Ses partenaires le surnomment Cristiano, en hommage à Ronaldo. " Parfois, quand je la joue solo, il paraît que mon style fait penser au Portugais ", sourit un Sacha Iakovenko qui nous laisse le choix de la langue : ukrainien, russe, anglais et néerlandais (sa copine, Karen, est limbourgeoise). Et le français ? " Je comprends de mieux en mieux mais j'éprouve encore des difficultés pour m'exprimer ", dit-il.
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Ses partenaires le surnomment Cristiano, en hommage à Ronaldo. " Parfois, quand je la joue solo, il paraît que mon style fait penser au Portugais ", sourit un Sacha Iakovenko qui nous laisse le choix de la langue : ukrainien, russe, anglais et néerlandais (sa copine, Karen, est limbourgeoise). Et le français ? " Je comprends de mieux en mieux mais j'éprouve encore des difficultés pour m'exprimer ", dit-il. Sacha Iakovenko : Il y a quinze mois, j'étais réserviste à Genk. Je n'avais pas grand-chose à perdre. Soit je me mettais en valeur et le Sporting levait l'option, soit je retournais au Limbourg. C'est le premier cas de figure qui s'est présenté : j'ai signé un contrat jusqu'en 2012. En championnat. Mais j'ai également joué en coupe et en Europe. C'est là, probablement, que j'ai marqué quelques points précieux. Je songe notamment à ma prestation au Bayern Munich où j'ai offert la victoire à l'équipe suite à une belle frappe. Ce soir-là, je me suis dit que j'avais le niveau. Et d'autres se seront fait la même réflexion. Non, j'ai toujours su que j'avais les qualités nécessaires. Mais tout le monde n'était pas de cet avis. Je pense avoir prouvé face à une des meilleures équipes d'Europe que ses propos n'étaient pas fondés. Pour le reste, je ne tiens pas à parler de lui. Si Ronny Vangeneugden avait été coach à Genk à ce moment, ma trajectoire aurait été tout autre là-bas. Car lui me comprenait et a fait du bon boulot avec moi. Oui, c'est exact. Je présume que cet épisode aura joué sur ma venue au Parc Astrid. A l'époque, il s'était montré favorable à mon engagement. Mais un accord n'avait pu être trouvé sur le plan financier. Par la suite, j'ai fait un essai au Lierse qui, lui, a fait l'effort nécessaire pour m'engager. J'évoluais en classes d'âge au Metalist Kharkiv, club qui a régulièrement fait la navette entre la D1 et la D2. Ses installations étaient vétustes, comme partout ailleurs au pays, sauf chez les ténors. J'avoue avoir été ébloui à plus d'une reprise par ce que je voyais à l'étranger. J'ai toujours fait partie des sélections nationales depuis mes 13 ans et j'ai été amené à voyager souvent. Tout ce que je découvrais n'était nullement comparable à mon quotidien. Et je me suis dit que si l'opportunité se présentait, j'opterais pour l'étranger. J'ai participé à un tournoi international réservé aux moins 17 en Allemagne. Nous l'avions emporté face au Danemark et face au pays organisateur, entre autres. Il y avait de nombreux scouts et l'un d'entre eux m'a convié à un stage à Schalke 04. J'aurais signé là-bas s'il y avait une compétition réservée aux doublures. Mais ce n'était pas le cas. En cas d'accord, je me serais retrouvé à Gelsenkirchen en juniors. Or, j'avais toujours joué avec des garçons ayant un voire deux ans de plus. Je n'avais pas envie de faire marche arrière et c'est ce qui a joué dans ma décision de choisir la Belgique : au Lierse, j'allais être inclus dans le noyau A. En une saison et demie, j'ai disputé 25 matches chez les Jaune et Noir. A Kiev, plusieurs clubs sont des satellites du Dynamo. C'est le cas, notamment, du Lokomotiv et d'Arsenal, où joue mon frère Yuri, chez les moins 16. Une passerelle mène au Dynamo qui possède quatre équipes qui évoluent en D1, D2, D3 et en Réserves. Avant d'aboutir au plus haut niveau, il s'agit d'être patient. Seuls deux éléments de ma génération y sont arrivés : le médian Sacha Aliyev et l'attaquant Artem Milevskiy. Oui mais j'aurais eu des difficultés à me faire un prénom. Le Dynamo Kiev, c'est un nom et, sans cesse, on y réfère à l'équipe de 1986 qui remporta par 3-0 la finale de la Coupe des Coupes, face à l'Atletico Madrid sous la direction de Valeri Lobanovsky. Mon père en faisait partie, au même titre qu'Igor Belanov et Oleg Blokhine. En poursuivant au Dynamo, les comparaisons