Si on survole la saison d'Anderlecht, on a l'impression que le club est passé de crise en crise. Il y a eu le limogeage de René Weiler, le court intermède de Nicolas Frutos, les péripéties liées au rachat, le mauvais mercato hivernal et la vente du capitaine, Sofiane Hanni. Dans ces circonstances, si Pieter Gerkens avait sombré avec ses équipiers, personne ne lui en aurait voulu. Mais à 23 ans, le Limbourgeois s'est maintenu à flot. Il ne s'est jamais préoccupé des soucis du club. " Au début, on se demande un peu ce qu'il se passe. Quand on joue dans un grand club, on sait qu'il y a beaucoup de pression de l'extérieur, tout le monde nous regarde, on écrit énormément de choses... Je peux comprendre que certains joueurs cherchent à se protéger afin de relativiser. Mais dans mon cas, ça n'a pas été nécessaire. "

Cet hiver, on a bien senti que tout le monde n'était pas sur la même longueur d'ondes au sein du club. Et ça a fait douter l'équipe. " Pieter Gerkens

Aujourd'hui, plus personne ne pense que Gerkens a été transféré pour satisfaire au quota de joueurs belges nécessaires. Et lui est convaincu à 100 % qu'il a sa place à Anderlecht. " Hormis le match au Standard et celui contre Waasland-Beveren -j'avais été malade cette semaine-là- j'ai toujours fait mon match. Au Standard, j'ai été très mauvais. Quand l'entraîneur m'a fait sortir, après 70 minutes, j'étais soulagé. Parfois, on commence mal le match puis on entre dans la partie mais ce jour-là, rien ! Je sais qu'on affirme que je n'ai pas le niveau d'Anderlecht mais ça ne m'atteint pas. Chacun a le droit d'avoir son avis mais je pense avoir prouvé que j'avais ma place. Je me suis habitué au fait qu'on me regarde et qu'on me critique. Si ça me préoccupait, mon jeu en souffrirait. Lorsque j'ai commencé à jouer, je lisais ce qu'on écrivait à mon sujet. Maintenant plus. Ça ne m'apporte rien et ne m'apprend rien. "

On peut vous rassurer : cette saison, vous avez été, avec Matz Sels, un des rares joueurs épargnés par la critique. Mais si la critique est constructive, c'est tout de même intéressant, non ?

PIETER GERKENS : Ça existe, la critique constructive dans les journaux ? Écoutez : quand vous commettez une erreur en match, le coach et vos équipiers vous le disent. Cette critique a bien plus de valeur que ce qu'on écrit dans les journaux. Je suis toujours parvenu à me détacher des commentaires négatifs. Je dois faire mon auto-critique, analyser mes matches. Mais j'essaye d'accorder le moins d'importance possible au reste.

Hein Vanhaezebrouck a dit beaucoup de bien de vous voici peu : il ne vous connaissait pas mais vous avez directement compris où il voulait en venir.

GERKENS : Je ne suis pas le genre de joueur à dribbler un homme en un-contre-un, je manque de vitesse et de puissance pour ça. Par contre, j'ai une qualité : je comprends très vite les choses.

Vous n'êtes plus le même joueur qu'à Saint-Trond ?

GERKENS : Je suis plus complet. À l'entraînement, je ne me suis jamais dit que je ne suivais pas. Je suis arrivé alors que les internationaux étaient toujours en vacances et j'ai élevé progressivement mon niveau. J'ai aussi eu la chance que Vanhaezebrouck débarque pendant une mini-trêve consacrée à l'équipe nationale. Le groupe était petit et il était donc plus facile de se mettre en évidence. J'ai relativement vite compris qu'il croyait en moi et qu'il me donnerait une vraie chance.

Pieter Gerkens : " À un moment, on avait perdu confiance en nous. Le groupe aurait dû dire : -on va se battre, quoi qu'il arrive. Mais on cherchait des excuses : les blessures, les suspensions, les départs..., BELGAIMAGE
Pieter Gerkens : " À un moment, on avait perdu confiance en nous. Le groupe aurait dû dire : -on va se battre, quoi qu'il arrive. Mais on cherchait des excuses : les blessures, les suspensions, les départs... © BELGAIMAGE

On dit que vous vous entendez bien avec Vanhaezebrouck.

