MARC DEGRYSE a appris qu'il était essentiel d'écouter

Il avait dit : " Pendant trois mois, j'ai ouvert les yeux et les oreilles. Ce bâtiment n'était pas encore construit et on se marchait un peu sur les pieds dans les anciens bureaux, mais j'ai beaucoup appris ".
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Il avait dit : " Pendant trois mois, j'ai ouvert les yeux et les oreilles. Ce bâtiment n'était pas encore construit et on se marchait un peu sur les pieds dans les anciens bureaux, mais j'ai beaucoup appris ". C'est une fois de plus la démonstration qu'il faut rendre le foot aux gens du foot. Marc Degryse a fait preuve de beaucoup de clairvoyance en adoptant une telle attitude : devenir directeur sportif, sportleider comme il aime le souligner, d'un club du niveau du Club Bruges, ce n'est pas une mince affaire. Lorsqu'il était joueur, Marc était un sorteur et il aimait s'amuser mais c'était aussi quelqu'un qui savait ce qu'il devait faire. Il a compris à quel point il était important d'écouter. Quand on débarque dans un nouveau monde, on a toujours l'impression que tout est rose. C'est surtout vrai pour un footballeur qui a toujours pu compter sur des personnes toujours prêtes à l'aider. On a l'idée que le monde entier est gentil et on accorde sa confiance à toutes les personnes que l'on croit être derrière soi. Mais le milieu du foot n'échappe pas à la règle. Comme partout ailleurs, il y a des hommes et des femmes, qui ne méritent pas qu'on leur accorde de l'intérêt et qui, à la première occasion, vont vous jouer un mauvais tour. Degryse a bien £uvré en prenant un certain recul. Il a pu jauger les personnes et se faire une idée sur celles qui méritaient sa confiance. Parti trois mois plus tôt à Chypre, il avait expliqué : " Cela va vraiment bien ici à l'AEL Limassol. On me considère comme le sauveur. Neuf victoires, deux nuls. Nous remontons de manière spectaculaire. Nous visons la troisième place. A mon arrivée, nous avions 24 unités de retard " Je ne comprends pas qu'un entraîneur prétende qu'on le considère comme un sauveur. Il ne faut jamais se croire arrivé. Il n'y a que les résultats qui comptent. Tu peux être considéré comme un sauveur mais quatre ou cinq semaines plus tard, tu passes par la fenêtre. Cette loi est valable pour tous les entraîneurs du monde. La vérité du terrain dépend des joueurs. Un entraîneur ne peut pas dire : -Tactiquement j'ai gagné le match. Si l'on veut distinguer les mérites d'une victoire, le pourcentage dévolu aux joueurs est le plus important et puis il faut également tenir compte du facteur chance. Un entraîneur peut très bien travailler en semaine, transmettre toute sa volonté de vaincre à son équipe, il dépend toujours des joueurs qui font la différence. On disait de lui : " L'homme fort des Loups comprend les problèmes financiers de sa ville (...) L'état du stade limite fortement la politique financière d'un club livrant un magnifique travail sportif. Filippo Gaone ne peut plus sortir son portefeuille toutes les années ". A l'époque on a beaucoup raconté de choses à propos du président louviérois mais je vois qu'il est parvenu à garder son club en vie et à lui garantir une réelle force sportive malgré des moyens financiers limités. Manifestement, Filippo Gaone s'est bien entouré : l'année dernière, il a terminé dans la première moitié du classement avec des joueurs inconnus et il remet ça cette saison. Il fallait le faire aller chercher un garçon comme Geoffray Toyes avec lequel j'ai joué à Bordeaux. Bien qu'elle se soit séparée de nombreux éléments, La Louvière continue à évoluer dans le haut du classement avec des joueurs peu renommés mais talentueux. Les transactions réalisées lors du mercato d'hiver prouvent que Gaone gère de manière magistrale son budget. Avec l'argent qu'il a récupéré dans la vente de Matthieu Assou-Ekotto, Michael Klukowski et Manaseh Ishiaku notamment, il va sans doute boucler l'exercice en boni. Tant mieux pour lui car il ne peut pas continuer indéfiniment à y aller de sa poche. Vanderhaeghe disait : " 2003 ne m'a pas porté chance. J'ai souffert d'une usure du cartilage du genou gauche. (...) Une nouvelle année avait commencé, et elle débutait sous les meilleurs auspices. Je n'en ai que plus râlé lorsque cette blessure au visage m'a obligé à une nouvelle période d'inactivité. (...) J'ai 34 ans mais aussi longtemps que j'aurai le niveau, pourquoi devrais-je revoir mes ambitions à la baisse ?" Iachtchouk avançait dans le même temps : " Je suis scorpion et je suis slave : tout ça fait que je peux parfois être extrêmement triste et me retrouver au fond du trou, voire pleurer. D'autre part je suis dur, je ne me complais pas dans ce trou. Je suis un battant ". Je trouve intéressant de mettre ces deux déclarations en parallèle. D'un côté, on a un joueur âgé qui, par sa motivation et son caractère, est revenu au premier plan. Il était pratiquement mort et le revoilà repris avec les Diables lors du voyage en Egypte. De l'autre côté, on a à faire à un footballeur qui a un talent fou mais qui ne parvient pas à s'imposer. Pourtant, Iachtchouk est à coup sûr un des meilleurs attaquants de notre championnat. Sur le plan physique, il se bat, il lutte mais manifestement il n'a pas le même caractère que son équipier sept ans plus âgé que lui. " C'est face au club liégeois, en quarts de finale de la Coupe de Belgique, que j'ai inscrit mon premier but pour les Loups la saison dernière. Et cette saison encore, les Rouches nous ont souri puisque nous l'avons emporté 0-2 à Sclessin au premier tour ". Depuis, le joueur nigérian est parti à Lille. Si le club français a déboursé un million d'euros pour s'attacher ses services, c'est encore une bonne chose pour La Louvière. Mais sportivement c'est une perte pour le championnat de Belgique. Chaque fois que je l'ai vu, il a très bien joué. Il était très fort ; peut-être parce qu'il jouait sans pression. Peter Odemwingie était un des attaquants les plus talentueux de notre championnat même s'il jouait parfois à la carte et se montrait parfois assez personnel. C'est en tout cas ce que lui reprochait, sans aucun doute à raison, Ariel Jacobs, son ex-entraîneur. Ce qui m'interpelle, c'est que des clubs comme le Standard, Bruges et Anderlecht l'aient laissé partir en France dans un club qui, il ne faut pas exagérer, n'est quand même pas un cercle de grande envergure. Le Standard, Anderlecht et Bruges ne sont pas d'un niveau inférieur au LOSC. Je m'étais déjà fait la réflexion quand j'ai vu que le Standard avait opté pour Jari Niemi plutôt que sur l'ex-Louviérois. n Propos recueillis par Nicolas Ribaudo