Le pivot guinéen de Lokeren est un des joueurs les plus courtisés sur le marché des transferts. Des clubs allemands et espagnols l'ont récemment suivi mais ce fut le cas aussi de Genk et surtout du Standard. Quand un tel élément arrive en fin de contrat, les intérêts s'enflamment comme la savane africaine après que la foudre soit tombée sur un pauvre arbre désincarné.
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Le pivot guinéen de Lokeren est un des joueurs les plus courtisés sur le marché des transferts. Des clubs allemands et espagnols l'ont récemment suivi mais ce fut le cas aussi de Genk et surtout du Standard. Quand un tel élément arrive en fin de contrat, les intérêts s'enflamment comme la savane africaine après que la foudre soit tombée sur un pauvre arbre désincarné. La rumeur affirme que ce buteur très sympathique a déjà lié son sort à celui du Standard pour l'avenir. Il dément. Pour la forme? Pour échapper à la colère de Lokeren qui espère encore prolonger son contrat mais n'a plus toutes les cartes en mains? Sambegou Bangoura nous regarde dans les yeux et dit: "Non, présentement, je n'ai pas encore pris de décision. Mon choix se portera vers la proposition qui me conviendra le mieux. Il s'agit de ma carrière Je dois réfléchir, peser le pour et contre avant d'entamer un nouveau chapitre de ma carrière". Disons alors que le Standard s'arrangera pour lui proposer le choix le plus indiqué afin d'accentuer une progression assez stupéfiante. L'homme en tout cas sait où il va dans la vie. A 20 ans, Bangoura dégage intelligence et force de caractère mais aussi une personnalité fraîche et très attachante. Il sait rire et ses amis ne doivent jamais avoir le blues après avoir partagé un peu de temps avec lui. En plus de ses qualités sportives, la perle noire de Lokeren n'a pas oublié de glisser le soleil et l'optimisme d'Afrique dans sa valise en quittant Conakry pour le plat pays de Jacques Brel."Au début, j'ai douté "Sambegou Bangoura: La découverte du football belge ne fut pas une partie de plaisir. Il y avait l'éloignement par rapport aux miens mais, surtout, la découverte d'un autre pays où le climat et la nourriture ne sont pas comparables à ce que je connaissais depuis toujours en Guinée. Lors de mes premières semaines à Lokeren, je me suis même découragé en me demandant si je n'avais pas quitté l'Afrique un peu trop tôt. Youla était encore là. C'est un ami et j'avais joué avec lui en équipe nationale. Mais il se blessa et, après, fut transféré à Anderlecht. Je n'ai jamais jouéavec lui sous le maillot de Lokeren. Il faisait froid, même en juillet, mais je me suis habitué. Il m'a fallu un peu de temps avant de digérer la masse de travail au quotidien. Lokeren est mon premier club vraiment professionnel. En Afrique, c'était plus relax. Je ne joue vraiment au football que depuis cinq ans. Avant, je préférais le basket. Georges Leekens a accentué mes atouts de pivot offensif: présence dans le trafic aérien, vitesse, engagement physique, etc. Mais j'étais très fatigué après chaque séance de travail. Je ne m'étais jamais entraîné deux fois par jour. L'adjoint, Rudy Cossey, joua tout de suite un rôle important pour moi: il me parlait sans cesse, m'encourageait. Après quatre ou cinq matches de championnat, j'ai trouvé mon rythme de croisière. Tactiquement, je découvrais le jeu à la belge. En Guinée, tout est moins tactique ou calculé. L'improvisation y joue évidemment un rôle plus important qu'en Belgique. Ici, il s'agit d'être attentif, de se baser sur les automatismes. Lokeren s'appuyait en gros sur un 5-3-2. Le concept était bon mais l'ambiance qui règne depuis toujours dans ce groupe est aussi un facteur décisif de sa réussite. Nous savons rire et nous chambrer gentiment, c'est toujours chouette dans un vestiaire. Le mariage du piment africain et des geysers islandais ne constitue-t-il finalement pas le secret de la réussite de Lokeren?Nous sommes évidemment complémentaires. Je suis épaté par la classe et la sympathie de tous les joueurs venus du nord de l'Europe: Kristinsson, Gretarsson, Vidarsson, Baldvinsson. Ils