GERKENS : Disons que je me retrouve dans ses idées. Les joueurs et l'entraîneur doivent tenter de s'améliorer les uns les autres, rien de plus. C'est ce genre de relation que nous avons. Mais nous ne sommes pas les meilleurs amis du monde et nous n'allons pas manger ensemble.

SAFETY FIRST

Mais Vanhaezebrouck, lui, vous aime bien. Lorsqu'il couche son équipe sur papier, votre nom est l'un des premiers.

GERKENS : Et c'est dangereux. Quand le coach vous fait confiance, vous jouez mieux. Mais vous risquez de vous endormir.

Ça vous est arrivé de vous dire que vous alliez un peu lever le pied ?

GERKENS : Bien sûr... À un certain moment, je n'allais pas au maximum de mes capacités à l'entraînement. Je me donnais à fond mais au lieu de tacler, je retirais le pied, je jouais la sécurité afin de ne pas me blesser pour le week-end.

C'est ce manque de rigueur dont l'entraîneur parlait. Il a même parlé de bordel dans le vestiaire. Que voulait-il dire par là ?

GERKENS : On se laissait aller et on avait perdu confiance en nous. C'était surtout ça qui manquait à l'équipe. Le groupe aurait dû dire : -on va se battre, quoi qu'il arrive. Mais on cherchait des excuses : les blessures, les suspensions, les départs... Cette mentalité se retrouvait en match. On était souvent mené et on n'était pas suffisamment fort mentalement pour revenir. On avait toujours un temps de retard au duel ou sur les deuxièmes ballons. Impossible de jouer comme ça. De plus, il nous manquait de nombreux joueurs. Notre noyau n'est pas très grand et les absences se font rapidement sentir. Je n'irai pas jusqu'à dire qu'on a touché le fond, mais tout le monde savait qu'on devait faire mieux.

Certains joueurs ont invoqué l'incertitude qui régnait en raison du rachat du club. Dans quelle mesure cela a-t-il influencé vos prestations ?

GERKENS : Indirectement, ça a sans doute joué un rôle. On ne parlait pas de ça tous les jours. Je crois même qu'on n'en a parlé que quelques fois et je ne crois pas que certains joueurs se sont dit : -maintenant que le rachat est acté, on va recommencer à jouer au foot. Mais l'arrivée de Marc Coucke a rendu les choses plus claires.

Sauf au moment du mercato hivernal. Vous attendiez du renfort ?

GERKENS : Attendre, c'est un bien grand mot mais on espérait que quelque chose se produise. On a perdu de bons joueurs et on s'est dit automatiquement qu'on allait les remplacer mais on a bien senti que tout le monde n'était pas sur la même longueur d'ondes au sein du club. Et ça a fait douter l'équipe. On ne peut pas dire que notre mercato a été une réussite...

Quand Anderlecht a-t-il été au plus mal, selon vous ?

GERKENS : Quand on a perdu des points contre Malines, Ostende et Saint-Trond. Il n'y avait plus d'âme dans l'équipe. On pouvait jouer des heures sans rien produire. Avant la trêve, on a perdu contre Charleroi puis à Bruges mais là, au moins, j'avais l'impression qu'on jouait au football.

" BRUGES PART CLAIREMENT FAVORI "

À Bruges, vous avez perdu 5-0 et l'écart en phase classique a rarement été inférieur à dix points. Pourtant, après la trêve, vous avez déclaré qu'Anderlecht avait peut-être autant de talent que Bruges.

GERKENS : Et je le redis ! À Bruges, on a bien joué pendant 20 minutes puis on a sombré en encaissant deux buts juste avant la mi-temps. Ça ne doit pas arriver et j'espère qu'on a retenu la leçon. J'ose même dire que ça ne nous arrivera plus cette saison. Sur le plan des individualités, nous ne sommes pas inférieurs à Bruges. À condition que tout le monde soit dans un bon jour, cependant.

