"Je n'ai jamais su pour quelles raisons précises Enzo m'avait permis, ce soir-là, de donner la première conférence de presse de ma carrière d'assistant", sourit Brogno. "Je ne m'étais pas posé de questions quand il m'avait dit: -Vas-y à ma place".
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"Je n'ai jamais su pour quelles raisons précises Enzo m'avait permis, ce soir-là, de donner la première conférence de presse de ma carrière d'assistant", sourit Brogno. "Je ne m'étais pas posé de questions quand il m'avait dit: -Vas-y à ma place". Vendredi dernier, c'est Brogno qui coachait l'équipe mais c'est Scifo qui rencontra les journalistes après le match. Il faut dire que l'atmosphère était beaucoup moins tendue qu'il y a quelques mois. Entre Scifo et Gaone, le différend a été aplani. Et pour les Loups, ce n'était qu'un match comme les autres: à gagner si possible, mais sans conséquences désastreuses en cas de défaite.Scifo a donc purgé le premier de ses quatre matches de suspension. Deux jours plus tôt, il avait déclenché une nouvelle fureur médiatique lors de sa comparution à l'Union Belge. Pour avoir bousculé un juge de touche à Westerlo, il risquait, selon certaines sources, six mois voire un an de suspension. Il a bien limité la casse."Et pourtant, je trouve ce verdict beaucoup trop sévère", dit-il. "On ne peut pas être d'accord quand on est condamné pour n'avoir rien fait de grave. J'ai répété que ce juge de touche m'avait provoqué et que je l'avais simplement repoussé. En ne m'infligeant que quatre matches de suspension, l'Union Belge a prouvé que mes arguments tenaient la route. Néanmoins, à partir du moment où mes explications étaient recevables, je devais être carrément blanchi. On devait soit me suspendre un an, soit m'acquitter. Il ne faut pas tout confondre: je ne suis pas tombé dans les mêmes excès que Luis Fernandez. Mais bon: quand ça va bien à Charleroi, on trouve toujours quelque chose pour nous ennuyer. C'est frustrant de ne plus pouvoir être à côté de ses joueurs quand on est dans une spirale positive. Quand on se trouve dans la tribune, on n'a plus l'impression d'être entraîneur. Je ne pourrais pas vivre ça pendant une longue période. Il vaudrait mieux, alors, que je change carrément de métier". Enzo Scifo est un peu étonné que sa comparution à la maison de verre ait suscité un tel intérêt médiatique: "Chaque fois qu'il est question de moi, c'est pareil. Je suppose que ça ne changera plus, que je suis condamné à être continuellement à la Une (il rit). Je regrette toutefois que ma petite excursion à Bruxelles ait été davantage commentée que notre 5-0, quelques jours plus tôt, contre l'Antwerp (il grimace)". "J'ai hurlé mais ça n'a pas porté" (Brogno)Dante Brogno et Mario Notaro, les adjoints de Scifo, furent donc projetés sur le devant de la scène. Installé en tribune officielle entre Abbas Bayat et Lucien Gallinella, l'entraîneur principal leur communiquait ses instructions par GSM. "La préparation du match s'est déroulée tout à fait normalement", explique Brogno. "La suspension d'Enzo ne l'a vraiment pas perturbée. Il est resté avec nous jusqu'au moment où les deux équipes ont quitté le couloir des vestiaires. Il avait donné ses consignes comme s'il se préparait à rejoindre le banc. A la mi-temps, il est à nouveau descendu dans le vestiaire. Pendant le match, il m'a appelé sept ou huit fois, en me donnant chaque fois des ordres bien précis: repositionner tel ou tel joueur, crier certaines choses, effectuer des remplacements. Notre défaite ne s'explique en rien par l'absence d'Enzo; ce serait une excuse trop facile".On n'a pourtant plus reconnu l'équipe qui avait laminé l'Antwerp, une semaine plus tôt. "Je ne sais pas si les joueurs sont fatigués, mais j'ai constaté un terrible manque de détermination", détaille Scifo. "De l'autre côté, il y avait des Loups prêts à aller au fond des choses. Chaque match a sa vérité et ce sont toujours les joueurs qui décident s'ils vont, ou non, être présents. A La Louvière, ce n'était pas le cas. C'est dommage de casser ainsi une série de quatre matches sans défaite juste avant de recevoir Anderlecht. Nous ne serons pas dans d'aussi bonnes conditions que si nous avions ramené un résultat intéressant du Tivoli".Brogno estime que la présence de Scifo dans la tribune aurait pu, quelque part, avoir du bon. "On voit mieux le jeu quand on est un peu surélevé par rapport à la pelouse. Enzo bénéficiait d'un meilleur angle que quand il est sur le banc. Mais les joueurs n'ont pas appliqué les consignes et c'est là qu'il faut chercher l'explication de la défaite. Ils ont joué le jeu de La Louvière en abusant de longs ballons. Les Loups en ont profité à fond et ont misé plus d'une fois sur la contre-attaque. La balle revenait sans arrêt dans notre défense, qui en avait plein les pieds. Le système avec trois attaquants ( Rojas, Pivaljevic et Eduardo) avait très bien fonctionné contre l'Antwerp. Mais, vendredi dernier, ils n'ont jamais su conserver le ballon. Nous ne pouvions dès lors pas espérer grand-chose. J'ai remplacé Enzo dans le rôle de celui qui hurle le long de la ligne pour exprimer son mécontentement, mais cela n'a pas porté". La donne changera quelque peu ce samedi lors de Charleroi-Anderlecht: le Mambourg n'est pas, comme le Tivoli, pénalisé par une large piste d'athlétisme. Enzo sera donc juste derrière le petit banc, à trois mètres de la ligne de touche. En communication directe avec ses adjoints.Pierre Danvoye"Quand ça va bien à Charleroi, on trouve toujours quelque chose pour nous ennuyer" (Scifo)