Le stade Leburtix a longtemps cultivé l'image du dernier village gaulois où tout le monde se bat pour la même cause. En grand chef, Cartix avait mis au point une potion magique et des plans de bataille qui étonnèrent les légionnaires des autres cohortes de D1. A mi-parcours de la saison, les petits gars de Tubize avaient même acquis des positions inattendues qui leur permettaient d'envisager le maintien au paradis du football belge.
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Le stade Leburtix a longtemps cultivé l'image du dernier village gaulois où tout le monde se bat pour la même cause. En grand chef, Cartix avait mis au point une potion magique et des plans de bataille qui étonnèrent les légionnaires des autres cohortes de D1. A mi-parcours de la saison, les petits gars de Tubize avaient même acquis des positions inattendues qui leur permettaient d'envisager le maintien au paradis du football belge. Le camp s'était agrandi suite à la construction d'une belle tribune assise avec la bénédiction Daerdenix, un lointain cousin venu de Liège. Derwix était monté au front quand quelques malappris catapultèrent des insultes sous l'£il des caméras : beau combat de cette tête blonde. Langendrix était fier de Derwix, de Cartix et de leurs Gaulois. Perbix était tombé dans la marmite et se marrait en canardant les positions adverses sous le regard du plus doué de la bande : Duferix. Tout cela méritait un séjour d'oxygénation dans les Vosges. La troupe n'avait cependant pas oublié quelques tensions internes. Le fameux entraînement nocturne après une triste expédition en Coupe à Mouscron resta longtemps sur les estomacs. Cette nuit-là, quelques joueurs se réunirent dans le seul restaurant encore ouvert à Tubize. Chez ce Chinois, ils envisagèrent de faire grève, de demander le départ de Cartix, etc. Cette tentative de putsch ne fut pas étouffée dans l'£uf mais Albanix, qui donna un coup de main à Derwix afin de composer un effectif, leur conseilla d'oublier leur rancoeur et de remettre l'ouvrage sur le métier, dans leur intérêt et surtout celui du club. L'orage était passé et Tubize s'empara même de la victoire en championnat contre le Cercle Bruges. Albanix avait aidé Cartix mais leurs relations n'étaient pas bonnes. La rumeur affirma même qu'ils en seraient venus aux mains. " C'est vrai, le ton est monté car ce sont deux caractères entiers ", affirme Selix, un ami d'Albanix. " L'un a une éducation de Spartiate, l'autre a du sang méditerranéen. C'est un cocktail explosif mais cela ne les empêchera jamais de parler de football autour d'une bonne tasse de café. " C'est peut-être le contrôle du vestiaire qui se jouait. Les méchantes langues affirmaient que Haddix était considéré comme le fils spirituel de Cartix et que certains de ses équipiers se méfiaient de lui. Haddix en aurait souffert mais son courage rallia les derniers incertains. En novembre, à la demande de Langendrix, Albanix prit de la distance avec le club. Ce dernier était certain, dit-on, que Tubize allait droit dans le mur et n'éviterait pas la descente avec le coach alsacien. " Tout était trop... militarisé ", souligne Selix. " Cela peut fonctionner à court terme, comme ce fut le cas à Mons, mais pas sur toute une saison. On peut secouer deux ou trois fois les joueurs mais pas tous les jours. A force de leur rentrer dedans, de les toiser, de les encenser avant de les ignorer histoire de tester leurs ambitions, on finit par les perdre... "Cartix a-t-il été inquiété au cours du premier tour ? On le dit sous cape à gauche et à droite mais cela aurait été étonnant au vu de sa maîtrise des événements. " C'est de la foutaise : on n'a jamais songé à remplacer le coach ", avance Derwix. " La direction n'a pas douté de lui et est enchantée du travail fourni, du football proposé et des perspectives de maintien qui étaient plus que palpables en décembre. Personne n'aurait misé un euro sur nos chances de maintien. Fin décembre, Tubize pouvait y croire. C'était en grande partie le fruit du travail d'un coach qui a étonné toute la D1. "Le stage hivernal fut une réussite sur toute la ligne. Dans les Vosges, l'entraîneur souda encore plus le groupe. Cet effectif n'avait jamais vécu cela : raids et aventures enneigées. Même les grands clubs n'y avaient pas encore pensé. Cartix misait sur l'esprit de corps, le don de soi, la foi, le travail soigné, l'engagement permanent, etc. Les ingrédients de sa potion magique firent merveille au début du deuxième tour, puis les Brabançons collectionnèrent alors la bagatelle de 9 défaites qui les plongèrent pour de bon dans les entrailles de l'élite. C'était étonnant, était-ce dû à l'arrivée de quelques renforts qui n'apportèrent rien et brisèrent peut-être l'esprit de solidarité ? Peut-être. L'effectif n'avait-il pas trop souvent passé le mur de la fatigue durant le premier tour ? N'était-ce pas une forme de dépression, d'immense fatigue ? L'effet de surprise était passé. C'était le temps des vraies faiblesses. Au Cercle Bruges, Cartix écarta sept titulaires en vue du coup d'envoi. Le but était de briser la spirale infernale, de rappeler à chacun qu'on ne pouvait pas échapper à ses responsabilités de footballeur professionnel. C'était encore un truc du gros sac à malices de Cartix. Il n'aurait pas mis des gants pour expliquer ses décisions : " Tu n'es plus capable de dribbler deux adversaires depuis des semaines. Toi, tu ne joues pas car tu fumes encore plus alors que tu m'avais promis d'arrêter. Toi, tu as dragué la compagne d'un de tes amis. Toi, tu avais juré de ne plus boire et tu arrives à l'entraînement dans un état un peu bizarre. " Rien n'échappe à son £il d'aigle mais ce tremblement de terre n'a rien donné face à un Cercle Bruges maigrichon depuis des semaines. Cartix vise toujours plus loin : il ne veut surtout pas que son équipe soit la lanterne rouge du classement final. Pour y arriver, il entend combattre jusqu'au bout. par pierre bilix - photos : reporters