Sclessin, samedi, 19 h 55. Tout un stade est suspendu à l'annonce des compositions de Standard-Courtrai. Une question : qui va avoir la responsabilité du remplacement de Marouane Fellaini ? Le nouveau Blue d'Everton était unique pour plusieurs raisons. Il était le meilleur pour arracher des ballons en milieu de terrain. Le seul géant parmi les médians. Et la plus grosse menace venant de l'entrejeu pour les gardiens adverses. Fellaini faisait partie des 5 joueurs les plus souvent alignés la saison dernière : 31 matches. Mais aussi 6 buts et 3 assists. Et il avait joué les 5 matches à enjeu du Standard depuis l'été : 3 en championnat, 2 en Ligue des Champions contre Liverpool.
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Sclessin, samedi, 19 h 55. Tout un stade est suspendu à l'annonce des compositions de Standard-Courtrai. Une question : qui va avoir la responsabilité du remplacement de Marouane Fellaini ? Le nouveau Blue d'Everton était unique pour plusieurs raisons. Il était le meilleur pour arracher des ballons en milieu de terrain. Le seul géant parmi les médians. Et la plus grosse menace venant de l'entrejeu pour les gardiens adverses. Fellaini faisait partie des 5 joueurs les plus souvent alignés la saison dernière : 31 matches. Mais aussi 6 buts et 3 assists. Et il avait joué les 5 matches à enjeu du Standard depuis l'été : 3 en championnat, 2 en Ligue des Champions contre Liverpool. On hésitait entre deux grandes options : le retour de Steven Defour (peu aligné dans les deux derniers matches de championnat) ou les grands débuts de Benjamin Nicaise. Finalement, c'est Defour qui est dans l'équipe. Première petite surprise car on peut maintenant se demander si Nicaise aura un jour sa chance. Mais il y a deux autres sujets d'étonnement dans la compo de début de match. Salim Toama, un des hommes en grande forme du début de saison, est aussi sur le banc. Et pour la première fois, Laszlo Bölöni aligne ses trois attaquants vedettes : Dieumerci Mbokani, Milan Jovanovic et Igor de Camargo. C'est aussi le premier match officiel du Standard de Bölöni en 4-3-3. Un vieux rêve du Roumain. Il avait déjà expérimenté l'une ou l'autre fois ce système en préparation mais cela n'avait pas été concluant et il avait jugé que son groupe n'était pas encore prêt. Defour était donc de retour dans l'équipe de base, mais dans un rôle inédit de médian défensif. Avec l'interdiction de se porter loin vers l'avant car les deux autres médians, Axel Witsel et Wilfried Dalmat, ont des idées fort offensives. On l'a encore remarqué en première mi-temps, quand le Standard en possession de balle se retrouvait parfois avec quatre, voire cinq attaquants. Et dans l'entrejeu, il y avait donc un trou béant. D'où d'innombrables longs ballons. Le Professeur Bölöni n'a pas apprécié : " Cela manquait d'équilibre. Le problème n'était pas physique, c'était simplement une question de réflexion. Le football se joue avec les pieds mais aussi avec la tête. " Mais n'est-il pas automatiquement difficile de trouver le bon équilibre quand on aligne à un poste aussi important que celui de milieu défensif un joueur dont ce n'est pas la spécialité ? Defour dans ce rôle, c'était quelque part anormal ? Bölöni : " Qu'est-ce qui est normal, alors ? Quand Defour se retrouve ailier droit en équipe nationale, vous trouvez ça plus normal ? Ce joueur a beaucoup de savoir-faire, il a une grande intelligence tactique, des qualités techniques et physiques : en l'alignant comme médian défensif, je lui prouve tout le respect que j'ai pour lui. "Mais ce qui a fonctionné contre Courtrai peut-il marcher face à Everton ou contre les gros calibres du championnat de Belgique ? " Et pourquoi pas ? Vous avez déjà vu Lassana Diarra en équipe de France ? Il n'est pas plus costaud que Defour. Et Didier Deschamps ? Lui non plus n'était pas grand. Et à l'âge où Defour devenait capitaine du Standard, Deschamps jouait encore en CFA. " Defour peut donc être rassuré : son coach croit en lui. Mais il en faudrait plus pour faire