantis. Mon assurance ne peut que s'améliorer car pour le moment, le doute m'envahit trop souvent. D'autre part, la musique qu'on passe à l'arrière-plan m'insuffle l'adrénaline requise. Depuis 2014, je fais partie du VTT Mérida Wallonie Team, qui regroupe les meilleurs spécialistes wallons du VTT. Cela me donne une assurance financière. La plupart de mes déplacements aux tournois internationaux sont remboursés, je dispose d'un excellent matériel et je peux régler moi-même mes entraînements. Au début de ce mois, par exemple, j'ai séjournée à Sabadell, près de Barcelone, pour un stage avec deux Espagnoles et un pilote français. Les conditions climatiques étaient idéales et nous nous sommes stimulés les uns les autres, nous avons échangé des tuyaux, des jugements. Les circuits sont naturels en Espagne. J'y ai déjà effectué un stage avec Kenny. Il me fournit un schéma d'entraînement pour les deux ou trois mois à venir car à cause de mes études, il m'est devenu plus difficile de passer chez Thierry. Le trial bike est un sport exigeant, épuisant. Il met tout le corps à rude épreuve. Il faut braver son propre poids pour monter, ne jamais paniquer, surtout quand on touche un obstacle. Je ne suis pas vraiment une artiste à vélo, bien que mes condisciples, en deuxième année de kinésithérapie à l'université de Liège, me regardent d'un drôle d'oeil quand je leur montre les images de mes compétitions sur YouTube. Ils admirent la manière avec laquelle je conserve mon équilibre, ne faisant qu'une avec mon vélo, sur des obstacles fort peu commodes. C'est très spectaculaire. Et tout le monde aime l'action. Mais ne me collez pas l'étiquette de showwoman. Le trial bike est un sport inhabituel pour une fille, c'est tout. Quand j'exécute le passage parfait, la fierté et la satisfaction m'envahissent. Ce sont des sentiments indicibles, surtout quand on réussit à l'instinct. Je ne puis que conseiller ce sport à tout le monde. " ?PAR FRÉDÉRIC VANHEULE - PHOTOS: BELGAIMAGE/ LAMBERT" Je dois souplesse et stabilité à mon passé de gymnaste. "