Je vais vous contredire : vous n'avez pas d'Anthony Limbombe, capable de dribbler deux hommes et de marquer quand on ne s'y attend pas. Ni de Hans Vanaken. Ni de Ruud Vormer.

GERKENS : On a perdu de la qualité et, c'est vrai, on n'a pas de joueur comme Limbombe. Mais à part ça, on a tout ce que Bruges a. Ryota ( Morioka, ndlr) est capable de faire ce que fait Vanaken, j'en suis convaincu.

Vous êtes obligé de prétendre que vous croyez encore au titre. Si vous dites le contraire, on va vous démolir.

GERKENS : Bruges part clairement favori. Si tout se passe normalement, il sera champion. Mais l'écart n'est que de six points et ça me paraît faisable. Si on bat deux fois Bruges, on reviendra à sa hauteur. Et il y aura un moment où Bruges va paniquer. Là, on ne sait pas ce qui peut se passer. Les play-offs 1 sont très forts cette saison. Selon moi, tout le monde peut battre tout le monde.

Et il est vrai que Bruges a montré des signes de faiblesse.

GERKENS : Au cours des dernières semaines, on a vu que nul n'était invincible. Bruges a connu une très bonne période. À ce moment-là, c'était de loin la meilleure équipe de Belgique parce que, collectivement, elle était au-dessus du lot. Mais on a manqué quelques occasions de reprendre quelques points parce qu'on n'a pas été suffisamment bon. Et maintenant, on est meilleur, alors que pas grand-chose n'a changé.

RENCONTRE DÉCISIVE

Comment avez-vous vécu le départ de René Weiler ? Car si vous êtes à Anderlecht, c'est un peu grâce à lui.

GERKENS : Je vous avoue que j'ai eu un peu peur car quand un nouvel entraîneur arrive, on ne sait jamais si on va s'entendre. Et c'est vrai que c'est René Weiler qui m'a fait venir à Anderlecht. On avait discuté pendant plus de deux heures à Bruxelles et il m'avait convaincu alors qu'avant ça, je pouvais aller ailleurs. Bien sûr, j'avais l'avantage d'être belge mais ce n'était pas la raison principale de mon engagement. Anderlecht s'est dit que je jouais bien au football et qu'en plus, j'étais belge.

Vous n'avez pas eu l'impression que Weiler vous disait tout ce que vous vouliez entendre ?

GERKENS : Non, pas vraiment. Il m'a dit : -Si tu ne supportes pas de ne pas jouer chaque semaine, ne viens pas car tu ne joueras pas tous les matches. Il ne m'a jamais promis que ce serait facile pour moi, ni que je serais titulaire.

Finalement, vous avez beaucoup moins joué avec Weiler qu'avec Vanhaezebrouck. Comment est-ce possible ?

GERKENS : Actuellement, j'ai le même rôle qu'à Saint-Trond la saison dernière. Je peux m'infiltrer quand je le juge nécessaire alors qu'avec Weiler, j'étais plus défensif, je devais assurer l'équilibre. Cette place, plus bas sur le terrain, me convenait moins car il y avait davantage de travail défensif et je devais soigner la relance.

Weiler vous voyait-il, à tort, comme un pur 8 ?

GERKENS : Je devais jouer bas pour distribuer le jeu mais, en même temps, Weiler voulait que je surgisse dans le rectangle. Je ne savais pas toujours où me placer. J'étais trop haut et je n'arrivais pas à me démarquer. J'essayais trop de m'infiltrer au lieu de construire. Je n'étais pas encore prêt pour jouer à cette place et apporter ce qu'on attendait de moi. De plus, j'avais de la concurrence : Trebel, Kums, Dendoncker... Il n'était donc pas anormal que je joue peu.

Je sais qu'on affirme que je n'ai pas le niveau d'Anderlecht mais ça ne m'atteint pas. " Pieter Gerkens

ATTITUDE

Votre père a dit un jour que vous étiez trop tendre pour le monde du football. De quelle période parlait-il ?