n'auraient pas manqué. Et je ne suis pas un clone de mon père. Celui-ci était un milieu de terrain au souffle inépuisable. Moi, je suis un attaquant explosif. Une qualité que je dois, sans doute, à ma mère Irina qui fut championne d'athlétisme sur 100 mètres haies. Sévère. Si Yuri et moi avons fait notre chemin, c'est à lui qu'on le doit. Pour lui, dès l'instant où l'on fait quelque chose, il faut s'y adonner à fond. A part l'école et le football, je n'avais pas d'autre occupation jusqu'à l'âge de 17 ans. Pas de vie sociale, pas de sorties, rien. A l'époque, je pestais. Mais à présent, je le remercie pour tout ce qu'il a fait. Il s'est toujours démené alors que son emploi du temps était chargé puisqu'il était à la tête des jeunes à l'académie des sports à Kiev et en sélection nationale des moins 15. Avec lui, j'ai pas mal voyagé aussi parce qu'il a dirigé à un moment donné le club russe d'Ouralan. Sans compter qu'il avait passé un an, à la fin de sa carrière active, à Sochaux. C'est là que j'ai appris mes premiers mots de français. Pas grand-chose. Je n'étais pas encore né à l'époque où il a remporté la Coupe des Coupes. Et je n'ai donc pas vécu non plus la défaite historique, par 4-3, de l'URSS face à la Belgique en Coupe du Monde la même année. Mon père n'en a pour ainsi dire jamais parlé. Mais depuis que je suis en Belgique, les gens se sont rattrapés. Il n'y a pas une semaine qui passe sans que l'un ou l'autre y fasse allusion. J'ai eu l'occasion de visionner ces images, et d'autres encore remontant à l'âge d'or du football dans l'ex-URSS. Je dois dire que c'est impressionnant. Mon père a de quoi être fier d'avoir appartenu à une génération pareille. Mais il est d'un naturel extrêmement modeste et ne s'épanche pas. Quand il parle, c'est toujours de Valeri Lobanovsky. Il le considérait comme son père. Je me rappelle qu'aux entraînements il passait parfois sa main dans mes cheveux quand j'allais ramasser une balle perdue. Mais pour le reste, rien. Personnellement je n'ai jamais juré que par Alessandro Del Piero ou encore Zinédine Zidane. Davantage que le Dynamo Kiev, j'ai toujours eu un faible pour la Juventus Turin.. C'était une bonne école. Si je suis capable d'évoluer sur tout le front de l'attaque, j'en suis redevable à ma formation là-bas. Car on m'y a fait jouer à toutes les places offensives. Je suis droitier mais j'aime être aligné à gauche. A cette place, j'ai l'opportunité de rentrer dans le jeu et de tirer du bon pied, comme je l'ai fait contre Zulte Waregem par exemple. L'entraîneur m'avait demandé de tenter résolument ma chance et je ne m'étais pas fait prier. Je venais à peine de découvrir mon nouvel entourage à ce moment, et je manquais de points de repère. Ariel Jacobs m'avait demandé d'aérer le jeu, tout en veillant aussi à plonger régulièrement dans les 16 mètres en cas de centre venu de l'autre flanc. Mais je piquais déjà au centre alors que le ballon était encore loin de la surface de réparation. J'ai corrigé ce défaut, même si je ne choisis pas toujours les bons moments pour m'engager, j'en suis conscient. Exact. Je dois apprendre à garder mon sang froid. C'est plus une question de concentration que de nervosité d'après moi. Oui, bien sûr. Mais la concurrence est rude avec Jonathan Legear, Thomas Chatelle, Stany Vlcek et Matias Suarez, qui peuvent se tirer d'affaire aussi bien à droite qu'à gauche. J'aurais pu, effectivement, accompagner Bart Goor au Kiel et j'aurais obtenu plus de temps de jeu. Mais aurais-je été certain d'une place de titulaire au retour ? Pas sûr. Voyez Silvio Proto : il est indiscutable chez les Anversois mais récupérera-t-il son poste au RSCA l'été prochain ? Moi, j'estime avoir progressé au contact de mes partenaires ces derniers mois. Je ne voulais pas courir le risque de repartir de zéro ailleurs. Et je tiens à fêter le titre avec mes coéquipiers anderlechtois. Je sens une énorme envie. La même qui était palpable l'année passée, en prévision de la finale de la coupe. On ne tient pas à lâcher le morceau, même si le Standard sera un rival jusqu'à la fin. Une coupe en 2008, le titre en 2009, c'est ce que je veux. Mon pays et la Pologne organisent l'Euro 2012. Ce serait bien de faire partie du noyau ukrainien alors... par bruno govers - photo: reporters/ hamers