Kiev, 24 juin, avant Angleterre-Italie. On demande à Philippe Albert s'il commente la demi-finale à Donetsk avec Vincent Langendries. Réponse tranchée, discours ardennais : " T'es fou ? Je suis allé une fois là-bas, je n'irai plus jamais de ma vie. "

Donetsk, 27 juin, avant Portugal-Espagne. Marc Wilmots et Rodrigo Beenkens sont affalés dans le canapé d'un hôtel qui fait face à la Donbass Arena. Livides. Ils dorment debout. Ils ont passé une nuit presque blanche : " C'était comme si des camions passaient dans le couloir. " Ils ont pris plus de 15 fois l'avion durant le tournoi et ont des images pour la vie.

Donetsk, ça marque un homme. On en est témoin. L'aéroport Sergeï Prokofiev (compositeur russe né dans la région) est flambant neuf mais impossible d'y commander ne fût-ce qu'un sandwich et l'Internet est très capricieux. On finit par perdre un peu ses moyens face à une hôtesse : " Evidemment, pas d'Internet ici. De toute façon, il n'y a rien qui fonctionne en Ukraine. " Elle prend la mouche : les Ukrainiens sont des gens fiers... Ils feraient mieux d'être ponctuels : tous nos vols intérieurs ont été déplacés ou retardés au dernier moment. Pour résumer en quelques mots : il y avait peut-être beaucoup de bonne volonté, mais l'Ukraine n'était tout simplement pas prête. Dans de nombreux cas, on a paré au plus pressé et il manquait la dernière couche de vernis.

Les gens de ce pays ont été confrontés à des plaintes pendant plus de trois semaines mais on a maintenant l'impression qu'ils prennent une douce revanche. La cible du peuple et des médias ukrainiens : ce qui n'a pas bien marché en Pologne. Depuis 2007 et l'attribution de l'EURO aux deux pays, ils ont marché main dans la main. C'est fini, on passe à autre chose et on évoque déjà le match entre les deux équipes nationales en mars 2013, en qualifications pour la Coupe du Monde.

" Fuck off Sol Campbell "

Le Kyiv Weekly met une attaque frontale et décrit une scène observée dans la fan zone de Kiev. Des supporters anglais portaient un cercueil recouvert de leur drapeau et chantaient : " Fuck off Sol Campbell, on fait ce qu'on veut ". Ceux-là avaient décidé de braver la demande de l'ex-international, qui conseillait de ne pas se rendre en Ukraine à cause du comportement raciste des fans de foot.

Lu dans l'hebdo de la capitale : " Tout le monde en avait plein la bouche en parlant de la Pologne, un pays évolué, membre de l'Union et tout ça. Chez nous, ça allait être la galère, des batailles rangées entre supporters. Mais où est-ce qu'il y a eu plusieurs gros incidents ? Chez eux. Un tribunal d'urgence de Varsovie a condamné 23 supporters polonais et russes impliqués dans des bagarres et d'autres procès vont suivre dans les prochains jours. A cause de Campbell, il y avait des milliers de sièges vides lors de France-Angleterre : c'est honteux. "

Autre constat épinglé dans la presse locale : " L'Ukraine a su éviter tous les pièges qu'on lui promettait. Ici, ça a été la fête pendant trois semaines. La bière est fraîche et elle n'est pas chère... A tête reposée, comment doit-on comparer le bilan des deux pays ? Nous avions les plus beaux stades et les plus gros matches se sont joués ici. Une ouverture Pologne-Grèce, ça pèse quoi par rapport à une finale Espagne-Italie ? Chez nous, pas de pluie à part le terrible orage pendant Ukraine-France. Ciel bleu et grand soleil tout le temps, et des milliers de jolies filles superbement habillées court. Les petites températures et le crachin en Pologne rappellent la météo typique de l'Angleterre ! "

Tout cela est vrai. Reste à tempérer la conclusion du Kyiv Weekly : " Espérons maintenant que les visiteurs qui ont profité de l'EURO pour découvrir l'Ukraine reviendront passer des vacances en famille. " Dans tes rêves !

