En glanant un point contre Zulte Waregem, Mons a stoppé l'hémorragie, suite à deux défaites difficiles à digérer, l'une par l'issue (1-2 contre Charleroi), l'autre par la manière (5-1 à Genk). Après dix journées, les promus occupent la tête de la colonne de droite, avec 12 points. Depuis le début du championnat, les Dragons n'ont jamais été mêlés à la lutte pour la descente, se calant dans le ventre mou du classement. Pourtant, cette équipe est encore en gestation. A l'image de sa prestation contre Zulte Waregem, elle pèche encore dans certains secteurs. L'attaque ne marque pas assez, la défense n'excelle pas à la relance et le milieu dispose de trop d'éléments de même facture. Le bilan est donc contrasté même si, pour un montant, Mons a montré d'excellentes dispositions, a révélé de bons éléments ( Wilfried Dalmat ou Hocine Ragued) et a mis sur pied un projet dont cette saison constitue le premier pallier.
...

En glanant un point contre Zulte Waregem, Mons a stoppé l'hémorragie, suite à deux défaites difficiles à digérer, l'une par l'issue (1-2 contre Charleroi), l'autre par la manière (5-1 à Genk). Après dix journées, les promus occupent la tête de la colonne de droite, avec 12 points. Depuis le début du championnat, les Dragons n'ont jamais été mêlés à la lutte pour la descente, se calant dans le ventre mou du classement. Pourtant, cette équipe est encore en gestation. A l'image de sa prestation contre Zulte Waregem, elle pèche encore dans certains secteurs. L'attaque ne marque pas assez, la défense n'excelle pas à la relance et le milieu dispose de trop d'éléments de même facture. Le bilan est donc contrasté même si, pour un montant, Mons a montré d'excellentes dispositions, a révélé de bons éléments ( Wilfried Dalmat ou Hocine Ragued) et a mis sur pied un projet dont cette saison constitue le premier pallier. José Riga ne manque pas d'idées et de convictions. Il est une des têtes pensantes de ce projet (" On parle toujours d'un entraîneur qui gagne comme d'un génie mais il faut aussi dire qu'un entraîneur qui bosse a plus de chance de gagner ") et fait une première analyse. Avec 12 points, Mons n'a pas encore dû compter avec la pression de la lutte pour le maintien. Après un doux départ, les deux victoires d'affilée (contre Mouscron et à Lokeren) ont permis aux Dragons de prendre place dans le ventre mou. " Je n'ai pas fixé la trame de la saison en terme de points ", explique José Riga, " Je m'intéresse forcément aux résultats mais je n'en fais pas une fixation. La manière est davantage importante à mes yeux. Cependant, je connais aussi bien que tout le monde la donne du football actuel. Je suis peiné surtout par la défaite contre Charleroi car ces trois points-là nous permettaient d'intégrer le top-5, ce qui aurait été symbolique pour nous, et nous auraient rapproché à trois unités d'Anderlecht et une de Charleroi. Il suffit de voir maintenant où se situent ces deux formations aujourd'hui. De plus, ce qui est rassurant, c'est que nous méritions tous nos points. Nous n'en avons volé aucun. Au contraire, on aurait pu même en revendiquer davantage si on tient compte des confrontations face à Westerlo et Charleroi. Je n'aime pas m'en prendre à des éléments extérieurs mais il faut aussi rappeler qu'on oublie à plusieurs reprises de siffler un penalty en notre faveur, notamment sur Mohammed Dahmane contre Westerlo et Charleroi. Sans oublier d'autres phases litigieuses comme nos trois exclusions. Daré Nibombe méritait-il vraiment le carton rouge ? Et Alessandro Cordaro un deuxième jaune ? Et je ne m'explique toujours pas le pourquoi de mon renvoi en tribune au Germinal Beerschot. On paie un peu notre bouille de nouveau né ". Incontestablement, une des satisfactions de la phalange hennuyère. Là où on attendait d'un promu qu'il se replie devant son but et profite des espaces en contre-attaque (ce qu'aurait pu se contenter de faire Mons au vu de la vitesse de sa division offensive), Mons déploie un jeu chatoyant. Le mérite en revient aussi à Riga, qui, dès le départ, a insisté pour enrôler des éléments techniques : " J'ai toujours privilégié la manière. C'est ce à quoi je fais toujours référence dans mon discours. Une des mes priorités pour le recrutement fut de miser sur la vitesse et la technique. Quand une équipe est en possession de balle, c'est positif pour tout le monde. Que ce soit offensivement ou défensivement car l'adversaire est privé du cuir. C'est toujours plus facile d'imprimer sa marque à la rencontre quand on sait garder le ballon. Plus le ballon est loin du but, moins on risque de subir et d'encaisser. Mais, j'insiste aussi pour que cette possession ne soit pas stérile. Elle doit permettre d'être productif en alternant jeu court et jeu long. Je pars du principe qu'avec un ballon, un