ont beaucoup de métier et cela fait du bien à tous les Africains. Suad Katana apporte lui aussi son vécu. Kristinsson et ses potes sont toujours cool, posés, gentils. Ils font même l'effort de nous parler en français et nous n'avons jamais de problèmes de dialogue. Je les trouve très courageux et leur attitude est, sans aucun doute, une source de motivation pour tous. Nous en profitons et c'est le cas aussi d'autres joueurs comme Davy De Beule, par exemple. Mais nos joies actuelles s'expliquent également par trois ans de travail. Les joueurs de ce groupe se connaissent sur le bout des doigts. Paul Put a pris le relais de Georges Leekens depuis deux ans et la courbe des progrès s'est encore élevée. Paul Put sait rire. Il m'appelle le basketteur ou le chanteur car j'avais mis l'ambiance lors d'un de nos stages. Leekens était plus défensif et prudent que Paul Put. Ce dernier accorde la priorité à nos qualités offensives. C'est un sacré stratège. Le jeu de Lokeren vaut le déplacement. Ce n'est pas dû au hasard. Ce groupe a bien été préservé et renforcé par petites touches qui font la différence. Je suis persuadé que ce n'est pas fini. Lokeren a les moyens d'arracher une place en Coupe d'Europe. C'est en tout cas mon objectif et celui de tout le groupe. Quel sera votre avenir si vous atteignez votre objectif?Lokeren aurait pu régler ce problème depuis longtemps. Je dois beaucoup, tout même, à ce club qui m'a lancé en Belgique et en Europe. Cest important et cela ne s'oublie pas. En fin de saison passée, tout le monde savait que j'allais aborder la dernière année de mon contrat. Lokeren aurait dû me proposer une prolongation de notre accord et il n'y aurait jamais eu le moindre souci entre nous. Mon club a préféré attendre et c'était peut-être une forme de doute à mon égard. Les mois ont passé et il était normal que d'autres regards se tournent vers moi. Si je veux, je peux signer où je désire demain. En Belgique, en Espagne, en Allemagne. J'ai assez de contacts et j'en aurai encore d'autres."Rien n'est fait"Non. Je ne le cacherai pas quand j'aurai pris ma décision. Rien n'est signé.Lokeren exerce une forte pression pour que vous restiez. Facile à vivre?Non, pas du tout. J'ai été étonné, même un peu déçu, quand la direction a évoqué des accords personnels dans la presse. Cela ne se fait pas. J'ai lu que Lokeren m'avait avancé de l'argent afin de construire une maison pour ma famille en Guinée. Je n'ai pas trouvé cela très normal car cela relève du privé. C'était peut-être une façon de faire pression sur moi mais ce n'est pas la bonne méthode. Avant le match contre Beveren, le président a dit que je ne jouerais pas. Ce ne fut pas une semaine agréable. Paul Put et Rudy Cossey ont su changer la donne. J'ai finalement joué. Grâce à eux. Ils m'ont beaucoup parlé car j'avais le moral au plus bas quand même. Malgré cela, j'étais décidé à ne pas me laisser faire. Mon but est d'obtenir ici ou ailleurs un très bon contrat.Mais n'étiez-vous pas à deux doigts d'un transfert au Standard durant le dernier Mercato d'hiver?Je n'en sais rien.Comment cela?Il y a peut-être eu des contacts entre les deux clubs. Moi, je n'ai vu personne du Standard. Et jusqu'à preuve du contraire, il faudra négocier avec moi. On peut exercer toutes les pressions de la terre, personne ne prendra jamais une décision aussi importante à ma place. Je trancherai. N'est-ce pas normal? La décision tombera le jour où je le voudrai. Lokeren m'a peut-être sous-estimé. Je le constate mais cela n'hypothèque pas mon estime pour ce club. L'argent est important mais il n'y a finalement pas que cela qui soit en jeu. Une carrière est à la fois longue et fragile. Tout peut s'arrêter du jour au lendemain. Avec une blessure mais aussi en raison,parfois, d'un mauvais choix de club.Lokeren râle car votre départ ne rapportera rien à sa trésorerie.A qui la faute? Pas à moi. On ne doit pas réagir alors qu'il ne reste que quelques mois avant la fin d'un contrat. La donne a forcément changé. Lokeren n'a qu'à s'en prendre à Lokeren.Cette sérénité ne vous place-t-elle