GERKENS : C'était un constat général et je dois dire qu'il a raison : j'étais trop gentil, surtout au début de ma carrière professionnelle. J'aurais pu progresser plus vite mais comme j'étais trop doux, je n'y suis pas arrivé. Sans quoi j'aurais percé plus rapidement.

Si c'était à refaire, que changeriez-vous ? Un jeune joueur doit tout de même écouter son entraîneur et se taire.

GERKENS :C'est vrai mais en équipe première, il faut pouvoir se défendre. Les équipiers ne sont pas des amis mais des rivaux. En équipes d'âge, c'était différent. À Genk, en tout cas. Chacun avait du temps de jeu, qu'il s'appelle Pierre, Paul ou Jacques. Puis on arrivait en équipe première et il fallait se battre pour sa place, forcer le respect des autres. Il aurait donc fallu se profiler différemment dans le groupe.

Se faire davantage respecter au sein du groupe ou vis-à-vis de l'entraîneur ?

GERKENS :C'était surtout une question de communication non-verbale. Parfois, je me disais : -C'est râlant de ne pas jouer, je dois faire mieux la prochaine fois. Mais ce que j'aurais dû faire, c'était changer d'attitude, montrer que j'étais prêt à tout pour jouer. Je me souviens encore de ce qui se passait en équipes d'âge. J'évoluais dans l'entrejeu et quand tous les autres médians montaient, je restais pour fermer la porte. C'était bon pour l'équipe mais je ne pouvais pas montrer de quoi j'étais capable. Aujourd'hui, je ne ferais plus ça, je me mettrais en évidence également.

© BELGAIMAGE

De ce point de vue, vous avez sans doute beaucoup appris à Genk avec des gars comme Kara Mbodj et Thomas Buffel.

GERKENS : Oui, sans oublier Jelle Vossen et Pelé Mboyo. Ce n'était pas un vestiaire facile et il y a eu des problèmes. Je n'étais pas du tout prêt à me faire une place dans le groupe et à devenir titulaire mais la progression que je viens de connaître maintenant, j'aurais dû la connaître à ce moment-là. Je manquais de confiance en moi et j'ai stagné, c'est dommage. Ce n'est qu'à Saint-Trond que Jos Beckx, l'entraîneur des gardiens, a attiré mon attention sur le fait que je manquais de personnalité.

Un ancien équipier dit pourtant que vous êtes agressif dans le vestiaire.

GERKENS : Qui dit ça ? Stef ? ( il feint la surprise) On allait à l'entraînement ensemble depuis le carpool de Diepenbeek et dans la voiture, on n'arrêtait pas de se charrier. Mais croyez-moi : c'était surtout Stef (Peeters, ndlr) qui s'énervait. Il est plus agressif que moi. Un jour, un automobiliste lui a coupé la route et on a failli l'emboutir. Stef a commencé à klaxonner. Le conducteur de l'autre voiture s'est arrêté sur la bande d'arrêt d'urgence et Stef a commencé à hurler. J'ai eu peur que ça s'envenime mais finalement, ils se sont calmés. Pour moi, c'était une situation extrême. Je suis plutôt du genre à râler en restant dans la voiture. Quand j'ai vu Stef s'énerver, je me suis dit que ce n'était pas la première fois que ça lui arrivait.

" Avant, je veillais très tard pour suivre des matches de NBA "

Enfant, Pieter Gerkens était fan de Robin des Bois. Aujourd'hui, il préfère Derrick Rose, star de la NBA et meneur des Minnesota Timberwolves. " Je n'ai pas d'équipe favorite, je suis juste fan de Derrick Rose ", dit-il. " Son histoire me plaît. Il a joué pendant des années aux Chicago Bulls, où il est devenu le MVP le plus jeune de l'histoire (e n 2011, ndlr). Par la suite, il a connu une période difficile. Il s'est déchiré les ligaments croisés et a multiplié les blessures. La saison dernière, il est parti à Cleveland en tant que deuxième meneur mais il a de nouveau été blessé à plusieurs reprises et a fait une dépression. À Cleveland, c'est LeBron James qui fait la loi et je pense qu'il voulait que Rose parte. Depuis le début du mois, il est à Minnesota. Je n'ai jamais assisté à un match de NBA en vrai -il y en a eu à Londres mais je n'ai pas pu me libérer- mais ça fait partie des choses que j'ai envie de faire. Si j'ai le choix, j'opterai pour un match de Minnesota. À condition que Rose soit toujours là, bien entendu. "

