JEAN-MARC GUILLOU se soucie de ses propres intérêts

Le manager de Beveren avait déclaré que l 'avenir de Beveren ne l'intéressait pas et que seule la réussite de son projet comptait à ses yeux.
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Le manager de Beveren avait déclaré que l 'avenir de Beveren ne l'intéressait pas et que seule la réussite de son projet comptait à ses yeux. Cela semble se confirmer. Ce personnage a choisi le club du Freethiel pour mettre sa colonie ivoirienne en vitrine, point à la ligne. Beveren est un club belge et on ne trouve quasiment aucun joueur belge dans l'équipe. C'est à la fois dommage et dangereux. Car, le jour où Jean-Marc Guillou se retirera, Beveren risque tout simplement de ne plus exister. Je n'ai rien contre l'apport des joueurs étrangers. Certains peuvent constituer un enrichissement pour notre championnat. Mais il y a des limites à ne pas dépasser. Je ne crois pas que dans un autre pays, on accepterait de voir une équipe envahie par 90 % de joueurs belges. Je comprends parfaitement que les supporters waeslandiens aient manifesté leur mécontentement en fin de saison, surtout lorsque les résultats ne suivaient plus. Voilà un club qui a été champion de Belgique avec des joueurs du cru, qui véhiculait certaines valeurs propres à nos contrées et qui, aujourd'hui, se dirige vers des eaux qui pourraient être troubles. Beveren est simplement devenu un centre de transit : on fait venir des joueurs et on les revend lorsqu'ils ont atteint une certaine valeur marchande. Ce qu'il adviendra du club plus tard n'intéresse nullement l'instigateur de ce commerce. En mai 2004, le défenseur originaire d'Eben-Emael s'était réjoui d'avoir réussi le doublé avec Anderlecht : il avait été champion avec l'équipe Première et avec l'équipe Réserve. C'est un clin d'£il, mais cela caractérise bien le personnage : aussi attachant en dehors du terrain qu'il peut être collant pour son adversaire direct lors d'un match. On ne le voulait plus à Anderlecht, mais il a rebondi de la meilleure des manières : en devenant international. C'est un battant, un homme de caractère comme je les apprécie. Sans faire de bruit, il s'est exilé en Flandre, dans un club comme Lokeren où, sans tambour ni trompette, il a réussi à faire l'unanimité. Il ne se plaint jamais et se contente de faire son travail. Certains lui reprochent de commettre trop de fautes, mais il n'est pas méchant pour un sou. Jamais il n'a blessé un adversaire. C'est loin d'être une brute, aucune comparaison possible avec certains démolisseurs que l'on a vus sur nos pelouses. Il commet simplement des fautes professionnelles, qui cassent le jeu et empêchent son adversaire de s'exprimer. Il connaît ses qualités, mais aussi et surtout ses limites, qu'il s'efforce de ne jamais dépasser. Grâce à cela, il a réussi une carrière formidable : souvent décrié, il a passé dix années au stade Constant Vanden Stock, ce qui n'est pas donné à tout le monde. A chaque changement d'entraîneur, on pensait qu'il devrait prendre la porte, mais à chaque fois, il revenait par la fenêtre. Ce n'est pas un hasard : c'est le genre de joueur que tout entraîneur aimerait avoir dans son équipe. Moi le premier. En mai 2004, au terme d'une première saison mi-figue mi-raisin au Standard, l'attaquant guinéen avait été franc : " J'ai raté ma saison ", n'avait-il pas hésité à déclarer. Quelle belle preuve d'honnêteté ! Combien de joueurs, à sa place, n'auraient-ils pas expliqué que c'était la faute de l'entraîneur qui ne lui faisait pas confiance et avait imaginé un système de jeu inadéquat, ou de ses partenaires qui ne le servaient pas dans de bonnes conditions ? On a failli le chasser, à un moment donné. C'est à peine s'il s'est plaint. Il a répondu sur le terrain, et de quelle manière, puisqu'il figure parmi les meilleurs buteurs du championnat. Cette saison-ci, il l'a largement réussie. Il est devenu l'une des coqueluches du public de Sclessin et un attaquant comme on en voit peu sur nos pelouses. C'est un joueur à la détente phénoménale, qui possède un très bon jeu de tête et qui, bien alimenté via les flancs par des joueurs comme Sergio Conceiçao et Milan Rapaic, peut faire des ravages. Il peut même se révéler complémentaire avec Cédric Roussel, comme il l'a encore démontré récemment contre La Gantoise. Quand des défenseurs ont affaire à des joueurs pareils, ils ne rigolent pas. C'est un poison. L'équipe dans laquelle il évolue ne doit pas obligatoirement développer un football chatoyant pour qu'il soit efficace : il est capable de déménager tout seul. En tout cas, son retour au premier plan est éminemment sympathique. Comme quoi, la roue peut tourner très vite en football. Et parfois même dans le bon sens, la preuve ! Surtout si l'on est un footballeur de classe, à tous les niveaux. Etre capable de faire son autocritique, c'est la classé également. Celui qui était à l'époque le titulaire chez les Diables Rouges avait affirmé qu'aucun gardien n'était parfait. A travers cette déclaration, c'est toute la problématique des gardiens belges qui est exprimée. Geert De Vlieger n'est certainement pas un mauvais gardien, mais il a eu le malheur de succéder à des monuments comme Jean-Marie Pfaff et Michel Preud'homme et il a sans doute souffert de la comparaison. Depuis lors, il a quitté Willem II pour Manchester City, où sa saison a été gâchée par une grave blessure. D'autres gardiens ont été essayés en équipe nationale, avec plus ou moins de bonheur, et aujourd'hui, le choix semble s'être porté sur Silvio Proto qui vient tout juste de fêter ses 22 ans. C'est un jeune gardien qui doit encore apprendre à jouer sous pression. Ses apparitions sous le maillot des Diables Rouges furent encourageantes mais demandent confirmation et perfectionnement. Dans l'état actuel, il y a encore de bons gardiens dans le championnat de Belgique, parmi lesquels figurent incontestablement Vedran Runje et Bertrand Laquait, mais sans doute plus de super gardiens comme ceux qui ont fait la réputation du football belge dans l'Europe entière.n Propos recueillis par Daniel Devos