Le nul décevant contre Zurich n'est pas vieux de 24 heures quand Pape Abdou Camara (19 ans) s'installe à l'Académie pour brosser son autoportrait, décrire sa trajectoire, aborder son éclosion de fin de saison dernière et détailler ses ambitions. Il se laisse tomber sur sa chaise et lance, à propos du rendez-vous européen de la veille : " Mon plus mauvais match avec le Standard ". Mais le sourire est bien là. D'ailleurs, s'il existait des Sénégalais qui font la gueule, ça se saurait !
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Le nul décevant contre Zurich n'est pas vieux de 24 heures quand Pape Abdou Camara (19 ans) s'installe à l'Académie pour brosser son autoportrait, décrire sa trajectoire, aborder son éclosion de fin de saison dernière et détailler ses ambitions. Il se laisse tomber sur sa chaise et lance, à propos du rendez-vous européen de la veille : " Mon plus mauvais match avec le Standard ". Mais le sourire est bien là. D'ailleurs, s'il existait des Sénégalais qui font la gueule, ça se saurait ! Pape Camara : Euh... (Il rigole). En dehors du terrain, oui. Dès que je suis habillé en footballeur, pas du tout. Je pense que ça se voit dans mon jeu, non ? Jouer à la grande gueule ? Pas pour moi, non merci. Tu veux que je décrive mon caractère ? Respectueux, calme, tranquille. Je ne planerai jamais. Mais j'ai beaucoup de confiance en moi. Parfois, je traverse une période de doutes, mais ça ne dure jamais bien longtemps. Depuis que je suis tout petit, je suis sûr d'un truc : je m'imposerai en Europe. C'est vrai, mais je considère qu'il me reste plein de choses à apprendre, plein de trucs à améliorer. Dans ma tête, je suis encore à l'école parce que je n'ai toujours pas passé un cap historique dans la vie d'un homme : le vingtième anniversaire. Je vais seulement arriver à l'âge où un homme grandit et mûrit vraiment. Avant ça, je jouais comme tous les gamins du Sénégal. Pieds nus dans la rue ou sur le sable. Ce n'est pas une légende. A dix ans, mon frère m'a dit : -Tu as trop de talent pour continuer comme ça. Si tu ne t'inscris pas dans un club, tu vas pourrir. Ce frère, c'est Pape Demba Oumar, il est gardien et vient de signer à Sochaux. Je suis allé passer un test à l'Etoile Lusitana, un vrai centre de formation à Dakar, et je l'ai réussi. Oui, c'est De Matos, un ancien du Standard, qui est le patron sportif de cette académie. Et José Mourinho en est le parrain. Il est même venu nous voir un jour à l'entraînement. Formidable, même si je n'ai pas osé m'approcher de lui ! J'ai joué quelques années avec les jeunes puis je me suis retrouvé avec les " vrais ", les joueurs du centre de formation. De Matos m'a alors dit que si je continuais à progresser comme je le faisais, je recevrais vite un contrat pro. Je l'ai eu, je suis devenu titulaire en D2. Puis, j'ai passé un test au Sporting Lisbonne. Je l'ai réussi. Malheureusement, Lisbonne n'a pas pu se mettre d'accord sur les conditions de transferts avec Lusitana et j'ai dû rentrer au Sénégal. Je me suis dit : -Tant pis, ça ne marche pas aujourd'hui avec Lisbonne mais ça se passera peut-être mieux demain avec Porto ou un autre club. Je venais de passer mon premier test en Europe, dans un grand club en plus, et il avait été concluant. Donc, j'avais confiance, j'étais certain que ma grande aventure allait vite commencer. J'avais fait tous les sacrifices pour y arriver, ça devait suivre. Pour le foot, j'avais arrêté de mener une vie qui ne ressemblait à rien. Arrêté de foutre le bordel dans le quartier avec mes potes. De faire pas mal de petites conneries. De vivre la nuit, de faire très souvent la fête jusqu'à 2 ou 3 heures du matin. Dans ces potes, il y en a qui n'ont pas très bien tourné. Ils ont pris la mauvaise route, ils ont pas mal castagné et ont parfois fait quelques séjours en taule. Forcément, pour nous, l'école n'était pas une priorité. Et ça énervait beaucoup mon père, qui était directeur d'école et ne voulait pas entendre parler d'une carrière de footballeur. Jusqu'au jour où j'ai su le convaincre que je voulais vraiment devenir joueur de foot. Il a finalement accepté et m'a dit : -OK mais tu stoppes tes conneries et tu vis alors comme un footballeur. Deux semaines après le transfert raté à Lisbonne, nous avons fait une tournée en Europe, nous avons joué contre Benfica, Sochaux et le Standard. Dominique D'Onofrio m'a repéré. Tout le monde, dans notre équipe, aurait voulu être repéré ! Tout le monde avait envie de rester ici ! Nous sommes retournés au Sénégal, et quelques jours plus tard, j'ai reçu une invitation officielle pour revenir passer un test. Le Standard a pris deux joueurs. L'autre n'est pas resté longtemps, moi je me suis accroché et je suis toujours là. Le bon Dieu a fait ses choix... Le plus difficile a été de me détacher de ma mère. J'étais très proche d'elle. Trop proche ! C'est elle qui nous a élevés parce que mon père partait du lundi matin au vendredi soir pour son boulot. C'était un directeur d'école... interne. Quand je lui ai dit que je pouvais signer en Belgique, il m'a dit : -Maintenant, tu