Gert Doumen se rend à l'entraînement du Patro Maasmechelen, pensionnaire de deuxième division, le soir. Seul hic: il ne peut que s'entraîner, pas jouer. Car Gert Doumen n'a pas de club et donc pas de revenus. Son contrat au RWDM portait sur deux ans mais ce club a entre-temps disparu. Doumen n'a plus été payé depuis le mois de février dernier. Ensuite, il n'a plus obtenu que de vagues promesses. Erik De Prins, le président bruxellois, n'a cessé de s'adresser aux joueurs, pour éviter des grèves, promettant un versement imminent des salaires et rappelant ses troupes à leurs devoirs.
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Gert Doumen se rend à l'entraînement du Patro Maasmechelen, pensionnaire de deuxième division, le soir. Seul hic: il ne peut que s'entraîner, pas jouer. Car Gert Doumen n'a pas de club et donc pas de revenus. Son contrat au RWDM portait sur deux ans mais ce club a entre-temps disparu. Doumen n'a plus été payé depuis le mois de février dernier. Ensuite, il n'a plus obtenu que de vagues promesses. Erik De Prins, le président bruxellois, n'a cessé de s'adresser aux joueurs, pour éviter des grèves, promettant un versement imminent des salaires et rappelant ses troupes à leurs devoirs. "Au début, nous le croyions encore", se souvient Doumen. "Ma femme est comptable. Elle m'a rapidement prévenu que ça allait tourner mal. Mais on s'accroche aux plus minces espoirs. En juin, j'ai compris que tout n'avait été que mensonges et escroquerie. Un jour, je me suis présenté à la banque avec un chèque non approvisionné. Encore heureux que j'avais prévenu l'employée que le chèque n'était peut-être pas en règle. Seul IbrahimKargbo a continué à être payé car le RWDM espérait réaliser un transfert juteux". Longtemps, Doumen n'a rien soupçonné. "Molenbeek me paraissait être un petit club sympathique et correct. Jusqu'au Nouvel An, j'ai été payé correctement. Après, je me suis posé des questions". Il n'en veut pas à la Fédération ni à la commission des licences: "Ils ont accordé tous les reports nécessaires au RWDM mais ça a traîné tellement longtemps que tous les noyaux étaient complets. J'étais presque d'accord avec Mouscron mais je n'ai pas pu signer à temps".Au début, Gert Doumen s'est entraîné avec ceux qui restaient à Molenbeek. "Mais parcourir deux fois 110 kilomètres en voiture jusqu'à Bruxelles quand vous n'êtes pas payé, c'est lourd. J'ai renoncé fin juillet. La dernière semaine, on nous a volés, dans le vestiaire. C'est le comble: vous n'avez pour ainsi dire plus rien mais on vous vole encore des trucs". Il a reçu sa lettre officielle de licenciement de Molenbeek le 26 juillet. Il va bientôt toucher des allocations de chômage. Il préfère ne pas penser à leur montant. "Ce sera toujours plus qu'à Molenbeek! Peu, c'est quand même mieux que rien. Heureusement qu'en huit ans de carrière, je me suis constitué une réserve et que ma femme a continué à travailler".Madame Doumen est actuellement enceinte. "Donc, pas question d'aller à l'étranger. Mais je n'ai pas perdu espoir de trouver du travail en D1 ou en D2. Le marché est clôturé mais j'ai un avantage: un club peut toujours remplacer un gardien blessé. Toutefois, je ne peux quand même pas demander à mes anciens coéquipiers si le gardien de leur équipe ne s'est pas blessé à l'entraînement?"Chômeurs du foot: + 100% en un an!Dirk De Vos, de Sporta, le syndicat des joueurs, ne connaît pas le nombre exact de footballeurs aujourd'hui au chômage. Près de 80% des professionnels flamands de D1 sont membres de Sporta, contre la moitié des Wallons. De Vos : " Vous me dites que Filip Fiers joue en Promotion? Vous savez, ceux qui ont des problèmes nous téléphonent