Son cousin a joué au basket à un niveau amateur mais c'est par hasard que Gerkens s'est intéressé à ce sport. " À un certain moment, à la maison, on s'est abonné à Telenet, qui avait les droits de la NBA. Je me souviens d'un match entre les LA Lakers et les Chicago Bulls, à la Noël 2012. C'est l'un des premiers matches que j'ai suivi en direct à la télévision. C'était tellement spectaculaire que j'ai continué à regarder la NBA et que je me suis intéressé à Rose, qui était le meilleur joueur des Bulls à l'époque. Avant, il m'arrivait de veiller très tard pour voir un match. Maintenant plus car j'ai compris qu'il était important de bien dormir la nuit. "

Il assure pouvoir suivre un match de basket du championnat de Belgique également. " On ne peut bien entendu pas comparer avec la NBA mais le niveau n'est pas si mauvais. La différence entre notre championnat et la NBA est la même qu'entre la Jupiler Pro League et la Ligue des Champions. Moi, ça ne me dérange pas. Lorsque je jouais à Saint-Trond, j'allais souvent voir Limburg United. Maintenant, c'est trop loin, mais j'essaye de suivre les résultats. "

Si on survole la saison d'Anderlecht, on a l'impression que le club est passé de crise en crise. Il y a eu le limogeage de René Weiler, le court intermède de Nicolas Frutos, les péripéties liées au rachat, le mauvais mercato hivernal et la vente du capitaine, Sofiane Hanni. Dans ces circonstances, si Pieter Gerkens avait sombré avec ses équipiers, personne ne lui en aurait voulu. Mais à 23 ans, le Limbourgeois s'est maintenu à flot. Il ne s'est jamais préoccupé des soucis du club. " Au début, on se demande un peu ce qu'il se passe. Quand on joue dans un grand club, on sait qu'il y a beaucoup de pression de l'extérieur, tout le monde nous regarde, on écrit énormément de choses... Je peux comprendre que certains joueurs cherchent à se protéger afin de relativiser. Mais dans mon cas, ça n'a pas été nécessaire. " Aujourd'hui, plus personne ne pense que Gerkens a été transféré pour satisfaire au quota de joueurs belges nécessaires. Et lui est convaincu à 100 % qu'il a sa place à Anderlecht. " Hormis le match au Standard et celui contre Waasland-Beveren -j'avais été malade cette semaine-là- j'ai toujours fait mon match. Au Standard, j'ai été très mauvais. Quand l'entraîneur m'a fait sortir, après 70 minutes, j'étais soulagé. Parfois, on commence mal le match puis on entre dans la partie mais ce jour-là, rien ! Je sais qu'on affirme que je n'ai pas le niveau d'Anderlecht mais ça ne m'atteint pas. Chacun a le droit d'avoir son avis mais je pense avoir prouvé que j'avais ma place. Je me suis habitué au fait qu'on me regarde et qu'on me critique. Si ça me préoccupait, mon jeu en souffrirait. Lorsque j'ai commencé à jouer, je lisais ce qu'on écrivait à mon sujet. Maintenant plus. Ça ne m'apporte rien et ne m'apprend rien. " On peut vous rassurer : cette saison, vous avez été, avec Matz Sels, un des rares joueurs épargnés par la critique. Mais si la critique est constructive, c'est tout de même intéressant, non ? PIETER GERKENS : Ça existe, la critique constructive dans les journaux ? Écoutez : quand vous commettez une erreur en match, le coach et vos équipiers vous le disent. Cette critique a bien plus de valeur que ce qu'on écrit dans les journaux. Je suis toujours parvenu à me détacher des commentaires négatifs. Je dois faire mon auto-critique, analyser mes matches. Mais j'essaye d'accorder le moins d'importance possible au reste. Hein Vanhaezebrouck a dit beaucoup de bien de vous voici peu : il ne vous