dois être majeur, un grand garçon. Dur ? Pourquoi ? Au Standard, je n'étais pas encore dans le noyau pro, je m'entraînais avec les -21. Laszlo Bölöni m'avait fait jouer une fois en championnat, j'avais aussi fait des apparitions en Europa League contre Hambourg et le Panathinaikos, mais je n'étais pas un vrai pion du noyau A. Et quand je me rapprochais de l'équipe Première, c'était souvent pour être 19e homme au bout du compte. Alors, quand on me propose d'aller à Saint-Trond pour y jouer chaque semaine en D1, je ne peux pas être déçu. J'ai fait ma valise en me jurant : -Un jour, je reviendrai au Standard et je jouerai. On m'a aussi bien fait comprendre qu'on allait me surveiller de près. Inch Allah. Il y a un truc que je ne pourrai jamais oublier. J'ai débarqué là-bas comme pur médian défensif, la place que j'ai toujours occupée, et le coach m'a bombardé attaquant du jour au lendemain. Je n'y comprenais rien. Il m'a aussi fait jouer sur l'aile gauche. Guido Brepoels a essayé de m'expliquer, il m'a dit que c'était par rapport à mon physique et tout ça. Je ne me suis plus posé de questions, j'étais trop content d'être chaque semaine sur le terrain. Et jouer comme attaquant m'a même permis de marquer deux buts... Bien sûr. Je pense que ça se voit depuis que je suis rentré au Standard, non ? Je sais aller au duel, arracher des ballons, dribbler, jouer au foot, faire remonter toute l'équipe. Donc, c'est vraiment la place qui me convient. Mon idole, c'était Steven Defour... euh... Steven Gerrard. Parce qu'il joue à la même place que moi. Dès que je regarde un match à la télé, je me focalise sur le boulot des milieux défensifs. Je me dis : -Puisqu'on a apparemment besoin de moi là-bas, je vais tout donner et montrer que je peux être titulaire. Pendant le stage hivernal au Portugal, je me suis défoncé comme jamais. C'est là que j'ai construit mon éclosion. Defour, c'est Defour. Moi, c'est moi. Ce n'est pas à moi de juger. On voudrait par exemple que je dise que Defour ne sait pas jouer au foot et que moi je sais le faire ? (Il rigole). Je te répète que je n'ai pas encore 20 ans, que je suis encore à l'école. Oui, bien sûr. Un jour. La grande différence entre Defour et moi, c'est l'expérience. Il a eu besoin de combien d'années pour devenir un patron de cette équipe ? Mais je suis déjà pris au sérieux. Par exemple, Mémé Tchité a déjà fait une grande carrière, mais si je lui dis quelque chose, il m'écoute. Les autres aussi. Dans l'autre sens, quand on me dit : -Camara, fais ça... Camara le fait. Je ne suis pas du tout d'accord. Andrés Iniesta a une grande gueule ? Absolument pas. Il ne parle pratiquement jamais. Mais on voit que c'est un des patrons du Barça. Diriger une équipe, c'est respecter ses coéquipiers, se battre pour tout le monde et essayer de bien jouer au foot. On force le respect naturel par son jeu, pas en gueulant à tout bout de champ et sans raison. Je ne vois pas ces départs comme des pertes. Ils ont tout donné pour le Standard, ils méritent d'aller plus haut, mais il y a assez de qualités dans le noyau pour compenser. Ce n'est pas du bluff, j'en suis certain à 200 %. Je ne dis pas qu'une équipe comme le Standard n'a pas besoin de joueurs pareils mais nous pouvons aller très haut sans eux. Nous devions gagner ce match à tous les coups. Maintenant, nous devons montrer que nous sommes des hommes et aller gagner là-bas. C'est possible. A fond. La Supercoupe, un objectif ? Ouais... Je ne vais pas dire que ça nous a fait trop mal d'avoir perdu contre Genk. Nous voulions gagner, ça n'a pas marché mais nous avons quitté Genk en nous disant que ce n'était pas la fin du monde et que les choses sérieuses allaient seulement commencer. Peut-être chez trois ou quatre joueurs, oui. Moi, j'ai tourné la page. Ce n'est pas la déception à Genk qu'il faut retenir mais tout le reste : on croyait que le Standard ne serait même pas dans les play-offs 1, et au bout du compte, nous avons terminé à la deuxième place et nous jouons les préliminaires de la Ligue des Champions. En ayant gagné la Coupe. Il faut remettre les choses à leur place : Genk méritait de gagner ce championnat. C'est actuellement le club numéro 1 en Belgique, il faut être malhonnête pour dire le contraire. Respect. Et Genk est encore favori pour cette saison. Ah non, pas ça ! Nous viserons le titre. C'est possible si l'envie est là chez tout le monde. Tu peux avoir Lionel Messi ou Cristiano Ronaldo dans ton équipe, si tous les joueurs n'ont pas faim, tu ne peux arriver à rien. Je suis international -21 et je me rapproche de l'équipe A, je le sens, je le sais. Il me reste quelques mois pour séduire la Fédération, entrer dans le noyau et jouer cette Coupe d'Afrique. Ça va aller. PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS : REPORTERS / MICHEL GOUVERNEUR" Il ne faut pas avoir une grande gueule pour devenir un patron de son équipe. Regarde Iniesta : il ne dit rien mais c'est un boss du Barça. " " Trois ou quatre joueurs ont peut-être encore la perte du titre dans la tête. Il faut vite passer à autre chose. "