mais nous devons ensuite apprendre par la presse qu'ils ont trouvé un nouveau club. Ils ne rappellent que lorsqu'ils ont de nouveaux ennuis. Beaucoup ignorent aussi qu'ils ont droit à des allocations de chômage mais qu'ils doivent pour cela introduire une demande à l'ONEM. De nombreux clubs apprennent seulement maintenant comment rédiger les formulaires adéquats. éa sonne crûment, mais plus il y a de faillites, mieux les clubs et les joueurs comprennent comment gérer la situation. Il est de plus en plus rare que nous soyons obligés de réclamer un C4 à l'intention d'un joueur". Tout récemment, De Vos estimait le nombre de professionnels sans travail entre 20 et 100. "En tout cas, par rapport à l'année dernière, il s'agit d'une augmentation de 100%". Beaucoup ont cherché leur salut dans les divisions inférieures: Rade Mojovic, le deuxième gardien d'Alost, joue maintenant à Ath, en Promotion. Edin Ramcic (ex-RWDM) est à Ostende, en D3. Et René Klomp est retourné aux Pays-Bas, dégoûté par ses expériences à Alost et Harelbeke. Dirk De Vos ne trouve pas que clôturer le marché des transferts le 31 août, dans toute l'Europe, constitue une bonne solution. Ceux qui n'ont pas de club ne peuvent plus exercer leur métier jusque fin décembre. Il ne comprend pas que la Commission Européenne ait laissé le soin à la FIFA de rendre le règlement plus transparent. "Je ne comprends pas que le droit des clubs prime sur l'européen, le national et le droit au travail".En un an, trois clubs de D1 ont disparu de l'univers du football professionnel : Zuid-West (ex-Harelbeke), Alost et le RWDM. Joueurs et entraîneurs toucheront-ils un jour leurs arriérés de salaires? De Vos : "Les créances sont établies. L'affaire peut durer quelques années. Si vous n'avez pas constitué de réserve, vous devez vous adresser au CPAS. Nous avons tout expliqué aux personnes concernées. Quelques-unes y ont pensé. Ces gens-là devraient en faire écho publiquement, afin que tout le monde connaisse les conséquences de tout ce qui ne va pas dans le milieu du football".Une autre possibilité est de se retourner contre les anciens administrateurs des clubs en faillite. De Vos : "Le non-paiement d'un salaire est un délit social". On l'envisage du côté d'Alost et Harelbeke.Quand il faut remplacer l'auto par le vélo...Serge Vandewalle a évolué en D1 pour le Cercle de Bruges, Harelbeke et Alost. Il se rétablit actuellement d'une grave blessure encourue pendant un match amical avec Terneuzen, il y a quelques semaines. Il voudrait combiner Terneuzen avec un travail de représentant, mais sa blessure l'empêche de concrétiser ses projets. Le club veut également s'assurer qu'il guérit bien. Vandewalle a déjà subi une intervention et doit encore repasser deux fois sur le billard. Si ses cartilages ne se régénèrent pas, sa carrière footballistique est sans doute terminée. En novembre 2000, en compagnie de neuf autres joueurs, il avait été versé dans le noyau C de Harelbeke, suite à la reprise du club par un groupe allemand et à l'arrivée d' Enver Alisic. "Nous étions sous contrat mais personne n'a été payé. Un jour, après l'entraînement, nous avons constaté que la société de leasing avait emmené nos véhicules. Nous ne pouvions plus rentrer chez nous". En janvier dernier, comme ses compagnons du noyau C, il en a eu assez de n'être plus payé depuis dix mois. Ils ont chargé un avocat d'intenter une action contre le club. Cette intervention bloque l'argent que Harelbeke devait recevoir d'Anderlecht pour le transfert d' Ode Thompson. Une partie de cette somme a servi à payer les arriérés de salaire des joueurs concernés, à la grande colère du club, qui n'a ainsi pu faire face à