connaissait pas mais vous avez directement compris où il voulait en venir. GERKENS : Je ne suis pas le genre de joueur à dribbler un homme en un-contre-un, je manque de vitesse et de puissance pour ça. Par contre, j'ai une qualité : je comprends très vite les choses. Vous n'êtes plus le même joueur qu'à Saint-Trond ? GERKENS : Je suis plus complet. À l'entraînement, je ne me suis jamais dit que je ne suivais pas. Je suis arrivé alors que les internationaux étaient toujours en vacances et j'ai élevé progressivement mon niveau. J'ai aussi eu la chance que Vanhaezebrouck débarque pendant une mini-trêve consacrée à l'équipe nationale. Le groupe était petit et il était donc plus facile de se mettre en évidence. J'ai relativement vite compris qu'il croyait en moi et qu'il me donnerait une vraie chance. On dit que vous vous entendez bien avec Vanhaezebrouck. GERKENS : Disons que je me retrouve dans ses idées. Les joueurs et l'entraîneur doivent tenter de s'améliorer les uns les autres, rien de plus. C'est ce genre de relation que nous avons. Mais nous ne sommes pas les meilleurs amis du monde et nous n'allons pas manger ensemble. Mais Vanhaezebrouck, lui, vous aime bien. Lorsqu'il couche son équipe sur papier, votre nom est l'un des premiers. GERKENS : Et c'est dangereux. Quand le coach vous fait confiance, vous jouez mieux. Mais vous risquez de vous endormir. Ça vous est arrivé de vous dire que vous alliez un peu lever le pied ? GERKENS : Bien sûr... À un certain moment, je n'allais pas au maximum de mes capacités à l'entraînement. Je me donnais à fond mais au lieu de tacler, je retirais le pied, je jouais la sécurité afin de ne pas me blesser pour le week-end. C'est ce manque de rigueur dont l'entraîneur parlait. Il a même parlé de bordel dans le vestiaire. Que voulait-il dire par là ? GERKENS : On se laissait aller et on avait perdu confiance en nous. C'était surtout ça qui manquait à l'équipe. Le groupe aurait dû dire : -on va se battre, quoi qu'il arrive. Mais on cherchait des excuses : les blessures, les suspensions, les départs... Cette mentalité se retrouvait en match. On était souvent mené et on n'était pas suffisamment fort mentalement pour revenir. On avait toujours un temps de retard au duel ou sur les deuxièmes ballons. Impossible de jouer comme ça. De plus, il nous manquait de nombreux joueurs. Notre noyau n'est pas très grand et les absences se font rapidement sentir. Je n'irai pas jusqu'à dire qu'on a touché le fond, mais tout le monde savait qu'on devait faire mieux. Certains joueurs ont invoqué l'incertitude qui régnait en raison du rachat du club. Dans quelle mesure cela a-t-il influencé vos prestations ? GERKENS : Indirectement, ça a sans doute joué un rôle. On ne parlait pas de ça tous les jours. Je crois même qu'on n'en a parlé que quelques fois et je ne crois pas que certains joueurs se sont dit : -maintenant que le rachat est acté, on va recommencer à jouer au foot. Mais l'arrivée de Marc Coucke a rendu les choses plus claires. Sauf au moment du mercato hivernal. Vous attendiez du renfort ? GERKENS : Attendre, c'est un bien grand mot mais on espérait que quelque chose se produise. On a perdu de bons joueurs et on s'est dit automatiquement qu'on allait les remplacer mais on a bien senti que tout le monde n'était pas sur la même longueur d'ondes au sein du club. Et ça a fait douter l'équipe. On ne peut pas dire que notre mercato a été une réussite... Quand Anderlecht a-t-il été au plus mal, selon vous ? GERKENS : Quand on a perdu des points contre Malines, Ostende et