La dernière ligne droite a été entamée, et dans le fond du classement, la bataille pour éviter la relégation fait rage. A la désagréable surprise de tous ceux qui gravitent autour des Hurlus, l'Excelsior Mouscron y est bel et bien mêlé. Comment en est-il arrivé là ?
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La dernière ligne droite a été entamée, et dans le fond du classement, la bataille pour éviter la relégation fait rage. A la désagréable surprise de tous ceux qui gravitent autour des Hurlus, l'Excelsior Mouscron y est bel et bien mêlé. Comment en est-il arrivé là ? " Il n'y a pas une raison, mais un ensemble de raisons ", estime AlexandreTeklak (29 ans). " Tout avait bien commencé : on avait battu Anderlecht lors de la journée d'ouverture et on avait pris 11 points sur 15 dans les cinq premiers matches. C'était un peu l'euphorie. Puis, tout a basculé. Lentement, imperceptiblement. On a subi notre première défaite à La Louvière. Lorsqu'on voit le parcours qu'ont réalisé les Loups durant le premier tour, il n'y avait rien de déshonorant à cela. Mais, après cette sixième journée, on n'allait plus jamais retrouver notre niveau du début. Ou très rarement, en tout cas. Des moments clefs ont orienté la suite de la compétition. On a perdu des matches qu'on n'aurait jamais dû perdre. Celui au Brussels, par exemple, lors de la dernière journée du premier tour. On avait appris la veille que le club risquait la faillite et on s'était alignés au stade Edmond Machtens dans des conditions très spéciales. Celui contre Genk, aussi : notre premier match à domicile du deuxième tour. On aurait dû le remporter dix fois plutôt qu'une, mais ce sont les Limbourgeois qui nous ont crucifiés dans les arrêts de jeu. Dans ce match, AlexandreLecomte avait réussi à frapper la barre à trois reprises sur la même phase de jeu. C'était un signe du destin, qui laissait présager d'un deuxième tour difficile ". Et, difficile, le deuxième tour le fut. Les Mouscronnois prirent un solide coup au moral à l'issue de cette défaite contre Genk. Ils s'engouffrèrent dans une spirale négative qui déboucha, deux mois plus tard, sur le limogeage de PhilippeSaint- Jean : le premier entraîneur limogé depuis l'accession des Hurlus en D1. " Pour moi, il pouvait rester ", assure Alex Teklak. " Mais d'autres joueurs avaient sans doute besoin d'un changement, d'un choc psychologique tout simplement, pour retrouver un peu d'entrain et d'enthousiasme. C'est vrai que Philippe Saint-Jean avait parfois une attitude trop défaitiste. Mais il y avait de quoi. Moi-même, je me suis demandé à plusieurs reprises comment on parviendrait à vaincre le signe indien. On n'a jamais été réellement dominé, on n'a jamais subi de lourdes défaites, mais à chaque fois, un détail faisait la différence. A la longue, on finit par se poser des questions et gamberger. On se demande : pourquoi la pièce tombe-t-elle toujours du mauvais côté ? Le sort ne pourrait-il pas, un jour, nous être favorable ? Je me suis alors souvenu des propos que tenait GeorgesLeekens : il répétait sans cesse que, la chance, il fallait la provoquer. Mais on avait beau essayer, il n'y avait rien à faire. A la longue, on s'est sans doute découragé. Le match contre le Standard fut celui de trop pour Saint-Jean. 0-3 : les chiffres étaient sévères, mais surtout, on n'avait rien montré. Comme si on n'y croyait plus. Les dirigeants ont pris leurs responsabilités. Il fallait agir, car on glissait dangereusement ". Qu'a changé GeertBroeckaert ? " On est surtout revenu à des principes plus simples. On a retrouvé des repères, en même temps que des méthodes d'entraînement plus traditionnelles. On a aussi retrouvé plus de rythme à l'entraînement. Avec les entraîneurs précédents, on avait toujours été habitué à avoir autant d'engagement à l'entraînement qu'en match. Saint-Jean insistait surtout sur d'autres aspects. Je me souviens d'une réflexion de Jean- LouisLosfeld, l'adjoint de Saint-Jean : il était étonné qu'on râlait sur chaque décision, parce qu'on voulait à tout prix gagner le petit match ou le petit jeu qui nous était proposé. Il était surpris qu'on puisse afficher un tel état d'esprit de compétiteur. Les fameuses séances vidéo de Philippe Saint-Jean ? Elles avaient pour but de nous faire progresser et n'étaient pas inutiles. Parfois, on pensait avoir fait un bon match, mais en revoyant certaines phases, on constatait nous-mêmes qu'on était mal positionnés, sans que le coach ouvre la bouche. Mais en football, les ego sont souvent surdimensionnés et certains joueurs n'apprécient pas de devoir admettre leurs torts. Je crois surtout que certains joueurs ont eu du mal à assimiler le 4-3-3 de Saint-Jean. Il l'avait pourtant mis en pratique à Tubize, où cela n'avait pas posé de problèmes. Et chez nous, en début de saison, cela fonctionnait aussi. Sans entrer dans les détails, il exigeait un mouvement perpétuel des attaquants dans certaines zones bien déterminées pour déstabiliser l'adversaire. Puis, voyant que les résultats ne suivaient plus, il est revenu à un 4-4-2 plus traditionnel, pour faciliter la vie de tout le monde. Ce système n'était plus le sien, mais il a changé pour le bien de l'équipe. Dans le