d'autres factures. Vandewalle a été limogé en mars. Il n'a pas encore reçu un centime pour la période allant de janvier à mars. "C'est incroyable quand vous voyez les poids lourds qui siégeaient au conseil d'administration. Comment se fait-il qu'ils aient été incapables de gérer le club? Sporta m'a dit qu'on avait intenté une action en civil contre eux. Le club me doit 50.000 euros. Laisseriez-vous tomber une somme pareille, vous?"Le 5 août, Vandewalle s'est adressé à l'ONEM. Actuellement, il est en incapacité de travail. S'il se rétablit et n'obtient pas de contrat, il touchera l'allocation minimum pour les footballeurs sans travail. Heureusement, sa femme a toujours travaillé. Quelles leçons tire-t-il de toute cette histoire? "En football, beaucoup de gens font les paons, sans vouloir honorer leurs obligations. Je trouve ça grave. Quand j'ai été relégué dans le noyau C, j'aurais dû chercher un club plus vite, même si j'étais toujours sous contrat et que j'aurais dû consentir des sacrifices financiers ailleurs. Quand vous ne jouez pas, vous êtes oublié. Avant de penser à vous adresser au tribunal, vous avez perdu plusieurs mois de salaire. Mais vous devez continuer à vivre. Quand vous n'avez plus de revenus, vous devez opérer des coupes dans les dépenses: au lieu de l'auto, vous prenez votre vélo"...Jan-Pieter Martens devient musicien!Joao Elias habite à Malines. Il y a quelques semaines, il a disputé un des derniers matches amicaux du RWDM, mais dans les prochains mois, il devra se contenter du football en salle pour se maintenir en condition. L'Angolais a rompu son contrat avec Malines, l'année dernière. Il ne voulait plus travailler avec Aad de Mos. Il a joué à Dubai jusqu'en octobre. Depuis, il n'a plus de revenus et vit sur les réserves accumulées aux Emirats. Pour l'instant, ça suffit. Il a essayé de jouer à Andenne, en D3: en vain. Le président du club lui a demandé ce que Malines exigeait pour lui."J'ai téléphoné à Yvan Buskens, qui a lui-même contacté le nouveau manager, LucVerheyen. Il m'a rappelé pour me dire qu'il s'agissait de 25.000 euros. Le lundi, le président d'Andenne et moi nous sommes rendus à Malines avec un chèque. Quand nous sommes arrivés là, à 9 heures du soir, la somme ne suffisait plus. A 10 heures, j'ai appelé Willy Van den Wijngaert, le président. Il a dit que c'était lui et pas Verheyen qui décidait. Il allait me rappeler une demi-heure plus tard, mais à 11 heures, le président d'Andenne s'est lassé de cette attente et nous sommes repartis sans solution. Je ne sais même pas si je suis encore affilié à Malines. Il me reste un peu d'argent de Dubai mais je ne tiendrai pas des années". Peut-être Elias doit-il se trouver un hobby, comme Jan-Pieter Martens. En fin de contrat à Graz (Autriche), en juin, il a vu ses négociations avec le SV Ried et Salzbourg, d'autres clubs autrichiens, échouer à cause d'une blessure aux ligaments croisés. Il se l'est occasionnée à la mi-août, en s'entraînant avec un club de D3. Martens veut être prêt l'année prochaine. Sans travail, il touche une indemnité d'environ 1.200 euros par mois en Autriche. "Je ne peux pas vivre avec ça mais je peux survivre. Dès novembre, je vais me faire un peu d'argent en travaillant comme musicien indépendant. L'année prochaine, Graz sera capitale culturelle de l'Europe. Ceux qui ont un peu de créativité et d'imagination peuvent en tirer profit. Je me plais ici et je veux rester. Sportivement, je devrai sans doute effectuer un pas en arrière et trouver une seconde occupation, mais on verra bienà ce moment-là ". Geert Foutré"Même si je reçois peu d'allocations de chômage, ce sera toujours mieux qu'au RWDM: rien" (Gert Doumen)