Saint-Trond. Il n'y avait plus d'âme dans l'équipe. On pouvait jouer des heures sans rien produire. Avant la trêve, on a perdu contre Charleroi puis à Bruges mais là, au moins, j'avais l'impression qu'on jouait au football. À Bruges, vous avez perdu 5-0 et l'écart en phase classique a rarement été inférieur à dix points. Pourtant, après la trêve, vous avez déclaré qu'Anderlecht avait peut-être autant de talent que Bruges. GERKENS : Et je le redis ! À Bruges, on a bien joué pendant 20 minutes puis on a sombré en encaissant deux buts juste avant la mi-temps. Ça ne doit pas arriver et j'espère qu'on a retenu la leçon. J'ose même dire que ça ne nous arrivera plus cette saison. Sur le plan des individualités, nous ne sommes pas inférieurs à Bruges. À condition que tout le monde soit dans un bon jour, cependant. Je vais vous contredire : vous n'avez pas d'Anthony Limbombe, capable de dribbler deux hommes et de marquer quand on ne s'y attend pas. Ni de Hans Vanaken. Ni de Ruud Vormer. GERKENS : On a perdu de la qualité et, c'est vrai, on n'a pas de joueur comme Limbombe. Mais à part ça, on a tout ce que Bruges a. Ryota ( Morioka, ndlr) est capable de faire ce que fait Vanaken, j'en suis convaincu. Vous êtes obligé de prétendre que vous croyez encore au titre. Si vous dites le contraire, on va vous démolir. GERKENS : Bruges part clairement favori. Si tout se passe normalement, il sera champion. Mais l'écart n'est que de six points et ça me paraît faisable. Si on bat deux fois Bruges, on reviendra à sa hauteur. Et il y aura un moment où Bruges va paniquer. Là, on ne sait pas ce qui peut se passer. Les play-offs 1 sont très forts cette saison. Selon moi, tout le monde peut battre tout le monde. Et il est vrai que Bruges a montré des signes de faiblesse. GERKENS : Au cours des dernières semaines, on a vu que nul n'était invincible. Bruges a connu une très bonne période. À ce moment-là, c'était de loin la meilleure équipe de Belgique parce que, collectivement, elle était au-dessus du lot. Mais on a manqué quelques occasions de reprendre quelques points parce qu'on n'a pas été suffisamment bon. Et maintenant, on est meilleur, alors que pas grand-chose n'a changé. Comment avez-vous vécu le départ de René Weiler ? Car si vous êtes à Anderlecht, c'est un peu grâce à lui. GERKENS : Je vous avoue que j'ai eu un peu peur car quand un nouvel entraîneur arrive, on ne sait jamais si on va s'entendre. Et c'est vrai que c'est René Weiler qui m'a fait venir à Anderlecht. On avait discuté pendant plus de deux heures à Bruxelles et il m'avait convaincu alors qu'avant ça, je pouvais aller ailleurs. Bien sûr, j'avais l'avantage d'être belge mais ce n'était pas la raison principale de mon engagement. Anderlecht s'est dit que je jouais bien au football et qu'en plus, j'étais belge. Vous n'avez pas eu l'impression que Weiler vous disait tout ce que vous vouliez entendre ? GERKENS : Non, pas vraiment. Il m'a dit : -Si tu ne supportes pas de ne pas jouer chaque semaine, ne viens pas car tu ne joueras pas tous les matches. Il ne m'a jamais promis que ce serait facile pour moi, ni que je serais titulaire. Finalement, vous avez beaucoup moins joué avec Weiler qu'avec Vanhaezebrouck. Comment est-ce possible ? GERKENS : Actuellement, j'ai le même rôle qu'à Saint-Trond la saison dernière. Je peux m'infiltrer quand je le juge nécessaire alors qu'avec Weiler, j'étais plus défensif, je devais assurer l'équilibre. Cette place, plus bas sur le terrain, me convenait moins car il y avait davantage de travail défensif et je devais soigner la