en situation de force par rapport à Lokeren qui semble s'énerver un peu dans ce dossier?Peut-être mais je suis en situation de force pour moi, pas par rapport à quelqu'un d'autre. J'ai travaillé. Lokeren peut toujours faire une proposition comme d'autres l'ont fait, le font ou le feront. C'est à Lokeren de se définir, à moi de répondre à ce que tous me proposeront. J'attends.... Vous n'avez pas signé au Standard?Non, présentement, ce n'est pas le cas.Présentementmais j'ai envie de dire que vous serez à 99, 99% au Standard la saison prochaine.C'est votre problème. Moi, je n'ai signé nulle part et la possibilité de rester à Lokeren existe encore. Cela dépendra de l'offre. Cela va bien pour moi mais je sais que je dois encore progresser. Je n'ai pas encore assez de vécu pour affirmer tout de go que je suis prêt pour le top. Il me faut encore une étape intermédiaire avant de penser à un grand club européen, par exemple. Mais si la meilleure proposition émanait d'un autre pays européen, ce ne serait pas un problème: je partirais. "Gagner au Standard"Oui mais nous ne sommes pas comparables. Jan Koller a des caractéristiques uniques. Je le redis: je dois encore travailler. Lokeren est un tremplin idéal. Daniel Zitka et tant d'autres sont aussi transités par Lokeren puis ont avancé. Je le sais, c'est une chance. Et c'est donc un honneur de passer par ici.Walem se fera un plaisir de vous lancer en profondeur, d'être votre Islandais de Sclessin, n'est-ce pas?Je vais aller au Standard. Dans quelques jours, en... championnat.Une bonne occasion de faire la connaissance de votre prochain public...Ah, oui, c'est un grand club mais ce n'est pas encore le mien. Onverra en avril. A Sclessin, ce ne sera pas ma carrière qui sera en jeu. Non, Lokeren se rendra à Liège avec la ferme intention de prendre les trois points. C'est l'Europe qui se joue. Lokeren a les moyens de gagner là-bas. Je sais que notre club pose toujours de gros problèmes au Standard. Lokeren joue offensivement, que ce soit à domicile ou en déplacement. Rien de tel pour se sentir très fort dans sa tête. Nous ne devions craindre personne. Lokeren a au moins autant d'atouts que le Lierse, Anderlecht ou Genk. Je suis même persuadé que Lokeren a un meilleur football que ses adversaires. Cette équipe n'est pas chamboulée en fonction des événements. Elle est bien rodée. Nous sommes dans le peloton de tête. Il faut tenir maintenant, ne rien lâcher, car il serait bête de passer à côté de la montre en or. Rien n'est obligatoire à Lokeren et c'est aussi un avantage par rapport aux autres clubs, qui derrière l'inabordable Bruges, visent l'Europe.La pression, c'est propre au Standard mais aussi à Genk qui aurait songé à vous, à Eduardo et à Kpaka pour suppléer éventuellement au départ de Wesley Sonck...J'ai lu tout cela dans la presse.Votre manager, Alfred Raoul, a parlé aussi de Bruges, de Sedan, de Lille, etc. Alfred Raoul devrait rentrer de Guinée cette semaine. Nous ferons le point.J'ai presque envie du dire, en parlant du Standard: "Tu veux ou tu veux pas?"C'est comme ci ou comme ça ...mais ce n'est pas aussi simple. Au plus il y a d'offres, au plus je pourrai choisir la solution qui me conviendra le mieux à ce moment de ma carrière. Ce que je veux, maintenant, c'est gagner à Sclessin. Je veux que Lokeren soit en Europe la saison prochaine. Je pense même à la deuxième place, donc à la Ligue des Champions. Ce serait une preuve tangible de la réussite de ce club et de ce groupe. Je suis là pour l'aider. Tout le monde serait gagnant...Surtout les joueurs qui ont la cote sur le marché des transferts... Je ne pense pas à moi. Mon seul souci, présentement, c'est d'aider Lokeren à devenir européen en fin de saison. Ce serait un beau cadeau.D'adieux?Un beau cadeau pour Lokeren... Quelles sont vos ambitions avec l'équipe nationale?Nous espérons nous qualifier pour la phase finale de la CAN. La Guinée est dans un groupe avec le Niger, le Libéria et l'Ethiopie. Le 30 mars, nous rencontrerons le Niger à Conakry.Pierre Bilic"Mon seul souci est d'aider Lokeren à devenir européen"