La scène se passe sur le court n°4 de Flushing Meadows. Xavier Malisse se bat contre Karol Kucera, qui n'est plus que l'ombre de celui qui élimina un jour Pete Sampras à l'Open d'Australie et Andre Agassi à Roland Garros et à l'US Open.
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La scène se passe sur le court n°4 de Flushing Meadows. Xavier Malisse se bat contre Karol Kucera, qui n'est plus que l'ombre de celui qui élimina un jour Pete Sampras à l'Open d'Australie et Andre Agassi à Roland Garros et à l'US Open. En proie à ses vieux démons, le Courtraisien s'enlise dans un match qu'il doit gagner à tous les coups. Après avoir perdu la première manche par 6-1, il remporte les deux suivantes sur le même score et mène 4-1 dans le quatrième. Kucera est même mené 0-40 sur son service. Et pourtant, cette rencontre qui doit lui ouvrir les portes du deuxième tour, Malisse finira par la perdre. Dans la cinquième manche, Malisse offrira un piteux spectacle. On le voit jurer sur ses chaussures, sa raquette, son grip et cracher en direction du juge de ligne qui vient de le sanctionner de deux fautes de pied au service. Il reçoit un avertissement mais s'en moque comme de sa première culotte. La dernière manche filera à la vitesse de l'éclair : 6-1 pour Kucera qui n'ose pas trop lever les bras au ciel, sachant trop bien que son rival du jour vient tout simplement de lui offrir la victoire. Nick Bollettieri explique que son ex-poulain a laissé passer sa chance dans le quatrième set et qu'il n'y a plus cru ensuite. Puis il ajoute : " Je ne sais pas ce qui lui est passé par la tête. Cela n'a rien à voir avec le tennis, c'est évident. N'oublions pas que Xavier a eu une enfance difficile. Je suis prêt à l'aider mais cela doit venir de lui-même. C'est d'autant plus dommage qu'il possède un talent indéniable. Un talent qui lui permet de battre n'importe qui ". Olivier, le frère aîné de Xavier, affiche la même incompréhension que le gourou floridien : " Si vous voulez le coacher, ne vous gênez pas ! ", lance- t-il sur un ton humoristique. " Je ne comprends pas que les gens soient restés dans les gradins pour regarder ça. Je ne sais pas ce qui lui est arrivé." Visiblement ébranlé par la nouvelle affaire Malisse, Chad Bohling a les yeux dans le vide. Appointé par l'académie Bollettieri, l'Américain est depuis deux ans le préparateur mental de Malisse. On imagine sa détresse de voir ainsi tout son travail s'effondrer : " Ce qu'on va faire à présent ? Continuer le travail. C'est dommage de le voir dans cet état parce que cela faisait deux ans qu'il n'avait plus donné un match ". En conférence de presse, Malisse poursuit sa flagellation : " Je suis c... ! J'ai beau travailler ma préparation mentale, cela ne change rien. Une fois que ça me prend sur le terrain, je ne sais pas changer d'attitude. Depuis que j'ai commencé ma carrière, c'est la même chanson. Et je n'ai pas la solution ". Quelques jours avant l'US Open, Malisse avait limogé son coach, Philippe Dehaes, avec lequel il ne travaillait que depuis quatre mois. Le Brabançon avait été le huitième entraîneur de Malisse depuis ses débuts professionnels en 1998. " Nous sortions, certes, d'une tournée américaine de quatre semaines qui n'avait été guère euphorique mais il n'y avait pas de quoi paniquer ", résume Dehaes. " Franchement, je ne comprends pas la décision de Xavier. Il m'a appelé un jour pour me dire qu'il n'avait plus confiance en moi et je n'ai pratiquement pas eu droit à la parole ". Malisse : " Entre Philippe et moi, le courant ne passait plus. Ce n'est pas parce que j'avais connu quelques belles performances au début de notre relation que cela cliquait entre nous. Je ne me sentais plus du tout à l'aise ". Le problème semble venir de la non- décision du coach de rester aux Etats-Unis