sourire et/ou planer le joueur. " Bien sûr, ce n'est pas ce que je préfère, mais j'ai fait ce qu'on me demandait. Quand je jouais dans l'axe avec Fellaini dans mon dos, je savais que je pouvais aller vers le but à tout moment parce qu'il y avait quelqu'un derrière moi. Maintenant, c'est à moi de contrôler. En première mi-temps, je ne pouvais rien faire d'autre. J'ai eu un peu plus de liberté en deuxième, surtout après l'entrée au jeu de Nicaise. C'était déjà fort différent comme sensations. "Et pour ce qui est du nouveau système, Defour attendra avant de se prononcer. " On a aussi essayé le 4-3-3 l'année dernière avec Michel Preud'homme mais ça n'avait pas vraiment été un succès. " La première mi-temps a été laborieuse. Dès que le Standard avait le ballon, les trois attaquants se retrouvaient aux abords du rectangle en un minimum de temps. Et ils switchaient continuellement. Malgré cela, les Rouches avaient du mal à se retrouver près du but avec le ballon au pied, et ce sont surtout des tirs de loin qui ont été privilégiés. En perte de balle, l'équipe passait en 4-3-2-1, avec Mbokani toujours en pointe et Jovanovic qui se repliait avec de Camargo. Le premier but, juste avant la mi-temps, a libéré les Rouches. Après cela, ils ont déroulé, avec un festival d'occasions en deuxième période. Mais ce n'était que 2-0 au coup de sifflet final et cela n'amuse pas Bölöni : " Il faut savoir marquer sur une demi-occasion. Nous n'y parvenons pas et c'est à cause de cela que nous avons été éliminés par Liverpool. Pas à cause de l'approximation de DanteBonfim sur le but fatal. S'en créer beaucoup, c'est bien, mais ça ne sert pas à grand-chose si on ne les met pas au fond. Je suis toujours amer quand je repense à Liverpool. J'ai encore entendu le jingle de la Ligue des Champions tout à l'heure, et à chaque fois, ça me fait mal. " On est curieux de voir si le 4-3-3 de samedi dernier sera reconduit à Everton. Ce serait évidemment un risque d'aborder ces matches avec un système aussi peu rodé. Pour la dernière partie de la rencontre face à Courtrai, Bölöni est repassé au 4-4-2. Avec Nicaise en défensif, Defour devant lui, Witsel à droite et le jeune Mehdi Carcela à gauche - Dalmat était sorti. Si le Standard opte pour cette occupation, la titularisation de Nicaise ne se discute pas - il est le joueur du noyau qui a le plus de qualités typiques d'un médian défensif. Defour est probable en numéro 10. Il reste les flancs à attribuer, avec trois hommes pour deux places : Dalmat (purement destiné à la droite), Toama (pour la gauche) et Witsel (qui peut jouer à toutes les places de l'entrejeu). Vu le niveau de Witsel et son statut d'international, on imagine mal qu'il ne soit pas titulaire régulier. La dernière place devrait donc se jouer entre Dalmat et Toama. Le système des Rouches pour les semaines à venir - et donc la manière de remplacer Fellaini - est évidemment la grande question. Une interrogation qui en suscite d'autres. Comment compenser la perte dans le jeu aérien ?Fellaini régnait dans les airs, que ce soit dans le jeu défensif en milieu de terrain ou devant - sur les phases arrêtées essentiellement. De tous les titulaires potentiels dans l'entrejeu, aucun n'approche la taille de Fellaini (1,94m) : 1,76m pour Dalmat, 1,74m pour Defour, 1,84m pour Nicaise, 1,72m pour Toama, 1,83m pour Witsel. Ils rendent donc tous au moins 10 cm au gars d'Everton. Pour le trafic aérien dans l'entrejeu, on a eu un début de réponse contre Courtrai : de Camargo (1,87m et une excellente détente) s'y est régulièrement collé. Au niveau offensif, il y a moins de problèmes avec de Camargo mais aussi Oguchi Onyewu (1,92m) qui monte dès la moindre occasion et Dante (1,87m). Le jeu va-t-il devenir plus technique ?Une association Defour-Witsel dans l'entrejeu, c'est une forte dose de qualités techniques. Un jeu moins aérien et moins rentre-dedans qu'avec Fellaini. " Cela pourrait nous pousser à pratiquer plus le jeu au sol, un football plus technique ", pense Frans Masson, adjoint de