PAR PIERRE DANVOYE ENVOYÉ SPÉCIAL EN UKRAINE

Kiev, 24 juin, avant Angleterre-Italie. On demande à Philippe Albert s'il commente la demi-finale à Donetsk avec Vincent Langendries. Réponse tranchée, discours ardennais : " T'es fou ? Je suis allé une fois là-bas, je n'irai plus jamais de ma vie. " Donetsk, 27 juin, avant Portugal-Espagne. Marc Wilmots et Rodrigo Beenkens sont affalés dans le canapé d'un hôtel qui fait face à la Donbass Arena. Livides. Ils dorment debout. Ils ont passé une nuit presque blanche : " C'était comme si des camions passaient dans le couloir. " Ils ont pris plus de 15 fois l'avion durant le tournoi et ont des images pour la vie. Donetsk, ça marque un homme. On en est témoin. L'aéroport Sergeï Prokofiev (compositeur russe né dans la région) est flambant neuf mais impossible d'y commander ne fût-ce qu'un sandwich et l'Internet est très capricieux. On finit par perdre un peu ses moyens face à une hôtesse : " Evidemment, pas d'Internet ici. De toute façon, il n'y a rien qui fonctionne en Ukraine. " Elle prend la mouche : les Ukrainiens sont des gens fiers... Ils feraient mieux d'être ponctuels : tous nos vols intérieurs ont été déplacés ou retardés au dernier moment. Pour résumer en quelques mots : il y avait peut-être beaucoup de bonne volonté, mais l'Ukraine n'était tout simplement pas prête. Dans de nombreux cas, on a paré au plus pressé et il manquait la dernière couche de vernis. Les gens de ce pays ont été confrontés à des plaintes pendant plus de trois semaines mais on a maintenant l'impression qu'ils prennent une douce revanche. La cible du peuple et des médias ukrainiens : ce qui n'a pas bien marché en Pologne. Depuis 2007 et l'attribution de l'EURO aux deux pays, ils ont marché main dans la main. C'est fini, on passe à autre chose et on évoque déjà le match entre les deux équipes nationales en mars 2013, en qualifications pour la Coupe du Monde. Le Kyiv Weekly met une attaque frontale et décrit une scène observée dans la fan zone de Kiev. Des supporters anglais portaient un cercueil recouvert de leur drapeau et chantaient : " Fuck off Sol Campbell, on fait ce qu'on veut ". Ceux-là avaient décidé de braver la demande de l'ex-international, qui conseillait de ne pas se rendre en Ukraine à cause du comportement raciste des fans de foot. Lu dans l'hebdo de la capitale : " Tout le monde en avait plein la bouche en parlant de la Pologne, un pays évolué, membre de l'Union et tout ça. Chez nous, ça allait être la galère, des batailles rangées entre supporters. Mais où est-ce qu'il y a eu plusieurs gros incidents ? Chez eux. Un tribunal d'urgence de Varsovie a condamné 23 supporters polonais et russes impliqués dans des bagarres et d'autres procès vont suivre dans les prochains jours. A cause de Campbell, il y avait des milliers de sièges vides lors de France-Angleterre : c'est honteux. "Autre constat épinglé dans la presse locale : " L'Ukraine a su éviter tous les pièges qu'on lui promettait. Ici, ça a été la fête pendant trois semaines. La bière est fraîche et elle n'est pas chère... A tête reposée, comment doit-on comparer le bilan des deux pays ? Nous avions les plus beaux stades et les plus gros matches se sont joués ici. Une ouverture Pologne-Grèce, ça pèse quoi par rapport à une finale Espagne-Italie ? Chez nous, pas de pluie à part le terrible orage pendant Ukraine-France. Ciel bleu et grand soleil tout le temps, et des milliers de jolies filles superbement habillées court. Les petites températures et le crachin en Pologne rappellent la météo typique de l'Angleterre ! "Tout cela est vrai. Reste à tempérer la conclusion du Kyiv Weekly : " Espérons maintenant que les visiteurs qui ont profité de l'EURO pour découvrir l'Ukraine reviendront passer des vacances en famille. " Dans tes rêves ! PAR PIERRE DANVOYE ENVOYÉ SPÉCIAL EN UKRAINE