COACH Nabil Maâloul (TUN)

Quelles sont les ambitions de la Tunisie ?
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Quelles sont les ambitions de la Tunisie ? NABIL MAÂLOUL : Nous allons essayer de développer notre jeu et d'imposer notre loi mais l'Angleterre et surtout la Belgique sont des adversaires de poids. Je me fais quand même fort de réussir quelque chose dans ces matches. Pourquoi la Tunisie n'aurait-elle aucune chance d'atteindre le deuxième tour ? Je place la Belgique un cran au-dessus de l'Angleterre. Les Diables Rouges faisaient déjà partie des favoris du dernier EURO et il n'en va pas autrement en Russie. Roberto Martinez est un bon entraîneur, qui a travaillé les carences du jeu et la Belgique possède en plus deux formidables gardiens de but. La Tunisie a été battue 2-0 par l'Angleterre au Mondial 1998. C'est votre premier adversaire en Russie. Vous vous souvenez de ce match ? MAÂLOUL : Pas d'emblée. En vingt ans, le football a énormément évolué, surtout en Angleterre. La Premier League a été métamorphosée par l'arrivée de grands entraîneurs étrangers - Pep Guardiola, José Mourinho, Arsène Wenger... Ça a un impact sur le football de l'équipe nationale aussi. Quelle est l'importance de la discipline pour la Tunisie ? MAÂLOUL : Comme pour toutes les équipes. Notre sélection regroupe des joueurs issus de tous horizons : France, Angleterre, Qatar... Ils doivent suivre nos règles. Nous avons de bons techniciens mais il faut absolument créer une bonne atmosphère et unir le groupe. Quelle est votre vision du football ? MAÂLOUL : Nous voulons dominer notre adversaire, quel qu'il soit. En qualifications, nous avons parfois procédé en 4-3-3, d'autres fois en 4-2-3-1. Je m'appuie surtout sur le 4-3-3 avec par exemple le Dijonais Naim Sliti sur les flancs, mais il faut être souple pendant une Coupe du Monde. Nous affrontons l'Angleterre, la Belgique et le Panama. Notre occupation de terrain peut varier de match en match. Mais vous allez vous appuyer sur vos propres atouts ? MAÂLOUL : Oui car la sélection en est capable. Nous avons de solides défenseurs et des attaquants rapides. Nous voulons jouer, même contre la Belgique et l'Angleterre, qui nous sont supérieures. L'avant Youssef Msakni s'est déchiré les ligaments croisés début avril. Quelle était son importance ? MAÂLOUL : Énorme. L'Angleterre a Harry Kane, la Belgique a Eden Hazard et nous avons Msakni, un fin dribbleur qui a le sens du but. C'est triste qu'il ne soit pas disponible. Dans quelle mesure Saïf-Eddine Khaoui (Troyes), Ellyes Skhiri (Montpellier) et Mouez Hassen (Chateauroux) peuvent-ils renforcer le groupe ? MAÂLOUL : Ils jouent en France et sont donc habitués à un rythme plus élevé que ceux qui évoluent en Tunisie. Cette vitesse d'exécution nous fait peut-être encore défaut mais dans le passé, la Tunisie a toujours été bonne contres les équipes européennes. ex-international tunisien (23 sélections, 1 but) " Je suis content pour le sélectionneur Nabil Maâloul, que je connais bien. Ça fait depuis 2006 que la Tunisie attendait de participer à nouveau à une Coupe du Monde. C'est sûr, les Tunisiens n'ont jamais eu les meilleures individualités, si on les compare au Maroc ou à l'Algérie, mais dans les différentes compétitions internationales, ces équipes éprouvent beaucoup de mal à nous battre parce qu'on comble notre manque de talent individuel par un gros collectif, de la discipline, un bloc compact et un vrai sens du sacrifice. Le retour contre la RDC, en septembre (2-2), après avoir été mené 2-0, a été décisif et montre la force de caractère de ce groupe. Même contre les grosses nations, la Tunisie ne se mange jamais de trempe. Mais on ne va pas se mentir, la Belgique et l'Angleterre restent grandissimes favorites. Il y a bien une chose qui ne s'achète pas en football, c'est l'expérience. On en manque. On a aussi besoin de plus de consistance au milieu de terrain, de davantage d'impact. Offensivement, avec les Naïm Sliti et Wahbi Kahzri, c'est intéressant, mais ça manque d'un nettoyeur derrière eux. Et malheureusement, la blessure de Youssef Msakni constitue un gros coup dur. C'est un ailier qui est très peu connu en Europe, mais qui a un talent extraordinaire. C'était le meilleur joueur de la sélection. " Ils sont quatre. Fantastiques, ou pas. Mouez Hassen, Yohan Benalouane, Saîf-Eddine Khaoui et Ellyes Skhiri. En février dernier, ces binationaux, franco-tunisiens, acceptent tous de porter le maillot des Aigles de Carthage. Un timing parfait, un poil opportuniste, pour s'envoler direction la Russie. Skhiri, brièvement sélectionné avec les olympiques en mars 2015, dit avoir voulu " prendre [son] temps ". " Jusque-là, j'ai favorisé mon club où j'avais besoin de m'aguerrir et faire ma place. " Chose faite. Celui qui pèse 70 kilos pour un bon mètre 85 doit encore s'épaissir mais vient de fêter ses 23 printemps, avec un statut de vice-capitaine de Montpellier. Lancé véritablement en 2016 par Frédéric Hantz, il se révèle la même année, grâce à une douceur de plat de pied glissé dans le filet du PSG, en décembre. Le MHSC s'impose 3-0. Ellyes, formé meneur de jeu, devient ensuite une référence au poste de sentinelle en Ligue 1. Et, justement, la Tunisie a bien besoin d'un taulier devant la défense. À l'instar d' Hamdi Harbaoui, Aymen Abdennour ne sera pas du voyage en Russie. Le défenseur, pourtant sélectionné à plus de 56 reprises, n'a pas convaincu Maâloul de le prendre, au moins, dans sa pré-sélection. Il faut dire que son récent prêt à Marseille a été un four complet.Au cours des qualifications, la Tunisie est l'équipe africaine qui s'est montré la plus décisive en seconde période, où elle a scoré 13 fois et où elle facture une différence de buts de +11. Diesel.Après la blessure de Youssef Msakni, la fédération tunisienne a essayé de convaincre Rani Khedira (Augsbourg) d'opter pour la Tunisie. Mais le frère de Sami a refusé : il ne s'exprime qu'en allemand et n'aurait pas pu communiquer avec ses coéquipiers. En novembre 2016, la Tunisie bat la Lybie, grâce à un but sur penalty. Petit bémol : l'arbitre de la rencontre, le Kenyan Davies Omweno, serait marié à une Tunisienne. Ce qu'il nie. Sauf que, dans la foulée, l'homme en noir et ses assistants prennent trois mois de suspension, mais le match ne sera pas rejoué, contrairement à la demande de la fédération libyenne. Davies partout, justice nulle part.