Les objectifs européens de PREUD'HOMME ET VANDEREYCKEN

A quelques jours de l'ouverture du championnat, Michel Preud'homme parlait de Ligue des Champions et Genk jouait la carte Vandereycken pour retrouver l'Europe.
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A quelques jours de l'ouverture du championnat, Michel Preud'homme parlait de Ligue des Champions et Genk jouait la carte Vandereycken pour retrouver l'Europe. Le Standard avait terminé la saison précédente à la troisième place, synonyme de Coupe de l'UEFA. Sa direction visait encore plus haut. On sait ce que cela a donné : c'est finalement Genk qui se retrouve en Coupe d'Europe après avoir écarté le Standard dans le double test-match. Ces deux clubs ne devaient pas se faire d'illusions pour la Ligue des Champions : les deux places étaient dévolues à l'avance à Bruges et à Anderlecht. Le Club reste une machine puissante et régulière tandis que le Sporting, même en dérapant de tous les côtés comme il l'a parfois fait la saison dernière, reste le Sporting. Donc, la bonne surprise a été écrite à Genk. Mais qui a payé la note ? Vandereycken. Il faudra qu'on m'explique, je n'arrive toujours pas à comprendre. Se faire virer après une performance pareille, ça doit être un cas quasi unique dans l'histoire du football mondial. Le président de Genk lui reprochait de ne pas avoir privilégié le beau jeu. Ah bon ? Mais alors, pourquoi fait-il aujourd'hui confiance à Hugo Broos ? Pour moi, Broos est la copie presque conforme de Vandereycken au niveau de la notion de spectacle. Donnez-moi le noyau de Genk et les gens vont au moins s'amuser. Ou donnez-le à Jan Ceulemans. Ou à Herman Helleputte. Mais surtout pas à Vandereycken ou à Broos, qui ne jurent que par la plus grande prudence. Ne le confiez pas non plus à Jacky Mathijssen. Tenir le zéro au marquoir, c'est leur grande obsession. Cela traduit un manque de confiance : un coach doit être en même temps prêt à ce que son équipe prenne un but et certain qu'elle va en marquer deux ou trois. Le début de cette saison me déçoit énormément. J'ai déjà regardé beaucoup de matches à la télé mais j'ai souvent eu envie de la couper avant la fin. Je prends deux cas récents : Charleroi - Mouscron et Zulte Waregem - La Louvière : qu'est-ce que c'est pour un football ? Par contre, Beveren - Lierse m'a régalé. C'est ça que les gens demandent. Sergio Conceição venait de débarquer au Standard et avait raté ses débuts belges en prenant une carte rouge au Cercle Bruges après 67 minutes... en étant monté au jeu à la 56e... Vous titriez que le bonhomme valait le détour. Et comment ! Cette exclusion était une première illustration de sa rage de vaincre, de son envie de faire du bien au Standard. Je lui tire mon chapeau car tous les joueurs qui ont eu un parcours aussi beau que le sien ne sont pas capables de garder cette motivation. Pour moi, il n'y a pas photo : Sergio Conceição est le meilleur footballeur du championnat de Belgique. Une personnalité exceptionnelle, aussi. Il a des côtés négatifs. C'est un râleur incroyable, par exemple. Quelque part, je me reconnais en lui. Conceição a la rage sur le terrain. Et parfois en dehors, demandez à Marc Delire ce qu'il en pense (il rit). Moi, je préfère voir des sportifs pareils que des dilettantes, des gars amorphes, relax en toutes circonstances. Il rouspète et prend des cartes ridicules mais il faut faire avec. C'est un gagneur et c'est tout bon pour le Standard. La saison dernière, il a été le Monsieur 50 % de cette équipe. Et on est reparti pour la même chanson dans le championnat en cours. C'est incroyable, comme l'équipe est déséquilibrée depuis le début de la saison. Tout passe par la droite, c'est le désert sur le flanc gauche. Quelque part, c'est normal : les joueurs savent qu'il y a, du côté droit, un coéquipier capable de faire des miracles même avec un mauvais ballon. Le point négatif, c'est qu'il suffit de neutraliser le flanc droit des Rouches pour paralyser tout le Standard. C'est ce que Zulte Waregem a presque réussi à faire lors de la deuxième journée. C'était valable à gauche quand Milan Rapaic était là, mais depuis son départ, c'est la cata. Cette équipe me fait parfois penser à un troupeau de poussins perdus au milieu d'une grande prairie : dès qu'ils lèvent la tête et aperçoivent la poule, ils foncent se réfugier auprès d'elle. La poule de Sclessin, c'est Conceição. Les poussins, ce sont tous ses coéquipiers. Si le Standard veut jouer un rôle en vue cette saison et concrétiser ses ambitions européennes, il faudra absolument que Conceição soit opérationnel d'un bout à l'autre du championnat. Alan Haydock déclarait : " Quand on s'est adapté à La Louvière, on peut partir jouer au fin fond de la Russie ". J'apprécie beaucoup Haydock. Ce n'est pas seulement un bon footballeur, c'est aussi un gars qui a énormément de caractère et ne se prend pas au sérieux. Il fait son job et garde les pieds sur terre. Mais là, il a un peu dérapé. Il oubliait toutes les bonnes choses que La Louvière lui avait apportées. Bon, c'est humain : quand on a connu une petite déception dans un club, on a tendance à tout exagérer, à grossir le problème. Le plus important, c'est de savoir rebondir et Haydock l'a très bien fait au Brussels. Sport/Foot Magazine titrait, après la première journée : " Mouscron et Tonci Martic ont avalé Anderlecht ". Tout le monde s'est enthousiasmé après cette victoire inattendue de l'Excel. Mais les Mouscronnois peuvent rejouer 100 fois ce match, ils ne gagneront plus une seule fois. Ils avaient eu une réussite dingue et on en a retenu que Mouscron avait une équipe fantastique qui allait enflammer le championnat. Les bons résultats conquis lors des semaines suivantes n'ont fait qu'accentuer ces pronostics optimistes. Qu'est-ce que cela a finalement donné ? Ce club s'est battu jusque dans les dernières journées pour ne pas chuter en D2, il a évité le couperet de justesse. On a vite oublié qu'on avait qualifié Philippe Saint-Jean de messie, d'entraîneur d'exception. C'est toujours dangereux de porter un jugement trop rapide parce que le retour de bâton guette souvent au coin de la rue.n Pierre Danvoye