joueur sera capable de courir deux heures. Sans, il s'épuisera après une heure ". Résultat : au lieu de voir une équipe subir, on aperçoit des promus sans complexes qui n'hésitent pas à prendre le jeu à leur compte face à des formations davantage réputées comme Charleroi ou Bruges. La direction, quelque peu prise de court suite à la fin de saison dernière particulièrement chahutée, a commencé sa prospection très tard. En prenant dans un premier temps beaucoup de risques puisqu'elle n'hésita pas à écarter un contingent de dix joueurs avant même d'avoir la certitude de trouver les remplaçants. Elle s'est montrée plus prudente par la suite en tablant sur des tests longue durée et sur la multiplication de ceux-ci. Le message de l'entraîneur était clair : il fallait des joueurs doués mais surtout des éléments capables de s'investir dans le projet montois et de se mouler dans le collectif. Résultat : une équipe qui ne lâche rien et peu de remous de la part de certains garçons qui, au vu de leur talent (Dahmane ou Aziz El Khanchaf) ou de leur réputation ( Eric Rabesandratana ou Olivier Guilmot), auraient pu revendiquer davantage qu'une place de remplaçant ou de joker. Riga : " Pour présenter un beau visage cette saison, on a fait un gros travail de recherche et je pense qu'il a été bien fait. Il y a toujours quelques erreurs mais vu l'impératif financier et le temps imparti, on peut se montrer satisfait. On est rentré dans cette D1 avec nos qualités basées sur le collectif. Je prône la pensée unique : tout le monde, tout le temps ensemble dans la même direction. Si cela n'est pas respecté, on devient vulnérable. On s'en est rendu compte à Genk. Si vous me demandez de relever une ou l'autre individualité, je vous répondrai toujours en disant que c'est le collectif qui nous fait gagner (et perdre) ". Le secteur défensif résume à lui seul le paradoxe montois. Solide et friable à la fois. Les solutions ne manquaient pas pour composer la ligne arrière. Alors que l'on s'attendait à quelques ajustements en cours de route, Riga a fait confiance à trois de ses quatre hommes à chaque occasion. Roue de secours au départ, Michaël Wiggers s'est imposé sur le flanc droit. " Il a atteint un très bon niveau car il se sent bien dans sa peau, ici, à Mons ", explique le coach. Dans l'axe central, seul Daré Nibombe faisait figure d'incontournable vu sa nouvelle stature acquise à la Coupe du Monde. A ses côtés, Roberto Mirri, de retour de blessure, a su convaincre. Au point de devenir l'élément le plus régulier depuis l'entame de la compétition et de pousser Guilmot sur le banc. Seul le flanc gauche pose encore problème. L'option Frédéric Jay a été essayée mais de nombreuses petites blessures ont contraint le Français à rester souvent sur la touche. De plus, Jay a été acquis comme arrière droit. La percée de Wiggers le pousse à gauche où il doit trouver ses repères. Un droitier à gauche ? Après tout, Barcelone le fait bien. Pourquoi pas Mons ? L'autre option réside dans le choix de Mounir Soufiani, peu convaincant jusqu'ici. Enfin, Laurent Gomez n'a pas encore digéré le passage de la D2 à la D1. Au final, le secteur défensif tient la route au point d'avoir été le moins perméable de la D1. Mais, c'était avant la déroute de Genk (5-1). Face au Racing, on a pu se rendre compte de certaines lacunes. " Je trouve que la défense s'est bien comportée jusqu'ici ", lâche Riga. " Tout est perfectible. Même le comportement de Cédric Berthelin lors des dernières rencontres mais le principal intéressé en est conscient. Quand le collectif se serre les coudes, tout le monde défend bien. Quand il lâche, comme à Genk, cela devient nettement plus difficile ". Contre Zulte Waregem, la défense a été remaniée avec Jay faisant ses débuts dans l'axe, suite à la blessure de Nibombe. Riga : " Jay s'est montré à la hauteur du Togolais, même dans le trafic aérien. Après la lourde défaite à Genk, il était important de se rassurer au niveau défensif. Ce qu'on a fait en ne prenant pas de buts. On aurait pu être malmené sur phases arrêtées face aux grands gabarits flandriens mais on a très bien tenu le coup ". Ce qui constitue déjà un fameux progrès : en début de saison, Mons encaissait tous ses buts sur phases arrêtées. Contre Zulte Waregem, les flancs montois sont restés très discrets. Soufiani a préféré assurer son rôle défensif et n'a jamais pointé son nez à la fenêtre. A droite, Wiggers est porté plus facilement vers l'offensive mais doit encore apprendre à monter à bon escient. Riga : " Les débordements dépendent aussi du profil de nos défenseurs. Wiggers a normalement tendance à monter plus souvent mais il était bloqué par Stijn Meert ". Dans la zone médiane, le problème se pose également. Riga admet disposer de " beaucoup d'éléments redondants ". Wamberto, Alessandro Cordaro et Wilfried Dalmat évoluent dans le même registre. Quand Dalmat est placé à droite, il a davantage tendance à rentrer dans le jeu plutôt qu'à déborder. Même réflexe pour Cordaro. Riga : " Je ne dispose pas d'éléments typiques de débordement. Seul Gilles Collin sait le faire mais il fait encore l'apprentissage de la D1. Il faut donc se montrer créatif. Il y a d'autres solutions pour être dangereux ". " En terme de rentabilité, on aurait pu faire mieux mais il n'y a pas péril en la demeure. Si on ne se créait rien, ce serait plus grave mais les occasions, on les a ", dit Riga. Depuis le départ de Jeremie Njock, le problème de concrétisation revient à la surface. La direction a pris son temps avant de jeter son dévolu sur François Zoko, Gauthier Diafutua ou Daniel Wansi. Si chacun a montré de belles choses, aucun n'a réellement convaincu. Zoko crée des brèches et a prouvé son utilité dans le système de Riga, Diafutua est promis à un bel avenir mais Wansi déçoit. Son manque de rythme était évident lors de ses premières prestations. Cette excuse n'est plus valable actuellement. Mons se crée donc beaucoup d'occasions mais peu de ballons arrivent au fond. A charge aux médians offensifs de faire la différence. Ce que Wamberto et Dalmat ont bien compris. Riga : " Dalmat est notre meilleur buteur. C'est la preuve que l'on veut un football complet. Aujourd'hui, être attaquant, cela demande de la confiance et de l'investissement défensif. Il ne suffit plus seulement de marquer. De plus, c'est le secteur le plus interchangeable. Une fois la stabilité trouvée en défense ou au milieu, on ne bouge plus trop ces lignes-là. Par contre, en attaque, il y a un turnover beaucoup plus fréquent ". Contre Zulte Waregem, l'attaque est restée muette. En six apparitions, Wansi n'a pas encore trouvé le chemin des filets. Riga : " On travaille beaucoup l'aspect offensif à l'entraînement mais le déclic doit encore se faire chez certains. Ce qui nous faut, c'est un match où l'on gagne largement. Ceci dit, tous les clubs, même les meilleurs, cherchent parfois longuement un avant qui marque facilement ". Quand on lui demande d'épingler quelques individualités, Riga relève tout le temps le collectif. Pourtant, certains joueurs ont déjà apporté de la plus value. Wamberto est en passe de réussir son retour, Dalmat s'érige en porte-drapeau et Ragued a relégué Rabesandratana sur le banc. Riga : " Certains sont peut-être plus prépondérants que d'autres mais si Dalmat marque, c'est parce que Zoko crée des brèches et Cordaro du mouvement et donc des espaces. Je ne peux pas citer de grosses déceptions. Cordaro et Dahmane doivent se montrer plus réguliers. C'est cela la D1 ! Guilmot a joué de malchance ; Wansi et Diafutua viennent d'arriver et doivent trouver leurs repères ; Collin jongle avec ses études. Emmanuel Coquelet, Rabesandratana et Ivan Milas se sont blessés lors de la dernière rencontre de championnat de l'année passée. Que fallait-il faire ? Ne plus compter sur eux ou les garder en ne sachant pas quand ni à quel niveau ils allaient revenir ? On les a conservés en prenant aussi les devants et en acquérant d'autres éléments ". Au fur et à mesure, les blessés reviennent et la concurrence se veut plus vive. Riga : " Aux entraînements, la différence n'est pas toujours évidente. Quand un remplaçant vient me trouver en disant - Pourtant, je travaille à l'entraînement, il laisse sous-entendre qu'il ne pourrait pas travailler ! C'est quand même la moindre des choses qu'il donne tout ". Maintenant que Mons a réussi à trouver sa place en D1, il lui reste encore à affiner son système. Riga privilégie le 4-4-2 car " il laisse de l'espace en création offensive " mais il est bloqué par la présence, dans son noyau, de trop de joueurs au profil similaire. Le prochain mercato, si les finances le permettent, ou la prochaine saison conduiront à quelques ajustements en ce sens. " Notre intégration à la D1 se fera en deux phases. Lors de la prochaine, on essaiera d'apporter ce qui nous manque ", lâche Riga. Autre objectif : améliorer encore plus un collectif pourtant déjà bien rôdé. " L'engagement, l'esprit de corps et la combativité sont présents mais les automatismes ne sont pas encore en place. Il ne faut pas oublier que certains éléments, comme Wansi, sont arrivés tardivement. A ce niveau-là, on ne peut que progresser ". Contre Zulte Waregem, José Riga a également tiré un autre constat : le manque de tempo et de rythme. " C'est paradoxal à cette époque-ci de l'année. Les matches sont sensés s'enchaîner mais pas pour nous. On a pâti des cassures de l'équipe nationale et de la Coupe. En première mi-temps, on n'a pas réussi les combinaisons habituelles. On n'a retrouvé la fluidité qu'en deuxième mi-temps ". STÉPHANE VANDE VELDE