football moderne, ce sont souvent des valeurs simples qui font la différence, comme la hargne et la rage de vaincre. Les phases arrêtées, aussi. Or, on a très peu marqué sur phases arrêtées. Je crois aussi qu'on a souffert physiquement à un moment donné. Au début, on était au top sur le plan physique, mais à un moment donné, cela s'est dégradé. Pourtant, les tests physiques étaient bons mais on manquait d'agressivité sur le terrain. On était souvent battu sur les premiers mètres, on arrivait deuxième sur le ballon. Le problème se situait peut-être dans la tête davantage que dans les jambes, c'est possible. Mais, à la décharge de Saint-Jean, les circonstances ne lui ont pas été favorables. On savait, dès le départ, qu'on allait vivre une saison difficile. On ne se sépare pas impunément de cinq joueurs clefs de la saison antérieure. Je ne jette la pierre à personne, car la direction était obligée de vendre pour assainir les finances. Sans cela, le club n'aurait sans doute pas obtenu sa licence. Mais, forcément, le rendement de l'équipe s'en est ressenti. Un défenseur comme StephenLaybutt, ou même un milieu de terrain comme SteveDugardein, cela se remplace. Mais, deux buteurs de la trempe de LuigiPieroni et MboMpenza, c'est irremplaçable. Durant le mercato, on a encore perdu ChristopheGrégoire. A un prix bradé, diront certains, mais l'effondrement du marché ne permet plus de vendre un joueur aux mêmes conditions qu' YvesVanderhaeghe il y a quelques années. RolandLouf, comme Saint-Jean, a eu un rôle très ingrat. Lorsqu'il est arrivé, il a découvert les cadavres qui gisaient dans les placards. J'utilise des termes crus, mais il faut appeler un chat, un chat. Il a dû trouver des solutions et n'avait pas toujours le choix ". D'autres événements ont rendu le contexte difficile. Comme l'annonce de la possible faillite le 17 décembre, la veille du déplacement au Brussels. " Je n'oublierai jamais ce moment-là. J'étais en train de regarder la télévision lorsque j'ai appris la nouvelle. Je suis sûr que beaucoup d'employés du club ont pleuré ce jour-là. Chez les joueurs aussi, l'inquiétude était de mise. Lorsqu'on est arrivé au stade, le lendemain, c'était forcément le principal sujet de conversation. Je ne pense pas que cela ait eu des répercussions à long terme car le problème a été vite réglé et on a toujours été payés à heure et à temps. Mais, sur le match au Brussels, la situation a certainement influencé notre comportement. Or, c'était un match clef, face à un concurrent direct : on s'en rend encore mieux compte aujourd'hui ". Et puis, il y a le problème de tous les joueurs qui arrivent en fin de contrat. Ils sont 11 au total, soit une équipe entière, laissés dans l'expectative. Depuis longtemps, chacun s'accordait à dire que cela risquait de poser un problème. Aujourd'hui, on est à deux journées de la fin et très peu de joueurs sont déjà fixés sur leur avenir. Cette incertitude a-t-elle réellement perturbé les esprits ? " Cela dépend sans doute d'un individu à l'autre ", estime Teklak. " Au départ, je pensais aussi que cette incertitude allait causer notre perte. Avec le recul, je ne pense pas qu'elle soit la raison principale de notre situation au classement. En ce qui me concerne, j'oserais presque affirmer que cette situation m'a... motivé. En tout cas, elle ne m'a pas influencé. C'est mon caractère : lorsque je monte sur le terrain, je ne pense pas à mon contrat, simplement à me battre. D'autres joueurs ont probablement réagi différemment. C'est vrai que la situation n'est pas idéale. On a tous une famille à nourrir et lorsqu'on sait qu'on n'a plus que trois mois de salaire assuré, il est logique qu'on s'inquiète ". Alex Teklak s'est parfois irrité de la mentalité affichée par certains de ses partenaires. Les plus jeunes, surtout. En sortant des expressions du style : - Ilyen a àquij'aiparfoisenviedebotterlecul ! " C'est une expression que j'ai sans doute utilisée à chaud. Sans vouloir en faire un conflit de génération, je constate que certains jeunes sont déjà contents d'être là, qu'ils n'éprouvent plus le besoin de se surpasser ". Paradoxalement, dans ce contexte difficile, Alexandre Teklak a disputé l'une des meilleures saisons de sa carrière. " On a coutume de dire que l'intérêt individuel passe par l'intérêt collectif. Lorsque l'équipe tourne, tout le monde en tire profit. Alors, le fait de m'entendre dire que je réalise une bonne saison me fait une belle jambe. L'année dernière, j'étais souvent réserviste, mais j'ai toujours gardé la foi. Lorsque le doute s'installe, les ennuis commencent. Il faut garder un état d'esprit positif même si ce n'est pas facile ". Dans les circonstances actuelles, il semble être l'un des rares joueurs en fin de contrat qui peut sérieusement envisager une prolongation. " Je l'espère, mais comme la plupart de mes partenaires, je n'ai encore rien entendu. Sans doute les dirigeants attendent-ils que le club soit mathématiquement sauvé. Mais cela commence à devenir long ". Daniel Devos" Laybutt ou Dugardein, cela se remplace. MAIS PAS DEUX BUTEURS de la trempe de Pieroni et Mpenza "` " Louf a découvert DES CADAVRES DANS LES PLACARDS et Saint-Jean a affronté DES EGO SURDIMENSIONNéS "