pour tenter de redresser la barre de la confiance et de préparer l'US Open. " Mais il ne me l'a pas demandé sinon je serais resté ", expose Dehaes. " Je crois plutôt que le problème se situe au niveau d'une conversation que nous avons eue à la suite de son match contre IvanLjubicic à Cincinnati. Xavier avait eu une attitude négative sur le court, ce qui ne m'avait pas plu. Je pense qu'il n'a pas apprécié. Mais si c'est ça la raison, cela valait-il un C4 ?" Disputée en trois sets très serrés, Malisse eut, de l'aveu de son entourage, l'impression d'avoir donné tout ce qu'il avait en lui. Les remarques de son coach lui firent d'autant plus mal. Reste qu'il est très difficile d'exiger la plus grande patience (et disponibilité) de la part de son entraîneur quand on n'est pas capable de lui prouver jour après jour, semaine après semaine, qu'on fait des efforts. De ce point de vue, la séparation, pour regrettable qu'elle soit, était inévitable. A qui le tour à présent ? La rumeur veut qu'IMG (qui gère les intérêts financiers de Malisse) s'active dans la coulisse pour trouver un remplaçant à Dehaes. Certains prétendent même que la société américaine est à l'origine de la décision du joueur, une information impossible à vérifier puisque du côté d'IMG, le no comment est de rigueur. " J'ai envie de tout arrêter ! ", déclara encore un Malisse d'humeur décidément très maussade. " Quand je suis comme ça, je me demande vraiment pourquoi je continue à jouer au tennis. Je me sens nul ". Il n'en fera rien, même s'il a décidé qu'il ne se rendra pas en Croatie pour aider la Belgique à remonter dans le groupe mondial de Coupe Davis, fin septembre. La faute à qui ? Aux dirigeants de la fédération belge qu'il accuse d'être profiteurs et irrespectueux envers les joueurs. Notons qu'entre Malisse et la FRBT, le courant ne passe plus depuis le désormais célèbre incident de Pau (1999) où on lui avait reproché d'avoir bu une bière sur la terrasse d'un bar de la ville le soir d'une défaite et... la veille d'un double à disputer. Reste que le cas Malisse est regrettable car il est l'un des plus doués de sa génération. " Cela ne fait aucun doute ", expose Julien Hoferlin, le coach d' Olivier Rochus. " Il a le potentiel pour, non pas seulement atteindre mais bien s'installer durablement dans le top 20 mondial, peut-être davantage. C'est le plus grand talent belge de tous les temps. Il n'y a rien qu'il ne sache pas faire et il possède encore une marge de progression de 20 à 30 % dans tous les domaines : physique, mental et tactique. Malheureusement, il y a chez lui deux êtres : Docteur Jekyll et Mister Hyde. C'est un Federer qui n'a pas évolué. C'est dommage car son attitude sur le court telle que nous l'avons vue à New York ne peut que le rendre encore plus malheureux ". Carlos Rodriguez partage le même avis que son confrère. " Il a un potentiel extraordinaire mais Xavier n'arrive pas à canaliser toute son énergie positive ", explique l'entraîneur de Justine Henin. " Je ne connais pas un joueur belge plus doué que lui, tennistiquement et physiquement. Il est grand mais pas trop, il est fin et rapide. Je dirais que c'est un longiligne relâché qui a des qualités musculaires peut-être au-dessus de la moyenne. Ce qui lui arrive est d'autant plus dommage que c'est un garçon extrêmement gentil et charmant. Le voir dans ces états me fait mal au c£ur ". Pour Rodriguez, le problème n'est pas tennistique. " Il se situe en dehors du terrain, pas à l'intérieur ", résume-t-il ainsi. " Que faut-il faire ? C'est très difficile à dire. Des solutions existent mais c'est au joueur à être demandeur. Il lui faudrait une aide extra tennistique pour l'aider à se retrouver lui-même car c'est ce dont il a le plus besoin. " Florient Etienne" Xavier est un Federer QUI N'A PAS éVOLUé "