relance. Weiler vous voyait-il, à tort, comme un pur 8 ? GERKENS : Je devais jouer bas pour distribuer le jeu mais, en même temps, Weiler voulait que je surgisse dans le rectangle. Je ne savais pas toujours où me placer. J'étais trop haut et je n'arrivais pas à me démarquer. J'essayais trop de m'infiltrer au lieu de construire. Je n'étais pas encore prêt pour jouer à cette place et apporter ce qu'on attendait de moi. De plus, j'avais de la concurrence : Trebel, Kums, Dendoncker... Il n'était donc pas anormal que je joue peu. Votre père a dit un jour que vous étiez trop tendre pour le monde du football. De quelle période parlait-il ? GERKENS : C'était un constat général et je dois dire qu'il a raison : j'étais trop gentil, surtout au début de ma carrière professionnelle. J'aurais pu progresser plus vite mais comme j'étais trop doux, je n'y suis pas arrivé. Sans quoi j'aurais percé plus rapidement. Si c'était à refaire, que changeriez-vous ? Un jeune joueur doit tout de même écouter son entraîneur et se taire. GERKENS :C'est vrai mais en équipe première, il faut pouvoir se défendre. Les équipiers ne sont pas des amis mais des rivaux. En équipes d'âge, c'était différent. À Genk, en tout cas. Chacun avait du temps de jeu, qu'il s'appelle Pierre, Paul ou Jacques. Puis on arrivait en équipe première et il fallait se battre pour sa place, forcer le respect des autres. Il aurait donc fallu se profiler différemment dans le groupe. Se faire davantage respecter au sein du groupe ou vis-à-vis de l'entraîneur ? GERKENS :C'était surtout une question de communication non-verbale. Parfois, je me disais : -C'est râlant de ne pas jouer, je dois faire mieux la prochaine fois. Mais ce que j'aurais dû faire, c'était changer d'attitude, montrer que j'étais prêt à tout pour jouer. Je me souviens encore de ce qui se passait en équipes d'âge. J'évoluais dans l'entrejeu et quand tous les autres médians montaient, je restais pour fermer la porte. C'était bon pour l'équipe mais je ne pouvais pas montrer de quoi j'étais capable. Aujourd'hui, je ne ferais plus ça, je me mettrais en évidence également. De ce point de vue, vous avez sans doute beaucoup appris à Genk avec des gars comme Kara Mbodj et Thomas Buffel. GERKENS : Oui, sans oublier Jelle Vossen et Pelé Mboyo. Ce n'était pas un vestiaire facile et il y a eu des problèmes. Je n'étais pas du tout prêt à me faire une place dans le groupe et à devenir titulaire mais la progression que je viens de connaître maintenant, j'aurais dû la connaître à ce moment-là. Je manquais de confiance en moi et j'ai stagné, c'est dommage. Ce n'est qu'à Saint-Trond que Jos Beckx, l'entraîneur des gardiens, a attiré mon attention sur le fait que je manquais de personnalité. Un ancien équipier dit pourtant que vous êtes agressif dans le vestiaire. GERKENS : Qui dit ça ? Stef ? ( il feint la surprise) On allait à l'entraînement ensemble depuis le carpool de Diepenbeek et dans la voiture, on n'arrêtait pas de se charrier. Mais croyez-moi : c'était surtout Stef (Peeters, ndlr) qui s'énervait. Il est plus agressif que moi. Un jour, un automobiliste lui a coupé la route et on a failli l'emboutir. Stef a commencé à klaxonner. Le conducteur de l'autre voiture s'est arrêté sur la bande d'arrêt d'urgence et Stef a commencé à hurler. J'ai eu peur que ça s'envenime mais finalement, ils se sont calmés. Pour moi, c'était une situation extrême. Je suis plutôt du genre à râler en restant dans la voiture. Quand j'ai vu Stef s'énerver, je me suis dit que ce n'était pas la première fois que ça lui arrivait.