"Le cyclisme reste ma passion et j'exerce toujours mon métier avec autant de fanatisme, même si j'ai été sali, traité comme un moins que rien. Je n'ai jamais autant souffert que l'an dernier et je ne sais pas si je m'en remettrai un jour. Heureusement, avec le soutien de ma famille, je me suis toujours battu pour ma réhabilitation.
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"Le cyclisme reste ma passion et j'exerce toujours mon métier avec autant de fanatisme, même si j'ai été sali, traité comme un moins que rien. Je n'ai jamais autant souffert que l'an dernier et je ne sais pas si je m'en remettrai un jour. Heureusement, avec le soutien de ma famille, je me suis toujours battu pour ma réhabilitation. Une grande partie de la presse a pris ma défense. Beaucoup de journalistes ont essayé de comprendre, se sont informés et ont vite remarqué que la méthadone ne pouvait pas vraiment améliorer les performances. Evidemment, certains ont essayé d'en retirer de la publicité. Le premier jour, je suis allé au journal télévisé de la RTBF où le journaliste m'a posé des questions très agressives, m'obligeant à me défendre comme si j'étais un bandit. Un autre a écrit que je me rendais ridicule en niant et que je ferais mieux de faire comme RichardVirenque, qui s'était senti beaucoup mieux après avoir reconnu qu'il avait pris des produits interdits. Dans une revue spécialisée, le médecin du COIB a même écrit que j'avais touché au pot belge, que je prenais de la cocaïne et de la méthadone pour masquer le tout. Evidemment, on croit plus vite une sommité comme lui qu'un petit coureur comme moi. C'est surtout cela qui m'a fait mal. Je devenais fou car je me sentais impuissant. Pour moi, le monde s'était écroulé. Jusque-là, tout allait bien : j'exerçais le métier que je voulais faire, je restais sur un bon Giro où j'avais terminé 14e, j'étais sélectionné pour le Tour, on me proposait une prolongation de contrat, j'avais signé un accord pour la construction d'une maison puis, une semaine plus tard, je n'avais même pas droit au chômage car j'avais été licencié pour faute grave. Les trois premiers jours, je n'ai pas dormi. Je me demandais d'où venaient ces traces de méthadone et je me disais que, s'il existait un dieu, tout finirait bien par s'arranger. Après six jours, un professeur de Gand a trouvé ce produit dans des capsules de vitamines. En si petite quantité qu'elle ne pouvait provenir que d'un mauvais nettoyage des appareils du pharmacien. Heureusement, j'avais un peu d'argent de côté et j'ai pu compter sur l'aide de mes parents pour payer les avocats, les analyses et les experts. Si j'avais été un coureur débutant, qui touche un peu plus de 1.100 euros par mois, c'était terminé. Dans le milieu du sport, la présomption d'innocence n'existe pas. Cela m'a coûté très cher et j'espère que l'assurance du pharmacien me dédommagera. Je compte aussi réclamer réparation pour dommage moral. Trois jours avant ma comparution devant la commission de discipline, l'UCI avait calqué son règlement sur celui de l'agence mondiale antidopage. Ce fut ma chance car celui-ci prévoit que celui qui a pris des produits dopants à son insu doit être blanchi. J'ai attendu le verdict pendant un mois. Certains jours, je me donnais à fond à l'entraînement mais le lendemain, je rentrais chez moi après dix minutes. Je n'aurais accepté aucune sanction, même pas un sursis car je n'avais rien fait. J'aurais préféré changer de boulot, utiliser mon diplôme de gradué en marketing. Dans ma région, j'ai heureusement pu compter sur beaucoup de sympathie. Mais même le moindre regard oblique me dérangeait. Cette expérience m'a appris beaucoup de choses. Ma petite fille a été malade et je me dis que tout aurait pu être pire. Désormais, Emma compte plus que tout. Je suis aussi moins crédule, plus prudent et donne plus vite mon avis. Marc Sergeant m'a toujours soutenu mais Christophe Sercu ne m'a posé aucune question et s'est répandu dans la presse sans rien savoir. Pour moi, ce type n'existe plus. Je n'oublierai jamais ce qui s'est passé. Je pense que seuls les résultats pourront soigner mes blessures. Pour ceux que la course n'intéresse pas, je resterai toujours ce coureur qui a fait la une de tous les journaux l'été dernier parce qu'il avait été contrôlé positif. Je progresse encore constamment et je suis supermotivé à l'idée de décrocher une grande victoire. Une victoire d'étape constituerait la suite idéale de tout ce feuilleton ". Christian VandenabeeleA 28 ans, un bon résultat l'aidera à soigner ses blessures morales.