Bölöni. " L'animation pourrait évoluer et cela pourrait aussi être positif. " Pourquoi Nicaise n'a-t-il pas encore eu la confiance de Bölöni ?Dalmat est arrivé cet été de Mons et s'est directement imposé : il est titulaire indiscutable sur la droite de l'entrejeu. Transféré en même temps que lui, Nicaise souffre beaucoup plus. Dalmat avait l'avantage que personne, dans l'équipe de la saison dernière, n'était indéboulonnable à droite. Gregory Dufer avait joué un bon deuxième tour mais s'était aussi blessé en fin de championnat. Au médian défensif, par contre, il y avait l'incontournable Fellaini, d'où la difficulté dès le départ pour Nicaise. Aujourd'hui, Bölöni change son système parce qu'il n'a plus son Diable : c'est certainement une indication que le coach n'a pas une confiance aveugle en Nicaise. " Il se rend compte qu'être un bon joueur dans une équipe moyenne comme Mons ne suffit pas pour devenir du jour au lendemain titulaire au Standard ", dit Masson. Le Standard n'aurait-il pas dû retenir Dembélé ?Lassé de n'être qu'une roue de secours, Siramana Dembélé est parti en Israël à la fin du mercato. Serait-il titulaire aujourd'hui s'il était resté ? Pas sûr car le problème de taille se poserait encore plus avec lui (1,70m) qu'avec Nicaise et il n'est donc pas sûr du tout que Bölöni se serait contenté d'un simple remplacement Fellaini-Dembélé poste pour poste. Defour et/ou Nicaise sur le banc sont-ils des bombes à retardement ?Même si sa cote n'est plus tout à fait ce qu'elle était au moment de son Soulier d'Or, Defour reste une icône à Liège : un joueur international doué et beau à regarder qui a ramené le titre avec le brassard de capitaine au bras. Après deux matches de championnat consécutifs commencés sur le banc (Westerlo et Roulers), il a montré des premiers signes d'énervement. L'entraîneur pourrait-il se permettre de ne l'aligner que pour des bribes de match pendant plusieurs semaines ? Et quid de Nicaise ? On connaît son caractère fort. Lui aussi risquerait de ne pas supporter indéfiniment une place dans l'ombre. Masson : " Il n'y a pas lieu de s'en faire. Defour et Nicaise vont comprendre qu'il y a une nouvelle donne au Standard : une succession de matches de haut niveau. Depuis un mois, ça n'a pas arrêté : Liverpool, maintenant Everton, le championnat, l'équipe nationale. Il faut une rotation. Si Bölöni s'est passé deux fois de Defour, ce n'est pas parce qu'il le trouvait fatigué. C'était de la prévention, il voulait l'épargner en fonction des prochains matches. Mais on a encore du mal à comprendre cela en Belgique. Le joueur qui pète la forme est souvent le plus vulnérable parce qu'il se sent capable d'en faire plus. Et la blessure n'est pas loin. Les footballeurs belges ne savent pas prendre le recul nécessaire pour penser à ce qui va se passer dans une, deux ou trois semaines. Si on les met sur le banc, ils croient directement que c'est une sanction. "Quelle est la meilleure place de Witsel ?Il a été mis à toutes les sauces depuis son éclosion : axe, gauche, droite. La saison dernière, on l'a surtout vu à gauche. Mais il a fait toute sa formation dans l'axe et c'est là qu'il est le plus à l'aise. Son problème est que le duo axial Fellaini-Defour était difficile à scinder, vu son niveau. Aujourd'hui, son problème reste le même si le Standard joue en 4-4-2. Defour est fait pour l'axe, et un duo Defour-Witsel n'est pas suffisamment défensif. En 4-3-3, par contre, Witsel peut balayer l'axe et la gauche (en tenant compte que Dalmat est automatiquement aligné à droite) : c'est ce qu'il a fait contre Courtrai. Comment compenser l'apport de Fellaini en dehors du terrain ?La saison dernière, le brassard était pour Defour mais on voyait clairement que Fellaini avait une influence plus grande sur la pelouse. " C'était une présence qui ne faisait pas de bruit ", dit Masson. " Fellaini impressionnait rien que par sa taille, son regard et sa détermination. Mais Defour remplit très bien son rôle de capitaine. "par pierre danvoye - photos: reporters/walschaerts